FERDINAND DEMANDE UNE ENTREVUE AU ROI
armée, pour courir sus aux Vénitiens. El le seigneur Jean- Jacques de Trivulce, avec cinq cents hommes d'armes, et quatre ou cinq mille hommes de pied, alla sur la frontière, pour les secourir, ainsi que le roi l'avait promis. Et tellement s'y portèrent les Français, et si vertueusement, que ledit roi des Romains ne gagna rien en son entreprise, mais y eut beaucoup plus de dommage que de profit. Et fut le tout par la vertu des gens du roi. Car s'ils n'y eussent été, les Vénitiens étaient si très ébahis, et faillis de courage, que dès l'heure eussent baillé la carie blanche.
§ 2. — FEBDINAND LE CATHOUQUE DEMANDE UNE ENTREVUE AU ROI DE FRANCE. — ÉCHANGE d'aMBASSADES.
(Jean d'Auton.)
Le catholique roi, Ferrand d'Aragon, étant lors en son royaume de Naples, avec sa femme, Anne-Germaine de Foix, nièce du roi, sachant tout au vrai les honorables victoires obtenues par le roi et les louables triomphes, dit qu'il s'en voulait aller en son pays d'Espagne, et qu'il s'en irait par mer où lui fallait passer par le plus court, et assez près des pays du roi en mer; sur quoi avisa et se délibéra de voir le roi à la passée, non seulement pour Fenvie qu'il avait de le voir, mais pour crainte qu'il avait de sa puissance, qui lors occupait la mer et la terre par où il lui fallait passer; par quoi lui envoya messages audit lieu de Milan, et lettres contenant comment il était sur son parlement pour s'en aller en ses pays d'Espagne, et qu'il désirait surtout à le voir et parler à lui à Gènes ou à Savone, ou en quelque autre lieu qu'il lui plairait. De quoi le roi fut
très joyeux ; disant auxdits messagers que, s'il venait, il s'essayerait de le recueillir honorablement, et le traiter à plaisir, et que le très bien fût-il venu ; et au surplus penserait le lieu plus à main et pour Taise dudit roi d'Aragon; ce qu'il fit, concluant qu'à Savone, ville, sur port de mer, de sa Seigneurie de Gênes, le recevrait, et que là parleraient ensemble ; et dès lors envoya Gaston, comte de Foix, frère de la reine d'Aragon, avec lui James, l'infant de Foix, et autres seigneurs de France, pour aller au devant dudit roi d'Aragon et accompagner le comte de Foix, auquel dit le roi : « Allez vous embarquer à Savone et prenez galères et brigandins pour vous mener jusque là où sera le roi d'Aragon, et lui dites qu'audit lieu de Savone me trouvera, lorsque je saurai sa venue ; et me mandez incontinent par vos cursoires toutes nouvelles, et le plus tôt que pourrez. » Ce dit, le comte de Foix et ses gens s'en allèrent embarquer et se mirent sur mer, tirant sur le chemin où pensaient passer le roi d'Aragon. Après qu'ils eurent navigué deux journées, le comte de Foix, qui était bien jeune, et n'avait accoutumé la marine, se sentit malade de fièvres; par quoi fallut prendre terre et se reposer quelque temps ; et pourtant envoya cursoires en mer, pour savoir si ledit roi d'Aragon était prêt : lesquels surent que tantôt monterait en mer, et que, vers la fête de saint Jean-Baptiste, serait à Savone, où le roi lui avait déjà mandé qu'il se trouverait: