LES ÉMAUX PEINTS
Les procédés de cet art comportent également plusieurs phases : tout d'abord une peinture en grisaille, obtenue par des émaux ombrants, est repeinte à l'aide d'émaux translucides qui la colorent diversement ; des hachures, exécutées au pinceau avec de l'or en coquille, la rehaussent, rappelant les parties métalliques de nos anciens champlevés. Plus tard, vers 1520. apparaissent les grisailles, obtenues par une couche d'émail foncé, qu'on fixe par un premier feu, et sur laquelle le dessin s'exécute en blanc (second feu), pour être finalement retouché, précisé, renforcé, doré ou non (troisième feu). Enfin de véritables tableaux sont directement exécutés sur la plaque avec des pâtes d'émail de diverses couleurs.
Les origines de l'émail peint sont contestées et plusieurs points restent obscurs dans l'histoire de cet art : Montvaerni, qui fut longtemps considéré comme le plus ancien des artistes
limousins, n'a jamais existé. Les œuvres qu'on lui attribue remontent seulement au dernier quart du xve ou même au début du xvie siècle. Nos renseignements ne sont précis qu'à dater de Nardon Pénicaud (1495). Dès lors nous voyons, comme an temps des champlevés, des familles d'artistes constituer, de pire en fils, de véritables dynasties qui vont oeuvrer pendant trois siècles : les Pénicaud, les Nouailher, les Court, les Courteys, les Limosin, les Pape, les Laudin, etc. Cette seconde école de Limoges fut magnifique au xvie siècle et produisit des chefs-d'œuvre ; les collections de Cluny permettent d'en suivre la décadence, qui est déjà sensible à l'époque de Louis XIII, et pleinement caractérisée sous Louis XIV : ce qui naguère fut un art n'est plus alors qu'une industrie. Bientôt Limoges ne se souviendra de sa gloire ancienne que pour fabriquer des assiettes.
Dans la première vitrtne plate :
Pitié. Email peint, dit de Montvaerni. Art français. Limoges, seconde moitié du XVe siècle.
La Vierge et l'Enfant. Limoges, fin du xve siècle.
Le Calvaire. Email peint, par Nardon Pénicaud. Limoges, 1503. (La seule œuvre de cet artiste qui soit signée et datée.)
Mater dolorosa, attribué à Jean Ier Pénicaud. Limoges, commencement du xvie siècle.
Diptyque. Le Christ et la Vierge, même artiste.
Portement de Croix et le Calvaire, attribué à Jean Ier Pénicaud. Commencement du xvie siècle.
Triptyque (Motif central, l'Adoration des mages; volets, la Sainte Famille et la Présentation au Temple). Atelier des Pénicaud (pièce capitale d'une série caractérisée par des personnages dont le front est très développé).
Dans la seconde vitrine haute :
Onze médaillons ovales, émaux peints représentant des scènes de la Passion, par Léonard Limosin, vers 1550.
Portrait de la reine Eléonore (épouse de François Ier et sœur de Charles-Quint), par Léonard Limosin, daté 1536.
i24 -- MUSÉE DE CLUNY
Cette pièce et les deux suivantes attestent la maîtrise de l'illustre émailleur; elles marquent l'apogée d'un art qui ne tardera plus guère à dégénérer.
Portraits de Claude de Lorraine, duc de Guise, et d'Antoinette de Bourbon, duchesse de Guise, par Léonard Limosin. Proviennent de l'hospice de Joinville.
Collection de coupes, assiettes, gobelets; œuvres de Limoges, xvie siècle, ateliers des Reymond, Pénicaud, Courteys, Mouret, Laudin, etc.
Scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament, émaux peints par Couly Noylier, les Reymond, etc., XVIe siècle.
En une vitrine plate :
Triptyque composite, présentant, en motif central, Catherine de Médicis, veuve, dans son oratoire, auteur inconnu ; sur les volets, médaillons en grisaille par Jean III Pénicaud, médaillons polychromes par Pierre Reymond. xvie siècle.
Emaux peints en grisaille, œuvre de Limoges, xvie siècle, par Pierre Reymond, Jean III Pénicaud, Pierre Courteys.
Dans la troisième vitrine haute, au long de la verrière :
Emaux translucides, sur or, argent et cuivre gravé. Art italien, xve et xvie siècle.
Emaux peints de Limoges, xvie siècle, par Couly Noylier, Pierre Reymond, H. Poncet, Martin Didier.
Emaux peints de Limoges, fin du xvie etxvne siècle, par Suzanne de Court, Noël I Laudin, et Jacques II Laudin.
Coupes, coffrets, salières; émaux de Limoges, xvie siècle.
Tasses, gobelets, chandeliers, salières; émaux vénitiens, russes, anglais, des xvne et xvme siècles.
En deux vitrines plates, à l'angle nord-est, avoisinant la cheminée :
Plaques et médaillons, râpes à tabac, plaques de
bourses, etc. Emaux peints des xvneet xvine siècles, par Noël I, Noël II et Jacques II Laudin, Pierre II, Joseph et Jean Baptiste Nouailher.
Baisers de Paix, et fragments décoratifs. Émaux français, italiens et allemands, des xvie etxvne siècles.
Tournant le dos à la cheminée et redescendant à travers la salle, le visiteur rencontre , en avant de la tapisserie et au fond de la salle, cinq vitrines cubiques:
Orfèvrerie religieuse du xie au xvne siècle.
Première vitrine cubique, à di oite de la baie d'entrée :
Deux croix en bronze ciselé et doré, art allemand ; l'une de la fin du xie siècle, l'autre de la fin du xne.
Les quatre fleuves du Paradis, plaque d'évangéliaire en cuivre ajouré, ciselé et doré. Art français, xne siècle.
Figures d'applique, la Cène, la Flagellation, la Vierge, un Diacre, etc., œuvre de Limoges, xme siècle.