‹ L'histoire de Napoléon racontée par les grands écrivainsChapitre 63 sur 101 · CAMPAGNE' DE SAXE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE' DE SAXE

[La retraite de Russie vient de grouper la 6* coalition contre les armées françaises qui reculent du Niémen sur la Vistule, de la Vistule sur l'Oder, de VOder sur VElbe. Cependant Napoléon refait une armée nouvelle et, le 2 mai i SiSyà Liitzen, il commence la campagne d'Allemagne en rejetant les coalisés au delà de f Elbe : victoire stérile qu'il ne peut achever par la poursuite nécessaire et, lorsque l'armistice de Pleiswitz est écoulé, il voit l'Autriche se joindre à ses ennemis. Malgré le coup dont il frappe à Dresde les coalisés, ceux-ci sont vainqueurs de ses lieutenants et après les trois jours de lutte de Leipzig ( / 6- J 9 octobre J 8 J .'i), Napoléon doit reculer sans avoir été vaincu et commencer une retraite volontaire que la fatalité transforme en désastre.^

De Schœnfeld, le bataillon se remit en marche pour rejoindre la division ;i Kohlgarten.Sur toutes les routes, on voyait s'écouler lentement les convois de blessés ; toutes les charrettes du pays avaient été mises en ré(|uisition pour ce service et, dans les intervalles, marchaicMit encore des centaines de malheureux, le bras en écharpe, la ligure bandée, pftles, abattus, à demi morts. Tout ce qui pouvait se traîner no montait pas en charrette et tâchait pourtant de gagner un hôpital.

Nous avions raille peines à traverser cet encombrement lorsque, tout à coup, en approchant de Kohlgarten, une vingtaine de hussards, arrivant ventre à terre et le pistolet levé, firent rebrousser la foule à droite et à gauche dans les champs. Ils criaient d'une voix éclatante : L'Empereur ! l'Empereur 1

Aussitôt le bataillon se rangea, présentant les armes, au bas de la chaussée et quelques secondes après, les grenadiers à cheval de la garde, — de véritables géants, avec leurs grandes bottes, et leurs immenses bonnets à poil, qui descendaient jusqu'aux épaules, ne laissant voir que le nez, les yeux et les moustaches, passèrent au galop, la poignée du sabre serrée sur la hanche. Chacun était content de se dire • «Ceux-là sont avec nous, et ce sont de rudes gaillards. »

A peine avaient-ils défilé, que l'état-major parut.

i'igurez-vous cent-cinquante à deux cents généraux,

maréchaux, ofticiers supérieurs de l'ordonnance, —

lontés sur de véritables cerfs et tellement couverts de

)roderies d'or et de décorations qu'on voyait à peine

la couleur de leur uniforme — les uns grands et mai-

jres, la mine hautaine ; les autres courts, trapus, la

face rouge ; d'autres, plus jeunes, tout droits sur leurs

îhevaux comme des statues, avec des yeux luisants et

le grands nez en bec d'aigle : c'était quelque chose

le magnifique et de terrible.

Mais ce qui me frappa le plus, au milieu de tous ces bapitaines qui faisaient trembler l'Europe depuis vingt ^ns, c'est Napoléon avec son vieux chapeau et sa relingote grise; je le vois encore passer devant mes yeux, son large menton serré et le cou dans les épaules. Tout le monde criait : «Vive l'Empereur! » — Mais il n'entendait rien... il ne faisait pas plus attention à nous [u'à la petite pluie fine qui tremblotait dans l'air...

et regardait, les sourcils froncés, l'armée prussienne s'étendre le long de la Partha, pour donner la main aux Autrichiens. Tel je l'ai vu ce jour-là, tel il m'est resté dans l'esprit.

Le bataillon s'était remis en marche depuis un quart d'heure, quand Zébédée me dit ;

« Est-ce que tu l'as vu, Joseph !

— Oui, lui répondis-je, je l'ai bien vu et je m'en souviendrai toute ma vie.

— C'est drôle, fit mon camarade, on dirait qu'il n'est pas content... A Wurtschen, le lendemain de la bataille, il paraissait si joyeux, en nous entendant crier : « Vive l'Empereur ! » et les généraux avaient enfin des figures riantes ! Aujourd'hui, tous font des mines du diable... Le capitaine disait pourtant, ce matin, que nous avions remporté la victoire de l'autre côté de Leipzig. »

Erckmann-Ghathian. Le conscrit de ISIS.

Ilachelle, édit.

LA MOTRE-LANGON

LE m LAN Dr GJ^JXIE

[L^ heure va sonner, on le merx>eillenx édifice de l'Empire chancelle , — édifice créé par le (jénie dUm homme et (fui ne disparaîtra pas entirrrnienl avec lui.]

Outre le trône (|ue Napoléon fonda on France sur IcH ruines do la nrpubli(|uc, et ((uo succossivoment il accrut :

!• Du Piémont ;

2» De l'Etat de Gênes ;

3° De la Toscane ;

4* De Genève ;

5» De la Hollande ;

6° Des provinces hanséatiques ;

7" De la partie de l'Espagne en deçà de l'Ebre ;

8° Des Etats romains.

11 créa

1° Le royaume d'Etrurie ;

2° Celui d'Italie ;

3° Celui de Saxe ;

4" Celui de Hollande ;

5° Celui de Bavière ;

6° Celui de Wurtemberg ;

7° Celui de Westphalie ;

8" Le grand-duché de Varsovie ;

9° La principauté de Lucques et de Piombino ; 10° Les Etats du prince primat ; 11" Le duché de Berg et de Clèves.

Il donna

1° Le royaume de Naples deux fois ;

2" Le royaume des Espagnes ;

3° Il occupa, sans en disposer, le royaume de

Portugal

4° La principauté de Bénévent ; 5° Celle de Neufchâtel ; 6" Celle de Porte-Corvo.

Il fit disparaître :

1" La république de Venise ;

2' Le duché de Modène ;

3* Le duché de Parme ;

4" La république cisalpine ;

5° Celle de Raguse ;

6° Celle de Lucques ;

7* Celle de Gênes ;

8» La Toscane, devenue Etrurie ;

9° L'Etrurie redevenue Toscane ; 10' Les Etats du Pape ; 11° La partie continentale du royaume des Deux-

Siciles ; 12' Tous les princes immédiats d'Allemagne ; 13° La république batave, et, plus tard, le

royaume de Hollande ; 14" L'électorat de Hesse ; 15° Le duché de Brunswick ; 16» Les villes hanséatiques ; 17° Le royaume de Portugal ; 18" Le Piémont ; 19* La principauté d'Oldenbourg.

Il avait pour grands vassaux de sa couronne les

rois

1» D'Italie;

2' Do Nnples ;

3" De Bavière ;

4* D'Espagne ;

tt° Do Saxe ;

6» De Wurtemberg ;

7* De Westphalio ;

8» Le prince primat, qualifié d'Altesse Royale ;

9° Le grand-duc de Bade ; 10° Tous les princes de la confédération du Rhin ; 11° La grande-duchesse de Toscane ; 12" Le gouverneur général du Piémont ; 13° Le duc de Berg et de Clèves.

Cette rapide énumération de tant de changements,

de tant de bouleversements survenus en Europe par

la seule volonté de Napoléon, en l'espace de moins de

quatorze années, donne une idée plus exacte de la

domination que ne le ferait le récit détaillé de ses

conquêtes.

La Motiie-Lanuon. L Empire.

ANATOLK FRANCE

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