H98] DÉFAITE DES FRANÇAIS PRÈS DE GISORS
Richard apprit avec joie que le roi de France chevauchait en hâte vers Gisors [>I0928]. Il s'empressa de monter à cheval avec ses gens; il passa la rivière^ sous Dangu^ et envoya en reconnaissance Marcadé^ et sire Hugue de Gorni '*, chevalier sage et hardi qui connaissait bien le pays, car il y était né [^0938].
Après un examen superficiel, Marcadé revint dire à Richard que le roi de France chevauchait vers Gisors à la tête d'une armée considérable. Mais Hugues de Gorni dit qu'à son estime la troupe ennemie n'était pas nombreuse, et il exhorta le roi à l'attaquer. Richard les fit retourner vers le gué avec Jean de Préaux, homme preux et vaillant, et galopa vers une hauteur, d*où il reconnut l'ost du roi de France. 11 n'en fit pas grand cas et appela ses hommes, qui se hâtèrent de venir à lui. Sans attendre que tout son monde fût réuni, il commanda la charge, et lui-même courut sur eux comme le lion afi'amé sur sa proie. Les Français furent déconfits, mis en déroute et beaucoup restèrent prisonniers. Sans la grande poussière qu'il faisait, car c'était en été, et sans le destin, qui ne permet pas ce qui ne doit pas être^, le roi de France eût été pris. Il fut pourchassé jusqu'à Gisors, où il trouva un refuge [1^023].
Parmi les prisonniers, il y eut beaucoup des chevaliers français les plus renommés. On sait assez ce qui arrive en pareil cas : quand arrive la déconfiture, les plus vaillants sont derrière; les autres, prenant soin de leur propre personne, s'en-