‹ L'Histoire des Angines Au cours du XIXe SiècleChapitre 4 sur 18 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

‘Le dix-neuvième siècle a marqué des. progrès merveilleux dans la spécialité oto-rhino-laryngolo-. gique. On peut dire que cette spécialité n'existait pour ainsi dire qu’à Pétat d’ébauche avant l’année | 4800 — et mème avant l’année 1875. — Les nofions concernant ces trois organes essentiels de la vie — l'oreille, le nez, la gorge — étaient éparses dans les volumes de pathologie et de clinique générales.

. On avait accoutumé de considérer les rhinites, les otites, les pharyngites, les laryngites comme des

manifestations peu importantes d'une diathèse ou

d’une affection morbide quelconque. Le médecin ou : le chirurgien appelé à soigner une de ces maladies

locales n’examinait mème pas les lésions des orga- |

nes en cause, il les ignorait de parti-pris, persuadé de la meilleure foi du monde qu'il ne pouvait rien

y avoir en dehors de la constitution, de laffection - générale ou de la fièvre putride — qui expliquât les

phénomènes pathologiques locaux présentés par le patient.

Donc, la spécialité oto-rhino-laryngologique n’existait pas à la fin du 18& siècle. Elle n'existait pas beaucoup plus au milieu du XIXe siècle. Mais, depuis lors, quel chemin parcouru, que de progrès réalisés, grâce à l'Ecole Française !

Aujourd’hui, la spécialité oto- ne -laryngologique a conquis droit de cité. Elle est officiellement reconnue et enseignée dans plusieurs Facultés de médecine ; bientôt, sans doute, une chaire magistrale sera réservée à l’enseignement de cette branche importante de la médecine à la Faculté de Paris.

Il semble donc bien que cè soit le moment d'étudier les. diverses étapes franchies par cette der-. nière spécialité au cours du XIXesiècle. Nous avons eu l'ambition de faire cette étude, nous avons désiré montrer de quoiétait partie l’oto-rhino-laryngologie, < science aujourd'hui presque envahissante ; nous aurions voulu faire un tableau d'ensemble de ce qui constituait cette spécialité à la fin du XVITE siècle et opposer ensuite à ce tableau une vue générale de ce qui la constitue aujourd'hui, en montrant le rôle joué par quelques hommes éminents: qui ont porté au premier rang une des plus jeunes ‘branches de la médecine.

ss Mais la tàche. était trop rude et nous avons été surtout arrêlé par le nornbre incommensurable de documents qu'il nous eût fallu consulter pour mener’

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à bonne fin ce travail. Après avoir mürement réfléchi, après avoir [u beaucoup de traités, beaucoup de communicalions, après avoir consulté quelques hommes autorisés, nous avons réduit d'une façon considérable nos prétentions. Nous avons en effet constaté qu'une des affections les plus communes — l'angine — pouvait nous permettre de faire un travail d'ensemble particulièrement intéressant. . Quand l’on compare, en effet, les descriptions de

langine simple que nous ont laissées les meilleurs

auteurs des siècles précédents avec celles des nosologistes des deux premiers tiers du XIX° siècle, on est tenté de croire que le changement introduit par ces derniers sont d'ordre tout à fait secondäire, Cependant, comme le fait remarquer Chauveau, cette impression n’est pas exacte. Les modifications subies à cette époque par cette entité morbide sont en réalité beaucoup plus importantes. Si l’étiologie

reste encore dans la pénombre, si la question d’é- |

pidémies véritables ou parfois même de cas de contagion est résolue de façons très diverses, on s'accorde de plus en plus à faire jouer, parmi les nombreuses variétés topographiques, un rôle prépondérant à l’angine tonsillaire, devinant ainsi, en quelque sorte, que l’amygdale est, pour les agents pathogènes, un «locus minoris résistentiæ ». De plus, on oppose d’une facon beaucoup plus nette qu'auparavant la forme inflammatoire de BOERHAAVE ou angine phlegmoneuse à l’angine catarrhale ;

beaucoup d'auteurs insistent sur ce fait que l’une est profonde et l'autre superficielle. BAMBERGER fera reposer sur cette distinction la pathologie pharyngée, exagérant ainsi la portée scientifique des données anatomiques. — Dans cette même angine phlegmoneuse, les progrès de l'examen physique (surtout l’exploration bimanuelle) et les renseignements fournis par les nécropsies tendent à faire distinguer une forme tonsillaire et une forme péritonsillaire que LASÈGUE séparera d’une façon définitive, en leur assignant des symptômes spéciaux.

Le type de l'esquinancie, déjà démantelé par BOERHAAVE, VAN SWIETEN, SAUVAGE, elc., se fragmente en types morbides distincts, eette fois mieux justifiés au point de vue- clinique que précédemment; et, comme la diphtérie joue un rôle de plus en plus considérable dans les préoccupations générales et qu'on lui prête pour ainsi dire toute l’importance-du diagnostic dans les pleemasies pharyngées, la séparation des angines rouges et des

angines blanches est déjà ébauchée.

D'autre part, l’anginñe pharyngée, déjà étudiée précédemment, est maintenue, avec des considérations nouvelles qui en montrent la légimité. Ainsi, BoissieR en lracera un tableau qui prouve qu'il avait entrevu la pharyngite sèche et LAsÈGuE laissera une étonnante peinture du catarrhe du cavum se généralisant au reste du pharyvax. On sera moins

heureux pour la pharyngité inférieure, bien qu’on

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décrive dés abcès de la racine de la langue et des épiglottites.

Bien entendu, cette tendance à admettre le poly-

Mmorphisme des inflainmations gutturales ne s’éta-

blit pas sans conteste. |

-Il faut combaitre avec acharnement les idées d'auteurs convaincus qui soutiennent (et ils ont raison dans beaucoup de cas) que les distinctions topographiques n’ont pas de raison d’être à cause du caractère diffus et envahissant des lésions. Parmi celles-ci, le sphacëèle si souvent meñtionné autrefois, sera non seulement regardé comme excep-

tionnel, mais même nié pendant un temps assez

long ; et lorsqu'on en acceptera définitivement l’existence, sa nalure secondaire sera presque toujours admise. |

Rappelons enfin qu'une question du plus haut

intérêt sera posée à propos de l’angine pseudomembraneuse, celle de savoir si l'affection ne peut pas, chez des sujets prédisposés, prendre toutes les allures d’une angine simple, de telle sorte que le génie épidémique réaliserait dans la gorge les inflammations les plus diverses et les plus dissemblables d'aspect, sans que, pour cela, ses pro-

priétés nocives se soient sérieusement modifiées. Etnous voilà dans le 2%tiers du XIX° siècle ! PASTEUR va publier ses travaux, dont le retentisse-

ment est énorme, même en spécialité ; la notion de contagion va tout primer ; l’angine va être surtout une infection ; elle va presque ressortir du bistouri

\— 14 — ’ du chirurgien; elle ne sera pour ainsi dire plus médicale.

Et cependant les anciens avaient raison dans beaucoup de cas ! Les angines sont de diverses natures et, souvent, elles ne sont que Ja manifestation locale d’une infection générale, nous aurons l’occasion de le démontrer. Nous verrons en même temps que la tendance actuelle du spécialiste est trop exclusivement spéciale, si l’on peut s’exprimer ainsi. Les médecins du commencement du XIXe siècle.étaient trop des médecins généraux qui ne considéraient que là maladie générale, qui ne voulaient pas reconnaitre l'existence de la lésion locale ; les spécialistes acluels ont la tendance

-contraire; ils considèrent trop exclusivement la

lésion locale, sans se préoccuper du processus général dont elle est souvent une simple manifestation. Et ce qui déjà se constate en pharyngologie et en laryngologie est bien plus net encore en otologie et en rhinologie. Combien d’'otites suppurées chroniques à qui l’on impose un évidement avant

de se préoccuper de savoir s’il n’y a pas une spéci-

ficité quelconque en jeu, combien de sinusiles que l'on trépane avant d'essayer le mercure et liodure, combien d’angines rhumatismales que lon badigeonne sans soumettre les malades au traitement salicylé.

Voici donc quel sera le plan que nous suivrons :

Dans un premier chapitre nous décrirons les idées de Pixer, de MouTaRp-MaRTIN (1806), de

RENAULDIN, CHOMEL et BLACHE etenfin ROCHE, qui résument admirablement les théories en honneur à celte époque au sujet des angines.

Dans un deuxième chapitre, nous exposerons sommairement les principaux courants d'idées sur les angines qui apparaissent au Cours des deux premiers tiers du XIXC siècle.

Dans un (roisième chapitre, nous étudierons les auteurs qui ont eu une influence nette sur l’évolution des idées en matières d’angines, au cours de cette même période.

Dans un quatrième chapitre, nous passerons en revue les conquêtes de Ia spécialité, au point de vue des angines, depuis 1875, depuis PASTEUR, et nous ferons une revué générale des idées actuelles que nous opposerons au tableau du premier chapitre.

. Dans un cinquième chapitre enfin, nous montrerons tout ce qu'avait de bon la théorie ancienne qui faisait toujours de l’angine une manifestation locale d’une maladie générale et nous tâcherons de prouver que, du moins, en cette matière, les spécialistes ont une tendance trop marquée à se désintéresser de la pathologie et de la clinique générales pour n’observer et ne soigner que la petite lésion locale. Nous essayerons enfin de montrer comment peu à peu se sont dégagées nos connaissances pharyngologiques actuelles au milieu du fatras des documents multiples et des erreurs pathologiques

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