ARJE-LOUISE, IMPÉRATRICE DES FRANÇAIS
[Marie-Louise, cerveau d'oiseau^ élevée dans le cadre étroit et familial de la cour de Vienne, n'est point faite pour sa tâche. Elle s'efforce de plaire à son redoutable époux, devant qui elle tremble; peut-être mên\e Vaime-t-elle, mais quand les mauvais jours viendront, sa tendresse cédera • devant radversilé.]
Deux avril. — Avant-hier, il avait plu jusqu'à heure des illuminations de Saint-Gloud, aujourd'hui l pleut à verse et hier, le grand jour, il faisait le plus
beau temps du monde : le printemps tout à fait. Le soleil parut à l'instant où un coup de canon annonça le départ de Saint-Cloud. Jamais, ce qui est cojanu sous le nom de temps de l'Empereur ne fut aussi marqué. Tout Paris était en mouvement. A dix heures, assemblée du corps diplomatique chez le prince de Schwarzenberg, déjeuner très somptueux. Départ pour les Tuileries, foule, file, équipages, train, assez d'ordre cependant, et nous voilà dans la chapelle '. Coup d'œil magnifique. Imaginez une salle carrée, éclairée par en haut et servant ordinairement de salle d'exposition de tableaux ; deux rangs de galeries drapées, brodées, bordées, criblées d'abeilles ; dans ces galeries, de jolies femmes bien parées ; en bas, un espace, vide d'abord, que la cour vint remplir. C'était vraiment la chose la plus frappante qu'il fût possible de voir, mais sans rien de religieux, rien qui ressemblât en rien à une chapelle, à tel point qu'on se trouvait tout étonné lorsque, pai hasard, il entrait en bas quelque cardinal ou évêque de lui voir faire le signe de la croix. Les draperies bleues et rouges, ne semblaient d'ailleurs pas de boi goût. L'autol et les chandeliers étaient en vermeil ciselés par Odiot et superbes comme travail et commi goût : l'Empereur les destine h Saint-Denis. Mais au dessus de cet autel où, en étendant la main, on aurai pu mettre ce (juc la peinture olîre de plus beau, /.( Transfifjuralion par exemple, se trouvait du taffela blanc parsemé d'étoiles d'or. Qaolle dilTérciice entr ce clinciuant et la pompe des Augustins, où seule 1 pyramide de papier doré placée sur l'autel a déplu " Le cher oncle Fesch olliciait.
1. Le Mlon c.rii'- <lii I.mivrr.trunsronné eu chapelle pour lacérl monio.
l'apogée 209
^ La cérémonie et la musique furent aussi longues que belles ; les costumes magnifiques ; l'Impératrice fort en beauté et de très bonne contenance, son manteau d'un fier velours pourpre et d'une fîère broderie, sa couronne en diamants et son collier les plus belles choses du monde et du meilleur goût .
Pendant la messe, l'Empereur et l'Impératrice étaient assis au beau milieu de la chapelle, et lorsqu'ils allaient à l'autel, ce qui est arrivé trois ou quatre fois, le manteau de l'Impératrice était porté parles reines et les princesses'. Chacune de ces « portemanteau » avait une traîne de six aulnes portée par son chevalier d'honneur. Représentez- vous cette machine se mettant en mouvement. L'Empereur avait l'air d'une humeur de chien pendant tout le temps de la cérémonie. C'est que, le tnatin encore, il y avait eu des scènes incroyables dans l'intérieur. Reines et princesses, diton, avaient fait le diable pour ne pas porter le manteau : larmes, prières, évanouissements, refus absolu, on prétend qu'elles essayèrent en vain de tout cela. Le maître furieux les traita de Turc à Maure, et un bel et bon «je veux » termina l'affaire. Celle qui avait le plus fait la revèche était la dinde de Westphalie, qui est d'une fierté inouïe. Aussi, rien n'était plus comique que de voir la manière dont elles s'acquittaient ! de leur corvée : l'une faisait la moue, l'autre, son fla- ( con sous le nez, menaçait de se trouver mal, la troi- " sième laissait tomber le manteau et c'était bien pire car il fallait le ramasser. Les deux sœurs, dont l'une
I 1 C'est-à-dire les reines d'Espagne, de Hollande et de Westpha- . lie belles-sœurs de Napoléon, et ses sœurs, Elisa, grande-duchesse
f. deToscane, et Pauline mariée au général Bacciochi, princesse Bor- ' ghëse.
est grosse ' et Tautre d'une santé vraiment affreuse *, avaient beau jeu. La seule qui fît bonne mine à mauvais jeu et j mit de la dignité, était la reine de Hollande, parce qu'elle a de l'esprit et du tact ; et puis « ma cousine Julie ' » a aussi fort bien porté le manteau, mais elle est si souillon que je lui aurais conseillé de faire autrement. Enfin, je n'aurais pas donné ce spectacle pour beaucoup. On prétend que l'une des porteuses ayant laissé tomber sa part de traîne ou n'étant pas à son poste, l'Impératrice lui jeta un regard très impératif qui disait : « Eh bien !» — Je ne l'ai pas vu.
Il y avait dans les rues la plus grande tranquillité, le plus grand ordre, mais aussi pas l'ombre de joie ou d'enthousiasme. Même le matin, à l'entrée de l'Empereur et de rimperatrice.il n'y avait eu que des acclamations de commande, avec beaucoup de lacunes de silence. Ce mariage semble aussi indifférent au peuple que celui du Grand Mogol, quoi qu'en disent les gazettes, mais il est vraiment curieux de voir tout ce qu'on nous fait croire à nous autres Parisiens. Le laquais de je ne sais plus qui, auquel on demandait comment il avait trouvé l'Impératrice, répondit tranquillement :
€ Oh ! c'est une belle princesse, bien belle ! Et puis, c'était si touchant de la voir en voiture avec sa vieille gouvernante 1 »