OBSÈQUES DU ROI HENRI II
dit le comte, « il ne la lui a pas donnée, il la lui a seulement a promise, mais je la lui donne gratuitement, elle et la terre. » Tous Ten remercièrent. Puis le chancelier déclara que le roi avait donné l'héritière de Châteauroux à Baudouin de Béthune, celle de J^ancastre, que le Maréchal avait en garde, à Gilebert fils Rainfroi^ ; celle qu'avait ce dernier à Renaut fils Herbert 2; enfin il avait donné Lillebonne à Renaut de Dammartin^. Le comte répondit ; « J'ai donné à André de Ghauvigni Ghâteau- « roux et l'héritière^; mais que Baudouin soit sans inquiétude, « je lui donnerai telle chose dont il sera satisfait. Pour Renaut a de Dammartin et Gilebert fils Rainfroi [940^], je confirme a les dons qui leur ont été faits par mon père; de même pour « Renaut fils Herbert, à qui je ferai plus de bien encore que a mon père ne lui en a fait. » Sur ce, ils se séparèrent. Le lendemain, le roi d'Angleterre fut mis en terre avec honneur. Mais il se trouva, lorsqu^on l'eut revêtu des insignes royaux, qu'il n'eut pas une couronne aussi riche qu'il convenait. On n'avait
1. Plus exactement « Gilebert fils de Roger fils Rainfroi. » Ben. Peterb., II, 73 : « Concessit... Gilleberto (ilio Rogeri filii Rainfrei fiiiam Willelmi de Lancastre, dapifero régis patris sui. » Guillaume de Lancastre, sénéchal du roi Henri II, mourut en 1184 ; voy. Monasticon anglicanum, V, 909. Roger fils Rainfroi était juge errant en 117G (Ben. Peterb., I, 107). n vivait encore en 1191 (Ben. Peterb., II, 223; cf. Edw. Foss, The Judges of England, I, 364-366). Son fils, Gilbert fils Rainfroi (car il est ainsi nommé dans les actes comme dans le poème), est témoin à un assez grand nombre de chartes du roi Henri depuis 1180. La dernière où il figure fut passée à Chinon le 5 juillet 1189, la veille de la mort du roi {Monasticon anglicanum, Vil, 920 ; cf. Eyton, p. 97). Il y est qualifié de sénéchal {dapifer). Il épousa, en eflet, vers l'époque ici indiquée, Helwis, fille de Guillaume de Lancastre (Dugdale, Baronage, I, 421-422). Il paraît en divers documents du temps de Richard I"; par exemple, dans les Pedes finium de la septième année de Richard (1195, Pipe Roll Soc, XVII, n" 70).
2. Renaut fils Herbert était fils de Herbert fils Herbert ; voy. Dugdale, Baronage, 1, 624.
3. Renaut de Dammartin possédait en effet Lillebonne, qu'il se réserva lorsqu'il donna à Philippe Hurepel, fils de Philippe-Auguste, époux de sa fille Malhilde, ses terres du pays de Caux (acte de mai 1210, dans Teulet, Layettes du Trésor, n" 925-926 ; cf. Delisle, Cat. des actes de Philippe- Auguste, n" 1217-1218).
4. 11 devint par suite homme du roi de France, à qui le roi Jean lui enjoignit de prêter hommage (Bouquet, XVIII, 88, note g; Rot. chart.,1, %A, lettre du 23 mai 1200; cf. Raynal, Hist. du Berry, II, 101).
iîO DÉPART DU MARÉCHAL POUR L'ANGLETERRE. [1189
pas non plus d^anneau à lui passer au doigt*. Mais Hue de Samford^, qui était son valet, apporta un précieux anneau, disant que le roi le lui avait donné à garder récemment et que c'était tout ce qu'il avait de lui [9432].
Quand les obsèques furent terminées, chacun rentra chez soi ou se rendit à ses affaires. Le Maréchal et Gilebert Piparfr allèrent coucher à Mouliherne^, et de là, à grandes journées, se dirigèrent vers l'Angleterre. Le comte de Poitiers alla coucher à Saumur [9446].
Le Maréchal et les siens s'acheminèrent par le Maine, par la Normandie, jusque dans le pays de Gaux, pour saisir la terre et l'héritière que le roi lui avait données''. Ils couchèrent à
1. Cf. G. de Barri (XIII, xxxviii; OperOy VIII, 305) : « In crastino vero, cum ante altare principale corpus sépultures traditur {corr. traderetur) vix annulus digito, vix sceptrura manui, vix capiti corona, sicut decuit, quia de aurifrigio quodam {corr. quedam) veteri inventa fuit, vix uUa prorsus insignia regalia, nisi per emendicata demum suffragia, eaque minus congruentia, suppeliere. >
2. 11 est difQcile d'identifler ce Hue de Samford, qui ne figure pas, à ma connaissance, dans les actes de Henri II. Peut-être était-il frère d'un Thomas de Samford, homme du Maréchal au temps du roi Jean, qui parait plus loin (vv. 13362, 13400, 14327, 15246), et de Richard de Samford, qui était avec les Français, en 1217, à la bataille de Lincoln (v. 16977). Il y avait, en effet, au temps du roi Jean trois frères appelés Hue, Thomas et Richard de Samford, comme on le voit par une lettre close de Jean : « Rex Thome de Samford... Mitlimus ad vos Hugonein de Samford, fratrem vestrum... et mitlatis simul cum illis Ricardum de Samford, fratrem vestrum ad nos... » {Rot. litt. claus., p. 133, 26 mai 1213). Hue de Samford est témoin à divers actes de Jean {Rot. chart., p. 188, 201) et à un acte de Guillaume le Maréchal en faveur du prieuré de Longueville, en 1200, où figure, en la même qualité, Jean d'Erlée. Je dois à M. J.-H. Round la connaissance de cet acte, dont l'original est conservé aux archives de la Seine-Inférieure.