SUITE DU VOYAGE JUSQU'A ORLÉANS
Le lendemain vingt-huitième jour dudit mois, partit de Paris Farchiduc, et alla coucher à Montlehery, auquel lieu se trouva l'archiduchesse, qui avait couché à Lonjumeau : cedit jour, et le jour de devant, elle avait vêtu une robe de satin cramoisi broché, et doublé de velours noir.
Le vingt-neuvième jour dudit mois, veille de Saint- André, Farchiduc et Farchiduchesse partirent de Montlehery de bon matin avec toute la bande, réservé monsieur de Nevers et le prince d'Orange, qui étaient denieurés à Paris, et venaient toujours une journée derrière pour la presse des logis, et allèrent lesdits archiducs dîner à Étampes ; et pour ce jour, ni le jour de Saint-André, ne bougèrent de ce lieu, et furent logés lesdits archiduc et archiduchesse aux Trois -Rois, et allèrent ce jour à vêpres en la grande église.
Le lendemain dernier jour de novembre , jour Saint-André, Farchiduc et Farchiduchesse allèrent ouïr la messe en Féglise où ils avaient ouï vêpres le jour précédent, et fut chantée la messe par les chantres dudit archiduc et son organiste : ce jour ce faisait grande fête, pour ce que c'est le jour qu'ils tiennent leur fête de la Toison; et alla ce même jour ledit sieur à Foffrande, qui fut portée par monsieur de Reux; et pareillement y allèrent ceux qui étaient là portant la Toison, dont pour lors n'y en avait que quatre, lesquels allaient en ordre selon qu'ils étaient anciens reçus. Et pour le premier y alla le sieur de Bergues, Hugues de Melun, Philippe bâtard de Bourgogne, amiral et grand maître, et après monsieur de Luxembourg, sieur de Ville. L'archiduchesse ni autres
n'y allèrent, et n'y fut sinon les dessus nommés. Après l'offrande faite y eut prédication par un jacobin, confesseur de Farchiduc, et, la messe dite, chacun s'en retourna dîner. Pour ce jour dînèrent lesdits seigneurs portant la Toison avec l'archiduc; après le dîner, cet archiduc alla aux champs, et l'archiduchesse ouït vêpres comme le jour précédent; à son retour, elle vint voir madame de Vendôme, laquelle était malade en son logis, qui était chez le grainetier de la ville, et le demeurant du jour ne fut fait autre chose digne de mémoire. L'archiduchesse avait vêtu, pour ce jour, une robe de velours noir, fourrée d'agneaux noirs.
Le premier jour de décembre, partit la compagnie, et s'en alla dîner à Angerville, et le lendemain après allèrent à Arthenay au gîte. Ces deux jours ne fut fait autre chose digue de mémoire, ni ne se trouvèrent les compagnies ensemble pour les mauvais logis; car, comme dessus est dit, le sieur de Nevers et le prince d'Orange étaient demeurés derrière. Monsieur de Grutuze et plusieurs gens de quaUté, qui s'étaient trouvés à Paris, étaient deux journées devant : monsieur de Ligny se tirait à l'écart, combien qu'il n'était jour qu'il ne se trouvât vers l'archiduc au partement de son logis, et le conduisait jusqu'au gîte, et de là se tirait à l'écart. Et pareillement était madame de Vendôme, logée d'un autre côté; et du train de l'archiduc étaient plusieurs bandes, dont messieurs de Besançon et de Chievres, avec ceux du Conseil, allaient une journée devant; Philippe le Bâtard avec unebaudede gentilshommes; les comtes Palatin et de Nassau, en une autre bande ; tellement que toute la Beauce était environnée de sjens.