IL RESTE LONGTEMPS ECUYER
sin germain. U ÛL préparer l'équipage de Guillaume comme il convienl de faire pour un gentilhomme qui va chercher fortune à rélranger [754].
Guillaume se mit en route, ne menant avec lui pour toute suite qu'un valet et un garçon <. Le monde n'était pas alors aussi orgueilleux que de nos Jours. Un fils de roi chevauchait, sa chape troussée^, sans plus d'équipage; présentement, U n'y a guère écuyer qui ne veuille avoir une bête de somme [768].
Je ne veux pas m'arréter à faire l'histoire des années pendant lesquelles Guillaume fut écuyer. On dit qu'il resta bien huit ans entiers dans cette position^. On trouvait qu'il ne faisait que boire, manger et dormir, a De quoi nous sert ici ce Guillaume « gâte-viande^ ?» se demandait-on l'un à l'autre. Le Chambellan l6 savait bien, et ces paroles ne lui plaisaient guère. 11 les écoutait en souriant et disait après un instant de silence : « 11 saura « bien tirer fève de pot' I c'est mon neveu et mon ami. Vous ne
pas être revenn. Voyez, sur l'histoire de ce personnage, Deville, Histoire du château et des sires de Tancarvilley Roaen, 1834, p. 124 et sui?.
1. Le garçon est proprement un domestique; le valet est un jeune homme de bonne famille, un compagnon plutôt qu'un serviteur.
"L C'est-à-dire son manteau roulé et porté en bandoulière.
3. Le manuscrit (v. 772) porte vint. Je propose de lire uit^ correction très légère, parce qu'il n'est pas possible qu'il se soit écoulé vingt ans depuis le moment où Guillaume a pu être écuyer jusqu'à celui où il fut fait chevalier. On vient de voir qu'il fut envoyé au chambellan de Tancarville après le couronnement de Henri II, c'est-à-dire postérieurement au 19 décembre 1154. Né au plus tôt en 1143, puisqu'il était le second enfant d'un mariage qui ne peut avoir eu lieu avant la fin de 1141 (voy. V. 372 et suiv.), il eût été trop jeune en 1154 ou même en 1155 pour remplir les fonctions d'écuyer. Il peut avoir été envoyé à cette époque au comte de Tancarville, mais il n'est pas probable qu'il ait été dès lors écuyer. Or, l'affaire de Drincourt que le poète va rapporter est de juillet 1173, et dès ce moment Guillaume était chevalier. Il est donc impossible qu'il soit resté écuyer pendant vingt années. Même avec celte correction, la chronologie du poème reste ici bien confuse. Nous allons assister à des événements qui appartiennent aux années 1173 et 1174, pour revenir ensuite à 1168.
4. Cf. les surnoms, devenus noms de famille, Gasteblé, Gastevin^ et, en provençal, Guaslapas.
5. Expression analogue à i trouver la fève au gâteau » (Le Roux de Lincy, Livre des proverbes, 2* éd., 1, 72; cf. Cotgrave).
li73J DRINCOURT ATTAQUÉ PAR LE COMTE DE FLANDRE. 15
a savez pas qui je nourris là. » 11 était d'ailleurs plein de bonté pour lui, ce qui excitait la jalousie des autres. Lui, toutefois, se taisait. Il était si doux et débonnaire qu'il ne faisait pas semblant d'entendre le mal qu'on disait de lui [804].
En ce temps, le roi Henri fut en guerre avec le roi [de France] Louis. Ce fut une guerre cruelle. On fortifia les marches. De Bonsmoulins^ à Arques^, il n'y eut château qui ne fût bien garni. Le Chambellan était à Drincourt ^, où il tint une riche cour. Là fut fait chevalier Guillaume le Maréchal. Le Chambellan lui ceignit l'épée, dont par la suite il donna maint coup. Dieu lui accorda telle grâce que, dans toutes les aiïaires auxquelles il prit part, il se distingua par ses exploits [820].
Avec le comte d'Eu* il y eut une partie des chevaliers de Normandie et aussi le connétable, mais il s'éloigna de la ville (Drincourt) dès qu'il eut appris que le comte de Flandre arrivait, avec le comte Mathieu de Boulogne^, le comte de Ponthieu*' et Bernard de Saint-Valeri'. On cria : « Aux armes! aux armes !