LE BUCENTAURE
Venise possédait une galère sacrée, le Bucentaure, emblème de sa puissance maritime ; l'énorme vaisseau, tout chargé de sculptures et entièrement doré, servait une fois l'an à renouveler la célébration d'un mariage entre le Doge et l'Adriatique : au jour de l'Ascension, en grande pompe, il gagnait le large, et le Doge jetait son anneau dans la mer qu'il épousait, atin de l'asservir à son autorité maritale. Cet anneau nuptial avait été offert à la république, en n 72, par le pape Alexandre III, en reconnaissance du secours et de l'hospitalité qu'il en avait reçus. Peut-être la cérémonie des noces remonte à cette date, mais les prétentions maritimes de Venise lui sont antérieures ; elles s'affirmaient depuis deux siècles : en 998, elle avait déjà conquis l'empire de l'Adriatique, empire qu'elle allait bientôt étendre à la Méditerranée, et que durant le moyen âge elle conserva jalousement, contre tous, Chrétiens ou Musulmans. Étrangère à tous les peuples d'alentour, cette colonie d'Asiatiques qui s'était — peut-être avant la fondation de Rome — implantée sur ses lagunes, joua entre les deux mondes de l'Orient et de TOccident le rôle d'un intermédiaire commercial ; son trafic lui valut d'immenses richesses et une grandeur formidable dont elle usa sans pitié pour ses amis ou ses vaincus, quels qu'ils fussent, mais avec un orgueil et un égoïsme féroces. Au début du xvme siècle, cette république de marchands que sa prospérité même vouait à l'excès des jouissances se donna toute aux fêtes ; dans un carnaval qui dura cent années, elle trouva sa mort. En 1797, Bonaparte entra dans la ville des Doges, et le symbolique Bucentaure fut solennellement brûlé en signe d'abolition de la puissance vénitienne.
De rares fragments en furent sauvés par la piété patriotique
de quelques citoyens : le comte Molino, gouverneur de l'Arse al, qui avait été chargé de la cruelle exécution, put recueillir deux figures décorant le château d'arrière ; son fils offrit Tune d'elles à la bibliothèque de Venise, l'autre au musée de Cluny.
Salle X — Ferronnerie
A l entrée de la salle :
Grille en fer forgé. Art français, xive siècle.
Grille articulée en fer forgé. Art italien, XVe siècle. Provient de Vérone.
Marteaux de porte, en fer et en bronze. Art français, italien, allemand, du XVe au XVIIe siècle.
En des vitrines plates, à droite de l'entrée ; première vitrine :
Collection Des Mazis, serrurerie française et allemande du xve au xvne siècle.
Serrure de porte, à verrous, en fer forgé, avec inscriptions religieuses : « IHS. Ave Maria gratia plena. » Art français, XVe siècle.
Serrure de coffre, en fer forgé et ciselé. Art français, xve siècle.
Clefs françaises, en fer et en acier, ciselé, gravé, repercé à jour, des xvie et XVIIe siècles.
l'acier
L'acier est un fer combiné de carbone, à i ou 2 pour 100, et devenu non ductile, non malléable, mais dur et fragile. Le- Croisades rapportèrent l'acier de Damas, qui resta le plus réputé durant tout le moyen âge. Pendant la Renaissance, l'Allemagne et l'Italie du Nord, ainsi que la Hongrie, produisirent des aciers remarquables ; les armures de Milan étaient les plus appréciées et leur prix s'éleva très haut ; sur le champ de bataille, les chevaliers vainqueurs n'hésitaient point à dépouiller de leurs armures les chevaliers vaincus, et s'en faisaient gloire. Au xviue siècle, la faveur passa aux fabriques
d'Angleterre et de Suède. La première mention qui soit connue d'un acier français ne remonte qu'à 1609.
Clefs à peigne, pièces de maîtrise, des mêmes époques.
Deuxième vitrine plate :
Serrure rustique en bois. France, xive siècle.
Grande serrure de coffre en fer forgé. Allemagne, xvie siècle.
Serrures de meubles en fer forgé et ciselé. Art français et allemand, XVe et commencement du XVIe siècle.
Clef de chambellan.