‹ L'histoire de la France expliqueée au Musée de ClunyChapitre 74 sur 92 · LE CABINET · texte numérisé non relu

LE CABINET

Ce meuble, apparu au xvie siècle, n'est d'abord qu'une transformation du bahut, réduit de formes et portatif comme lui, posé sur une table qui lui est destinée et dont les pieds sont de nombre et de hauteur variables; bientôt il adhère à ces pieds, et le meuble nouveau, qui procédait du coffre, prend alors quelqr.es caractères de l'ancienne crédence. Mais, en dépit de ces transformations extérieures, il reste intérieurement muni de compartiments ou de tiroirs, et sert à ranger les objets précieux. Sa décoration est presque toujours luxueuse. Florence, au xvie siècle, l'orne de marqueteries en marbres multicolores ou en pierres rares ; en France, l'époque de Louis XIII affectionne les cabinets en bois d'ébène, plaqués d'ivoire, et cette sévérité de couleur dans le meuble correspond logiquement à la sévérité du costume, dont les velours sombres sont rehaussés de toile blanche. Sous Louis XIV, le luxe général abolit ces austérités : dès lors nous voyons se multiplier les bois des îles, les applications de pierres brillantes ou de métaux, les marqueteries de Boulle, les vernis de la Chine qui seront tout à l'heure imités par les nôtres ; le cabinet s'illustre de toutes les splendeurs possibles, parce qu'il est par excellence le meuble familier, intime, des plus nobles dames et des plus hauts seigneurs.

Cabinet vénitien, xvne siècle.

Trois statues en pierre : saint Savinien, l'Astronomie, sainte Savine (?). Atelier de Jacques Juliot de Troyes. Art français, milieu du xvie siècle.

Treize devants de coffres de mariage, panneaux peints à rehauts d'or. Art italien, XVe et xvie siècle. (Pièces célèbres, provenant de la collection Campana. Voir la notice du Coffre, salle III.)

Parement d'autel, broderie en perles de verre. Art français, fin du xvne siècle.

La Vierge. Verre peint et doré. Art italien, xve siècle.

Petits bas-reliefs en albâtre. Art flamand (Malines), un du xvie et première moitié dujcvii6 siècle.

La Messe de saint Grégoire. Triptyque. Art flamand, seconde moitié du XVe siècle.

l'origine du thbatre

Toujours le théâtre est issu du temple. De même que, dans le paganisme grec, les fêtes de Dyonisios engendrèrent la tragédie, de même les deux anniversaires du Christ, — Noël et Pâques, naissance et mort, — ont engendré chez nous deux séries de drames qui ne tendaient d'abord qu'à rendre plus accessible et plus claire, plus émouvante aussi, l'intelligence des symboles : notre théâtre est sorti de là.

A l'aube du christianisme, le culte ne comporte aucun rite ; Les premiers adeptes se contentent d'un banquet annuel ; ces agapes, simple évocation de la Cène, ne sont qu'une fête de fraternité spirituelle. Bientôt, pour répondre aux besoins nouveaux de l'esprit, une cérémonie plus mystique apparaît, évoquant les phases diverses de la Passion : la Messe est un véritable drame que termine le sacrifice volontaire du Christ et que couronne le triomphe d'une apothéose. Cette institution de la Messe es1 désormais consacrée et elle se maintiendra, à travers les âges, mais il est bien inévitable que sa présentation se transforme •vec les besoins variables des époques et des pays, à mesure que la nouvelle religion se propage.

Au sortir de Rome, elle gagne les provinces ; elle y trouve des races jeunes, encore barbares, une enfance naïve et doulou reuse de peuples chez lesquels le symbolisme de Rome ne serait guère intelligible. Pour les émouvoir, une abstraction ne suffit pas; pour arriver à leurs esprits, il faut frapper leurs sens; par des tableaux, par des musiques, il faut intéresser leurs yeux et leurs oreilles : voir et entendre seront une incitation à comprendre ; l'élément visible facilitera l'intelligence, et l'élé-j ment musical rendra la compréhension plus intense. Or le mythe chrétien repose sur deux idées essentielles, l'Incarnation et la Rédemption ; Dieu se fait homme et souffre pour racheter les hommes. Les deux actions distinctes, Nativité et Passion, ont deux cadres distincts, Bethléem et le Golgotha : autour <le ces deux faits, deux groupes de symboles vont pouvoir se

coordonner, deux séries de drames vont s'agiter. Aux deuxfêtes qui commémorent ces deux événements, à Noël comme à Pâques, la Messe prendra un caractère spécial, et la foi s'ingéniera à célébrer, du mieux qu'elle pourra, ces deux instants solennels. Au ixe siècle, notre Messe de Noël est déjà un tableau vivant où les clercs travestis en prophètes se rangent autour de l'officiant qui lit la narration du divin holocauste.

Cette immobilité des comparses ne suffira pas longtemps ; une troisième époque est imminente où ces comparses travertis, afin de mieux revivre les minutes de leur rôle, se mettront à bouger ; et voici des scènes mimées. — Mais leur importance croissante va nécessiter un cadre plus vaste, et ce sera la quatrième époque ; du maître-autel où elles se tenaient naguère, elles se transportent au parvis, où elles auront plus de place pour évoluer. Une estrade devient indispensable ; le premier théâtre est bâti, encore contre l'église, mais déjà hors de l'église. C'est alors que, pour rendre les scènes plus compréhensibles, quelques mots de langue française s'ajoutent aux paroles latines ; ainsi le texte tend à se populariser à mesure que la scène travaille à s'extérioriser.

A cette transformation des Noils, qui se donnent à Noël, une transformation identique correspond dans les Mystères qui se donnent à Pâques : une particularité leur est commune et elle aura une grande importance : les personnages que nous voyons se mouvoir et que nous entendons parler sont exclusivement des figures de second plan ; les personnes sacrées, la Vierge, le Christ, restent muets, car la vénération qu'ils inspirent interdirait de leur prêter des paroles humaines.

Cet empêchement même va devenir la cause d'un pas encore qui se fera dans l'évolution de l'idée. En effet, le cercle de ceux qui parlent va nécessairement s'élargir, et leur nombre se multipliera ; du même coup, nous enrichirons le répertoire des sujets à traiter. Donc, cinquième époque : des Saints s'adjoignent aux Prophètes ; ils sont en foule, et leur adjonction procure toute une série de drames qui sera illimitée : les Miracles. Car, avec eux, par eux, un monde nouveau apparaît, un monde riche de légendes populaires, et tout proche parent du nôtre. Ces saints furent hommes, comme nous ; ils ont vécu une vie presque semblable à la nôtre, parmi les incidents et les promiscuités de l'existence quotidienne. Ils vont donc nous fournir des éléments plus humains, plus réalistes, avec des scènes qui souvent oseront être triviales, burlesques, grossières ;

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les mœurs du temps pourront s'y dessiner en vigueur nette et brutale. L'Homme vient de monter sur le tréteau : il s'y exhibe dans toute sa faiblesse, dans sa misère multiforme, angoissante parfois et souvent ridicule. On rit, alentour ; on a le droit de rire I La Comédie est née.

Ainsi, de la Messe aux Noëls, des Noëls aux Mystères, des Mystères aux Miracles, le chemin se fait sans qu'on s'en aperçoive : partis du symbole divin, nous voici arrivés au spectacle purement humain. Sixième époque ; la raillerie latente au tréfonds du génie français va pouvoir maintenant s'en donner à cœur joie. Quand l'Eglise s'inquiétera de l'émancipation qui exagère, du scandale qui se multiplie, il sera trop tard. Septième époque : Henri III interdit les Mystères. Soit, on se contentera des Farces. Le tréteau, chassé du portail, ira s'édifier en ville. Il est libre ! En vain les comédiens seront excommuniés; le peuple a pris goût à leurs jeux. Par surcroît, l'imprimerie est inventée ; la littérature s'en mêle. Corneille, Molière, Racine surgissent comme autrefois Eschyle, Sophocle, Euripide, et Aristophane, pour nous montrer simplement le jeu des passions humaines.

Deux bureaux en bois incrusté d'étain. Art français, xviie siècle.

Au-dessus de la porte du palier :

Amortissement de cheminée. Pierre sculptée, par Corneille Floris. Art flamand, 1555. (Provient de la maison du sculpteur, à Anvers.)

A proximité de la porte :

Deux scènes de la Comédie Italienne. Emaux soufflés de Nevers, fin du xvir8 siècle.

Aux fenêtres :

Vitraux suisses des xvie et xvne siècles.

Salle XXVI, dite des Couronnes

Devant les fenêtres du côté nord, en deux vitrines plates : Vitrine de droite, bijoux du Ier au XIIe siècle :

Torques gaulois en or massif.

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