CRISE DE LA MALADIE DU ROI. — SA OUÉRISON
Or fut le roi, durant cette maladie, par défaut de repos, tant affaibli, que ses spirituels sensitifs entrèrent en rêverie, et après divers propos demanda Madame Claude, sa fille, laquelle lui fut présentée par madame de Tournon, sa gouvernante; puis voulut avoir son épée et une javehne dont il lui souvint lors. Pour lui complaire, lui fut baillé, en lieu de ce, quelque bàtouj lequel voulut bailler à Madame Claude, disant que nul autre qu'elle, s'il ne voulait incontinent mourir, y touchât; mais cette dame de Tournon, voulant aider à soutenir celui bâton, y toucha; ce que le roi avisa, et dit qu'elle était morte, puisqu'à ce bâton avait touché. Dont ses médecins et ceux qui autour de lui étaient, pour soutenir son dire
MORT DE LA DAME TUOMASSINE SPINOLA Bi
et aider à son imagination, lui dirent qu'il était vrai, et la firent ôter de là et cacher par un temps, et puis ramener devant lui, de quoi s'émerveilla en disant qu'il pensait qu'elle fût pieça morte, laquelle dit, pour toujours lui complaire, qu'il était vrai, et que, après sa mort, avait été en paradis, où Notre-Dame l'avait ressuscitée, laquelle mandait au roi qu'il bût et mangeât, et que tantôt serait guéri; ce qu'il fit, et peu après reposa bien à point, dont ses médecins, qui toute peine prenaient à lui secourir, furent joyeux, et peu à peu, à l'aide de Dieu, le mirent sus; dont tout le peuple du royaume de France rendit grâces à Notre-Seigneur.