‹ L'histoire des idées théosophiques dans l'IndeChapitre 12 sur 41 · CHAPITRE DEUXIÈME L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME L'ÉGLISE

Peu de temps après la nuit fameuse où le Bouddha parvint à l'Illumination suprême, comme il séjournait encore à Uruvelâ (1), le Malin s'approcha de lui et dit : « Le moment est venu pour le Saint, pour le Bienheureux, d'entrer dans le nirvana ». — Mais le Bouddha répondit au Tentateur : « Je n'entrerai dans le nirvana que quand j'aurai pour auditeurs des religieux, des religieuses et des laïques des deux sexes, bien disciplinés, versés dans la doctrine, qui connaîtront et observeront la conduite appropriée au salut, qui, devenant maîtres à leur tour, transmettront, expliqueront la doctrine et prêcheront la vérité miraculeuse (2) en ses effets ». Quarante-cinq ans plus tard, le Méchant vint de nouveau vers le Bouddha et, lui rappelant ce qu'il avait promis au début de sa carrière, l'invita à s'éteindre, puisqu'il avait maintenant un grand nombre de religieux et de laïques capables de continuer l'œuvre commencée. Le Tathâgata annonça qu'il mourrait à trois mois de là (3).

Pour la tradition, l'activité spirituelle du Bouddha s'est donc confondue avec la constitution de l'Eglise : l'une et l'autre commencent et s'achèvent en même temps. Dès que sont là les dhammadhara, les « porteurs de la doctrine », l'œuvre est viable, et le maître a fini sa tâche. Constatons aussi que la légende ne fait aucune distinction entre les membres de la communauté ;. qu'ils soient laïques ou moines, hommes ou femmes, tous sont également posés comme aptes à connaître et à propager la vérité.

(1) Sur les bords de la Nairanjanâ, le Phalgu d'avijourd'hui.

(2) Sappâtihâriya. Allusion évidente aux « miracles » de l'enseignement.

(3) M. Parin. S., eh. III, §§ 34 sqq. Le texte répète pour chacune des quatre catégories de membres une même et fastidieuse kyrielle d'épithètes. Comme souvent, j'ai abrégé la citation. — Le Lalitavistara ne parle pas de la seconde visite de Mâra et ne mentionne qu'en passant les laïques, dépositaires de la doctrine.

26 l'église

Une fois le Bouddha entré dans son repos définitif, la doctrine n'a plus d'autre exposant visible que les membres de l'Eglise. On en viendra sans doute à lui donner dans des textes écrits une forme authentique et imnmable ; mais la rédaction du Canon est de beaucoup postérieure à l'institution du Sangha. En outre, dans le Canon lui-même, les parties qui fixent la discipline sont plus anciennes que celles qui traitent du dogme. C'est donc le Sangha, et non pas le Dharma, qui reçoit le premier sa forme définitive. Bien plus, la fixation de la doctrine n'a pu se faire que grâce à l'établissement d'une église solidement constituée. Les choses, comme on sait, ne se sont pas passées autrement dans le christianisme.

Les religieux. Il y a deux catégories de bouddhistes, les ascètes et cénobites et les chefs de maison, ou, pour les appeler de leur nom traditionnel, les « mendiants », bhiksu, et les « adorateurs », upâsaka. Si les uns et les autres sont des « enfants de Çâkyamuni », également appelés à se faire les organes et les propagateurs de la doctrine, l'Eglise cependant a eu, dès l'origine, son centre de gravité dans les bhiksu. Ce sont les bhiksu qui constituent le Sangha, « l'assemblée ». Tandis que les upâsaka ne sont qu'une foule instable et amorphe, les bhiksu forment un noyau compact et résistant. Des règles strictes tendent à faire d'eux un tout bien homogène dans l'espace et dans le temps. Aux yeux des Hindous, ils représentent seuls la tradition bouddhique.

En instituant un sangha, le Bouddha ne faisait qu'imiter ce qui se pratiquait autour de lui. 11 semble pourtant que la communauté bouddhique se soit distinguée de ses congénères par une cohésion plus grande et par les formes presque juridiques de sa constitution. Nous la connaissons en tout cas mieux que n'importe quelle autre, et c'est par elle que nous pouvons le plus facilement savoir ce que furent et ce que ne furent pas les institutions de ce genre. Les discours adressés par le Bouddha à ses disciples et la nature des règles qu'il leur impose nous font connaître clairement le but que poursuit un chef de secte en organisant solidement autour de lui un groupe de fidèles.

Tout d'abord, le Sangha n'est point un sacerdoce. L'ordination n'est pas un sacrement, et c'est la conversion qui fait du boud-

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