NA QUES
sur l'anatomie, son esprit de méthode et son laconisme de rédaction ne brillent nulle part mieux, d'après PINEL, que dans ce qu’il a écrit sur l’angine inflammatoire ; mais ce serait une erreur de Confondre,avec ce qu'on appelle maux de gorge gangreneux, ce que BOrRHAAYVE désigne du nom d'angine gangreneuse qui n’estqu'une terminaison de l'inflammation. On doit mème regretter que celte autre maladie ait échappé à sa sagacité, puisqu'elle a été indiquée par ARÉTÉE (lib. [, cap. IX) et qu'après s'être montrée successivement dans différentes parlies de l'Europe, avec le caractère d'épidémie, on en a donné plusieurs fois les descriptions les plus exactes. Pourquoi SToLLz, dans sés Aphorismes,n’a-t-il pas suppléé à cette omission, se demande . PINEL qui ajoute : « J'ai publié, dans la Gazette de | Santé, en 1789, des notices sur une semblable épidémie qui venait de régner dans une contrée de l'Angleterre, et qui avait été décrite avec exactitude dans le journal de médecine de Eondres. »
D'autre part, pour PiNEL, les jeunes gens et les jeunes filles d'un tempérament sanguin sont les plus exposés à contracter une angine par un exercice violent et pénible, la déclamation oratoire, le chant, les cris, l'équitation en sens contraire d’un vent froid et violent, etc. Si le siège de l’angine est $ principalement dans la trachée-artère : chaleur, douleur dans cette partie, fièvre aiguë, voix frêlé et avec sifflement, respiration fréquente, etc. Si le
larynx est plus particulièrement affecté, il se joint aux symplômes précédents une douleur vive lors de l’élévation du pharynx, une voix très aiguë, un danger imminent de suffocation, etc. et c’est sans doute l'espèce la plus alarmante. $i l'affection porte plus directement sur le pharynx, déglutition très douloureuse ou mème impossible, la matière alimentaire ou les boissons revenant par les narines. Enfin, si le siège du mal est dans les amygdales, la respiration est très gênée, le passage de l'air à travers lès narines est plus où moins obstrué, l’excrétion des mucosités des amygdales fort augmentée, la douleur est’ aiguë et se propage jusqu’à l'oreille interne. be
L’angine inflammatoire en général peut se tefminer par une résolution bénigne de la maladie, . par suppuration, par abcès, par gangrène, par lexsudation de l’albumine et par la formation de cé qui s'appelle une fausse membrane, propre à ‘boucher les passages de la respiration et à suffoquer, ©:
LS angine inflammaloire est une maladie qui; dès les prémiers temps, demande les secours les plus actifs, soit en portant le relächément dans les *parties affectées par des fomentations à l'extérieur, des gergarismes tièdes, l’eau en vapeur! soit en agissant sur les voies alimentaires par des boissons ‘abondantes et l'usage réitéré des clystères, soit enfin en déterminant une irritation vers lés'extrémités inférieures, par des pédiluves chauds ‘ét très prolongés. | |
PINEL décrit aussi, d’après ses prédécesseurs, le mal de gorge gangréneux; ses symptômes ordinaires sont : douleur de tète et de l’arrière-bouche, fièvre légère, toux, nul gonflement à l'extérieur, quélques légères traces d’inflammations dans quelque partie du pharynx. Vers le troisième jour,éruption chancreuse dans cette partie ou au voisinage, avec formation d’une pellicule blanche ; ensuite accroissement de la douleur et de la difficulté à respirer, voix rauque et comme par sifflement, quelquefois extinction de la voix. Vers le sixième ou septième jour. croûte gangréneuse, pâleur et lividité de la face, régurgilation des boissons par le nez, respiration difficile, voix éteinte, pouls petit et fréquent, etc. « On ne peut guère reconnaître les caractères de la fièvre, et c'est d’après les principes généraux connus que le traitement doit être dirigé,en portant également ses vues sur l'affection locale. C’est dans des affections semblables, où la nature ne développe que des efforts impuissants ou nuisibles, qu’il faut porter des secours prompts, prévenir ou modérer les progrès ultérieurs de la maladie et montrer autant de lumière dans le choix des moyens que d’habileté dans l’art de les diriger. »
Malgré les opinions plutôt unicistes (par rapport à l'angine) de PINEL, les idées traditionnalistes continuent à être acceptées au début du XIX: siècle, comme il fallait s’y attendre.
La thèse de Mourarp-MarTIN,qui date de 1806 et qui porte le titre de Proposilions sur les différentes
espèces d'angines, est, après le traité de PINeL, le premier travail important à consulter, du moins en ce qui concerne les écrivains de langue française, Car il ne faut pas oublier les ouvrages de FRANK et d'HÉBERD:N qui ont paru au début du XIXe siècle et qui sont particulièrement intéressants.
MourarD-MaRTIX conserve au terme angine toute l'étendue de sa signification traditionnelle; ce terme, dit-il, signifie « resserrement, suffocation, on v attache ordinairement l'idée d'une maladie plus ou moins inflammatoire, occupant les crganes de la déglutition, le larynx ou la trachée-artère. » Cependant les efforts de BOERHAAVE et de VAN SWIETEN, qui s'étaient heureusement inspirés de (ALIEN. n'avaient pas été entièrement perdus car, à l'exemple de PINEL, l’auteur sépare nettement la phlegmasie laryngée de la phlegmasie gutturale. « Sous le rapport de leur siège, les angines se trouvent divisées tout naturellement en deux sections, selon qu’elles affecten. les organes de la respiration ou de la déglutition. » D'autre part, MOUTARD-MARTIN, ainsi que plusieurs de ses contemporains (HÉDOUIN, FLAUST, LEMERCIER, etc.) insistent beaucoup sur l’intensité variable du mal, remarque déjà ancienne, mais sur laquelle il était bon de revenir, à Cause de sa valeur clinique, en présence de la multiplicité assez artificielle en somme des types d'inflammations gutturales admises depuis BOERHAAVE, VAN SWIEÉTEN, SAUVAGE. € Si l'inflammation est très vio-
sPO0 IE
lente, l’angine est dite inflammatoire ; elle est dite catarrhale, si l’inflammation et légère. »
MouTARD-MARTIN admet encore les variétés syphilitique, aqueuse, pharyngée, tonsillaire. L’étiolooie qu'il énumère est purement traditionnelle et sans intérêt par conséquent. Il n’aborde même pas en effet la question de l'influence des -constitutions médicales, qu'avaient établie, au milieu de beaucoup d'erreurs, les travaux intéressants de SYDEN- : HAM, HÜXHAM, SroLL, etc. Pour lui, l’anginepharyn- : gée se distinguerait par la localisation des phénomènes ‘inflammatoires à la partie postérieure du pharynx, par une sécrétion très abondante, claire : et visqueuse, par une dysphagie: très’ intense, puis * une dyspnée presque nulle. ER L'angine tonsillaire qui, comme la précédente, existerait rarement à l’état isolé, se caractérisait : par la saillie considérable des amvodales très rouges et recouvertes ca'et là de plaques blanchâtres. Les douleurs s’irradieraient volontiers dans les parties voisines, principalement dans les oreilles où ‘elles seraient souvent fort pénibles et accompagnées de bourdonnements. L'amygdalite sérait en somme l’angine la plus fréquente, la plus violente, celle qui détermine le plus de gonflement des parties : atteintes. | a L’angine aqueuse serait une angine peu franchement inflammatoire, bâtarde et caractérisée par une. infiltration séreuse des parties malades, On trouve
‘ lades et il signale nettement les complications auri- 1
déjà des faits semblables signalés dans BOERHAAVE et VAN SWIRTEN. C’est l’angine œdémateuse : sur Jaquelle on insistera de nouveau vers le milieu, du . XIXe siècle. | | RENAULDIN, dans son ner Angine du, Dictionnaire: en 60 volumes (1812), s'inspire à peu près des. mêmes idées que 1 de Comme beaucoup de ses prédesseurs, il admet une angine œs0-. ; phagiènne, terme vicieux qui sera bientôt remplacé ; ÿ par celui d'œsophagite. Il insiste sur les points “ blanchâtres, dont sont tachetées les tonsilles: mas a
culaires. Comme de nombreux auteurs contempo- | rains, il confond, avéc la diphtérie, la gangrène | pharyngée ; enfin. il décrit, comme fréquente, l'an- : gine pharyngée, qui ii se cantonnerait exactement aux parois pharyvngés sans intéresser les amvgdales et. qui se caractériserait par les svmplômes suivants : in « On la reconnait à la rougeur et au gonflèment de, la partie postérieure du pharyox qui est. anssi par- . semée de taches blanchâtres, à la raucité de. la vois, |
à ia douleur, à la difficulté de là déglutition qui devient même impossible lorsque la partie supérieure.
Ps
de l'æsophage participe à l'ivflammation ; d'où il. résulte que les boissons et les aliments, ne Dotvant franchir l’obstacle, sont rejetés par les narines. Le malade éprouve une douleur d'oreille provenant. de. En l'irritation de la trompe d'Eustache et il rend ‘part bouche un muçus visqueux plus où moins abon-. ù dant». ;
BLACHE et CHOMEL, dans leur article Angine du Dictionnaire en 30 volumes, distinguent l’amygdalite de l’angine proprement dite pour les raisons suivantes : elle en différerait « par son siège dans un organe d’une texture particulière, par l’intumescence considérable qui l'accompagne, par la suppuration profonde qui le termine fréquemment, et par l’induration chronique à laquelle elle donne lièu, lorsqu'elle s’est reproduite un certain nombre - de fois. » Ils mentionnent pour mémoire les angines périodiques,ils décrivent une épidémie d’angine simple, observée dans l'arrondissement de Condom, ils notent assez longuement les complications auriculaires et racontent en quelques lignes l’histoire de l’angine phlegmoneuse. Cependant, CHOMEL signale les granulations pharyngées. © Enfin RocHe, dans l’article Angine du Dictionnaire en 15 volumes, nie absolument les angines : périodiques, insiste sur l'importance étiologique des troubles menstruels, décrit l’amygdalite phlegmoneuse comme une complication de l’angine simple, et il étudie, après SroLL et FRANCK,une variété d’angine bilieuse (qui n’est peut-être qu’une perturbation fonctionnelle locale due au mucus ingéré).
. Telles sont les principales idées directrices au su-
jet des angines, à la fi du XVIII et au commence- | ment du XIXe sicle. C’est presque le néant. On admet de nombreuses variétés d’angines, on s’occupe très peu de leur étiologie, de leur marche, de leur
te UE
évolution. On considère que les unes sont simpies, et les autres compliquées et l’on est persuadé que tout dépend des humeurs de l'organisme, du Sang, de la constitution. Tout cela est obscur, difficile à comprendre, plus difficile encore à interpréter.