LUDOVIC LE MORE AUX ABOIS
(Jean d'Auton.)
Durant le siège d'Alexandrie, le seigneur de Ludovic, connaissant mieux à l'œil que par augure l'avenue de son extermination, voulant pourvoir au besoin futur, délibéra, pour sa dernière main, sur la ville de Milan faire tout l'emprunt que possible pourrait porter, et pour ce, transmit quérir tous les plus suffisants de la cité, lesquels, entrés au château, furent par lui avertis de son intention, en leur remontrant que, de deux côtés, d'ennemis était environné : les Français qui jà la plupart des villes et places ^du duché avaient conquises, des Vénitiens qui aussi par force tenaient le comté de Crémone, auxquels impossible était résister sans grande finance pour soudoyer et mettre sus grosse armée ; par quoi requit iceux de telle somme de ducats en l'heure lui fournir, que de la payer leur était pour l'heure chose trop difficile. Toutefois, pour éloigner sa présence,
lui demandèrent deux heures de terme, en lui promettant tout ce qu'il demandait, et sur cette condition, les en envoya; lesquels étant hors de ses dangers, en lieu de lui faire prochas d'argent, contre lui firent insulte et embûche de gens armés. L'argentier de Ludovic ayant la ruineuse commission de demander les deniers, voulut icelle exercer, dont par tant lui mésadvint que par aucuns gentilshommes et autres de la ville, lesquels de tous subsides soi disaient francs, fut soudainement occis et ses compagnons chassés et suivis jusque près du château. Voyant le More la mort de son serviteur, l'empêchement de la denare et le tumulte du peuple, et que pour l'heure autre chose n'en pouvait, ne sut que faire, fors en accumulant doute sur doute, soi plus défier et garder d'ennemis familiers que de ceux qui lui faisaient guerre ouverte.
Après que la cité d'Alexandrie fut, comme j'ai décrit, au sceptre de France subjuguée, les citoyens de Pavie, de Parme, de Plaisance, de Gênes, et de toutes les autres places et villes du duché, hors la ville et château de Milan, et une autre seule place sur les fins d'Allemagne, nommée Tizan, apportèrent les clefs aux lieutenants du roi et tirent l'obéissance.