LES GANTS
Les gants étaient en usage dans l'antiquité, chez les Perses, les Grecs, les Romains, les Gaulois, mais nous ignorons la forme qu'on leur donna chez ces peuples divers. Au moyen âge ils apparaissent, non pas comme une part du vêtement, mais comme un insigne clérical et féodal. Tant que la nomî-
nation des évêques appartint aux seigneurs et que les évêchés furent concédés à titre de fief, par un suzerain à son vassal, les gants restèrent l'emblème de cette investiture ; ils perdirent ce caractère lorsqu'en 1058 le droit de choisir les évêques fut dévolu au pape. Dès lors, ils s'introduisirent dans le costume civil, et nous les voyons, à partir du xne siècle, constituer l'emblème du droit de fauconnerie, privilège de la haute noblesse. Au xme, ils acquéraient déjà un rôle moins spécialisé, mais sans perdre pourtant leur caractère seigneurial : « Jeter le gant », c'est défier; le « donner », c'est faire hommage, se rendre. Dans la Chanson de Roland, le preux blessé à mort et qui rend son âme à Dieu lève son gant vers le ciel. Quand, plus tard, cet accessoire du costume se sera vulgarisé, il gardera, dans la bourgeoisie même, un ressouvenir de sa noble origine : au xive siècle, on offre des gants comme étrennes, comme présent de noces, comme gage d une promesse ; les vestiges de ce rôle emblématique se retrouvent en maintes locutions : « en avoir les gants » (réussir), « se donner les gants » (se targuer d'avoir réussi), etc.
Bonnet du Doge de Venise Pierre Grimani (1741-1752).
Aumônière brodée, à personnages en relief. Art français, XIVe siècle.
Escarcelle de ceinture, brodée de soie et rehaussée de perles. France, xvie siècle.
l'escarcelle
Dans l'escarcelle pendue au côté (d'où l'expression coupeur de bourse), on range la bourse et divers objets ; bientôt on les rangera dans la ceinture même, puis dans la braguette (souvent énorme et d'où l'on tire des bonbons, des fruits qu'on offre aux dames), dans le pourpoint, dans le gousset de l'aisselle gauche. Les premières poches n'entrent en usage qu'avec les larges chausses du xvie. Mais l'escarcelle reparaîtra dans le costume féminin de la Révolution, alors que, pour imiter l'antique, les femmes presques nues adoptent les robes drapées, et reprennent du même coup le réticule des Romaines, que, par erreur, elles appellent ridicule.
Barrette ecclésiastique, brodée de soies et rehaussée de perles. France, xvie siècle.
DEUXIÈME ÉTAGE - 175 Bourses du xvi« au xvine siècle.
Au milieu de la salle en six vitrines plates :
Chasubles et chapes (Collection de), en velours et en soie, brodées de soie et d'or, sur fond rouge, bleu, blanc, etc. Art italien, flamand, français, espagnol, fin du xve et XVIe siècle.
LBS COULEURS
Les peuples orientaux attachaient volontiers un sens symbolique aux couleurs; l'Église et le moyen âge feront de même.
Les couleurs liturgiques, c'est à-dire canoniquement adoptées pour l'exercice du culte, étaient, le blanc : symbole de pureté; le vert, signifiant l'espérance en la vie future ; le rouge rappelant le sang des martyrs ; le noir, évoquant la mort. L'Église, épouse du Christ, porte un deuil éternel, et c'est pourquoi le? prêtres sont vêtus de noir. Mais cet emblème funèbre ne convient pas aux évêques, princes de l'Église triomphante ; en attestation du triomphe, ils porteront la pourpre impériale. (La pourpre, couleur violette, et non pas rouge vif, avait constitué, au temps des empereurs romains, le caractère distinctif de l'autorité souveraine ; elle était d'origine phénicienne, pourpre de Tyr, et s'extrayait d'un coquillage spécial aux côtes de cette région). Mais le violet, en devenant insigne épiscopal, comportera de ce fait une double idée de deuil et de souveraineté : donc les rois porteront le deuil en violet. Les reines le portent en blanc.
De ce même esprit symbolique, les ordres religieux s'inspireront pour le choix de leur vêtement. Quand les moines Bénédictins fondent la maison de Cluny, pour s'y retrancher des horreurs du siècle, en renonçant au monde, ils s'habillent de noir ; mais bientôt (milieu du xne), quand ils s'enorgueillissent d'une magnificence qui scandalise saint Bernard, une réaction se produit dans l'ordre même; alors d'autres Bénédictins, en la maison rivale de Cîteaux, adoptent le blanc, pour spécifier leur rôle de réformateurs. De même les Dominicains, fondateurs de l'Inquisition, choisiront la robe blanche, parce qu'ils entendent purifier le monde ; même robe blanche aux Chartreux, Augustins, Prémontrés, Servites (Blancs-Manteaux). Le gris et le brun, couleurs ternes, symboles d'humilité, de pauvreté, conviendront aux ordres mendiants, Franciscains, etc. Saint Louis
et Louis XI les voudront pour leur usage personnel, tous deux par goût, mais l'un par modestie et l'autre par orgueil. Chez les laïcs comme chez les clercs, les couleurs ont un sens : le vert est la couleur des fous, des débiteurs insolvables ; le jaune est celle des traîtres, des juifs. Au xive et surtout au xve, la mode imaginera mille fantaisies allégoriques, préciosités galantes qui prêteront aux couleurs un véritable langage, analogue à celui des fleurs ; alors les vêtements se barioleront à l'infini, comme les écussons, qu'ils reproduisent ; au reste, cette mode n'est pas précisément nouvelle, puisque déjà les hommes portaient leur blason sur la cotte, dès la première croisade, et les femmes dès le règne de saint Louis ; mais sous Charles VI, on ira jusqu'à se vêtir, des pieds à la tête, avec des armoiries d'étoffe. Les amants portent les couleurs de leur dame, les serviteurs celles de leur maître (livrée, parce qu'on leur livre un habillement à l'époque des fêtes). Le début du xvie montre un goût passionné pour la bigarrure, qu'on multiplie au moyen de crevés (souvenir de la bataille de Marignan, d'où les vainqueurs revinrent avec des habits déchiquetés.) Par réaction, le xvne est sobre; il aime les velours noirs ou foncés, qu'on se plaît à rehausser de dentelles, de fines toiles (voir dentelles). Les femmes de condition modeste portent le gris (d'où le mot grisette).
Fragments d'un baldaquin ou d'un manteau en velours rouge, chargé de léopards héraldiques, brodés en fils d'or, et de figures de femmes, brodées en soies polychromes. Ouvrage anglais, première moitié du xive siècle. (Ces remarquables fragments ont été assemblés en forme de chasuble.)