‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 245 sur 329 · VOYAGE DU ROI EN BOURGOGNE · texte numérisé non relu

VOYAGE DU ROI EN BOURGOGNE

homme-là, voire aussi sagement qu'eût su faire un avocat en parlement : « Il est si sage, il maintient justice, et nous fait vivre en paix et a ôté la pillerie des gens d'armes, et gouverne mieux que jamais roi ne fit. Je prie à Dieu, fit-il, qu'il lui donne bonne vie et longue. » Et j'ai voulu mettre son dire par écrit, pour ce que ce fut bien parlé pour un homme des champs. Et faut entendre qu'il disait cela tant pour lui que pour les autres. Et en un autre lieu nommé Bar-sur- Seine, où ils ont été autrefois les plus forts Bourguignons qu'on sût trouver, ainsi que le roi allait voir le château après souper, le gentilhomme dessusdit ouït comme un de ceux du pays demandait à un autre s'il avait point vu ledit seigneur, et il répondit que non. « Tu es donc, ce lui dit-il, bien malheureux, et seras encore plus si tu ne le vois avant qu'il s'en aille. » Et par cela peut-on considérer que c'est grand heur à notre prince que, par ses bienfaits, il a acquis les cœurs de ceux qui autrefois ont été tant ennemis de ses prédécesseurs. Car par toute la Bourgogne, et à Dijon et ailleurs, on le faisait de même, et se réputaient ceux-là heureux qui le pouvaient voir. Ledit seigneur séjourna à Dijon trois ou quatre jours, puis passa par Auxonne, pour voir quelque réparation qu'il y fallait faire. Et là se mit sur la rivière pour aller à Lyon, afin d'avoir plus souvent nouvelles de son armée d'Italie. Et auparavant monseigneur de Nemours était parti pour s'en aller de là les monts, et avec lui monseigneur de Lautrec, le prince de Tallemont, et en leur compagnie beaucoup de gens de bien. Et depuis François monseigneur de Bourbon y alla, et aussi fit le duc d'Albanie. Il n'est aucune telle nation que les Français, qui, par gentillesse de cœur, ne craignent travail, ni peine, ni aucune aventure quelconque pour acquérir honneur. Le roi

ne séjourna que cinq ou six jours à Lyon, qu'il ne s'en allât au Dauphiné, pour chasser et passer le temps.

§ 25. — MORT DU CARDINAL d'AMBOISB.

(25 mai 1510.)

Et étant à Colombiers par un samedi, vingt-cinquième jour de mai, il eut nouvelles que messire George d'Amboise, cardinal, et légat en France, et le principal dé son conseil, avait laissé toutes les affaires de par deçà, pour s'en aller de par delà rendre compte devant la divine justice et souveralae vérité. J'ai ouï dire à ceux qui étaient à son trépas qu'il mourut très bon chrétien. Et lui-même disait un hymne de la croix, qu'on chante au temps de la Passion, et rendit l'esprit, en disant : Credo in Bew», Il est bien heureux, s'il a envoyé de bons fourriers devers le grand maréchal du logis, qui les départ â chacun selon ce qu'il a mérité, et leur baille lieu et degré en la cité perdurable, où seront et demeureront à jamais perpétuellement ceux qui auront en ce monde vécu en rectitude de justice. En ce lieu-là est l'abondance de toute joie indicible, qui durera éternellement. Les sages y doivent bien penser. Car c'est peu de chose que de la gloire de ce monde, qui n'est fondée en sûreté quelconque. Le roi le plaignit fort et il avait raison. Car ce n'est pas peu de perte à un grand maître que de perdre un bon serviteur. Ledit seigneur fît faire au corps du dessusdit légat tout l'honneur qu'il était possible. Et envoya monseigneur, monseigneur de Lorraine et tous les autres seigneurs qui étaient en cour, pour être à son service, qui fut beau et solennel. Lesdits seigneurs accompagnèrent

Tombeau des cardinaux d*Amboise dans la cathédrale de Rouen. (OEuvre de Rouland Leroux, « maître maçon de la cathédrale ».)

ii6 LA LIGUE DE CAMBRAI

le corps tout du long de la ville de Lyon, et aussi firent tous les autres gens d'apparence qui y étaient. Et y avait les cent archers de la garde, sous la charge de messire Gabriel de la Châtre.

§ 26. — AFFAIRES D'iTALIE.

Les nouvelles en furent dites à monseigneur le grand maître. On doit penser s'il en fut dolent, et il en avait cause. Toutefois il ne laissa a poursuivre l'affaire dont il avait la charge, et s'y acquitta très loyalement et honnêtement. Monseigneur le duc de Nemours et lui allèrent mettre le siège devant Lignago, où il y a deux forts, et y passe la rivière entre deux. Les Vénitiens y avaient mis grosse garnison, et pensaient qu'elle dût tenir contre une grande puissance un an et plus. Mais en quatre ou cinq jours le tout fut pris par force et furent contraints de se retirer jusque vers Padoue.

§ 27. — NAISSANCE DE RENÉE DE FRAxNCE.

Les nouvelles en furent apportées au roi à la Héronière. Et quand il vit que ce qu'il avait entrepris de faire pour cette saison était accompli selon son intention, il ne mit guère à être à Lyon, dont il partit avant jour, et fit si bonne diligence par terre et par eau, qu'il fut en quatre ou cinq jours à Blois. Et ceux qui ne purent aller si vite demeurèrent derrière. A son arrivée, il trouva la reine fort enceinte. Et n'est aucunes autres gens qui sussent faire si bonne chère l'un à l'autre qu'ils s'entrefirent, et font toujours quand ils sont ensemble. La très noble prin-

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