‹ L'histoire des États-Unis d'AmériqueChapitre 4 sur 13 · PREMIÈRE SECTION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SECTION

Histoire des colonies du sud jusqu'à la revolution de 1688.

Virginie.

Cinq cents colons, embarqués sur trois vaisseaux par les soins de la compagnie de Londres, dont nous venons de parler, quittèrent la Tamise le 19 décembre 1606, sous le commandement du capitaine Newport. Plus heureux que les navigateurs qui l'avaient précédé, Newport, qui se proposait de débarquer à Roanoke, où avaient été fondés les anciens établissemens anglais, fut poussé plus au nord par un coup de vent dans la baie de Chesapeak, découverte en 1586 par Lane, rade immense où se jettent une foule de fleuves, et qui remonte au nord à plus de cinquante lieues dans les terres.

Il se fixa sur les bords de la belle rivière de Powhatan, qu'il appela James, du nom du roi Jacques, et y fonda la ville de James-Town(16(H.)

Les Anglais furent à peine débarqués qu'ils méconnurent l'autorité du gouvernement et refusèrent d'admettre au conseil de la colonie le capi-

taine Smith, désigné pour en faire partie, et dont la capacité éveillait la jalousie de ses collègues.

Bientôt les discordes intestines et la diminution des vivres firent naître l'inquiétude. Le gouverneur Wingfiel fut surpris au moment où il allait s'éloigner dans le seul bâtiment qui restât depuis le départ de Newport pour l'Angleterre. Pour comble de misère, la conduite imprudente des colons et peut-être la défiance et la férocité des Sauvages, suscitèrent une guerre cruelle avec ceux-ci. Les colons recoururent alors au génie actif de Smith, qu'ils investirent de la suprême autorité.

Smith ayant fait fortifier James-Town de manière à le préserver d'un coup de main de la part des Indiens, se mit en campagne, forma des alliances avec les uns, battit les autres, malgré la supériorité de leur nombre, et ramena l'abondance dans la colonie.

Dans un de ces combats, étant tombé dans un marais, il fut pris et dut son salut à la fille d'un chef qui se jeta entre lui et le Sauvage qui allait le frapper, au moment même où sa tête était déjà baissée pour recevoir le coup mortel. A son retour à James-Town, Smith trouva la colonie presque entièrement anéantie. Heureusement Newport arriva d'Angleterre et ranima le zèle de tous en rétablissant l'abondance et amenant de nouveaux planteurs.

Les défrichemens commençaient à s'étendre, lorsque le hasard fit découvrir un ruisseau qui roulait des paillettes brillantes, que l'on prit pour de l'or (2 juin 1603.) On abandonna surle-champ la culture des terres pour ramasser ce prétendu trésor, et Ton expédia bientôt en Angleterre un bâtiment chargé de talc. Tel fut le premier envoi de la colonie anglaise vers la métropole ! L'ignorance et l'espoir d'imiter les Espagnols avaient fait abandonner les travaux utiles ; la famine reparut. L'infatigable Smith se remit en campagne et sauva la colonie. Il entreprit ensuite de pénétrer dans la baie de Chesapeak, qu'il parcourut tout entière. A l'extrémité de cette baie, il rencontra des Sauvages armés de haches provenant originairement des Français du Canada. Ce fait prouve que ceuxci avaient dès long-temps pénétré dans le nord de l'Amérique, et que les naturels de la Virginie avaient des rapports de guerre ou d'amitié avec les peuplades les plus éloignées.

Cependant la compagnie qui avait fondé la colonie n'en retirait aucun avantage. Jacques Ier, voulant améliorer sa situation, lui accorda des privilèges plus amples et le droit de se gouverner elle-même (23 mai 1609.) De nouveaux actionnaires se joignirent à elle, et les principaux seigneurs de l'Angleterre prirent place parmi eux.

Lord Delawarre fut fait gouverneur h vie. Avant son départ, Thomas Cates, ainsi que George Sum-

mers et Newport, furent chargés de conduire neuf vaisseaux et cinq cents émigrans en Virginie. Par un hasard singulier on oublia de fixer le rang de ces trois chefs, qui, ne pouvant s'accorder sur la préséance, montèrent sur le même vaisseau, qu'un ouragan jeta sur la côte d'une des îles Bermudes. Le reste de l'escadre étant arrivé à James-Town, ne put y donner une connaissance légale de la nouvelle charte, et Smith garda le pouvoir jusqu'à l'arrivée du navire qui portait le nouvel acte constitutif.

Mais, blessé dangereusement par l'explosion d'un paquet de poudre, il fut obligé de quitter la Virginie (1609.) Après son départ tous les élémens de prospérité de la colonie et toutes les richesses s'évanouirent devant l'esprit de débauche et d'insubordination. Les Indiens, ayant appris son départ, fondirent de tous côtés sur les établissemens formés près des rivières de James et de Nansemond. La famine devint si pressante qu'on fut réduit à dévorer les corps de ceux qui succombaient à leurs maux. En six mois il n'y eut plus que soixante personnes, sur près de cinq cents qu'avait laissées Smith en partant.

Summers et Gates arrivèrent alors des Bermudes. Leur présence était impuissante pour calmer tant de maux. Il fut résolu de quitter ce funeste séjour. Tout le monde était embarqué, les vaisseaux naviguaient déjà vers l'Angleterre, et la

colonie n'existait plus, lorsque le lord Delawarre les rencontra, les contraignit de retourner et réinstalla les planteurs à James-Town, que Gates, par un heureux mouvement, n'avait pas voulu qu'on incendiât en partant. Ce besoin de faire le bien qui caractérise les belles ames, guidait le lord Delawarre. Ses grandes qualités rétablirent l'ordre et inspirèrent du respect aux Indiens pour les Anglais. Au lord Delawarre, que sa santé rappela trop tôt en Angleterre, succédèrent dans le gouvernement, mais seulement comme ses lieutenans, d'abord Percy, homme doux, mais trop faible, puis Thomas Dale, qui passe pour avoir sauvé la colonie par la promulgation de la loi martiale, dont le philosophe François Bacon conseilla l'exécution, et enfin Gates, qui étendit les établissemens anglais et vit joindre les Bermudes et toutes les îles situées à trois cents lieues de la côte au territoire de la colonie (1612.)

(1616) Ce fut vers cette dernière époque qu'un jeune Anglaise, Rolfe, obtint la main de la jeune Indienne Pocahontas, la même qui avait sauvé la vie au capitaine Smith. Elle était fille de Pow~ hatan, chef des Chiccahcminies, nation voisine de la colonie. Ce mariage, célébré avec une pompe extraordinaire, fit conclure un traité durable avec les Indiens, qui se reconnurent tributaires de la colonie ; mais Rolfe ne trouva point d'imitateurs parmi ses compatriotes.

Sous la direction de Thomas Dale les terres de la colonie cessèrent d'être cultivées en commun. Chacun put devenir propriétaire. Le monopole cessant, l'industrie et l'activité naquirent avec la concurrence, et la colonie, désormais à l'abri du besoin, prit un rapide accroissement. Ce fut alors que la culture du tabac, source de la richesse de la Virginie, s'introduisit dans le pays. La vente en fut si favorable, malgré' les déclamations du roi, qui s'en était déclaré l'ennemi, que les planteurs négligèrent toutes les autres cultures. On fit croître du tabac jusque dans les rues de James- Town. La nécessité de se procurer des vivres fit recommencer les vexations envers les Indiens. Ils formèrent dès lors des projets de vengeance trop cruellement réalisés dans la suite.

Long-temps la couronne voulut exercer des droits sur le commerce du tabac ; mais enfin les colons, qui avaient formé des entrepôts en Hollande, pour éviter des taxes onéreuses, obtinrent de l'introduire seuls dans le royaume, moyennant un impôt plus modéré.

(1620) A peu près vers ce même temps la compagnie envoya à la Virginie un nombre considérable de jeunes filles prises dans les familles du peuple, mais de bonnes mœurs, dont la présence encouragea les planteurs, éloigna de leur esprit l'idée du retour et amena ' d'heureux mariages, qui firent la prospérité de la nouvelle patrie que

ces femmes s'étaient donnée. Remarquons pourtant ici qu'elles furent toutes vendues, ou, si l'on veut, que le droit d'épouser chacune d'elles fut acheté pour une certaine quantité de tabac.

Un événement n/m moins important fut l'arrivée d'un vaisseau hollandais, venu de la côte de Guinée, qui vendit aux planteurs vingt nègres, premiers esclaves qui accrurent rapidement la richesse de la colonie, et dont la graduelle multiplication menace aujourd'hui l'existence de la république entière.

Xous sommes arrivés à l'époque où la seconde compagnie,* formée en 1606, et à laquelle avait été attribuée la partie nord de l'Amérique anglaise, s'occupa pour la première fois de profiter de la concession que lui avait faite Jacques Ier.* Déjà la colonie de Virginie était florissante. Poursuivons l'histoire de celle-ci.

Jacques Cartier, suivi de quelques Français, avait touché au Canada en 1535, et fait alliance avec plusieurs tribus indiennes. Les établissemens français s'étaient étendus dans le pays. D'autres avaient été formés, sous François Ier, et depuis ce prince, au cap Breton (1541,) à Québec (1608,) sur ]e fleuve Saint-Laurent et à Port-Royal, ville située dans la partie la plus septentrionale de la baie de Funday (1605.) Henri IV, à son tour avait nommé un lieutenant-général de l'Acadie, * Voyez plus loin l'histoire des colonies du nord,

resoie de l'histoire

vaste territoire, compris entre les 40s it 46e degrés de latitude nord.^

Sous le prétexte que cette contrée appartenait au roi d'Angleterre, et quoique Ton fut en pleine paix, le capitaine Argal, sou§ l'autorisation de Thomas Dale, alors gouverneur de la Virginie pour le lord Delawarre, s'empara de la ville française de Port-Royal (1614.) qui était sans défense et que les colons abandonnèrent pour se réfugier chez les Indiens, leurs alliés.

Cette piraterie fut hautement blâmée. Les Français rentrèrent dans leur ville immédiatement après la retraite d'Argal, qui, à son retour, vint attaquer les Hollandais, depuis long-temps établis sur la rivière d'Hudson. Ceux-ci n'étaient pas non plus en mesure de lui résister, et se soumirent à remettre la colonie au roi d'Angleterre ; mais ils refusèrent d'exécuter cet injuste traité lorsqu'ils eurent reçu du renfort et pourvu à la défense de New-York, leur capitale, alors appelée Amsterdam.

Le lord Delawarre étant mort, Yardley fut nommé capitaine-général de la Virginie (1619.) Ce fut lui qui convoqua la première assemblée des habitans; réunion mémorable d'où date le premier pas vers l'affranchissement des colonies.

La puissance législative, jusqu'alors exercée, d'abord par les rois, ensuite par la compagnie en Angleterre ou par ses agerrs en Virginie, passa entre les mains des habitans.

d' AMERIQUE.

Les onze bourgs alors existans élurent leurs députés, qui se réunirent au gouverneur, devenu l'image du roi, et au conseil de la colonie qui fut celle de la chambre des pairs. L'assemblée se tint à James-Town (juillet 1619,) et fut désormais appelée chambre des bourgeois ; véritable convention d'un peuple qui voulait être pour quelque chose dans ses lois, et belle imitation des institutions de la mère patrie !

Sous un gouvernement semblable la colonie ne pouvait que prospérer. Elle étendit au loin ses établissemens ; mais une catastrophe imprévue fut de nouveau sur le point de l'anéantir.

On sait de quels peuples elle était entourée. Powhatan leur chef ou Wirowanée, père de Pocahontas et allié des Anglais était mort (1618.) Son successeur Opchankanou, qu'on disait Mexicain et que sa bravoure avait élevé au commandement, fatigué de voir des étrangers envahir petit à petit son territoire, résolut de les expulser. Il mit quatre années à gagner successivement les peuplades voisines et à préparer dans l'ombre son terrible projet. L'admirable constance des Sauvages à garder un secret se surpassa cette fois, et le jour même de leur attaque ils apportèrent aux Anglais les présens de leur chasse, comme pour leur montrer qu'ils savaient à leur tour se servir des armes à feu qu'on avait mises entre leurs mains.

Au jour qu'ils avaient fixé (22 mars 1622.) ils se d2

précipitèrent tous à 3a fois dans les habitations des colons, et massacrèrent tout ce qu'ils recontrèrent, sans distinction d'âge ni de sexe. Le reste ne dut son salut qu'à la pitié d'un d'entre eux. Il avertit son maître, qui courut donner l'alarme à James- Town, où se réfugièrent tous ceux qui purent échapper à la fureur des Indiens.

Tout pleins de l'horreur qu'inspire le spectacle d'une aussi atroce vengeance, souvent répétée dans la suite, devons-nous blâmer le sentiment qui la commanda ! Les Américains, injustement dépouillés par les Anglais du fruit de leurs travaux, du sol de leur pays, de leur indépendance autrefois sans bornes, n'eurent-ils pas raison de tenter un puissant effort pour extirper le mal dans sa racine ? Si, débarqués sur nos rivages, quelques Indiens prétendaient commander chez nous et nous déposséder de notre patrie, tout moyen ne serait-il pas jogé légitime pour repousser ces étrangers !

Une guerre sanglante suivit cette rupture, et les Anglais déployèrent les mêmes moyens et les mêmes fureurs contre les Indiens que celles dont les Espagnols avaient fait rougir l'humanité dans leurs colonies. On les chassa clans les forêts comme des bêtes fauves. On fit avec eux des traités de paix peur les assassiner ensuite par surprise, et la dissimulation du Sauvage devint le partage des Anglais. Cn dépeupla ainsi une vaste étendue de pays, et du moins on fit du repos

pour la colonie, qui se releva lentement de son désastre.

Les réunions de la compagnie de Virginie à Londres devinrent à cette époque le théâtre des discordes des deux factions qui divisaient l'Angleterre, sous les noms de parti des provinces et de parti de la cour. Le roi Jacques n'ayant pu y faire triompher ce dernier, cita la compagnie au tribunal du banc du roi, après avoir fait emprisonner ses principaux officiers, et la dissolvit, comme tenant de la couronne tous ses droits et privilèges (1623.) Ses établissemens avaient déjà coûté cent cinquante mille livres sterling, plus de neuf mille personnes avaient successivement passé en Virginie, et cependant sa population n'était pas de 1,800 individus. En 18 années elle avait eu dix gouverneurs.

Jacques s'occupait de donner une nouvelle organisation à la colonie lorsqu'il mourut.

Charles Ier continua l'œuvre de son père. Il adjoignit au gouverneur un conseil de douze membres (1625.) Les impôts furent levés, les statuts promulgués sans le concours des colons. Un ordre de Charles les contraignit de ne vendre leur tabac qu'à des commissionnaires autorisés par le roi et qui achetaient pour lui. Des concessions furent faites par la couronne dans les limites mêmes de la colonie, et nuisirent beaucoup à son repos et à la culture de ses terres.

RESUME DE I/HISTOUtE

John Harvey, successeur d'Yardley, rendit ce régime encore plus intolérable. Les colons, indignés, se soulevèrent contre lui et renvoyèrent prisonnier en Angleterre.

Le roi refusa de leur rendre justice, renvoya le gouverneur à son poste; mais il le remplaça bientôt par William Berkeley (1639,) dont les talens et les vertus firent pendant près de quarante ans le bonheur de la colonie.

A l'approche de la convocation du parlement, qu'il s'était dispensé de réunir pendant près de douze ans, Charles, qui voulait se populariser, permit à Berkeley de convoquer l'assemblée générale de la colonie, et lui rendit presque tous les droits dont jouissaient ses sujets de la Grande- Bretagne, se bornant à empêcher la Virginie de commercer avec les puissances étrangères. L'influence de cette douce administration fut telle qu'au commencement de la guerre civile la colonie comptait 20,000 habitans.

Elle ne fut point ingrate, et demeura fidèle à Charles Ier, même après l'abolition de la monarchie et le bannissement de son fils. Le parlement n'était pas disposé à supporter une pareille opposition. Il arma une flotte, et la Virginie fut obligée de reconnaître la république.

Sous Cromwel elle fut tranquille. Connaissant l'esprit qui l'animait, beaucoup de royalistes d'Angleterre vinrent y chercher le repos ; leur

d? Amérique. 45

présence exalta l'opinion des colons à tel point, qu'à la mort de Mathews, dernier gouverneur pour Cromwel, la Virginie leva l'étendard royal, et proclama Charles IL

La contre-révolution qui s'opéra tout à coup alors en Angleterre et replaça ce prince sur le trône, sauva la colonie du châtiment sévère auquel elle s'était imprudemment exposée. Elle éclata en transports de joie.

Ils ne furent pas longs. Le parlement, non content d'adopter les idées du dernier gouvernement sur les gènes imposées au commerce, les augmenta d'une manière insupportable. L'acte de navigation, imaginé par le protecteur, fut rendu par ceux qui le remplacèrent. Plus tard (1663) on en perfectionna la rigueur.

Cet acte interdisait le commerce des colonies à tous autres vaisseaux et à tous autres sujets qu'à ceux de l'Angleterre. Il faisait de la métropole un vaste entrepôt de tous ses produits d'outremer et lui assurait l'approvisionnement de toutes les colonies. Il fut le premier pas des Anglais dans le système si habilement développé dans la suite par Pitt, qui fait la grande charte commerciale de la nation, et qui, après l'avoir enrichie, la ruinera peut-être un jour.

Les plaintes des colons contre l'acte de navigation ne furent point écoutées. De là naquit un commerce interlope avec les étrangers, partie uliè-

rement les Hollandais établis sur la rivière d'Hudson. Profitant du mécontentement général, quelques vétérans de Cromwel, bannis en Virginie, formèrent le projet de rendre la colonie indépendante. Le complot fut découvert, et long-temps l'esprit de révolte nécessita une surveillance rigoureuse.

A ces maux se joignit la baisse prodigieuse du prix du tabac, par suite du monopole royal (1675.) des attaques multipliées des Indiens contre une colonie qu'ils voyaient languissante, et (1676) du mécontentement causé par des concessions royales de terres faites sans discernement, et qui souvent comprenaient des propriétés déjà cultivées.

Ces motifs facilitèrent l'insurrection de Nathaniel Bacon, colonel de milice. A la tête des mécontens armés sous le prétexte de combattre les Indiens, il mit en fuite le gouverneur Berkeley. Il convoqua ensuite l'assemblée des habitans, qui le confirma dans le pouvoir dont il s'était emparé. Berkeley, avec peu de force, lutta contre lui, et le ravage de la colonie fut le résultat de la guerre civile. Sept mois s'étaient écoulés depuis que Bacon avait été promu au pouvoir. L'Angleterre préparait pour le réduire un grand armement, lorsque sa mort mit fin à la révolte (1677.)

Bacon paraît avor été guidé par des motifs généreux dans ses premières démarches, et conduit à la révolte par la sévérité avec laquelle le gouver-

neur s'opposait à ce que les colons s'armassent d'eux-mêmes contre les Indiens.

Après la mort de Bacon, Berkeley convoqua une assemblée de représentans du peuple pour cicatriser les plaies de la colonie. La clémence acheva d'assurer la soumission des mécontens. (167S) Un traité avec les Indiens prévint de nouveaux malheurs.

Depuis cette époque jusqu'à la révolution de (1638), l'histoire de la Virginie n'offre aucun événement remarquable. Sous différens gouverneurs, la colonie fut administrée d'après les maximes d'autorité arbitraire qui caractérisèrent les dernières années de Charles IL, et les conseils imprudens qui égarèrent Jacques IL Les Virginiens ne jouirent que d'une faible portion de la liberté assurée par la constitution du pays. (1679) Une loi défendit, sous le gouverneur Colepepper, de se plaindre des actes de son autorité. Le chevalier Andross augmenta encore le poids du gouvernement en voulant établir en Virginie tout le cahos de la jurisprudence anglaise (1692).

Cependant les émigrations, occasionées par la facilité d'acheter des terres, continuaient, la culture du tabac s'étendait de jour en jour, et la population de la colonie était déjà de soixante mille habitans à l'époque de la révolution.

Maryland.

Le lord Baltimore, que les rigueurs de Henri VIII envers les catholiques déterminèrent à chercher dans le Nouveau-Monde un asile à la liberté de conscience, obtint, en (1632), une concession dans le territoire même déjà donné à la colonie de Virginie.

Environ cent émigrans, presque tous d'une condition distinguée et catholiques, suivirent Calvert, chargé de diriger l'expédition, et descendirent sur les bords de la Potomack, au nord de la baie de Chesapeak. Ils achetèrent des indigènes le territoire où ils bâtirent la ville de Sainte-Marie, et donnèrent à leur établissement le nom de Maryland, en l'honneur de Marie de France, reine d'Angleterre.

Il est à remarquer que la concession faite au lord Baltimore ne contenait aucune clause qui astreignît la nouvelle colonie à soumettre ses lois à l'approbation de la couronne. Comme elle privait les planteurs de la Virginie d'une partie de leur territoire, ils réclamèrent contre elle; mais ce premier démembrement d'une colonie anglaise fut consacré par le gouvernement, et un libre commerce autorisé entre les deux colonies.

(1637) La première assemblée des habitans du Maryland, après .quelques discussions avec de lord Baltimore, lui assigna un revenu fixe et s'en dé-

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clara indépendante, pour la direction des amures de la colonie.

W. Clayborne avait fondé dans l'île de Kent un établissement, sous l'autorisation du roi et du gouverneur de Virginie. Il soutenait, en armant les Indiens, son refus de reconnaître la juridiction du Maryland. (1639) L'assemblée le déclara coupable de haute trahison, et il fut obligé de renoncer à ses prétentions.

Les persécutions religieuses procurèrent un rapide accroissement à la population du lUaryland. Un grand nombre de catholiques de la métropole et de la Nouvelle-Angleterre (colonie du nord dont nous ferons bientôt connaître l'histoire) vinrent y chercher un asile, déterminés par l'esprit de modération qui portait les habitans de cette colonie à accorder à toutes les sectes les mêmes privilèges.

Le nombre des colons s'étant considérablement accru, on reconnut, en 1639, la nécessité de ne plus les convoquer que par représentans. En 1650 le pouvoir législatif fut composé de deux chambres séparées et du gouverneur.

Jusqu'à l'époque des troubles d'Angleterre, la tranquillité du Maryland ne fut pas troublée. Une seule guerre contre les Indiens fut terminée par leur entière soumission.

Lors du renversement de la monarchie, Clayborne reparut. Il avait embrassé le parti du parlement, et voulait soulever la colonie. Il s'empara en effet E

de l'autorité, mais l'année suivante il fut expulsé (1641).

(1651) Plusieurs années après il reparut de nouveau avec des pouvoirs de la chambre des communes d'Angleterre. Sa présence fit éclater la guerre civile entre les catholiques romains et les partisans de la révolution. Ceux-ci triomphèrent, leur fanatisme se déchaîna contre les papistes et les quakers, successeurs des anabatistes et véritables apôtres de la tolérance universelle, si leur zèle n'était devenu trop exagéré par suite de la persécution.

Malgré ces commotions la colonie prospérait, et lors du rétablissement de la royauté, elle comptait douze mille habitans.

Le Maryland proclama avec une vive allégresse le retour de Charles IL L'assemblée législative, immédiatement convoquée, rentra dans tous ses droits. L'histoire du Maryland n'offre plus rien d'intéressant jusqu'à la révolution d'Amérique; ses rapports et son voisinage avec la puissante colonie Virginie lui ravissent toute importance véritable.

Caroline.

(1498) Pendant que Jean Cabot découvrait le nord de l'Amérique Septentrionale, jusqu'à la Virginie, Ponce-de-Léon parcourait la Floride, (1514) qu'Elisabeth comprit dans la Virginie.

d'amerique.

En France, François Ier fit reconnaître le même pays par Verazani (1523, 1524, 1525 ;) mais ce ne fut que sous Charles IX que les Français songèrent sérieusement à s'y établir.

Le grand Coligni, fatigué de voir les calvinistes en butte aux persécutions toujours renouvelées d'une cour sans foi, forma le projet d'ouvrir en Floride un refuge à ses partisans. Il y envoya plusieurs vaisseaux sous les ordres de Ribeaut, qui éleva le fort Charles sur la rivière d'Edistow. En 1564, Laudonnières y fit une nouvelle expédition et se fixa sur les bords de la rivière de Mai, depuis appelée San Matheo. Il nomma le fort qu'il construisit la Caroline. Les Espagnols, qui prétendaient à la possession exclusive du pays, attaquèrent les Français sous le commandement de Pedro Ménendez. Ils les battirent et en firent plusieurs prisonniers ; quelques autres, las d'errer parmi les Indiens, où les Espagnols leur faisaient la chasse, se rendirent volontairement. Les historiens s'accordent tous à dire que les uns et les autres furent pendus par les Espagnols (1565,) qui placèrent sur la tête des victimes un écriteau portant ces mots : Non comme Français^ mais comme hérétiques.

Coligni était mort assassiné, et la cour de<Franee ne portait pas assez d'intérêt aux siens pour songer à venger une pareille injure. Un simple particulier, le chevalier de Gourgues, l'entreprit et réussit.

Il arma quelques bâtimens à ses frais, fut en Floride, conclut une ligue avec les Indiens, toujours plus favorables aux Français qu'aux autres étrangers, battit les Espagnols et fit pendre ceux qui tombèrent entre ses mains au même endroit où avaient été suppliciés ses compatriotes. Il fit placer sur leur tête un écriteau qui portait : Non comme Espagnols, mais comme meurtriers ; ironie chevaleresque et barbare qui prouve que la loi du talion n'est pas toujours un acte de justice.

L'établissement de Gourgues fut bientôt abandonné. Les Anglais firent ensuite de leur côté plusieurs tentatives inutiles pour en former dans le même pays, auquel ils conservèrent le nom de Caroline. Ce ne fut qu'en 1663 qu'ils s'y fixèrent, en vertu d'une concession faite à plusieurs seigneurs puissans et qui, comme celle du Maryland, ne soumettait pas les actes de la colonie à l'approbation de la couronne.

Déjà le pays était habité sur plusieurs points» Des émigrans de Virginie s'étaient fixés près du détroit d'Albemarle sous la protection du gouverneur Berkeley. Ils formèrent une première colonie en Caroline.

Un nombre considérable d'habitansde la Barbade avait peuplé le reste du pays situé au sud du cap Fear; on y établit une seconde colonie et un gouvernement séparé. Telle fut l'origine des deux Carolines, qui s'étendaient depuis le 29e degré de

latitude nord jusqu'au 36e, et depuis la mer Atlantique jusqu'à la limite indéfinie de l'Océan du sud. Ces deux états se gouvernèrent séparément (1669) Les propriétaires da comté d;Albemarie eurent recours au célèbre Locke pour leur donner une constitution. Ce philosophe établit la tolérance religieuse pour première base de son gouvernement ; mais il favorisa moins la liberté civile. Il établit une cour suprême, composée des concessionnaires nommés par la charte royale, et présidée par l'un d'entre eux sous le nom de palatin. Il créa une noblesse héréditaire avec majorais, composée de Landgraves et de Caciques. D établit une assemblée législative par représentans. Tous ces corps délibéraient en commun.

Une foule de réglemens minutieux compléta le gouvernement de Locke. Il n'eut aucun succès et excita un mécontentement général. Des insurrections eurent lieu et arrêtèrent les progrès de la colonie. (1693) Enfin, après la révolution, les propriétaires prirent le parti de renoncer à cette constitution, et la Caroline, affranchie des entraves qui s'opposaient à son développement, vit alors naître pour elle une prospérité inaccoutumée.

Histoire des colonies du nord, ou de la Nouvelle-Angleterre, JUSQU'A LA REVOLUTION de 1688.

Ce fut une utile institution que celle qui, sous Jacques Ier, donna à la fois l'existence à deux colonies américaines. Elle établit deux centres de commerce et dut exciter une noble émulation entre les deux compagnies qui se chargèrent de les créer.

On vient de voir ce que fit la compagnie de Londres pour la colonie de Virginie. La compagnie de Plymouth, propriétaire de la colonie du nord, n'exécuta pas d'aussi grands travaux.

Le premier vaisseau qu'elle arma fut confisqué par les Espagnols (1608), qui prétendaient alors exclure des mers de IWmérique toutes les nations. Un faible établissement fut ensuite tenté à Sagadaboc, et bientôt abandonné. Depuis lors la compagnie se contenta de se livrer à la pêche sur les côtes de ]a nouvelle Ecosse et à Terre-Neuve.

On se souvient que le capitaine Smith, le génie tutélaire de la Virginie, blessé dangereusement

(1609), était repassée en Angleterre. La compagnie de Plymouth lui offrit en 1614 le commandement d'un vaisseau avec lequel il parcourut toutes les côtes du pays concédé h cette compagnie, depuis la rivière de Penobscot jusqu'au cap Cod. Il en présenta la carte et la description à Charles^ prince de Galles, qui, dans la chaleur de son admiration, lui donna le nom de Nouvelle-Angleterre.

Depuis le voyage de Smith, la compagnie de Plymouth ne fit aucune nouvelle expédition. Les discordes religieuses amenèrent les premiers établissemens sur le territoire concédé.

Plusieurs sectes divisaient l'Angleterre. Henri VIII avait méconnu l'autorité du pape, et son fils Edouard VI consacré le rite anglican. Marie, au contraire, se déclara contre la réforme ; beaucoup de protestans se réfugièrent sur le continent. Elisabeth, tout en les rappelant, fit approuver le rituel anglican par l'acte dit d'uniformité. La secte des puritains ne voulut point s'y soumettre, fut persécutée, et, de son côté, proclama que l'église d'Angleterre, aussi bien que le pape, étaient antichrétiens (1580.) Robert Brown réduisit en corps de doctrine les dogmes religieux de ces sectaires. On les appela brownistes. Obligés du fuir la persécution, ils se réfugièrent en Hollande, d'où ils résolurent de passer en Amérique.

Sur l'avis que, s'ils n'obtenaient pas du roi l'assurance formelle qu'ils y seraient tolérés, du

moins on fermerait les yeux, ils traitèrent avec la compagnie de Virginie (1618) pour la cession d'une étendue de terre dans les limites de sa concession.

Nezo Plymouih.

Cent vingt brownistes partirent en 1620 sur un seul navire. Ils devaient se rendre sur les bords de la rivière d'Hudson; mais le hasard les conduisit au cap Cod, où ils s'établirent provisoirement et fondèrent la ville de New Plymouth, quoiqu'ils ne fussent pas sur le territoire qui leur avait été cédé. Ils se hâtèrent de constituer leur état d'après leurs principes religieux. L'égalité parfaite, garantie par l'assemblée régulière des habitans, et la communauté de biens furent instituées; et comme la religion importait plus que la morale à des sectaires, ils changèrent le nom des mois et des jours de l'année comme ayant une origine païenne, punirent de mort le culte des images, tandis que le fouet fut la seule peine du faux. Ils déclarèrent en outre ne vouloir admettre dans la colonie que des membres de leur communauté eligieuse.

Cette exclusion, contraire à l'esprit de colonisation, la sévérité des lois et la communauté de biens, plus encore que la mauvaise qualité du sol, arrêtèrent la prospérité de l'établissement. Dix années après sa fondation il ne comptait pas plus

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de trois cents habitans. Les colons acquirent enfin de la compagnie de Plymouth le territoire sur lequel ils s'étaient fixés, et se gouvernèrent librement, jusqu'à la réunion de leur colonie à celle de Massachusetts.

Massachusetts.

La compagnie de Plymouth, quatorze années après l'autorisation qu'elle avait obtenue de Jacques Ier, sollicita et obtint d'étendre son territoire jusqu'au 45e degré de latitude nord (1620 ;) c'était le doubler. Elle ne fit rien cependant en exécution de ces deux actes ; seulement en 1627 elle céda à quelques brownistes la partie de ce vaste pays située à l'embouchure de la rivière Charles. Ceux-ci établirent la colonie de la baie de Massachusetts, ainsi appelée du nom du Sachem, ou chef indien de cette partie de la cote. Ils fondèrent la ville de Silem, et Tannée suivante, celle de Charles Tôwn (162S.)

L'intolérance accompagna les brownistes sur îe territoire américain et la persécution frappa les anglicans qui se trouvaient parmi eux ; mais comme ces derniers étaient eux-mêmes persécutés en Angleterre, la colonie s'accrut rapidement par les émigrations qui eurent lieu, surtout dans la classe aisée.

En ce temps, la compagnie de Plymouth céda

RESUME DE L'fflSTOIRE

sa charte aux colons, et leur transmit le droit de se gouverner, sans être sous l'influence d'un conseil résidant à Londres ; transaction singulière et sans autre exemple dans l'histoire des colonies anglaises, par laquelle les acquéreurs cessaient d'être directement soumis à la couronne. Le roi toléra cette innovation.

Dix-sept vaisseaux, portant quinze cents colons, partirent alors pour la Nouvelle- Angleterre, et les villes de Boston, Dorchester, Roxborough et plusieurs autres furent fondées.

Bientôt les ravages qu'exerçait la petite-vérole parmi les Indiens, l'accroissement de la colonie et la nécessité d'étendre les cultures dans l'intérieur du pays obligèrent les freemen (les bourgeois) les plus éloignés à se faire représenter par députés dans leurs assemblées générales (1630.)

La représentation coloniale décréta qu'aucune loi ne serait portée ; aucune taxe levée, aucun office public donné, que de son consentement. Tout, dans ce système, tendait au républicanisme, et appelait l'émigration des nonconformistes, d'une manière alarmante pour la mère-patrie. Aussi Charles Ier avait-il déjà fait et fit-il de nombreux efforts pour s'y opposer. Néanmoins beaucoup d'Anglais célèbres passèrent à la colonie de Massachusetts. Hugues PeterSj depuis chapelain de Cromwell, et Henri Vane, fils d'un des conseillers intimes du roi, vinrent y ranimer le zèle des brow-

d'ameriqtje.

nistes, et exercèrent une grande influence sur l'accroissement de la colonie.

Ces émigrations devinrent si fréquentes que Charles les défendit par une proclamation. Un embargo fut mis sur les naivres qui allaient mettre à la voile. Olivier Cromwell, John Hampden et plusieurs autres, qui s'y étaient embarqués, furent ainsi contraints par la mauvaise étoile de Charles Ier à demeurer en Angleterre.

Cependant, en dépit de cette défense, les migrations continuèrent, et, en 1633, plus de trois mille personnes arrivèrent sur la colonie. Charles, irrité, mit en cause la corporation de Massachusettsbay, pour usurpation des droits de la couronne ; elle fut condamnée à perdre son gouvernement. Mais l'orage grossissait contre Charles dans toutes les parties de ses états, et il cessa de donner aucune attention aux affaires d'une province si éloignée et si peu considérable.

Dès les premiers instans de son établissement, la colonie de Massachusetts cultiva l'amitié de celle de New-Plymouth, dont elle était voisine. L'attitude menaçante que prirent autour d'elle les indigènes, et les craintes qu'inspira le voisinage des Français, cimentèrent encore cette union.

Ceux-ci, comme on l'a déjà vu,* occupaient le Canada: leurs établissemens furent attaqués en 1614 par le capitaine Argal. Lorsque, sous Charles * Page 35.

RESUME DE L'lîISTOiItE

Ier, la guerre éclata entre la France et l'Angleterre, l'Acadie et le Canada, compris en partie dans la Nouvelle-Ecosse, furent conquis par le capitaine Kirk et restitués ensuite par un traité. Mais, en 1632, un parti français s'étant emparé d'un comptoir anglais établi sur la rivière de Penobscot, Richelieu parut vouloir y former un établissement régulier.* Le voisinage de tels ennemis fit armer les colonies anglaises du nord. On acheva le fort de Boston : on en construisit d'autres. New-Plymouth et le Massachusetts s'unirent encore d'une manière plus intime.

Providence et Rhode-Islanâ.

Roger William, ministre du culte à Salem, dans le Massachusetts, avait prêché contre la croix de saint Georges du drapeau britannique, qu'il regardait comme un signe de superstition et d'idolâtrie, et obtenu que cette croix serait enlevée. Bientôt il fut banni de la colonie. Suivi de ses disciples, il se dirigea vers le sud, acheta aux Indiens un territoire considérable (1634), et, lui ayant donné le nom de Providence, ils s'y établirent.

A la même époque une femme, mistriss Hutchinson, créa la secte des Antinomiens, qui croyaient que la foi sans les œuvres suffit au salut. Bannie à son tonr de la colonie, elle et ses disciples achetèrent des Sauvages une île fertile dans la baie de * Les Français s'y maintinrent en etâèt jusqu'en 1654.

Naizagansetts, qu'ils appelèrent Rhode-Island, et ils s'y établirent. Ils ne formèrent, avec les précédens émigrés sortis du Massachusetts, qu'une même corporation, qui demeura durant quarante années sous la direction de William, et où la morale la plus douce fut prèchée. William enseignait que la loi civile est sans empire sur la conscience, et que toute peine infligée pour matière de croyance est un acte d'oppression. Il proclamait le libre exercice du jugement particulier comme un droit naturel et sacré. Cette morale véritablement évangélique fit le bonheur de la colonie, dont le gouvernement fut purement démocratique, jusqu'à l'époque de la charte royale qui l'incorpora (1663), après une suspension de ses propres lois qui dura dix années.

Connecticut.

La colonie de Connecticut fut formée de la même manière que celle de Rhode-Island. En 1634, le pasteur Hooker, ayant obtenu, de la cour générale de Massachusetts, la permission d'aller s'établir au loin, partit avec quelques disciples, traversa de vastes solitudes, et s'arrêta sur le bord occidental de la rivière de Connecticut. Bientôt d'autres disciples, en venant le joindre, fondèrent les villes d'Harttord, de Springneld et de Weathersfield. Le territoire qui leur était concédé était hors de la limite du Massachusetts: ils en profitèrent pour F

organiser un gouvernement indépendant ; et, modifiant les institutions de la colonie-mère, ils ne privèrent pas de leurs droits politiques ceux qui n'étaient pas membres de leur église.

Ils traitèrent ensuite pour la paisible possession du pays avec les lords Say et Brook, qui avaient bâti un fort à l'embouchure du Connecticut et avaient des droits sur leur territoire, et forcèrent les Hollandais de Manhadoës ou New-York, qui étaient déjà établis sur la même rivière, à l'abandonner.

(1662) Dans la suite, la colonie de Connecticut fut aussi formée en corps politique par une charte royale.

Guerre des colonies de Rhode-Island et de Connecticut avec les Indiens.

Les tribus indiennes, voisines de Rhode-Island et de la colonie de Connecticut, étaient nombreuses et aguerries. Les Péquods, la plus remarquable d'entre elles, conçurent de vives alarmes des nouveaux établisse mens qui venaient d'être faits sur leur territoire. Mais, voulant les attaquer avec succès, ils s'efforcèrent de former un traité d'union avec les Narragansetts, qui habitaient près de Rhode-Island. Ceux-ci, n'écoutant qu'une vieille inimitié, refusèrent de traiter et s'allièrent avec les Anglais (1637). Les colonies s'étant armées, les Sauvages furent surpris sur la rivière Mistig dans

une position fortifiée. Au moment où les Anglais escaladaient les palissades, les aboiements d'un chien se firent entendre : un combat opiniâtre eut lieu, dans lequel les Péquods furent presque entièrement massacrés. La guerre ayant continué, ceux qui survécurent aux fureurs inouies de cette campagne, où les Narragansetts déployèrent, sous la protection des Anglais, toute la barbarie des Indiens, abandonnèrent pour toujours le pays à ses nouveaux ppssesseurs.

New-Haven.

Au moment où cette guerre finissait, quelques émigrans arrivèrent d'Angleterre à Boston. Ne voulant pas se soumettre à un gouvernement auquel ils n'auraient point de part, ils allèrent fonder, sous le nom de New-Kaven, une colonie indépendante, sur les bords de la rivière de Connecticut, où ils s'établirent malgré les Hollandais qui étaient alors maîtres de Manbadoës.

Cette colonie fut dans la suite réunie au Connecticut (1665.)

Faits communs aux colonies de la Nouvelle- Angleterre.

L'émigration vers les colonies cessa à la convocation du long parlement. Les maximes des puritains triomphaient et la guerre civile retenait les esprits turbulens.

Depuis l'arrivée des premiers brownistes à k Nouvelle- Angleterre jusqu'à cette époque (1640,) vingt-un mille deux cents colons y étaient passés.

L'échange d'émigration devint alors à peu près égal entre les colonies et la métropole ; vers ce temps furent faites les premières exportations des produits de la Nouvelle-Angleterre. La chambre des communes les exempta de tous droits d'importation et d'exportation (1642.)

Répondant à cette faveur, ou, pour être plus exact, suivant leur propre instinct, les colons applaudirent avec énergie à toutes les mesures révolutionnaires du parlement, et s'efforcèrent de prévenir chez eux les tentatives en faveur de la royauté.

(1643) Warwick fut nommé par le parlement gouverneur-général des colonies, et celles-ci ne désapprouvèrent pas la création d'une place si contraire à leurs droits. Ainsi les usurpations sont mutuellement tolérées entre gens du même parti.

A peu près dans le même temps, quelques esprits élevés formaient le projet de confédérer les colonies. On répandit le bruit qu'elles étaient menacées par une ligue générale des Indiens. Le sentiment d'un danger commun suggéra l'idée d'une défense commune, et les colonies de Massachusetts, de New-Plymouth, de Connecticut et de New-Haven formèrent, à l'imitation des Provinces-

d'amerique.

es

Unies hollandaises, une confédération perpétuelle offensive et défensive, sous le nom de colonies unies de la Nouvelle-Angleterre. C'était déclarer par anticipation leur future indépendance. Mirabeau arma la France par la terreur qu'inspirèrent les brigands dont il la disait menacée ; les colonies furent confédérées par la crainte chimérique, mais qui devint bientôt générale, de l'armement des Indiens.

(1643) Par cet acte, chacune des colonies demeurait distincte, conservait sa juridiction et ses limites ; mais une assemblée générale de leurs députés délibérait sur les objets d'un intérêt commun. Cette confédération subsista quarant ans, c'est-à-dire jusques à la révocation des chartes des compagnies de Londres et de Plymouth par Jacques IL

Le parti qui douiinait en Angleterre favorisait trop les colonies du Nord pour s'apercevoir des dangers d'un acte qui rompait en partie les liens qui les unissaient à la métropole.

(1643) Le Rhode-Island fut exclu de la confédération sous le prétexte que son établissement n'était pas formellement autorisé par la compagnie de Plymouth. Ses habitans s'appliquèrent dès lors à cultiver l'amitié des Indiens, desquels ils obtinrent la cession entière de leur territoire. Ils avaient tenu leur première assemblée des colons en 1647. Elle fut composée de tous les hommes libres.

Peu de temps après, l'assemblée générale se permit (1652) un nouvel empiétement sur les droits de l'Angleterre, en ordonnant la fabrication à Boston d'espèces d'argent qui portaient le nom de la colonie et la figure d'un arbre, symbole de son accroissement.

Les confédérés, augmentant chaque jour leur propre pouvoir, firent des traités avec les Français de l'Acadie et les Hollandais de Manhadoës (1650- 1651,) sans la participation de la métropole et sans égard à sa situation envers les puissances dont dépendaient ces colonies.* Ce fut ainsi que pendant les troubles de la mère-patrie ils apprirent à se gouverner par eux-mêmes.

Le parlement s'était dès lors occupé de la séparation des colonies d'avec la métropole. Il rendit enfin un acte pour confirmer l'autorité de celle-ci : mais vainement voulut-il la ressaisir ; vainement il ordonna au Massachusetts de prendre une nouvelle charte et de tenir ses assemblées au nom du gouvernement d'Angleterre : le Massachusetts refusa de se soumettre (1651,) et le parlement ne renouvela pas ses réquisitions.

Cependant la discorde éclata souvent entre les colonies de la Nouvelle-Angleterre. Le Massachusetts refusa d'obtempérer plusieurs fois aux décisions du conseil général ; mais le Connectieut

* L'Angleterre déclara la guerre à la Hollande en 165 L, et les colonies restèrent en paix avec les Hollandais de Manhadoës.

et le New-Haven ayant réclamé auprès de Cromwel contre l'un de ces refus, une simple menace de celui-ci fit rentrer le Massachusetts dans le devoir (1646.) Les disputes religieuses troublèrent aussi le repos de colonies confédérées.

Mais s'ils étaient agités par les discordes, les colons n'oubliaient pas les institutions utiles ; s'ils persécutaient les catholiques, les anglicans et les quakers, qui venaient de paraître, ils faisaient de nobles efforts (1650) pour donner au collège qu'ils avaient établi à Cambridge en 1636 un accroissement proportionné aux nouveaux besoins de leurs établissemens.

Ainsi marchaient à la fois les colonies anglaises dans les voies du fanatisme et de l'intolérance et dans le sentier plus difficile de la liberté et de la civilisation. En peu de temps elles devaient abandonner les premières et mettre toute la vigueur de leur jeunesse à parcourir l'autre.

Après le rétablissement de la royauté, le Massachusetts évita soigneusement de se déclarer pour le nouvel ordre de choses, et s'efforça de consolider son indépendance, sous la protection de la métropole. L'assemblée générale fit à cet égard une déclaration de principes d'une énergie et d'un républicanisme remarquables. Le gouvernement anglais refusa de sanctionner les demandes de la colonie, et bientôt les nouvelles rigueurs qu'amena Je perfectionnement de l'acte de navigation (1663)

achevèrent d'aigrir la colonie contre la mèrepatrie.

Le Rhode-Island, qui avait tout à redouter du Massachusetts et de la ligue des colonies du Nord dont il avait été exclu, fut charmé du rétablissement de la monarchie, et obtint, en 1662, une charte royale qui reconnaissait l'assemblée générale des habitans.

Le Connecticut apprit avec indifférence le retour de Charles IL (1662) Il obtint à son tour une charte royale, qui réunissait à la colonie celle de New-Haven. Ce dernier état, alors indépendant, refusa d'abord de se soumettre à cette décision; mais le roi ayant, à cette époque, fait au duc d'York, son frère, une concession qui paraissait compromettre l'existence du New-Haven, il se hâta de s'unir avec le Connecticut pour se sauver d'une invasion plus dangereuse.

New-Hampsliire et Maine.

La compagnie de Plymouth avait inconsidérément morcelé la partie septentrionale de son territoire entre divers acquéreurs qui n'y créèrent aucun établissement sérieux.

(1639) John-Mason devint propriétaire du New- Hampshire, et Georges du district de Maine.

Quelques particuliers seulement étaient disséminés dans le New-Hampshire, lorsque les discordes religieuses du Massachusetts, auxquelles

est due la fondation du Rhode-Island et du Connecte ut, favorisèrent la formation d'une nouvelle colonie dans cette province.

Le ministre Wheelw right, proche parent de mistress Hutchinson, fondatrice du Rhode-Island, fut banni comme elle, et par rapport à elle, du Massachusetts (1637). Il se dirigea vers le Nord et fonda la ville d'Exeter, près de la baie de Piscataqua (1623); quelques émigrans, venus d'Angleterre, bâtirent ensuite la ville de Douvres.

Des querelles religieuses sur la grâce et les csuvres dégénérèrent en guerre civile et rirent le malheur de la colonie naissante.

Cependant, le rapide accroissement du Massachusetts avait engagé son gouvernement à en déterminer d'une manière invariable les limites. La charte les indiquait à trois milles au nord de la Merrimack. On prétendit qu'elles devaient être prises à partir de la source, et non de l'embouchure de cette rivière, qui coule du nord au sud ; on envahissait ainsi une grande partie de New-Hampshire et de Maine. N'étant pas en état de soutenir ses droits, le New-Hampshire préféra se soumettre à la juridiction du Massachusetts (1641). Mais le ministre Wheehvright, ne voulant pas la reconnaître, se retira dans le district de Maine. (1650-1652) Peu d'années après Georges, propriétaire de ce district, se soumit à son tour à la juridiction du Massachusetts. Sous cette puissante

protection, les deux nouvelles colonies acquirent bientôt une haute importance.

New-York et Xew- Jersey.

Les Hollandais avaient formé des établissemens considérables dans l'Amérique du nord, dés l'année 1609. Dans la même contrée, ils avaient conquis en 1655, sur les Suédois, un pays étendu que ceuxci occupaient depuis 1633. En un mot, ils possédaient une grande partie de la côte, qui s'étend depuis la Delaware jusqu'à l'île Longue, plusieurs forts et des comptoirs sur les rivières d'Hudson et de Connecticut. L'entreprise du capitaine Argal, en 1614, n'avait fait que les effrayer, et, depuis, leurs établissemens s'étaient de beaucoup accrus. Charles IL malgré son caractère efféminé, osa entreprendre de les expulser en pleine paix de ces possessions situées au centre des colonies anglaises, En conséquence (1664), il donna à son frère, le duc d'York, le pays qu'ils occupaient, une grande étendue de côtes et un territoire immense, qui remontait de l'embouchure de la Delaware jusqu'aux lacs du nord. Cette contrée fut nommée New- York, Le prince céda presqu'aussitôt au lord Berkeley, et à Georges Carteret, la partie de ce même territoire située entre la Delaware, l'Hudson et la mer. C'est le Xew-Jersey, d'abord appelé Nouvelle- Suède.

Le officiers que le duc d'York chargea de pren-

d' AMERIQUE. 71

dre possession du pays qui venait de lui être concédé avec une aussi grande perfidie, s'étant entendus avec le lord Baltimore, propriétaire du Maryland, s'emparèrent (1664) de la Nouvelle-Amsterdam, capitale des colonies hollandaises, qu'ils appelèrent New-York, et achevèrent en peu de temps la conquête des nouveaux Pays-Bas.

L'un d'eux, ayant remonté la rivière d'Hudson pour s'emparer du fort d'Orange, depuis appelé Albany, eut une entrevue avec les chefs des cinq nations indiennes de cette partie de l'Amérique, et conclut avez eux une alliance, qui subsista longtemps, et fut éminemment avantageuse aux Anglais.

Toutefois, les mœurs des premiers colons hollandais se conservèrent long-temps dans le New- Jersey, et ont même sensiblement influé sur celles de la population actuelle.

Le traité de Bréda, qui rendit l'Acadie aux Français, assura aux Anglais* la possession paisible des nouveaux Pays-Bas. Mais la guerre s'étant rallumée en 1673, les Hollandais reprirent New- York, et tout le pays qui en dépendait. La cessation de la guerre remit, un an après, ce pays en la possession des Anglais.

(1674) Le duc d'York fit alors confirmer sa charte, et envoya pour gouverner ses possessions d'x\mérique, sir Edmond Andross, homme d'un caractère dur et hautain, qui mécontenta les colons,

rzsoil de l'histoire

et éleva des contestations avec tous les états, voisins. Le mécontentement alla toujours croissant jusqu'au moment où la colonie fut appelée à faire discuter ses intérêts par ses représentant 3.653.)

Le colonel Dongan la gouverna depuis cette époque jusqu'à la révolution, avec autant d'habileté que de bonheur.

Suite de Phistoire des colonies du Nord.

En faisant au duc d'York la concession du territoire occupé par les Hollandais, Charles IL avait nommé, des commissaires pour réorganiser les colonies du Nord. Ils reconstituèrent l'état de Maine indépendant du Massachusetts. Mais la cour générale refusa de reconnaître leur autorité, et reprit ce pouvoir de suzeraineté qu'elle exerçait auparavant sur le New-Hampshire et sur l'état de Maine.

Le courroux du monarque éclata. H rendit un quo warrante contre le Massachusetts,* et la haute cour de chancellerie annula la charte de la compàgaie de Nouvelle- Angleterre (1654.) A cette grande injustice, le caprice de Charles IL opposa un grand bienfait. Il fit cesser, par une ordonnance, les persécutions exercées dans la Nouvelle- Angleterre contre les quakers.

Ces secousses violentes n'empêchèrent pas

* Injonction par laquelle les princes anglais ordonnaient de rendre compte des droits de la couronne qu'ils prétendaient avoir tU usurp.s.

l'accroissement des colonies. En 1673, elles comptaient 120,000 ames, et pouvaient mettre sous les armes 16,000 hommes.

Si l'on aime à voir les établissemens des Européens prospérer, on se plaît aussi quelquefois à remarquer le courage des Indiens qui tentent de repousser ces spoliateurs au-delà des mers. En 1775 Philippe, jeune prince des environs de la baie de Massachusetts, parvint à former une ligue de plusieurs nations. Quoiqu'il ne fût lui-même chef que de cinq cents guerriers, il rassembla plusieurs fois 3,000 alliés, avec lesquels il fondit sur les Anglais. La guerre fut poussée avec un affreux acharnement, et ne finit que par la mort de Philippe, tué par un des siens. Il avait incendié un grand nombre de villages, et fait périr plus de six ceriâ "Aflgiais. *

Charles IL étant mort, le nouveau souverain, Jacques II, fit exécuter la décision portée contrôles colonies de la Nouvelle- Angleterre. Un même gouverneur fut donné au Massachusetts, au New- Hampshire, et aux provinces de Maine et de Narragansetts. Les représentations des colonies pour le maintien de leur liberté furent sans effet. (1665- 1637) Le gouverneur Andross fit successivement casser les chartes des états de Ehode-Island et de Connecticut.* Il s'efïbrça même de faire an-

* Cette colonie cacha sa charte dans un tronc d'arbre et ne la rendit point.

nuler toutes celles qui étaient encore en vigueur. (168S) Vers le même temps, le New-Jersey et le New-York furent également réunis sous l'autorité du même gouverneur, et annexés à la Nouvelle- Angleterre. L'usage de l'imprimerie fut même interdit dans New-York. Ainsi furent momentanément anéanties la confédération et la liberté des colonies du Nord.

Cet ordre des choses était trop contraire aux droits et aux intérêts des colons pour qu'ils le supportassent patiemment. Le 18 avril 1669, les habitans de Boston se soulevèrent, emprisonnèrent le gouverneur et les membres de son conseil, et rétablirent l'ancienne forme de gouvernement.

Bientôt la nouvelle de la fuite du roi, et de l'établissement de Guillaume III, dissipa l'inquiétude que donnait aux colons la hardiesse de leur démarche.

La colonie de Rhode-Island et celui de Connecticut, rétablirent aussitôt leur gouvernement : le New-Hampshire, malgré son désir d'être réuni au Massachusetts, fut reconstitué en colonie indépendante.

Dans le New-York, quelques milices avaient voulu imiter la Nouvelle-Angleterre et chasser leur gouverneur particulier. Mais ce chef, qui avait des partisa'ns, sut résister jusqu'à l'arrivée de nouveau gouverneur pour le roi Guillaume, auquel il remit le commandement.

Pennsylvanie et Delaware.

Un traité entre le duc d'York, le lord Berkeley et Carteret, avait créé le New-Jersey : un traité entre éeux-ci et Guillaume Penn fit fonder la Pennsylvanie (1674), située au nord de la Virginie et au sud du New-York. Le quaker Penn, fils d'un amiral qui avait fait des avances considérables aux Stuart, reçut en terres en Amérique le remboursement de ce qui était dû à son .père. Penn avait long-temps habité le New-Jersey, et exploré la contrée qui lui était donnée. Il vit dans cette concession la faculté d'établir un havre de repos universel contre l'intolérance des religions, et se livra avec ardeur à l'accomplissement de ce dessein. Il légitima même la concession qui lui était faite en achetant le terrain aux Sauvages, ses premiers possesseurs, qui devinrent les amis de la colonie naissante.

Penn établit d'abord un gouvernement libre, dont les formes, trop compliquées et pou appropriées à l'esprit du temps et des lieux, ne plurent pas, et qu'il remplaça bientôt par un ordre de choses à peu près semblable à celui qui présidait aux colonies voisines. Il se rendit en Amérique (1683) avec deux mille émigrans, et débarqua sur les bords de la Delaware, où il jeta les premiers fondemens de Philadelphie, la ville des frères. Un an après, on y comptait cent maisons de bâties. L'assemblée

RESUME DE l'iIISTOIRS

des colons eut lieu par représentant et publia des lois sages, qui établirent l'ordre, la liberté absolue de conscience, et l'obéissance au propriétaire.

Une décision du roi Jacques IL avait compris dans la concession de Guillaume Penn une partie de la péninsule qui sépare krfieîaware de la baie de Chesapeak ' Plus tard cette même partie fut constituée en colonie sous le nom de Deiaware (1701), et, quoique régie par des lois distinctes, elle continua d'obéir aux ordres du gouverneur de la Pennsylvanie.

Cette dernière colonie demeura fidèle à l'esprit qui avait présidé à sa fondation. Les calvinistes cherchaient un asile à la Nouvelle-Angleterre, les luthériens en Virginie, mais toutes les sectes trouvèrent en Pennsylvanie un refuge, et y vécurent constamment en paix. Malheureusement l'esclavage des noirs ternissait l'éclat des institutions toutes patriarcales de cette colonie remarquable. Mais la société des amis s'opposa bientôt à cet infâme trafic, et le code pénal que cette colonie doit à son fondateur acheva de la présenter au monde, comme l'asile de la tolérance et de l'humanité.

Lors des troubles d'Angleterre, elle demeura attachée à Jacques IL Elle ne voulut reconnaître la dynastie d'Orange que quelque temps après son avènement; cependant Penn évita avec adresse les maux que pouvait lui faire éprouver ce retard A cette époque, la Pennsylvanie fut du petit nom-

bre des états qui n'eurent point à abroger des lois intolérantes, ni à détruire les privilèges de quelque culte dominant.

CONSIDERATIONS RELATIVES AUX DEUX PREjILLRES SECTIONS.

L'histoire des colonies anglaises du nord et du sud de l'Amérique ne présente que peu d'intérêt de détail, mais son ensemble offre des faits importans et de grandes leçons.

On y retrouve les conquêtes journalières de la civilisation européenne sur la barbarie américaine, et l'indication de l'anéantissement prochain d'une des races de l'espèce humaine, celle des hommes cuivrés, qui, chaque jour refoulés vers l'océan du sud, doivent disparaître lorsqu'ils n'auront plus de déserts à parcourir.

On y voit le plus rapide accroissement des états dont les habitans jouirent de plus de liberté. Le Massachusetts, créé long-temps après la Virginie, doit à ses institutions libérales sa richesse, sa population et une sorte de prééminence sociale entre les colonies de l'Amérique.

On y reconnaît par quel ressort secret des colonies florissantes préparent leur indépendance future. Le récit de leurs efforts pour la conquérir ne sera plus pour le lecteur un objet d'étonnement : la résistance aux volontés arbitraires de la métropole, et surtout à l'acte de navigation, la confédég2

ration non autorisée des colonies, lui auront déjà appris que le peuple dont il parcourt l'histoire sera bientôt maître absolu de ses destinées.

Enfin en voyant tant de petits gouvernemens semblables se créer sur un mode uniforme et prospérer en peu de temps, on apprend que le gouvernement populaire, appuyé de la tolérance universelle, est le plus conforme aux besoins de l'espèce humaine. Et si l'on retrouve dans ces constitutions quelque mélange insensible d'aristocratie, on se souvient du temps où elles furent fondées, et l'on attend de l'avenir une reconnaissance plus formelle des droits du peuple.

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