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La fortuoe de l'énorme hisloire de Rome el d'Italie entreprise par l'érudit ilaiien ELtore Pais(l) aura été singulière. Les réserves sont venues du groupe scientifique auquel svait paru jusque-là se rattacher l'auteur et les éloges du cdté d'où il eut dû le moins les attendre. Ce sont les savants qui OQt étudié l'histoire romaine avec le plus de. défiante critique qui ont été le plus surpris des applications extrêmes faites par M. Pais de procédés dont aucun n'a été découvert par lui «tqui peuvent tous en leur lieu douner de bous résultats; ce sont eux aussi qui ont opposé les objections les plus nettes à cet amas effrayant d'allégationa aventureuses dont, au bout de douze cents pages, la démonstration définitive est encore rejetée à un livre complémentaire à paraître. Et, parmi «eux qui semblent aujourd'hui les moins effarouchés par le scepticisme universel de M. Pais, on reconnaît quelques-uns des lliatoriens qu'on avait vus dans le passé admettre sans sourciller les portions les plus scabreuses de l'histoire traditionnelle.
Le phénomène n'est peut être pas inexplicable. Entout cas, on «arait tort de craindre qu'il fausse, dans un sens ou dans l'autre, le jugement défiaitiFde l'œuvre de M. Pais. Malgré le vent d'utilitarisme rétrograde et maladroit qui souftle par moments sur nous. Il reste en Europe assez de bons ateliers, individuels ou collectifs, de recherches historiques pour qu'où puisse en attendre avec confiance le traitement scientifique des idées
(I) Ettore Pais, Sforia d'italia dai lempi pnt mlichi alla jSii« délit Cuerrs fvaicht, part» J, Sforia delta Sicilia » dtîla Magna Grtcia, toI. I, IS9f , ivi- 632 pp.; t>arl« /r„ Sloria dt Bima, vol I, I, 1898, xiiv-esi pp.; roi. 1,2, ie99,iLTi[i-744pp.
tumullueusemenl accumulées daus ces trois gros volumes. Ud peu plus lot, UD peu plus tard, uue fois le deroiei' bouillounement des polémiques terminé, ou peut être bien sûr de retrouver toutes les propositions de M. Pais méthodiquement dépouillées et classées, avec, pour chacune, les raisons de croire, denieroudedouter, daus ce cor;>u£ de l'histoire ancienne qui se constitue peuà peu par l'effort conlinu d'un ensemble d'hommes laborieux et compétents. C'est un travail dont on peut souhaiter l'achèvement plus ou moins rapide, mais qui sera fait et bien Fait. On n'a qu'à patienter un peu. Il est seulement plus malaisé pour les jurisconsultes et il leur est peut-être moins permis d'attendre avec résignation de l'initiative d'autrui le jugement d'assertions du même ouvrage qui touchent directement à leurs études et qui se rapportent aux textes mêmes qui en sont les premiers instruments.
Rencontrant l'année passée, au cours d'un travail indépendant, la conjebture de M. Pais selon laquelle les XII Tables n'auraient pas été rédigées au début du iv' siècle de Rome par les décemvirs, mais purement et simplement supposées sons le coup d'une confusion avec la publication du droit faite ud siècle ot demi plus tard par Cn. Flavius, le scribe bien connu du censeur Appius Claudius (1), j'avais cru sufGsant desigoaler d'un mot l'une des raisons décisives pour lesquelles cette conjecture me semblait inadmissible (3). Moo collègue de Lyon, M. Lambert, a publié depuis dans cette revue un article étendu (3) où il reprend l'idée de M. Pais, en lui apportant quelques remaniements de détail et en en modifiant un peu la partie positive, en attribuant à Sex. Aelius Paetus Catus, l'auteur des Irïperfifiz, la paternité de l'œuvre apocryphe rattachée par M. Pais à Cn. Flavius, mais en empruntant et en accentuant les vues de M. Pais sur le caractère moderne du prétendu code décemviral. Je dirai, à mon tour, pourquoi le système me semble encore moins admissible dans sa Torme nouvelle que dans l'ancienne.
(1) Ce système, dont il n'est pis toajoar« très facile de discerner les traits précis, est exposé ptr M. i'aîs, SfoHa dt Rama, 1, pp. S50-60S. II, pp. Si6- 570, 631-635.
(3) BUioire de i'orgamiatidJiiudiâaire det Romaint, I,,190l, p. 50, n. 2.
(3) KouttlU reçue hiitorique, 1S03, pp. 141-200.
La première raison de M. Lambert est une comparaisoD. On reconnaU, dit-il, de plus en plus tiDaninaernent que la compilalioa des prétendues lois royales atlribuée à un certain Papirius, de la fin de l'époque royale ou des premiers temps de la République, mais citée pour la première fois par le contemporain de César, GraniusFIaccus, est l'œuvre de Granius Flaecus(l). OndoitpareillemciitrecoDnaîtrequelesXlI Tables, qui nous sont préseulées comme ayant été rédigées au début €!uiv'siècîedeRome,au niilieudu v' siècle avant Jésus-Christ, mais dont les premières cilalioQs explicites se rencontrent seulement deux siècles plus tard, vers le temps du jurisconsulte Sex. AeliuB Paetus Catus consul en l'an S56 de Home, 198 avant Jésus-Christ, sont un ouvrage de leur prétendu commentateur Sex. Aelius. « Je me contenterai, dit-il, de reprendre pour l'appliquer aux XII Tables, saos y changer un mot sauf les noms d'auteurs et d'ouvrages, l'argumentation que développent les manuels de droit romain pour démontrer l'inauthcncilé du jus
(1) NoDB laissons lu systima la Tormute qoe lu) donne M. Lambert. A notre aeni, la recneîl peut Stra du tamps de Césir ou de celui d'Auguste; car, en admettant, comme il est assez vrai se m blabla, que leGranius Fiaceua dont Cenporinus, 3,2, elle le liber dt indigUameniii ai Ciutarem soit le mfime dont Paul cite, D., 50,16, De V.S., Mi, le liber dt jure Papiriano et que le César auquel il a dédié la premier ouvrage aoil le dictateur, rieo u'eznpécbe qu'il ait pu écrire le second ouvrage sous Auguste. Deux raisons peuvent faire peacber pour cette dernière faypotb«se. Elle rend mieux compte du ei1enc«de Cicéron. qui par exemple continaa jusqu'après la mort de César àremellre la maia à son de (ejptui (cf. Schani, Getck. itr rômiich. LHUraixir ]!, 1898, pp. 312-3i!t)et deVarron, qui s bien publié ses aniiquitata rerum diainariirnsovi Cisw K qaî il les dédie, mais qui n's pu faire cette dédicace qu'après 70S-i9, où il fat faitpnsonnier en Espagne comme légat de Pompée (César, B. cit., 2, 20, 8) probablement dans l'automne d» 707-i7 {Uaener cité par Schanz, \\ p. 310] et qui ne connaît pas davantage le recueil de Papirius dans ses ■atrea ouvrages écrita durant les dix-sept années pendant lesquelles ii survéGuI à César. Ensuite, quand bien même César aurait eu déjà des pians de réforme religieuse (U.Wissowa, dans son excellente fîïfjjfon dn Ilômer, 1902, p. SB, en cltB comme principaux vestiges les deux dédicaces i^ Granius Flaccaa et de Varron), cette supercherie pieuse nous parait avoir dil trouver un milieu d'éclosion iaflnlment plus favorable à l'époque de la grande poussée religieuse provoquée par Auguste dés le lendemain de la batailla d'Actium (r. le même ouvrage, pp. 66-GS et et les renvois).
4 LHISTOIRK DES Xlt TABLES,
Papirianum ». Et saas doute, ces traasposîlioas sont toujours faciles. C'est aÎDsî que, comme od l'a déjà rappelé à M. Pais, UQ auteur aaoayma démontra que Napoléou o'avait Jamais esisléeului appliquant les idées exposées par Dupuis daas son Origine des cultes. C'est ainsi qu'un écrivain plus moderne, M. Hochard, a soutenu que les Annales et les Histoires de Tacite avaient été fabriquées au xv° siècle par le Pogge en leur transportant pour la forme extérieure les arguments par lesquels on a établi le caractère apocryphe de falsifications de la Renaissance telles que le Pseudo-Fenestella et le leslamentum Cuspidii. Mais, dit le proverbe, comparaison n'est pas raison. Cela ne signifie assurémeat pas que la comparaison ne puisse être, en particulier dans les choses d'histoire du droit, un eicelleut moyen d'investigation. Cela veut dire que toutes les comparaisoDS De sont pas probantes. Une comparaison est probaote à condition de rapprocher des termes qui se correspondent. Elle ne l'est pas quand elle rapproche des termes discordants. C'est ce qui empêcbe qu'on puisse conclure des leges regiae aux XII Tables^ du faux Fenestellaà Tacite et même de la divinité solaire d'Apollon à celle du premier Bonaparte. L'auteur de la brochure sur Napoléon était un mauvais plaisant. M. Hochart est du sérieux le plus sincère. Et M. Lambert aussi- Mais ils ont tous trois fait des transpositions fausses.
On décide, dit M. Lambert, que le jus Papirianum n'est pas antérieur à la fin de la République parce que personne ne le cile avant le temps de César ou d'Auguste. On doit donc décider que les \1I Tables sont du temps de Ses. Aelius, parce que personne n'en parle auparavant. Pardou, peut-on répondre. Ce n'est pas tout à fait la même chose. Non seulement l'hiatus est plus large entre le m» siècle de la chronologie conventionnelle et le début du viii= siècle qu'entre le iv° et le milieu du VI'; mais surtout il est infiniment plus difficile à expliquer. Ce qui rendlejus Popirianum suspect, ce n'est pas uniquement ai principalement que personne n'en parle pendant quatre ou cinq cents ans. C'est qu'il n'en soit rien dit, dans l'intervalle. par des gens qui auraient eu l'occasion d'en parler, qui n'auraient même pas pu manquer d'en parler. C'est que les auteurs de la fin de la République qui se sont occupés en
détail des antiquités religieuses comiue Cicéron et VarroD et dont les ouvrages relatifs à ces matières nous soûl parvenus ou à peu près tout entiers, comme ceux de Cicéron, ou par fragments importants, comme ceux de Yarron, né nous souffleût nulle part un seul mot de ce recueil.
Il en est tout autrement pour les XII Tables. M. Lambert ne nomme pas un seul auteur qui eut pu en parler et qui n'en parle pas. Au contraire. Elles ne sont pas seulement connues des littérateurs de la fin de la République, comme Cicéron et Varroa, aussi bien que de ceux des débuts de l'Empire tels que Diodore, Verrius Flaccus et Tlte-Live (1). On rencontre des allusions à leur contenu dès qu'il y a une littérature latine et on trouve la mention explicite de leur nom, dès le jour où nous avons des textes dans lesquels on puisse raisonnablement le chercher. Ainsi, pour commencer par ce qu'admet M. Lambert, la loi des XII Tables est déjà parfaitement connue et du maître de Cicéron (2) et de Varron (3), L. Aelius Stilo Praeconinus, — car les dispositions de la loi qu'il commente (i) ne
(1) Il Doui paraît supertia d'indiquer ici dee leilei connas qui seront d'ailleurs en partie signalés dans les notes de ce travail. Nos renvois aux XII Tables sont faits, sauf indication conlraire, d'apris le classement aaivi dans les Fonlei jura Romani de Brnns, éd. 6, )S93, et dans nos Textti de droit romain, 2» éd., 1895, qui edt h pea prâs celui de R. Scboell, isyfi duoduim iabutarum reliquiae, 1866.
(2) Cicéron, Brulut, 56, 207.
(3.) Aulu-Gelle, 7, 8, S.
(4] Cicéron, De leg., 2, 23, 59, sur XII Tables, 10, 4; Feslus, T° 5onlicum nor6um, sur XII Tables, 2, 2. Ce sont les deux seules citations directes d'obserrationadeL. Aelius Stilo sur tes Xll Tables. Maïs on pourrait allonger uD peu la liste en remarquant qu'il faut sans doute raltacber à L. Aeliue d'autres obserTalions sur les XII Tables contenues dans des auteurs plus réceuls qui dépendent de lui plus ou moins médiatement, par exemple, dus ses élives Cicéron et Varroo, par exemple encore dans Pline, qui, pour ta loi des Xll Tables, prend ordjuairement ses informationa dans Varron (cr. Miinzer, BiUràgtzvr QaelltnliritikderNulurgesekichUdei Piiniai, (891, pp. 259-260). Ainû Ritacbl, Opuieula, III, p. US, a déii reconna que le passage de Varron, lit. I aniiquilat., cilaot la règle des XII Tables ne mortuo indaiur [XII Tables, 10, 6] rapporlé par Festus, v° JfurraJa, el le passage de Pline, S. n-, If, 13, 92, qui invoque L. Aeliue comme autorité dans le ntme ordre d'idées que Festus, viennent probablement tous deni de L. Aelius par le canal de Varron. Ainai encore Scboell t remarqué, p. 11, que la lymétrie dea deux passages, l'un plus bref de Cicéron, De leg., 2, 2i, 60, et l'autre un peu plus développé de Pline, H. n., 21, 3, 7, relatifs à XU Tables, 10, 7, ne peut
peuvent DatursIlemeoL pas ne pas avoir été regardées comme faisant partie de cette loi par ud homaie doat l'élève Cicéron apprit les XII Tables par cœur à l'école (1), — et, plus d'un demi-siècle avant Cicéron, du contemporain des Gracques, Ti. Sempronius Tuditaous, consul en 625-139, et, près d'uD siècle avaot lui, de l'historien eocore un peu plus ancien L. Cassius Hemina qui nous conduite la frontière du vi° et du \ii' siècle de Rome (2), — car tous deux citent la loi sur Vintercatatio comme ayant été mise dans l'une ou l'autre des deux dernières tables par le second collège de décemvirs (3). — Mais, en outre, il faut observer que les auteurs de la fin de la République et du début de l'Empire qui traitent de l'histoire de la loi décemviraie ont emprunté leurs informations à des auteurs plus anciens que l'on peut parfois déterminer : Cicéron dans s&République(i), très probablement âPolybe,avec lequel
s'eiplîquer que par leur provenance parallèle, d'une source commBne, à Bavoir de L. Aelius que Cicéron elle un peu plus bdut et qui aura encore été connu lïà Pline par l'inLermédiaire de Varroa.
(1) Cicéron, De teg., 2, 23, 59 : Ifoitis qtiae fCfuunlur; dxtaetamvi snin putri Xllcarmen «eciuanuBi; quai jam ntmo diccit. 11 est IndifTéreat po.ui le raisonnemeut que le matlra qui a Fait récitei les XU Tables à Cioéroa ait été, comme le pense M. Lambert, L. Aelius Ini-méme, ou, comme il est aussi possible, un autre maître d'ordre plus modeste.
(2) Cassius Hemina vivait au temps des jaui aécnlaires de G0S-li6, d'après Censorinus, 17,11; mais en outre Pline l'appelle, 29, 1,12, exanlîquittimU auctor, et 13, Si, velasUisimus auclor, tandis qu'il n'emploie pas de pareille déaigneiioa noo seulement pour Sempronius Tudilanua, mais pour le caDtemporain plus âgé des Gracques L. CalpurcluB Piso, l'auteur de la loi Calpurnia de repetundU de 609-149, qu'il renconlre tous deux dans la suite du second texte. Cf. Cichorius, dana Paulf-Wissowa, Realmieyetopadie, \H. 2. 1899, pp. 1723-1125.
(3} Macrobe, Solum., 11, 13, 21 (XII tables. 11,2).
(4) Le livre 6, eu partie perdu de rbietoire de Potybe, duquel Cicéron aurait tiré les détaxe donnés sur l'histoire d'.s XII Tables dans les cliapilres 36 et 37 du livre 2 ait de re publica, a été écrit par lui avant la chute de Car- Ihsge de 6DB-146 (v. 6, 52 et 5S], donc pendant soa ioteruemeot k Rome qui a commencé en 588-186 et Uni en 604-150; mais il paraît l'avoir remanié postérieuremeol au moavemenl des Grecques. V. Olto Cunlz, Polybius und tel» Werk, 1902, p. il et a. et lea auleuri ciléa par lui, p. 17, o. 1. Quant t la façon très étroite dont Cicéron s'est inspiré là de Polybe, elle résulte I la fois du témoignage de Cicéron lui-même (0e ce p., S, 14, 27; cf. 1,21, 3t; • 4, 3, 3), des similitudes relevées entre des paMagea du de re publtca et les fragments qui nous sont parvenus du livre 6 de Polybe (critiques contre lei
nous sommes encore au commencement du vii° siècle ou à la ûa du VI", Diodore encore plus sûrement à Q. Fabius Pictor, l'annaliste àa début du vi' siècle de Rome, l'envoyé à Delphes de l'an 538-21 6, avec lequel nous sommes à la naissance même tie la littérature bistorique de Rome, avant lequel il n'y^P^^^'^'' seul bistorien et auquel on sait queDîodore a pris à peu près tous les renseignements relatifs à Rome de ses livres 11 à 20 (1).
impostures faiuni de Nama an Pftbagorîcieii : Poljbe, fl, 1, tl; Océtoo, Dt ri p., 3, 15, 28 ; rdcit de 1» SDCcesiloo de Ttrqaio l'AncieD à Aoeas Marciua : Polybe, 6,3, ID; GcéroD, Berep., 2,20, 35; date de 1b roadition de Rome : Polybe, chei Denys, 1, 74; Cicéroo, De rt p.. S, 18, 2D; autres dates appirlenant i. un système cbronologique diUérent qae M. Mommsen, H6mi$- <Aï CltronBlogie, 2* éd., 1S59, p. Itl, a déjà recoonu être celui de Fabius Piclor, elc), enfin de l'identilé du but indiqué par Cicéron, De re p., 2, 1, 3, nomme celui de son eoTrage et par Polybe, 6, 9, 12, comme celui de son livrée que Cicéron dcTiit aroir appris à conaittre parfaitement pendant qu'il 4tudiaità Rbodes aous la direction du eoDtianateur de Polybe Posidonius (PluUcque, Cic, 4) et qu'il n'eût qu'il démarquer en l'écourtant. V.le bibliographie de Scbani, Geickiehte der rônischen Litleratur, P, I89S, p. 311, à tiquelie on peut sjouler Bader, De Diodori rerum Daman arum aveloribMt, 1890, pp. 60-61 et Zingler, Dt Cictront hiitorico quatslionet, 1900, pp. 4-5. (1) V. sur Fabius Pictor la bibliographie de Scbacz, 1, p. 120-122 et en particulier sur la question de l'emploi de ses annales par Diodore celle de J. Bader, Dt Dioiori rerum flamnnarun aucleribtit, 1890. Mission religieuEie k Delpbes : Tite-Live, 22, B7, 5. 23, II, 1-6; Appien, Haan., 27; PluUrque, Fab., 2H. En dehors des dates données par des noms de uonsuls à trois termes qui se trouvent en tête des années très fréquemment dans les livres 11 et 12, mais fort rarement depuisl'aQ 327-421 et que M. Cichorius, De fattit conitttaribiii antiquiiimis , 1886, a démontré venir d'un manuel cbronologique indépendant ~du corps du récit où les mêmes consuls sont souvent nommés sans tognomen, probablement du manuel de Castor, la relation de l'ancienne bistoire de Rome conleaue dans les livres It à 20 de Diodore se révèle comme provenant sûrement des annales écrites en langue grecque au vi> siècle par Q. Fabius Pictor, â la fois par la concordance du cercle de connaissances et d'idées de l'auteur avec ce qu'on sait de la vie de Fabius Pictor, par l'accord de la nature et des proportions du récit avec ce qui nous est dit des Annales de Fabius, par la place qu'y tiennent les Fabii et le souci qui s'y manifeste de leur renommée et par nombre d'autres détails instructifs relevés dans l'élude de M. MommseQ sur Fabius et Diodore {Rdfuitckt Forschangen, II, I87H, pp. 221-296] et dans la monographie de M. Bader. On conçoit l'importiDCe de cette conclusion pour la fixation de l'antiquité de la relation du déceinvirat contenue dans Diodore, 12, 23-26. Uais on remarquera que, si cette doctrine nous parait la meilleure, la valeur de l'argument ne serait pas sensiblement changée si on admettait par exemple avec MM. Holiapfel et Soltau que Diodore a copié les Annales latines de Fabius au lieu de lee Annales
8 L HISTOIRE DBS XU TABLES.
A la vérité, M. Lambert objecte que Polybe o'a pas été peutêtre la seule source de Cicéron et il dirait saas doute à plus forte raison la même chose pour Fabius et Diodore, puisque la coDnaissauce des Xll tables par Fabius suffirait à ruiner tout sou système. Seulement on remarquera qu'en coacédant même que Fabius et Polybe n'aient pas été dans les deux cas les seules sources, ils ont été dans tous deux de beaucoup les principales et que, par conséquent, dans les deux Jesprobabilitéssont contre M.Lambert. Enfla, on doit noter que, quand les témoignages se font décidément trop brefs, trop mutilés pour dooDer le aom de la loi, ils continuent à attester nettement les règles qui nous soutplus tard sigualées comme eu faisant partie. C'est, en acceptant provisoirement les réserves les plus défiantes de M. Lambert sur le caractère des tripertila de Sex. Aelius Paelus, le cas de ta règle des Xll Tables, 10, 3 : Neve Ussum funeris ergohabento dont Cicéron (1) nous apprend que le sens était déjà obscur au vi' siècle pour Sex. Aelius et pour son contemporain L. Acilius(3). C'est le cas d'autres dispositions de la même
grecques, ou, avec M. MeiiaE, qu'il s copié aa lieu de Fibius L. CinduB AtimeutuB qui rédiga d'autres ADualea en langue grecque égalemeot ancieanes (notice de Cicboriu», dans Pauly-WisBowa, Ilï, 2, 1899, pp. 25S5-2557). Le lémoiguageae dJBparaltraiLque si l'oapréteadaitvoir daos la source de Diodore uoe œuvre tout i fail réceole. Mais ou ne l'a pas fait et ou ae pouvait le faire. Parmi les doclriaes eocore représentées, celle qai la place à ta plus bisse époqne eal celle qui a élé émise par M. Kd. Meyer en vertu dee raiBons ds langue qui nous paraissent sToir élt écartées par M. Bader et qui placerait l'original copié par Diodore entre les Annales grecques de Fabius Pictor et l'ouvrage du contemporain des Gracques L. Calpurnius Pîso, soit approiimativeinent, entre le milieu du vi° aiècle et sa fin. Encore cette conjecture noua aemblerail-elle moins bien se concilier que les précédentes avec Isa ressemblances relevées par Bader, p. 30 et s., entre le récit contenu dans Diodore et ce que nous savons des plus ancienneB Annales.
(1) CicJrou, Dt Ug., 2, 23, 19.
(S) Nous aurons amplement occasion de reTcnir sur Sei. Aelius et ses tripertila. Mais il nous faut dès ici nous expliquer sur un déTeloppemrat de M. Lambert relatif Ji L. Acilias. M. Lambert signale i. U p. 1S7 ■ la liste des commentateurs anciens des Xll Tables, liste dressée d'ailleurs avec quelque légèreté, que depuis Schoell les romanistes se transmettent les uns BUi autres i et il s'étonne que a les autorités invoquées pour justiQer le classement de L. Acilius dans ceUe liste aient pu paraître suFllsantes à des historiens de valeur >. Quoique U. Lambert me nomme expressément p. 157, n, 2, parmi les romanistei trop dociles qui ont accepte les jeux fermés les
loi visées daoa des allusions transparentes d'Ennius, d'Afra-
légèretét de Schoell et qu'il renvoie comme preuve k met Textes p. 9, je n'ai pat mii L. Aciiiui dtni U liile des commeDtateurs des XII Tibles donnée & I& p. 9 de mes TtxUi. Uaia, à vrai dire, M. Schoell De me paraît pae avoir ilé si léger, ni ses copislea ai coupables, en eliiaant L. Acillus sinon parmi les jntiscon suites qui ont écrit dea ouvrages a péci a ni sur les \I1 Tablée, an moins parmi ceux qui lea ont commentées au vi* siècle. 11 ne paratl pas pouvoir être aenaiblement plus récent que Sei. Aelius, non leulement parce que Cicéron, Dtltg., 2, 23, S9, lea cite l'unà cCté de l'autre avant de paaser i L. AeliuB Slilo, maia surtout parce que dana le Laeliui, qui ae patse en SSS-1S9, le contemporain du second Africain C. Fanoiua le atgnale, 2, G, comme Éjant été appelé lapitnt tu temps de leurs pères. C'est un jnrtsconaulte puisque FanniuB dit au même lieu que prudMt aiie tn jura ciciti putabatur, Eufto, d'aprèa le texte du De Itgibui, il a commenté le mot lettum d'une règle que M. LambertcoD^dèrecomme un brocard, maia qui Taisait partie de< XII Tables, si, comme on l'a cru Jusqu'è présenl et comme noua l'élablironH, lea XII lablea datentdu tempa dea déeemvim. M. Lambert reproche ea outre, il e>t vrai, ■ui auteurs en queslioD de " eupposer que Ckéron dana son dialogoe sur l'amllié et Pomponiua dans aa petite histoire de la jarisprudence romaine visent le mime personnage {qae CicéroD,De Ugibut, 2,23,99) toulen orlhographiaal son nom d'une façon dilTérente et le présentent comme un expert en droit renommé >. Mais ce ne sont pas ces auteurs qui se trompent, c'est M. Lambert. 11 e»( parfaitement certain que le texte de Pomponius (D., I, 2, Da 0. J; 2, 3B), où il est dit qae PMiui Atiliui... pritnut a poputo lapiens tpptUatur dérive de celui du /,aeliui. S, 6, où Cicéron dit : Scinui L. àcUùm a/iud palrtt noifroi apptitattm ttt iopUnlen... quia prudeni eut in jure ttvili pvtabaluT et que par conséquent il n'; a pas & s'arrêter é la différence de nom et de prénnm entre l'original et la copie, ai d'ailleurs le témoignage de Pomponius n'ajonle rien d'utile k celui de Cicéron, préciaément parce qu'il en est un almple démarquage. Il j aurait peul-étre un peu plus d'hésitation à aeiimiler le personnage du De Itgibui, 2, 23, SU et celui du Laeliui, 2, 3, s'il était vrai, comme écrit M. Lambert, que ce dernier TOI appelé dans les aut. L. Atitivt ; mais c'est une erreur que M. Lambert n'aurait pa» commiee s'il avait mieux In l'éd. de Cicéron, d'Orelli, Baiter et Halm, k la page 61 1 du tome IV de laquelle il renvoie. Le peraonnage ne s'appelle paa L. AtUiut dans les mas du Laeliut ; il s'y appella L. ^ciliui , comme dans ceux du De Ltgibut. Et c'est par une correction fausse provoquée depuis dea siècles par le texte de Pompouiua et Aéji blftméepar Scboell, qu'on a longtemps Imprimé L. Àeiliiu, dana le texte du Lattiui, 2, B, ainsi que le Faisait encore OrelU dana jta 1" éd. imprimée k Zuricb en 1826-1S30. Au contraire lea éditions plus récentes donnent avec raison la leçon L. Aciliut, comme faisait déjà l'éd. d'Orelli, Baiter et Balm appuyée sur six mas. et comme le fait celle de C. F. W. Mueller, appujée aur deux msa. meilleurs, celui de Firmia- Didot découvert par M. Mommaen en 1863 et le ms. de Munich, 1SSI4. A la p. 614 i laquelle renvoie M. Lambert, Halm donne au texte la lejoD dea M. L. Aeiliiu et il indique en note par la menlioa : Àtiiiuwi que ta 1" édlL
10 l'hISTOIRH des XII TABLES.
oiu8, de Plante, de Térence, de Caton t'ADCien, de Luctlius (1). En sorte que, dans le classement le plus défavorable, on rencontrerait des mentions expresses dea XII Tables dès le jour où nous commentons à avoir quelques passages de grammairiens et d'historiens, que le temps pour lequel on cesserait d'en avoir de leur nom, tout en en possédant toujours de leur contenu, serait celui pour lequel il ne nous reste ni jurisconsulte ni philologue qui puisse avoir occasion de renvoyer à un teste, ni historien qui puisse raconter un fait, celui pour lequel, par suite de la perte des ouvrages des premiers jurisconsultes et des plus anciens historiens, nous ne possédons guère que des textes littéraires, venant de poètes peu nombreux dans les vers desquels on peut avoir la chance de rencontrer une allusion à une règle légale et on en rencontre, mâisîl serait chimérique d'espérer découvrir un renvoi du texte avec indication de nom et d'endroit à la façon de nos citations d'articles de Codes. En sorte qu'en somme les XII Tables, dont la trace, au moins indirecte, est dans toute la littérature latine, sont signalées expressément dès le premier document oi:i on puisse trouver leur nom et ne sont omises dans aucun de ceux où on pourrait en chercher la mention; que la comparaison avec le recueil de Pomponlus, au lieu d'aboutir à une analogie, met en face d'une dissemblance absolue, donne une raison de confiance au lieu d'un motif de soupçon.
Pour arriver à une conclusion différente, M. Lambert emploie un procédé qui nous paraît très défectueux. Considérant les citations des XII Tables faites sans indication expresse de provenance comme se rapportant à des règles coutumiéres antérieures à la rédaction du recueil et s'abstenant de remonter aux sources utilisées par Cicéron et Diodore, il regarde comme les premiers témoignages, ceux de Sempranius Tudîtanus el de
d'Ordli contenait encore 1b correction traditionnelle. C'est ce que M. Lambert a pris pour l'indicafiDD d'une leçon de ms. On iTOnera que \k c'est lui qui a été léger et qui l'a été par deux lois, une foie en liMnl à la p. 9 de ni«s Ttalei le Dom de L. Adllus qui n'y eet pas et une autre en prenant un bomme pour le Pirée et Orelli pour un maouBcrit.
(!) Ennlus, Ann., S, éd. Mueller, y. SSO, sur 8, 13; L. ATranius, Hattrterae, 6 (Ribbeck, éd. 3, p. 221] sur 1, G; Piaule, Cure, 1, 5, 4, sur 2, 2; Térence, Phormio, 2, 2, 20, sur 3, 3; Caton, De agrieuUura, prae'., sur 8, IBi Lucilius, Sat., 17, sur I, 2.
Cassius Heœiaa qui viseol explicilemeDt la loi dès le début du VII' siècle de Rome, et \\ conclut que la loi ne peut être sensiblement aoLérieure à cette date. II pousse même la logique jusqu'à se demander comment coDcilier cette origine tardive du teste avec la paternité du jurisconsulte du milieu du vi» siècle Ses. Aellus Paelus et à trancher la question en supposant, soit que Sex. Aelius aurait fait son faux dans les dernières années de sa vie, soit de préférence que la compilation connue sous le nom de loi des XII Tables a été laissée par lui saus dénomination et n'a été décorée qu'après lui de son titre menteur. Si nous le comprenons bien, c'est à cette méthode qu'il pense en déclarant qu'à la différence de M. Pais, il entend a s'astreindre, conformément aux règles d'une saine méthode historique, à ne faire état que de témoignages directs». Mais c'est là, croyons-nous, s'abuser sur les règles de la méthode historique. En admettant les prémisses, sur lesquelles on a vu qu'il y aurait à dire, elles ne commandentaucunement la conclusion. Quand bien même les premières mentions positives de la loi des XII Tables seraient de la fin du \i' siècle de Rome ou du début du vil", cela ne prouverait pas que la loi ait été rédigée seulement à cette date. Les règles d'une saine méthode historique ne prescrivent pas plus de placer un événement à l'époque du premier document qui en parle ,que de considérer un ouvrage comme ayant été écrit au temps du plus ancien manuscrit qui nous en ail été conservé.
Tout ce que cela fournit, le cas échéant, et faute de mieux, c'est une date extrême, celle au-dessous de laquelle on ne peut descendre. L'ouvrage ne peut être plus récent que son plus ancien manuscrit, la loi des XII Tables postérieure à la première mention explicite qui nous en soit parvenue. Quant au point de savoir depuis quand elle existe alors, c'est une question un peu plus délicate pour la solution de laquelle on n'en est pas réduit à cet unique ioslrumeot, qui, pour ce teste comme pour loua les autres, doit être tranchée à l'aide des renseignements externes Tournis sur lui par des sources indépendantes dignes de foi et des renseignements internes qui résultent de sa forme et de son contenu. Ce qu'il faut interroger, pour déterminer la date d'un document juridique tel que le nôtre, ce sont les témoignages historiques tirés des récits
12 l'histoire des su tables.
de sa coDfectioo, les témoignages philologiques tirés de sa langue et les témoignages juridiques tirés du Tond de ses dispositioDS. M. Lambert l'a si bien seoli qu'il a entrepris uoe réfutation détaillée de la tradition qui place l'origioe de la loi au début du iV siècle de Rome et qu'il a essayé plus rapidement d'appuyer son système sur la langue de la loi. J'espère montrer que l'ezameD des trois points conduit à attribuer notre texte non pas à Sex. Aelius, avec M. Lambert, ni même, avec M. Pais, à Cn. Flavius, mais aux législateurs archaïques du début du IV* siècle de Rome sous le nom desquels ilnous a été transmis.
On connaît les grands traits de l'histoire courante de la confection et de la transmission des XII Tables.
Suivant le récit des Annalistes, en particulier de Cicéron, de Diodore, de Tite-Live et de Denys (1), la codiGcalion du droit coutumier fut provoquée, au premier siècle de la République, cinquante à soixante ans après la chute des rois, par les réclamations des plébéiens accusant les patriciens investis du monopole de la justice, d'abuser contre eus des incertitudes et des obscurités inhérentes aux législations non écrites. Le tribun Terentilius Arsa propose en l'an 292-462 la nomination d'une commission de cinq membres chargée de rédiger un Code selon lequel serait rendue la justice. Le sénat s'y oppose. Mais la plèbe persiste dans sa demande en renommant pendant huit ans les mêmes tribuns et, après avoir essayé de la désarmer par d'autres coucessions, par exemple par l'admission de la loi Icilia de l'an 397-457 sur le partage des terres publiques de l'Aventin entre les citoyens pauvres, le sénat consent en l'an 300-454 à une transaction. Les comices par centuries nommeront une commission de dix membres qui seront chargés de leget toibere selon le vœu de la plèbe, mais qui seront investis de la totalité du pouvoir et pendant l'exercice desquels seront suspendues tant la garantie constitutionnelle de droit commun résultant pour tous du droit de pro-
(IjCicéroD, Dere pubtica, 2, S6-37 ; Diodora. 12, 23-26; TiU-Live, ; BT; DeajB, 10,1-60.
l'hISTOIKG DBS ZII TABLES. 13
vocalioD que les garasties propres résultanl pour les plébéiens de l'exisleDce du tribunat. Mais, la transaction conclue, les élections n'ont pas lieu immédiatement. On envoie auparavant ea Grèce une délégation chargée d'étudier les lois helléniques. Et c'est seulement après le retour des délégués, dix ans après la motion de Terentiiius Arsa, en l'an 303-459, que l'on nomme lâi décemvirs pour l'an 303-4S1. Les décemvirs, tous pris parmi les patriciens, dont le plus connu est Appius Claudius,rédigèrentua certain nombre delois qui furent votées par les centuries el exposées auprès du tribunal du magistrat sur dis tables. Puis, le travail étant inacbevé, on nomma à la fîo de t'an 303-451 denouveauxdécemvirsdont faisait toujours partie Appius Claudius et parmi lesquels la plèbe aurait eu pour la première fois des représentants, qui firent encore quelques lois nouvelles, mais qui voulurent s'éterniser au pouvoir, qui y restèrent même après la Qn de l'année 304-450 jusque durant l'an 305-449, et qui furent renversés à la suite d'uu abus d'autorité de l'un d'entre eux : après la teutative faite par Appius Claudius pour mettre illégalement la plébéieone Virginie soua la possession d'un de ses affîdés qui la réclamait comme son esclave. Le père de Virginie l'ayant mise à mort pour la sous* traire aux conséquences illégales du décret d'Appius Claudius, le peuple se souleva, les décemvirs furent renversés, le consulat et le tribuoaL rétablis et les consuls firent sanctionner par les centuries les dernières lois gravées sur deux autres tables qui constituèrent avec les dix premières les douze tables, les duodecim tabulae,' la lex XII labularum, le nouveau Code selon lequel la justice devait être rendue par le magistrat et qui fut à cause de cela afBcbé auprès de son tribunal.
Il nous est ensuite rapporté que, lors de la prise de Rome par les Gaulois en l*an 304-390, les \11 Tables disparurent dans le désastre, mais furent, comme les autres monuments importants, restituées immédiatement après (1).
Puis, après avoir forcément fait la base du premier ouvrage de droit publié avant 450-304 par le scribe du censeur Appius Claudius, Cn. Flavius que le peuple nomma par reconnaissance édile curule pour 450, àajus F^ftanum dont nous ne connais-
(1) Tlle-LivB, 6, 1, 10 (p. 32, n. 1|.
ii l'histoire des XII Tables.
sons que le litre el qui devait élre un essai d'exposé du mécanisme pratique du droit déjà connu dans sa Tonne théorique depuis 305 (1), les XII Tables nous apparaissent comme constituant le premier terme des tripertita publiés par Sex. Aelius Paetus Catus, édile curule en S54-300, consul en 556-198, censeur en S60'194(3), ouvrage dans lequel il étudiait premièrement la loi des XII Tables, secondement son interprétatloQ et troisièmement les formules d'actions de la loi corrélatives (3), en consacrant un premier livre à la loi, un second à l'interprétation et un troisième aux legis actiones d'après l'opinion commune, en présentant, d'après une opinion moins répandue et peut-être meilleure (i), successivement pour chaque règle, le texte des XII Tables, l'explication et la formule de legis actio.
A partir de là, il faut reooacer à toute énumération. Les informations sur la loi des XII Tables abondent parce que son histoire se confond avec celle du droit uational et de la littérature nationale. Elle est commentée à ce double titre à la fois par les philologues et les jurisconsultes : 1° sinon dans des oavrages spéciaux dont tout le monde a jusqu'aux dernières années trop facilement admis l'existence, au moins dans des
(1) Poœponio», D., 1, 2, Dt 0. J., 2. Cf. acéron, Ad AU., 8, 1, 8. De vrat; 1, 41, ISS. Pliae, H. n., 33, 1, 17. V. im la diiliaclioa aouveol méconnue du ;ui Ftatianum publié par lui «Tant son édilité et des hslRB arBcbAs par lui peadant ceUe édilité noire Organitation judiciaire, I, p. SS3, n. 3.
(2) Cr. P. Eruager, Biit. det lourcet dti droit romain, trad. Bnasaud, 1814, pp. 71-73; KlabB, dans Paaly-WisBowa, I, 1, 1899, p. 527.
(3) Pomponius, D., 1, 2, De 0. J., i, 38. C« que dil Cîcèron, De orat., 1, 48, 1B3, des Aeiiana stvdia se rapporte probablement à L. Aelius Stito et le jut Atlianum de Pomponius, D., 1, 2, De 0. J-, 2, 7, est bbds douta le produit d'une confuBion ou d'une iuTention. Mais il est inléressant de noter qae, d'après Cicéron, De orat., 1, 56, 240, les cojnmentarii de Sei. Aelius, e'està-dira selon toute vraisembianoe ces mSmes triperiita que PomponiDiafHrme exister eocore de son temps. Furent in Toq nés par P. LiciniusCrassus, le consul de 623-131 dans une diacussion juridique qu'il aOt, Atsnt candidat à l'édilité curule, avec Ser. Suipicius Qalba l'orateur qui sTait alors déjk été coniul donc au plus tût en 6il'143, puisque Galba rut consul en 610-144, et au plus tard en Gl(l-138, puisque Crassus, coneul en 623-131, ne peut d'après les ïnterTalles établie entre les magistratures par la loi Villia annalii, de l'an 571-180, avoir été édile curule avaat 617-137.
(4) Leael, Dat Sabinuuytlem, 1B92, pp. 8-10.
L HISTOIRE DBS XU TABLES. 15
remarques incideoles très fréquentes, par des grammairieDS tels que L. Aelius Stîlo le maître de Cicéron et de Varron que nous avons déjà Dommé (1), tels que Varron lui-même, dont les observations sur les XII Tables qui nous ont été transmises avec indication de provenance sont probablement fort peu de cbosos à côté de celles qui nous sont parvenues démarquées par des iDteriEédiaires(2), telsencore que VerriusFIaccus, le professeur célèbre du temps d'Auguste, l'auteur du grand traité de verborum significatu (3), dont les multiples citations des XII Tables, peut-être déjà prises en partie dans L. Aelius au lien de l'être dans le texte (4), nous odI été conservées dans les restes de l'abrégé de Festus et dans l'abrégé de l'abrégé de Festus écrit à la (in du vin* sièclB par Paul Diacre, tels encore que ces innombrables autres faiseurs d'extraits, de lexiques et de glossaires dont l'activité a rempli toute la période impériale saos d'ailleurs finir avec elle et dont les recueils toujours recopiés, résumés, remaniés, ont continué d'une façon de plus en plus inconsciente à charrier des débris de la loi décemvirale longtemps après que sa force légale avait disparu ; 3" parmi les jarisconsultes, non pas seulement dans des commentaires spéciaux mieux avérés que ceux des grammairiens, comme ceux du contemporain des Antonins Gaius, du contemporain d'Auguste Labéon et peut-être du contemporain de César Ser. Sulpicius(5), mais, eat-il permis de dire, dans tous les écrits de tous les jurisconsultes antérieurs et postérieurs, depuis ce Q. Mucius Scaevola consul en 659-9K, dont Pomponius dit qu'il
(S) Exemple, p. 5, o. 4.
(3) Bonne notice et renvoia étendug doue Scbaaz, II, 1, 2, 1899, pp. 319- 3â6.
(4) Exemple, p. S, d. i.
(5) L'eiigtence du commeniiire de Gelua est rendue certaine par les extraits qoi B'eu trouvent au Digeste (Lenel, Paliagenesia, I, Gains, n°* 418-145), celle du commentaire de Labénn parles eitations qu'en Tait Aulu-Gelle, 1, 13, tS. 6, IS, 1.20, 1, 13 (Lenel, 1, Labeo, n. 1-3); celle du commentaire de 5«r. Snlpicina a été appuyés anr une citation de lui Faite par Gaina dans son CommeDUire des Xll Tables {D., SO, 16, De V, S., 237) qui paraît bien venir d'un autre commentaire du mSme genre, el cela a conduit k rapparier au mfime uuvrage des cllalionide lui sur les XII Tables conservées dans Festns [Lenel, II, Serviua, 92. 93. 9S. Sfl; v. aussi p. 325, n.' 1, la Dole sur ta (t. 17 : 0., 9, 1, Si qaadrujiit, 1 , 4).
fui le premier à exposer !e droit civil saivant un plan méthodique, jusqu'aux derniers représentaots anonymes de l'ancienoe science qui rédigeaient -les cooslitulions impériales dans la chancellerie de Dioclétien. Deux témoignages trop concordants pour qu'il soit aisé d'y voir de simples formules de rhétorique, affirment encore leur affichage à Carthage au m* et au v' siècle de l'ère chrétienne (1). C'est seulement au milieu du vi* siècle de la même ère que leur autorité législative a été abolie par JustinieD.dans les compilations duquel elles sont du reste perpétuellement citées. Tl n'est même pas besoin, j'imagine, de rappeler ici comment ces citations contenues dans les recueils de Justinien jointes à celles éparses dans tous les débris qui nous sont parvenus de la littérature juridique et extrajuridiqtie des Romains ont permis de reconstituer, non pas sans doute dans son contexte, mais dans l'ensemble des dispositions et dans le plan général, le monument législatif aujourd'hui perdu dont nous venons de rappeler l'histoire.
Dans cette longue et glorieuse histoire, la partie la plus trouble, celle qui contient le plus d'éléments suspects, est évidemment le commencement : l'histoire dudécemvirat. On a depuis longtemps reconnu qu'il faut, pour la ramener à sa sincérité primitive, en éliminer uue série d'enjolivements factices, d'additions faites après coup. Ainsi l'ambassade en Grèce est une pièce adventice dont ou peut établir à peu près sûrement l'intercalation très récente, à tout le moins postérieure à Polybe. Le meurtre de Virginie destiné à lui éviter le déshonneur dont la menace le tyran, et provoquante son tour la chute du tyran,' est aussi sans doute dil aux rhéteurs qui ont mis l'histoire ancieune en romans et dont c'est là l'un des dénouements favoris ; on peut même discerner dans la légende deux versions successives correspondant à des états inégaux d'avancement de sa formation : la plus ancienne, rapportée par Diodore connaît déjà l'historiette, mais ne la rapporte pas encore à Appius Claudius. On peut tirer de l'observation de dissentiments du même genre entre les auteurs des raisons sérieuses et connues de douter de la vérité historique du rôle attribué
(1) Cyprien, ad Donaltm, 10 (éd. Hirt«l, 1, p. 11). Salviea, De Gvbernatiane Dei, i, 5, éd. Paal;, p. 199. V. la dlBeuHiDn de Scboell, pp. IS-ll.
au même Appius Claudiue. L'opposition sysiémaLique faite eatre le premier collège des boas décsmvirs palricieos et le second des mauvais décemvirs pria dans les deux ordres, apparnit encore comme uae invention tendancieuse appuyée sur la loi défeDdant le mariage entre patriciens et plébéiens, qui allait de soi dans une codification du droit préexistant, mais qu'on put facilemeot présenter comme une monstruosité rétrograde au temps où le mariage était deveou licite entre les deux ordres. Des auteurs modernes oiit contesté que des plébéiens aient figuré parmi les seconda décemvirs. D'autres sont ailé jusqu'à se demander si la concentration sur la tète des décemvirs de tous les pouvoirs civils et militaires n'est pas une invention, si leur litre exclusivement relatif à leurs fonctions légiféraDles et leur absence de l'armée au moment de l'insurrecLioD qui les renverse ne prouvent pas qu'ils n'avaient point de pouvoirs militaires. On peut encore souligner d'autres contradictioDs, révoquer en douie d'autres poiDts(l]. Mais, tout cela éliminé, il reste un fond qui u'est pas atteint et qui ressort d'autant mieux, celui sur lequel s'étaient déposées toutes ces stratifications et qui reparaît dans son aspect primitif après l'ablation des sédiments qui l'avaient successivement recouvert : l'histoire des dix commissaires investis à titre extraordinaire de la charge de donner des lois au peuple, dont le titre et les noms nous ont été transmis pour lepremicr et le second décemvirat.
(t) Sur tout cela de courts rearois sufflroul. On peut comme d'ordinaire partir de la solgaeti«e analyge dcBlcitei, judicieuse dausle deisil, mais trop timide dsDa l'eaBemble et par «adroits forcément vieillie, contenue dans lea cbapitres 29 et 30 de Scbwegler, Rômitche Getchichte, 111, 1884, p;>. 1-9J. Sur la mlBiion en Grèce le principal travail est celui de M. Boeacli, Da XH TabutûTtaa legea Graecii pttita, 1S93, pp. 'i-il, qui dégage bien les éléments de lolution, si tous les arguneols n'en sont pas d'égale parlée : si Polybe aTait connu l'histoire de la légation à Atbéaes, il en serait question dana le de refuJilUa et probablement eo d'autres endroits de son ouvrage. On discute plutôt aujourd'hui sur les molifsquiont Fait inventer ta Table de Virginie [Or^anitation judiciaire, 1, p. 13, a. 2), que sur sa vérité. Le rflle el la personnalité du décemvir Appiui Claudius ont élé éludiés dans nue série de travaui depuis celui de M. MommBea, RomitcAï forfcAiiNjen, J, 1SG4, pp. 295-301, q<ii adoaDériDipalBloD,juBqu'&ceIuideM.Muenzqr,Paul;-'WiBBOwa, 111,2,1899, pp. 2898-2703. C'est M. Willema, Slmt dt la Répubiiqtu romaine, 11^ 1835, pp. N6-58, qui a nié rexiatanee des décemvits plébéiens. M. ^'lese, Abritt itr
18 l'hISTOIBB des Xtl TABLES.
Comme il arrive pour uae boQDâ pari des fatla des temps reculés de Rome, il ne reste là, après la fin du travail d'émoDdage qui débarrasse l'arbre de ses eClloresceDcea meuBoogères, qu'un troDC maigre et sans beauté. On avait toute une bisloire dramatique et colorée, riche en circoastances pittoresques et en exemples moraux. Oa n'a plus qu'une sécbe énonciation de litres et de noms propres. Mais i la difTérence des histoires instructives et toucbadles qui étaient du mensonge, ce résidu sans charme ni poésie est un fragment de vérité. Le drame de Virginie, les perlidies et la catastrophe d'Appius Claudius, le voyage aux sources de la sagesse hellénique, valaient la peine d'être inventés. Ils l'ont été. Les décemvirs, dont l'his-' loire a été le prétexte de toutes ces belles choses, n'ont pas été inventés. Sacrillât-on jusqu'au dernier tous tes autres points de leur histoire, les noms et le titre des membres des deux collèges appartiennent aux parties solides et avérées de la tradition romaine : k cette liste des magistrats éponymes de la République dont les noms, transmis à ta Tois par les historiens des &ges postérieurs et par des inscriptions qui ne sont pas plus anciennes, dérivent sArement par ces deux canaux parallèles de documents contemporains. Comme ceux des consuls et des tribuns consulaires des premiers siècles, les noms et le titre des membres des deux décemvirats sont certains, parce qu'ils remontent au seul monument contemporain dont le témoignage nous soit arrivé pour ces époques reculées par une tradition ininterrompue, à ces tables annales, sur chacune desquelles le grand pontife inscrivait . chaque année, au Fur et à mesure des évéuemeuts, d'abord, au commencement de l'année, les noms des magistrats dont l'indication était alors la seule façon de désigner cette année, puis, eu face du nom desjours des calendriers, les divers événements de l'année, en particulier ceux qui donnaient lieu à des actes religieux; tables dont la collection conservée dans les archives pontificales est devenueàsontour la source deaannales maximi publiés vers le second tiers du vu" siècle de Rome par le grand pontife P. Mucius Scaevola consul en 621-133 (1). C'est des
fômitckm G«tcAtcAl«,2iéd., 13S7, p. 38, louliant qualeRdécsiuKlrB it'a*4i«Di pu de pouvoir* miliUirsi.
(1) Le» teitei rondtnentwii sont Servius, adAtu., 1, 373, «t Cicéron, 0«
l'histoire DBS XII TABLES. 19
annales maximi et par leur intermédiaire des tables acoales despoatifesquevteDQent.avecquelquescormpliODsadceBsoires, les lisles des magislraLs conservées à la fois dans les ouvrages bisloriques et daos les monuments officiels, dans les œuvres de Diodore, de TiLe-Live et de Denys en même temps que daus les Fastes gravés au début de l'Empire sur le mur de le regia et appelés du aoni de leur empiècement actuet les Fastes du Capilole, et c'est de là que ces listes tirent leur 'aatorilé. Pas plus les Fastes du Capitole que les ouvrages de Tite-Ltve, de Diodore ou de Denys ne sont des documents contemporains ; mais les listes de magistrats qu'on peutttrerde la combinaison des uns et des autres sont au-dessus du doute parce qu'on peut établir qu'elles remontent, par l'intermédiaire des annales maximi, à des documents contemporains..
M. Lambert, qui nie, après M. Pais, l'existence même du décemviral, est obligé de contester la sincérité de cette liste des magistrats. Pour le faire, il s'efforce d'établir qu'il n'y avait pas une identité parfaite entre les tabulae annales des pontifes et les annales maximi de P. Mucius Scaevola, entre l'ouvrage de Scaevola el les Fastes du Capitole. C'est trop peu. Les observations présentées par M. Lambert sur la table annale, sur l'ouvrage de Scaevola et sur les Fastes du Capitole sont, à notre sens, eu partie exactes, eu parties inexactes. Mais elles seraient toutes de l'exactitude la plus intégrale et la plus absolue qu'elles ne supprimeraient rien de l'imporiaot témoignage apporté en faveur de l'existence du déceœviratparla présence des décemvira dans les Fastes.
M. Lambert estime que P. Mucius Scaevola dans sa publication des Annales, n'a pas simplement reproduit les tables pontificales, mais composé avec leur secours un ouvrage personnel. Et il invoque comme preuves principales la citation faite par Aulu-Gelledu livre XI des annales maximi et par Aurelius Victor de leur livre IV pour des anecdotes qui
oral., 2, 12, S2 \ et. sussi la mention de li Ubie des ponUfas du» CaloD eheiAulu-GeUe,S,28,6etdias?olTbeclieiDeDr>,l,7t.Aiasiqa«i]0UBriroiiB écrit Organiiollonjudieiairt, 1, p. 18, □. 1, le meilieur eipaié de 1» quettion eal k DDtre Kat, celui donaé par M. CicboriuB dans Paolj-Wissawi, t. dnnaUt, I, 2, 1894, pp. 32tS-2255, oii l'on trounn la bibliographie. Cf. lur anpolDl particulier la page 27, n. I.
montreraient le caractère d 'ampli Dcation littéraire da travail de Scaevola (1). Je suis de l'avis contraire. L'argument tiré de la citatioD d'AuIu-Gelle a été réfuté par M, Cichoriusqui a montré qu'il n'y a là qu'uue reproduction aveugle d'une iraposlure avérée de Verrius Flaccus. Celui tiré d'Aurelîus Victor eat formulé par mégarde ; c&r l'origo gentin Romanae d'où vient la citation et qui n'est pas un ouvrage d'Aurelîus Victor, mais une plate compilation de tout à fait basse époque jointe dans les manuscrits aux Caesares de l'écrivain du iv' siècle et au beaucoup plus précieux traité anonyme de vtris iUuslribus, est précisément notoire par l'effronterie de ses citations de fantaisie de livres que l'auteur n'avait jamais vus : livre premier de la Guerre des Marses d'Alexandre d'Ephèse, De adventu, Aeneae de Postumus, etc. (2). Mais les deux arguments seraient au contraire probants, il serait établi qu'il y avait des développements littéraires dans l'ouvragea de Scaevola que cela ne prouverait pas que Scaevola n'aurait. pas pris les décemvirs dans les annales des pontifes.
M. Lambert dit aussi que les Fastes capitoUns sont interpolés el il tient beaucoup à ce qu'ils soient, comme le veut M. Cichorius dans sa brillante dissertation de fastis consularibus antiquissimis{'^), extraits du Manuel chronologique d'At-
(1) Aulu-Gelle, i, 5. Origo gentil flomiinac, 17, 5. Je crois pouvoir écarter d'UQ mol quelques autres arguments accessoires de M, Lambert : ainsi celui tirË des dimensions considérables de l'ouvrage de Scaevola impliquées par ses quatre-vingts lircei, que U. Lambert recanuatt, p. 191,n'SlrepaB décitif et qui d'ailleurs ne l'est pas pour d'autres raisons encore que celles doonées par M. Lambert ; ainsi celui tiré de la présence dans les Annales d'une bisloire da ' la période royale qui serait établie encore par l'Ort^o, par la Vie de l'empereur Tscile attribuée h Vopiecua, par un passage de Denys, 7i (qui parle uniquement de la date de la fondation de la ville inscrite par simptiHcation sur la table du temps de Pol;ba], par un texte de Cicéron, D^ orat. S, 12, 32 (qui dit que la table annale a existé el nous a été conservée ab inilio rmim fJoinanaruin), par un texte du De re p., 2, 1 5, 2S (qui parle des Annales en général et non des anniiei maximi) : rien ne prouve que les annales nacinit aient englobé ta période royale et la preuve à peu près irréfragable du contraire est dans le témoignage du Dert p.,i, 16, 2S, signalé plus !olo(p. 26, n.â).
(S) V. Teatîe[,OeiehichlederrômitchenLiUeratur, II>, 189D, g il4, notes S et 6. Soliwegler qui cite, I, p. 10, n. 9, le teite de YOrigo à côté de celui de VopiscuB, renvoie sagement su d iDjr(enannloi] Aur. Vicl. a.
(3) C. Cichorius, De faiiii coniularibai aaliijttUHmt,' IS66 (tirage à pari des l.eiptigtr Studien zut ciaitUchen PkiMogit, IX, 1886, pp. 173-262).
L'HISTOIBE DBS XU TABLES. 21
ticus. lis peuvent avoir été pris dans Atticus, comme le peose M. Cichorius etcomme le pensait déjà le vieux Pighius, ou danB Verrias Placcus, comme croit M. Hirscbfeld, ou dans une source impossible à préciser, comme pense M. Momm* sen (1). Et ils coalieaaent certainement des iolerpolations, comme l'a très bien établi M. Cichorius et comme on l'avait d'ailleurs justement remarqué avant lui : interpolation des cogrwmina qu'on ne rencontre pas avant le milieu du vu' siècle dans les actes publics (2); interpolation de filiations postiches, également inconnues aux sources anciennes et réfutées par l'intervalle ridiculemenl restreint qu'elles laissent entre les générations (3); interpolation même de quelques personnages apocryphes(4). Mais cela prouve seulement que tout n'est pas
(1) C. achorlue. De faitii conialaribui, p. 2*5 el aaiv.; HincbfeM, Btrnui, IX, I8:S, p. 101 el >.; MommscD, C. I. L., ]>, p. 07, n. i.
(2) Mommieo, RSmîicht Forichungta, 1, 1864, pp. 48, 57-38. ClcborJua, pp. lTT-189. Bouché-Leclsreq.dini Daremberg et Siglto, t. Faili,ll, 1896, p. 1010.
(3} MoanDEen, Romiicht Fortchungm, 1, p. 48. CichoriaB, pp. S3S-242. Boaché-Ledercq, pp. IDIO-IOli.
(4) Il B»l toperfln pour oolre sujet d'entrer dms le détail de ces interpo- UiioDi. Nom ferons aealemept ane remarque reUlive i l'une des Falsiflcationa dont le but le laisse le mieux discerner : celle commune tu i rtelea épi graphiques et aui faites littéraires (p. 19), qui i placé dam les premières décades de la Hépublique, en un temps où tous les conauts étaient patridens, des conauls apparlenant à certaines familles qui ne sont eusuite Tepréseotées dîna les faatea conanlaires que beaucoup plui tard et par des plébéiens ; ainsi, en dehors du célèbre consul de l'an 24IS-309, L. Junlus Brutus, des Volumnii, des Uinucii, des Sempronii, et des Gecuciî. Suivant une idée (ort ingénieuse émlee par M. Enmann dans un article {Zeilickrift filT ailt Getchichte, 1, 1000, p. 93 et suiv.), qui noue est connu sealement par l'étsde de M. K. J. I4eumsna aur Brulus [L, Jwiiut Brvlui der tfiu Cmtul, Strattburger FeiUchrift lur Xlfl. Veriammlutig deutichen Phiiologen, 1901, pp. 309- 333), et par le compte rendu de cette élude de M. Botzapfel, BirtiHer phUologiiche Wochcntchrift, 1902, pp. 433-436, cette interpolation aurait été faits diDs les Faites au miliea du t< siècle en l'honneur de plébéiens de marque des mêmes noms que l'on rencontre 1 la 111e comniB conanla dtus les années 441-307 à 151-303 (L. Voiamuios, consul eu 447-307, L. Mîaucius, consul en 449-303, P. Sempronias, coosul en 450-304, L. Oenucios, consul en 4S1- 303), par un faussaire que M. Enmann euppose, pins tventarensemeot t notre avis, avoir été Cn. Flavius. EtM. NeumauD dans sou élade sur Brutusaélendu celle idée au consulat apocrjpha de 245, en le rattacbant au plébéien le plna coDsidérable de la mSme époque, C. Junius Bubuicus Brutua, consul en 437-317, 441-313, 443-311, censeur tu 447-307, dicUlaur en 452-303,
exact dans les Fastes du Capitote. Cela ne prouve pas que tout y soit ioexact. Cela ne prouve pas surtout que tout soit inexact dans les Fastes collectiTs résultant de la confrontation des sources épigraphiques et litléraîres dont, par une confusion inexpliquable prolongée pendant plus de vingt pages(l), M. Lambert croit se débarrasser à l'aide d'une polémique exclusivement dirigée contre les Fastes du Capitole.
Or, après émondage des cogtiomina et des filiations ajoutées après coup pour satisfaire à des vanités récentes ou à un besoin de régularité factice, après élimination aussi de quelques interpolations manifestes introduites soit dans les Fastes en général, soit en particulier dans les Fastes du Capitole qui se montrent sous ce rapport comme sous d'autres plus fortement contaminés que ceux conservés par exemple chez Diodore dans le corps du récit (2), la liste des magistrats qui part de la fondation de la République ou peut-être, plus ou moins de temps après cette fondation, delà consécration du temple du Capitule (3), et qui nous est transmise avec des variations
(1) P- i^^ et suiv. Nous igaoraot quelle a pu Stre le aoarce de cette codfuBJoD manifesle. Dans notre Organitatien judiciaire que M. Limbert cite k plaeiears reprises, la cote de la p. 4S commeQce par les mois : n Les Fastes nous oot élé transmis en plusieurs versions légèremeat dîTerf-entee (tableau comparatif C. I. L. Ifi, pp. 81-]67) et il ne faut pas oublier que les Fastes di[8<hj Capitole (C./. t., I», pp. 1-40) ne sont qu'one de ces versions rédigée par des arcbâotogues du temps d'Auguste. " Les arguments mêmes que M. Lambert a eu ii discuter prouvent qu'il s'agit des Fastes collectifs obtenus par la combinaison des inscriptions et des œuvres des biatoriBas et nou pas des Fasles du Capitole; car ce n'est pas des Fastes du Capitole où les noms des FDai) el des Velorii sont loujours écriis correctement par une r mais dea Faslns colleclirs où Tite-LIve a gardé dea Fasii et des Vetosil qo'on a pa tirer l'argament du rholacisme combalto par M. Lambert, p. 182, o. 3 el signalé plus bas (p. 33).
{S] Par apposition à ceux placés en tète des aaoées jusqu'en 32S-i30 et pris dans Castor i,p. 7, n. 1).
(3) L'ère poitreget exactoi, elle-même remplacée plua tard une fois la légende des rois munie d'une chronologie par l'ère ab urbe comjt'ta, n'a ét^ qu'une dérivation d'une ère religieuse parlant de le dédicalion du temple du Capitole attribuée au premier consul Horatius. L'emploi de cette ère est attesté plus aDcienuement que celui de tontes les autres, au v* siècle de la chronologie traditiounelle, au sujet de la chapelle de Is Concorde dédiée par Cn. Flavius, édile curuleen iB0-30i ; car il y mit, d'après nnleite de Pline, parfaitemeot clair sur ce point, une inscription datée de cette fa^oa (Pline, H. N., 33.1. 19 : laciditqvein tabnia atrea faetam CClIIt amii pott Capito-
l'HISTOIKE des XII TABLES. 23
accessoires et connues, sur le marbra du Capitole et daus les ouvrages des annalistes, est, sauf poar ses premiers noms, — sauf pour la premièra année, disentMM. Mommsen et Edouard Meyer, sauf pour les années US à 248, dit M. Cichorius (1), — digue de foi pour deux raisons qui démontreot l'une et l'autre qu'elle remonte à des sources conlemporainea aussi bien dans les parties plus anciennes correspondant au m' et au iv siècles delà chronologie Iraditioanelle que dans les parties plus récentes.
La première est tirée durhotacisme, du phénomène selon lequel, en latin, l's placée entre deux voyelles s'est transformée en r et qui, après s'être opéré k Rome dans le langage oral, s'y réalisa dans l'écriture dès avant le début du v' siècle, d'après un texte de Cicéron qui rapporte que le premier Papisius appelé Papirius fut L. Papirius Flaccus, consul en Hi-SiÙ (3). En partant de là, il ne pourra se trouver de Papisii, de Fusii, de VetuHÎi dans la liste des magistrats que si leur nom y a été inscrit avant le début do v siècle. Or Tite-Live nous a conservé le nom de Vetusii, de Fuaii consuls au iii^ siècle (Vetusii, 255-499, 260-i94; Fusii, 292-ifi2) elle témoignage de Cicéron lui-même, implique qu'il avait sous les yeux une liste de magistrats où quatorze Papirii, magistrats cuniles avant Papirius Flaccus dans le cours du iv° siècle, étaient inscrits sous le nom de Papisii (3).
M. Lambert déclare à la vérité que cette théorie est a très
ImaM dtdicatata). V. Bor c« point la bibIJograpbie da Soltiii, RSmiiehe ChranalogU, lgS9, p. STS, a. I, à laquelle fl faul tujourd'liai jouter Bouché-L.ec1ercq, t. Fatii, p. 1006; KubiUchek, t. Aéra, n* iviii, dins Peul;- Wiuowa, 1, I, p. 626 ; NeumBnn, L. Jtaàui Brului, p. 316, n. 6.
(I) Th. UoiDmsen, RÂmiiche Chronologie, pp. 88. 199. Ed. Msfer, GilekUhU dtt AittrtliuBu, II, 1893, p. 813; achoriui, Dt fallu, p. 177.
(3) Cicéron, ^d/an., 9, SI, S : Potthunc (L. Papirius Mugillauai, csDieur en 312-4i2] XUI fuerunt itlla curujl anle L. Papirium Cratiwn qui prmum Papûiui itt vBcari deiitta.
(3) C'mI à tort que M. Lambert indique p. 18S, n. 1, cei «rgumest comme «Tut élt formulé par M.Mommsen, RSmitche Fartclnmgt*, 1, p. S7. L'erreur vient lani doute d'na renvoi de M. Cictioriui, p. 175, que M. Lambert ■ lu trop rapideoieiit et qu'il □'■ p» vériflé. M. Mommeo, lui pp. 56, 67, dit seuleneot que les Fgglet peuvent être contidérés comme ayint été défini tivemeul fliét par des menlioni contemporiines i partir du v' siècle environ. Et c'est aniqaemeat dans ce sens que U. Cichorius le cite, p. 175.
24 l'hisioirb des xii tables.
coDtestée ». D'abord ce n'esl pas absolument exact; le phénomène du rhotaciamea bien été contesté par M. Jordan qui a prétendu que ce serait une invention des grammairiens du temps de Sulla en invoquant un passage de Pompooius où il est dit que la lettre r aurait été inventée par Appius Claudins te censeur du 443-312 à partir duquel on écrivit Puriusau lieu de Fusius et Valerius au lieu de Valesius (1); mais on ne voit pas que le raisonnement de M. Jordan ait trouvé grande faveur ai parmi les phjlologues, oi parmi les historiens. Et ensuite, si cela était, cela ne ferait rien ; car c'est au Palais que les avocats se débarrassent d'un arrêt gênant en opposant un arrêt contraire. £n matière scientifique, mon collègue Lambert le sait aussi biea que moi, les opinions se pèsent et ne se comptent pas. Or l'argumentation tirée de la diversité d'orthographe de Tite-Live n'a pas été réfutée par M. Jordan. C'est M. Jordan qui a été refuté par M. Cichorius dans la monographie même sur les Fastes consulaires qui a tant frappé M. Lambert (3). S'il faut accorder une importance quelconqueà l'allégation de Pomponius, duquel M. Lambert remarque plus d'uoe fois que c'est une pauvre autorité, tout ce qu'elle prouve, c'est que l'auteur copié parPomponius avait vu des Fastes dans lesquels L. Furius CamilluBT dictateur eo 409-343, était appelé Fusius et le Fusius'suivant, C. Furius Pacilus, consul en 503-251, était appelé Furiuset qu'il en avait conclu que le changement venait du censeur novateur Appius Claudius doot la censure se place dans l'intervalle : ce qui serait uoe nouvelle preuve de la présence dans les Fastes de l'orthographe archaïque qui atteste la sincérité de leur première partie. En tout cas, quand bien même l'explication ne porterait pas et quand bien même le dissentiment sur l'attribution du changement à l'an 414 ou à l'an 442 existerait entre deux autorités égales au Heu de se produire entre Cicéroo et Pomponius, une divergence de quelques années sur la date de la réforme ne supprimerait pas l'argument considérable en faveur de l'antiquité des Fastes résultant des
(t) PompoDÎDs, D., 1,2, D« 0. /., 3, 36 : Idtm ÀfpmtCinvdiui qui tûlttur ab hee prottttiiit, R lilleram mvmU hI pra ¥tittiit Valtrii eiit^l il frit Ftuiit Furii.
{2) De failU eoMularUnu, pp. Iin-ITI.
l'histoire DBS Xll TABLES. 25
vestiges qu'ils coolienoent de l'orthographe antérieure à cette réforme. II est eocore plus clair que les exemples d's inlervocal contenus dsos des ioscriptions du vu* siècle, qui prouvent que le chaugemeut ne s'est pas réalisé d'un coup dans la vie couraDle,iie prouvent rien contre son accomplissement dans les actes publics et avant eux dans la table des pontifes.
M. Lambert eut pu trouver signalé dans la même monogra pbie un autre argument qui prouve la sincérité des noms de magistrats des premiers temps de la République qui nous ont été transmis dans la première partie de la liste. C'est l'obscurité d'une partie d'entre eux. <' On rencontre dit M. Cichorius, parmi les coosuls du ui' siècle des familles qui ne se rencontrent plus ensuite dans les Fastes et qui paraissent s'être déjà éteintes à celte époque reculée, mais dont les noms ne peuveol être inventés ». EL il cite les Aleroii (cos. 300-454), les Curiatii (cos. 301-453, décemvir 303-4S1), les Herminii (cos. 348-S0& et 306-418), les Numicii (cos. 3S5-469), les Larcii (cos. 24S- 506. Î64-490. 253-501. 256-498), les Romilii (cos. 299-435, décemvir 303-451], les Seatii (cos. 303-4S2, décemvir 303-451), les Tarquilii (mag. equ. 296-458), les Tarpeii (cos. 300-4S4). les TuUii [cos. 254-500), etc. (1).
Le premier argument prouve la sincérité générale des listes de magistrats du iv' siècle qui nous ont conservé les noms des décemvirs. Le second prouve la vérité même des noms des décemvirs qui nous ont été transmis : si on avait inventé les noms des décemvirs, ce ne sont pas des RomuLii et des Seslii qu'on aurait inventés. Et tous deuxont pour nous d'autant plus de portée qu'ils écartent ou tout au moins rendent sans conséquence la seule objection un peu sérieuse qu'on pourrait opposer à la preuve de la réalité du décemvirat tirée de la foi générale méritée par les Fastes dérivés des Annales des poDtires. Si les noms des magistrats du premier siècle de la République ont été inscrits au moment de l'entrée en charge de ces magistrats sur la table destinée à relater les événements de l'aoDée à laquelle ils donnaient leur noms, la collection de ces tables n'a-t-elle pas été détruite par l'incendie de Rome qui suivit l'invasion des Gaulois et qui est placé par la cbro-
{!) DtfatlU, p. 177.
noiogie romaine en 364-390 (1)? La queution mérite d'autant plus d'èlre posée qu'un indice sérieux a porté à croire que les antiales maximt de P. Mucius ne remontaient guère au delà de cette date. C'est le témoignage de Gicéron (2) selon lequel la première éclipse rapportée dans les Anoales était celle du 5 juiD 351-403. On est naturellement conduite se demaDder si l'explication toute naturelle n'est pas qu'après la catastrophe de l'an 364-390, on n'a rétabli, de mémoire ou d'après d'autres sources, que les tables des quinze à vingt années
(I) Le syDcbranismc qu'on possède pour la date de cet évéDemeDl entre ta cbronologie romaine et la chronolo^e vraie [aaaée de la paii d'Antalcidas, olympiade 9S, ! = an 387-386 et. J.-C. d'apràa Polybe, 1,6,2, et aussi Diodore, H, m ; an 382 av. J.-C. dans un Bystème remaatant i Niebuhr el développé par Onger, aitmia en dernier lieu par Ed. Meyer, Gttch. dei Alltrlhatut, V, 19D!!, p. ISS] est, comme tout ce quicopceroe la relatioa des Bunéea véritables avec leti annéei comptées par les consuls, dénué d'intérêt pour notre question. Au contraire, il sérail évidecnnient très Imporlsot pour elle que la rfaJtté de l'incendie de Rome par les Gaulois pOl être révoquée en doute. Maie, bien que M. Lambert en dise, p. 181, n. 1, i rbistoricité discutée sujourdTiDl » et qu'il cite en ce sens, outre l'opiaion connue de M. Tbouret, celle de M. Canlarelli et (à lort, je crois; v. Sloria di Roaa, I, 2, p. 9S, n. 3, la note repoussant les idées de M. Ttaourel) celle de M, Pais, la réalité de cet événement apparaît comme parfaitement établie. Non seulement la prise de Rome par les Gaulois est altestée en même temps que par les sonrces romaines par les sources grecques indépendantes dont c'est le premier lémolgoaice relalir k Rome (Héraclîde du PonI, Tbéopompe, Aristote, cités par Plularque, Cam., 22). Non seulement la destruction de la ville, qui fut la conséquence de son occupation par ces bandea étrangères prolongée pendant sti mois, est un point sur lequel comme le dit M. Monnssen, Romiscke Fot' tchvngen. II, p. 319, il n'y a pas de difTéreoee essenUetle entre les relations, sauf la mention faite par Diodore, U, 216, de ta subsistance de quelques maisons sur le Palatin. Non seulement elle est attestée par les témoignages relatifs à la reconstruction désordonnée de la ville (Diodore, U, 116; Tile- Llve, 5, SS) qui, selon ta remarque du même auteur, p. 33], a. 78, viennent sinon de sources conlemporaines, au moins d'an raisonnement Juste et traditionnel qui liait è cet iaeeudie les irrégularilèB d'alignement, lee discordances entre le tracé des rues et celui des égouts eolratnées par la reconstruction lumuUuaire de la ville. Mais par dessus tout il est bien impossible qu'un rsit aussi peu llatteurpour la vanité nationale ait été inventé contrairement à la vérité par les Romains. On a pu atténuer le récit bref et adr de la défaite, tel qu'il se trouve dans Pol jbe, à l'aide des enjolivements qui commencent k apparaître chez Diodore et qui sont en foule dans la version récente a par Tite-Live, Plularque, Denjs, etc. iUaÎB on n'a inventé ni ta défaite ni Mcde la ville.
(i)Cictron, i)«r«ti., 1, 16,25.
l'histoire DBS XII TABLES. 27
précédeotes (1). Mais les preuves de siDCérité que conlieDoeot «D elles les listes de magistrats du premier siècle de la République nous permettent de nous élever au-dessus de cette objection.
Il se peut que les tables aonales aient pour une cause quelconque échappé au désastre; il se peut qu'elles aient été restituées à l'aide d'autres documeots soit, intégralement, soit, sauf pour les temps les plus voisins, seulement quant à la partie la plus essentielle, quant à la série des noms des magistrats épooymes qui étaient le seul instrument de calcul des années et dont il serait inconcevable qu'il n'y eût pas en d'autres listes; on peut à la rigueur formuler d'autres conjectures encore (2). Mais la liste des noms des magistrats éponymes qui nous est parvenue par les Fastes épigraphiques et littéraires et qui y a sans doute été tirée médiatement ou immédiatement des annales maximi de P. Mucius, — comme au reste elle avait déjà été prise, avant le travail de P. Mucius, par Fabius Picloretles plus anciens annalistes dans la collection même des pontifes, — se révèle à nons comme remontant ou
(!) Cichoriua, daoB Panly-Wis^owi, 1, 3, p. 32S2.
(S) Il est innlile d'entrar daoi le cercle des hypothèses. Pour ne citer que l'ane des plus lagénieuMi, M. Holzipfel, RSmiickt ChrtmoUigU, 1835, p. 131 et ■., a Buppoié, pour eipliquer cerlaices Iscudcb qu'il relève dang lee Fastes, qalls auraient tli sauTés, mail dêlérioréi k l'époque de l'iacendie, que par exemple la pièce de la demeure du grand pootife, de la rejin. où se trouvaient les Tables, aurai! été située dans la partie de l'édifice qui c'étiil pas exposée su feu, — comme cela arriva pour le tacrurium de la regia dans l'icceudie de 6D5-li9, d'après Obiequens, 19, ~ et qne les Tables n'auraienl été atleÎDles que par la chute de quelques pierres j enlevant par endroits la coDCbe de stie qui portait l'écriture. Ce n'est pas impossible. Beaucoup d'autres choses sont possibles encore. Ce qui noni importe, c'est que les Tsbles ont été conservées ou restituées au moins pour la partie essentielle qui nous Intéresse, pour les noms de magistrats qui en étaient l'en-léte, peut-Stre en outre pour certaines de leurs indications concrètes (t. dans HolzapFel, p. 163, le raisonnement tiré da classement â leur date probable de rinvsiîon de Porseuna, des prodiges de 27I-2S2, de la peste de 318-319-321). On remarquera do reste que, si nous présentons l'idée de Is coaservation des Fasles daas la forme qui nous semble la plus vraie, notre argumentation subsiaterait intacte quand bien même on regarderait la sonrce commune des fasles épigraphiques el littéraires, déyà connue de Fabias d'après Diodore, comme dilTérente et des wmalet maximi de P. Mucius Scaevola et de la tahie annale des pontifes.
à l'époque des magislrals qu'elle éDiimère ou à une époque trop Toisioe pour que le nom d'eux el de leurs magistratures eût pu sortir du souvenir. Car les traces de rhotacisme noua reportent par delà le début du v° siècle et les noms disparus plus ioiu encore.
Ces arguments, qai sont por la force des choses les seuls possibles pour l'apprécialion de documents conservés seulement dans des versious plus jeunes de plusieurs siècles, et qui sont par exemple absolument symétriques k ceux employés dans ces études d'archéologie biblique et orientale dont M. Lambert fait si grand état, paraîtront, croyons-nous, toujours convainquants à la plupart des hommes qui ont l'habitude des recherches historiques. Peut-être, au contraire, semblerontils ua peu ténus, un peu délicats aux personnes elrangères à cet ordre d'études. Je ferai, en tout cas, remarquer à ces personnes qu'ils ne le sont pas plus que ceux à l'aide desquels la critique moderne, approuvée en cela par M. Pais et M. Lani' bert, écarte les additions suspectes du corps traditionnel de l'histoire romaine. Je leur ferai remarquer surtout qu'ils le sont beaucoup moins que ceux à t'aide desquels on explique, dans la doctrine de M. Pais et de M. Lambert, l'invention du décemvirat.
Car eoAn, quand on affirme la fausseté non seulement des traditions qui portent des traces de mensonge, mais de celles qui n'ont en elles rieu de suspect, quand on prétend que tout a été inventé, même ce dont rien ne révèle le caractère (Iclif, il faut bien se demander la raison d'impostures où n'apparaît aucun intérêt de religion, lie politique ou même de vanité nationale. C'est pourquoi M. Pais a donné pour explication de l'invention des décemvirs legibus tcribundis, le désir de donner un précédent aux décemvirs liiibus judicandU, qui statuent au dernier siècle de la République sur les procès de liberté, et M. Lambert a lui-même indiqué cette explication, au moins comme « impressionnante », en passant et au coiu d'une note. Je ne suis pas surpris qu'il ail noté cette explication pour en avoir une-, maïs Je ne suis pas davantage étonné qu'il l'ait présentée seulement de cette façon discrète. C'est un des points auxquels je pensais l'année dernière, en signalant la préparation juridique un peu insuflisante de
L HISTOIRE DES XII TABLES. 2y
M. Pais. M. Lambert, q^i est jurisconsuite, a dû voir ce qu'il y aJuridiquemeDl de cboquaat dans une conjecture qui donae pour précédent à des autorilës statuant in judicio, dans des procès déjà liés devant le magistral, une autorité statuant tn jure, en une conjecture qui cherche un lien entre les décemvirs législalifa et les décemvirs judiciaires dans uue règle comme celle sur l'attribution des viiuUciae, qui concerualt les premiers et pas les seconds. J'ajoute d'ailleurs qu'il n'est guère plus conforme au sentiment des proportions de considérer une magistrature extraordinaire omnipotente comme ayant été imaginée pour servir de précédent à une petite magistrature de début occupée au commencement de leur carrière par les jeunes gens qui n'étaient pas chargés de la surveillance de la prison publique, ou de la fonte des monnaies, ou de la direction du balayage de la ville et de la banlieue (1), à un tribunal enfermé dans le jugement des procès de pauvres diables d'assez basse condition pour que leur qualité d'hommes libres ellemême ne fut pas incontestée. L'auteur de la brochure sur Napoléon n'avait pas songé à voir dans les consuls Bonaparte, Cambacérès et Lebrun, une image du président du tribunal de première instance et de ses deux assesseurs. Et certainement, notre tribunal civil est un organe hiérarchiquement très supérieur au jury permanent des procès de liberté constitué par les deeemviri sUitibus judkandU .
L'histoire du décemvirat législatif est solidemment attachée par le témoignage des fastes à l'histoire du début du iv° siècle de Rome, du milieu du v siècle avant Jésus-Chnst. Ce n'est pas pour la laisser là, c'est pour l'attribuer à une invention dont on uevoitni la raison ni lesmoyensqu'ilfaudrait, comme dit M. Lambert, faire un acte de foi pénible à la raison .
La seule question qu'on pourrait se poser est celle de savoir si les lois qu'ont pu faire les décemvirB sont bien celles qui nous ont été transmises sous leur nom. Mais la réponse ne
(I] Trtt viri eapUalti, irti tiri aeri argntoaaro Haïuto f«riu»do, ijualtuar tiri viii melra uriam pnrganiit, duotiiri tiit ût urhi purgandu, conslituant &vec les prxfeeti Capuam Cunat et let dictninri itUilibut judicandit le vigiDtiseiriral, oa plus tard le Tiginti virât, dont, depiiis Augusle, une Tonclion doU Aire occapée «vaol Is qu«stare. V. MoamiMii, Droit public romain, 11, pp. 200-301 ; IV, p. 299 et m.
semble pas douteuses! on se rappelle l'histoire du texte, afGché au lendemain du décenivirat,restilué quatre- viagtsansaprès à la suite de la prise de Rome par les Gaulois, ensuite commeoté pour la première fois une soixantaine d'années après par Cn. Flavius, enfin reproduit encore une centaine d'années plus tard dans l'ouvrage de Ses. Aelius après lequel la discussion nepeulmême plus se concevoir. Ily alà toute une sériede faits indépendants qui jalonnent l'espace entre la promulgation de la loi et les premiers commentaires qui nous en ont été transmis sans laisser de place pour l'iatercalation d'un ouvrage supposé, qui sont par conséquent un nouvel obstacle pour ta thèse de M. Pais et de M. Lambert. Ce n'est pas pour étayeF la légende des XII Tables qu'on a inventé la compilation de Flavius et la prise de Rome par les Gaulois. Mais comment eut-on pu inventer la toi de toutes pièces au temps de Ses. Aelius, si elle n'avait pas été mentionnée 6&as \b jus Flaviamim publié cent ans plus tdt? Et comment Flavius eut-il pul'iaventer en un temps où tout le monde eut su qu'elle ne figurait pas parmi les textes restitués et publiés après le sac de la ville par les Gaulois?
A la vérité, M. Lambert conteste aussi les témoignages qui nous ont été transmis sinon sur Cn. Flavius sur lequel il ne s'explique pas très clairement (1) au moins sur la publication originale des Xli Tables et sur leur reconstitution après le sac des Gaulois. 11 le fait par un procédé qui est toujours le même et dont il a pu trouver de nombreus exemples dans le livre de M. Pais, mais qui ne nous parait aucunement démonstratif, par le procédé qui conduirait à aier l'existence de la bataille de Waterloo à cause des discussions sur le rôle de Grouchy ou celle de la bataille de Sedan à cause des polémiques sur ta charge de cavalerie. H relève sur un détail quelconque d'un récit nne contradiction apparente ou réelle et il en conclut que tout le récit disparut, tandis que la contradiction établie n'atteindrait que le détail.
Ainsi, pour contester la publication des XU Tables, qui n'est pas seulement attestée par tous les témoignages, mais com-
(1) V. BDf Cn. FlBKli» Ifli pp. 22, D. 3 (dédietlion de Vaedicala cotcordiu) U, 0. 1 (Ju* FlanUmum), SI, d. i (rilEiSution dei Fiâtes?).
mandée par la simple logique, il invoque jusqu'à Irois coDlrsdictions, doDl l'une n'est qu'apparente, dont l'autre n'a pas la portée qu'il lui prête et dont la dernière enfin est une contradiction entre interprètes modernes.
La contradiction qui n'a pas la portée qu'il lui prête est celle relative à la matière des tables. Les historiens disent en général que la loi a été gravée sur des tables de bronze, Pomponius dit qu'elle l'a été sur des tables d'ivoire {eboreas) et une correction bienveillante, qui vient, je crois, de Scaliger, suppose qu'il a copié une aonrce qui disait les tables de bois {roboreas) (1), M. Lambert conclut de là qu'il n'y a pas eu de tables. J'ai lu dans un journal que la Bible sur laquelle le nouveau roi d'Angleterre devait prêter serment serait reliée en maroquin rouge et dans un autre que ce serait en chagrin noir. Cela ne m'avait empêché de croire ni à l'esistence de la Bible, ni même à celle du projet de serment.
La contradiction apparente est celle que M. Lambert voit, après M. Pais, entre la publication des XII Tables par les décemvirset celle par Cn. Flavius du premier ouvrage de droit. Il y a, dit-il, dans ces deux révélations successives du droit au peuple unecontradiction. Paadu tout. La première publication est celle du droit dans sa Torme théorique abstraite, la seconde celle du même droit dans sa forme pratique concrète. On peut avoir un Code et.seottr tout de même le besoin d'un manuel.
Quant à la contradiction entre interprètes, qui serait même, d'après M. Lambert, uue contradiction d'un interprète avec lui-même, elle toucbe à la tradition selon laquelle Cn. Flavius aurait afQcbé le calendrier et à la doctrine qui veut que le calendrier ait déjà été dans les XII Tables, et l'interprète c'est moi, qui, dans mon Manuel de droit romain, aurais dit à un endroit que le calendrier faisait peut-être partie des XII Tables et à un autre qu'il a été publié par Cn. Flavius. Un auteur de notre temps se contredirait dans un livre publié à la Qn du XIX* siècle de l'ère chrétienne que cela ne changerait pas grand ' cboseà des événements accomplis trois cents ou quatre cents an s avantJésus-Christ. Mais on me permettra de noter que, si mon
(1) V., d'une ptrt, Tite-Live, 3, 57, 10; Deoys, 10, S7; Diodore, 12, 3; d'autre part, PompoDius, D., (, 2, De 0. J., i, 4,
texte indique une contradiclion eotre interprètes, je n'y suis pas «n contradiction avec moi-même. CerLaîns auteurs, par exemple M. Mommsen, que cela n'empêche d'ailleurs pas de croire très Termement à l'auth eu licite des XII Tables et à l'histoire de Co. Flavius, admettent que le calendrier Faisait partie des XII Tables, et c'est pour cela que j'ai indiqué dubitativement daus mon ifanue^ cette opinion d'auteurs considérables; mais je ne le crois pas, précisément parce que Flavius a publié les Fastes, et eu conséquence je n'ai pas mis les Fastes dans la restitution des XII Tables qui est dans mes Texles.
La situation n'est pas différente pour la restitution des Xll Tables qui suivit l'incendie de Rome par les Gaulois. Là non plus, il ne faut pas conclure de contradictions de détail, ou de contradictions apparentes, ou de contradictions entre Interprètes à i'anéantissemenl d'une tradition plausible. Tile-Livedit qu'après l'incendie des Gaulois on s'occupa tout de suite de retrouver les traités et les lois — c'étaient, dit-il, les XII Tables et certaines lois royales — et qu'une partie de ces dispositions furent de nouveau publiées, tandis que celles qui avaient un caractère religieux furent tenues secrètes par les pontifes (1), A mon avis, les XII Tables une fois restituées, exactement quant au fond qui était parfaitement connu, — que l'usage de les faire apprendre par cœur sux enfants dans les écoles existât ou non dès alors (2), — mais sans doute dans une langue déjà rajeunie quant à la forme, furent affichées à nouveau. C'est l'idée qui me semble la plus vraisemblable, non pas seulement
(t) Tite-Liv8, 6, 1, 10 : In primii fotiera oc ttget — erant autm tae duodecim labutae tt quatâam regiae Itgti — conquiri quat compartrint j'utstnint. Àlia tx eit édita «liant in voigat ; guat avttm ad tacra perlinibmt, a pantifidlmt «taxint vl relijiotu obitrictBi labirtAt mnUitudiiiU ontmai lupprnia.
(2) Gc£roD, DeUg., S, s:t, 39 (p. 6, n. 1). CicËroD ae dit pas de quand date l'usage encore auiii dans son enfince et en déauétude dans son ftgamûr. Mail il a'eit vraiBemblablemeal platAt introduit k l'époque où les XII Tables étalant le seul monument de la Ungne k faire réciter aui enfanta qu'après celle où L. Livlus Andronlcna, — eondult comme eaplifàRome après la Rueire de Tarenle en iS2-S72 et encnre vivant en 547-207 (cf. Schaoi, li, pp. 3G- 3S) — avait composé pour le même office sa traduction latine de l'OdysiAe. Cest uoe objection de plue contre le système qui voit dans les XII Tables une levenlioB de Sei Aelius et mSine contre celui qui j voit une caafusion ■TOC le ;u( flasioituTii ; car L. Llvius Andronicus esl plus ancleo que Sei. Aelius et n'est pas beaucoup plus réceal que Cn. Flavius.
l'histoire DBS XII TABLES. 33
à cause de l'aFfirmalion de TUe-Live, mais en première ligne parce que cela rentre dans l'ordre nature! des choses d'après l'usage des Romains de publier par voie d'aiTichage les textes destinés à être connus de tous, mais aussi pour une raison qui me semble avoir une certaine valeur et qui est tirée des deux témoignages concordants sur l'arfichage des XII Tables à Carthage (1) : si ces témoignages n'impliquent pas que la loi fut aflicbée dans toutes les cités de l'empire, ils attestent qu'elle ' l'était, sans doute depuis la fondation, dans cette colonie de citoyens d'outre-mer, déduite en 769-4S, et l'afficbage fait alors là ne peut y avoir été qu'une copie d'un affichage symétriqne pratiqué à la même époque à Rome, dans la cité-type dont les colonies de citoyens sont l'image. D'autres pensent que la loi ne fut pas réaffichée après les événemenls de l'an 364-390. Mais, que la publicité ait ou non été assurée au moyen de tables fixes qui perdirent de leur importance avec la diffusion de testes portatifs circulant soit seuls soit accompagnés de commentaires (2), tout le monde parmi les aociens aussi bien que parmi les modernes reconnaît qu'il y en a eu une, et M. Lambert nous paraît, faire encore une confusion en prétendant écarter le témoignage de Tite-Live relatif à la restitution des XII Tables, parce qu'il mentionne à c<)té d'elles les leges regiae, et en disant que, puisque on n'oserait invoquer le passage de Tite-Live pour les leges regiae, on ne peut l'invoquer davantage pour les X(I Tables. Tite-Live, qui croit que les vieilles disposilions religieuses du recueil de Papirius, viBDDcnt des rois, doit nécessairement désigner du nom de lois royales ces dispositions qu'il voit dans ses sources avoir été restituées après le sac des Gaulois. Cela n'empêche pas qu'il ail trouvé dans les mêmes sources la mention de la restitution des XII Tables, auxquelles il est peu probable qu'on se soit préoccupé de donner par là un certificat d'authenticité rétroactif. Au contraire, il est caractéristique qu'on parle du secret, — nécessaire afin d'expliquer une interruption de tradition
(2) Mous ivaiw Rignalé plus haut lei indices qui montrent qua des aaleuri de la Ad ds la République et du début de l'Bnipire tels que Cicéron, Varroo et Venius Fliccus citaient déjà let XII Tables eicluil veulent d'aprËi les eonimentftireB antérieurs (p. S, d. 4).
— seulement pour les règles religieuses dout sont lee leges re giae et dont oe sont pas les XII Tables.
Sur- la langue des XII Tables, M. Lambert Tait un raisonnement imprévu. Ce qui prouve, dit-il, que lee fragments qui nous ont été transmis comme provenant des XII Tables, ne sont pas les fragments d'une loi positive volée par le peuple sur la proposition d'un magistrat à un jour précis, mais des brocards juridiques façonnés par l'usage et rassemblés, sur un faux nom donné au recueil dés le principe ou après coup, dans une œuvre privée de la seconde moitié du vi* siècle de Borne, ce sont leurs .divergences de style avec d'autres lois : de quand? De l'époque où la tradition place le texte? Non. De l'époque où M. Lambert veut le placer, du vi* siècle ou du vu'. Avec la loi latine de Bantia qui se place entre 631-133 et 636-i3!(; avec laloi Acilia de repetimdis qui est de 631-123 ou de 632-lâ2; avec la loi agraire de 613-111. Si cela prouvait quelque chose, pourrait-on dire, ce serait que la loi des XII Tables qui n'est pas écrite dans la langue de ces lois n'a pas été écrite de leur temps; c'est qu'à l'époque de sa rédaction les praticiens n'avaient pas encore constitué la langue cauteleuse, embarrassée d'incidentes, de spécifications et de réserves qui était celle des législateurs du vi* siècle et du vu* pour lesquels le dit M. Lambert, qui était aussi, quoiqu'il omette de le remarquer, celle des rédacteurs de formules du même temps — formules contenues dans le traité d'économie rurale de Galon l'Ancien, mort en 605-119, formules contenues dans le recueil de M'. Manilius, consul en 621-133, qui sont citées dans le traité symétriquedeVarron, formules sans doute à peu près contemporaines rapportées^ côté decelles- là par 'Varron(l], — qui devait aussi être celle de Sex. Aelius lui-même, qui, par conséquent, devrait être celle des XII Tables, si elles étaient un ouvrage dô Ses. Aelius décoré par une imposture d'un nom mensonger.
Pour parler Franc, je ne trouverais pas cette argumeolation beaucoup plus décisive que celle de M. Lambert; car, d'une part, la langue prudente et hérissée de conditions et de restrictions qui est celle des hommes de loi du vu" siècle et du ■vi" paraît, du plus au moins, aussi vieille que Rome, d'après les an cie a nés formules religieuses qui nous sont parvenues (i) et, d'autre part, la forme plus brève et plus énergique d'une partie des passages des XII Tables qui nous ont été conservés tient, je crois, à la grande quanltté d'axiomes juridiques qui y sont incorporés, à la forte proportion des parties coutumières qui s'y trouvent en suspens. Et la chose est également explicable, que ces règles coutumières aient été recueillies au iV siècle, par les décemvirs chargés de codifier le droit national, ou au vi', par uq particulier grimé en législateur. Seulement il ne faut pas du tout conclure de là que la langue du teste ne puisse pas donner de reoseignemenls sur son â.ge; il ne faudrait pas en particulier supposer que la marque individuelle de Sex. Aeliug ne pourrait pas se retrouver dans l'ouvrage parce qu'il aurait été fait, comme les Etablissements de saint Louis auxquels le compare M. Lambert, de documents juridiques plus anciens, ou comme les lostitutes coutumières d'Antoine Loise! (2), dont M. Lambert le rapproche encore, de brocards juridiques en circulation depuis des siècles. D'abord, même pour une-œuvre faite de la juxtaposition des documents préexistants comme étaient les
(1) D auFflt de citer lea cbants de» Arralesel celui des SalieDi, le formulure de itditttàoa de guerre des félitui, de Tite-Live, t, St, les lois de dédicalioa de temples qui se rattechont à une tradition trèg-micieiiDe, comme montrent l'inBcriplioD deNarbonue, C. L, L. XU, i333 et celle des Sslooe, C. L. L. III, 1933, reoToyanl toutes deui au tormitlaîre de dËdication du temple de Diane de l'Areotin.
(ï) Je ne BUB si o'eat avec intentioa que U. Lambert, qui paraît attacher une certaine Importance aux queetioaa d'orthographe (r. p. 176, le mot Qàran) écrit par un y le nom de notre vieui juriaconsolta Loisel. Mais c'est d'une raçon parfaitement rénécbie que je l'écrié par un i ; car c'est la façon dont il l'écrivait lul-mSme : il «et facile de s'en Basurer à la Bibliothèque nitioDïle en prenant l'un dea mis. lai a^ant epparlsnu qui y sont aujourd'hui (litte dans Léopold Deliale, Cabintt du mitntiscrilt, I, 1868, p. 431, n. 3). OD aimplemenl h la Bibliothèque de la Faculté de droit en lisant la dédicace ■niDDacrite du vol, n° 31,642, qui eat un exemplaire de la Guj/(nn( de Loieel (Parie, L'&ngelier, 1605, ia-12), offert par lui au Président de Thou.
Établissemeats de saint Louis et comme les XII Tables ne seraient pas dans le système de M. Lambert, le compilateur aurait toujours dû faire quelques raccords où. se trahirait sa main, ainsi que se trahit par exempte celle. des agents do Justinien dans les textes interpolés du Digeste et du Code. — Ensuite, quelque ampleur d'acception qu'on donne BU mot brocard, il y a, dans les dispositions des XII Tables qui nous ont été transmises textuellemeut, des phrases auxquelles, eu dehors d'idées préconçues, personne ue pensera jamais à donner ce nom, qui n'ont jamais pu être des dictons populaires se transmettant de bouche en bouche, qui n'ont forcément pris leur forme arrêtée qu'au jour de leur première rédaction par écrit et qui par conséquent ont dû être rédigés dans la langue du temps des décemvirs si la toi Tient des décemvirs et dans celle du temps de Sex. Aelius si elle vient de Sex. Aeliiis. — Enfin, ce qui résuoae tout, il n'est pas vrai que les brocards juridiques eux-mêmes échappent entièrement k l'iniluence du temps et qu'on dût désespérer de retrouver, dans un recueil fait par Sex, Aelius de documents coutumiers plus anciens, aucun vestige de la langue du temps de Sex. Aelius parlée inconsciemment et invinciblement par lui. Les brocards eux-mêmes n'échappent pas au phénomène universel selon lequel toutes les portions de la langue et jusqu'à ses moindres tournures subissent, tant qu'elles sont vivantes, les transformations de la vie. Les axiomes de notre vieux droit français rassemblés au xvi* siècle par Antoine Loisel fourniraient un bon nombre de modèles de ces rajeunissements. Mais, puisque les exemples contemporains sont toujours les plus frappants, M. Lambert nous permettra d'en prendre un dans son article lui-même. Il est à la page 200, dans l'alinéa final où se trouvent une dernière fois résumés les arguments opposés par l'auteur à ce qu'il appelle l'école de Niebiihr et de Mommsen. M. Lambert y a modernisé une tournure savoureuse de notre ancienne langue en écrivant des Fastes invoqués par cette malheureuse école : « La cautioD n'est pas solvable ». On disait autrefois : n La caution n'est pas bourgeoise ». M. Lambert a-t-il voulu augmenter les chances de survie de la formule en l'accommodant à la langue juridique d'aujourd'hui, ou, par une distraction bien naturelle,
L'hISTOIRH DBS XII TABLES. 37
a'a-l'il cru que la répéler quaDd il la Iransrormait ? Peu . importe. Mais, u'eut-on que ces seuls mois delà disserlalioD de M. Lambert, ils auffiraieQl pour établir qu'elle a éié écrite au temps des cautions solvables et non pas à celui des cautions bourgeoises. Si les XII Tables étaient de Sex. Aelius, le boa jurisconsulte du vi* siècle y eut assurémeot mis, en toute pureté d'&me, bieu des mots révélateurs. Et M. Lambert eut eu beau jeu k les relever.
Il D'eu a pas trouvé. Il n'a pas essayé de soutenir qu'il y ait, dans les tragmenls des Xll Tables, un seul de ces anachrooismes de langage injustiBables qui sont d'ordinaire le grand critérium des documents supposés. H se contente d'ajouter à l'argument tiré de l'aspect coutumier de certaines dispositions, duquel nous avons déjà montré l'inanité, un argument négatif, du reste absolument symétrique à celui qu'il avait déjà fait pour l'bistoire de la loi en la plaçant au vi* siècle parce que les plus anciens documents qui en parleraient seraient de cette époque. M. Lambert déclare qu'après avoir confronté au point de vue du vocabulaire et de la grammaire les débris des XII Tables qui nous ont été conservés dans leur Forme originale et les textes d'auteurs du vi° siècle, tels que Plaute et Térence, il n'a trouvé entre eux aucune différence essentielle, et il eu donne pour preuve des renvois faits dans ses notes aux pages de divers bons ouvrages où se trouveraient attestés pour la langue du vi' siècle, tous les traits originaux qu'il a remarqués dans les XU Tables à l'aide des » excellents relevés » de M. Voigt : quelques personnes seront même sans doute un peu étonnées du rapprochement que M. Lambert fait à ce propos entre M. Voigt et Je regretté Rodolphe Schoelien les déclarant l'un et l'autre par égalité « compétents entre tous » en la matière.
Sans même s'arrêter à remarquer que ce mouvement constant et inaperçu delà langue qui eûLconduitSex.Aelius à écrire les XII Tables dans un autre langage que celui des décemvirs a aussi dû avec le temps enlever à l'œuvre des décemvirs une bonne part de ses traits originaux (1), on peut répondre que
(1) M. Lambert dUtiogue k !■ vérilé les jariacoaaultes qui auraient pu nodeniûflt un* acrupule et le» gruumairiens qui aurutaut da £ire plus lolgDcux de U cooserratioa de» accbalainei. Mais les gnmmairieu ue com-
3o L HISTOIRE DES SU TABLES.
c'est uoe chose particulièremeol délicale, même pour un hom me du métier, que de reconoallre la présence ou surtout d'affirmer l'abseDce de diversités eutre des textes archaïques distants seulement dft deux ou trois siècles, qu'il faut être bien sûr de la justesse de sod oreille philologique pour oser cerliQer qu'il n'y ait eolre eux aucune discordance de ton. Il n'est pas besoia d'être grand clerc pour apercevoir les différences qui séparent un lexle français du xiv* siècle et un autre du xvii", un texte latin du temps des guerres puniques et un autre de celui de César ou d'Auguste. Les différences sont sïdgulièremeul moins saillantes entre deux textes français du xiii" et du XIV' siècle de l'ère chrétienne, entre un texte latin du IV* siècle de Rome et un autre du vi*. Là les nuances sont si délicates qu'elles peuvent toujours échapper au plus expert, qu'un plus heureux ou uo plus savant peut toujours apercevoir ce qu'un autre avant lui n'avait pas vu, et ce serait, au lieu d'un jurisconsulte comme moi, un philologue de carrière qui m'affirmerait n'avoir vu entre le texte attribué au iv' siècle et ceux du vi' aucune différence sensible que je me demanderais encore si le procès-verbal de carence serait définitif.
Heureusement nou^ n'en sommes pas réduits au procèsverbal de carence, et, si les diversités entre des textes chronologiquement si voisins sont malaisées à discerner, il est infiniment plus facile de ies reconnaître quand elles ont déjà été signalées par les hommes compétents. Or, c'est en nous appuyant sur ce qu'ont déjà dit ces hommes compétents que nous pouvons, sans vouloir nous aventurer sur un terrain qui n'est pas le nôtre, répondre à M. Lambert que, de l'avis des meilleurs philologues, les traces de haute antiquité ne sont pas aussi absentes des XII Tables qu'il le croit.
[DeDcent & parler des Xll Tables, M. Lambert noas l'a usez dit, qu'au vi> siècle et bu tii<, et ils étaient eui-rnSmes tout à fiil ban d'âlat d'arrêter las chaDgemeDts imperceptibles et jouraaliers de la langue. Ce qui pourrait tatme résulter de II, ce serait le ri«qne de prendre pour des diapositions rëcenlei des disposiUons andenoe» dont la langue aurait Ëlé ainii rqeunie. Mais la diMculté n'est pu îasurmontable parce que les deui pbinomines ne «e traduisent pas par des symptSmes d'ua tjpe identique ni d'une égals uniformitË. En tout cas, on remvqaera que la cause d'erreur fonctionneratl, en [aTeur de l'opiaioD de M. Lambert, pour faire croire le texte plus jeaaa qu'il n'est, et non ea faveur de la uûlre, pour le Faire croire plus Tieoi.
l'histoire des XII TA.BLE8. 39
A la vénlé je dois décliner lout d'abord ua instrument d'iovestigaUon proposé par M. Lambert. Je ne puis reconnaître, pour l'établissement du leiLe des Xll Tables, l'autorité attribuée par M. Lambert avec tant de conÛaace à l^uvrage de M. Voigt. Le Jurisconsulte à l'imagination puissante qui restitua d'un seul coup, aux environs de l'an 1366, le nom, la date et les articles d'une lez ilaenia de dole de l'an 56S dont personne n'a rien su ni avant ni après lui (1), a obtenu son texte des XII Tables par les mêmes procédés. On ne peut Taire aucun usage scientifique de relevés oii l'on trouve présentés, comme des citations textuelles de la loi, les termes adsipere, praesipere, interficere en matière d'usurpalio trinocUi, delkare, renanxitur en matière d'usureceplio, nancitor endoque plorato dans la disposition sur le furtum, set concapsit en matière de tignum junclum, duitor, inlercapedo, prividoes Ci). Je suis sincèrement surpris qu'un pareil travail ait pu un seul instant faire illusioa à M. Lambert.
Mais il y a des philologues, tels par exemple que ce Rodolpbe Scboell auquel M. Lambert recoooaît la même compétence supérieure qu'à M. Voigt, qui ont étudié plus sérieusement la loi des Xll Tables et qui y ont signalé quelques traits de nature à la placer dans un âge de la langue différent de celui de Piaule et de Térence. Ils ont relevé comme subsistant encore, dans ce texte aux teintes un peu elTacées par le temps, et des
(1} M. Voigt, Dii Lix Mamia dt dote, 1S66.
(2) Dons Ja reslitalioa des XII Tables doanie par M. Voigt, Xll Tafttn, 1383, pp. S92-737, les mots de la loi qu'il considère comme eipressëmeiil ■llestés par les sources sont en capitales grasses, ceux qu'il présente comme restitués par lui eu caractères romaiDa ordinaires. Mais dans las relevés, pp. BB-S9, 11 ne s'aatreiat même pas A cette dietinclioa. C'est ainsi qu'il y cite comme étaot daaa la loi les mots adsipere, praeiipere (S, l], inUrcapeda IV, l)i inlerfien-t (4, 12) deiieare (12, 2), prinictoei (9, 8J qui sont ea caractères romains oïdlaaires aux passades corrélatirs de sa restitution. Au reste, les passages signalés dans cette derniâre par des capitales grasses comme la reproductiou littérale du texte ne méritent pas beaucoup plus de confiance. On y trouve par eiemple nancitor sadoque piorflio [7, I), sei ctm çapiit (7, 5J, duilor ei (10, S), rtnanxilur (5, 7). Ce dernier terme donne ua boa exemple de la façon doat M. Voigt retrouve les. diEpositians des XII Tables. Sa restitution s'appuie sur l'article mutilé de Festua : it«n.,. ni/ican ait np...; M. Voigt lit tiéroîquement ; ff«n[(tn«>tur GaUui Aeliui in XII tig]Mficare ail r«p[Tthmdtrit],
termes archaïques qui ne reparaissent plus ensuite, et des mots employés dans des acceptions vieillies qu'on ne retrouve plus postérieurement, et des tournures propres, des singularités de syntaxe qu'on ne rencontre pareillement que là. Nous signalerons : pour les mots qui ne reparaissent plus après les XII Tables, foTcles et sonates dont il n'existe pas d'autre exemple, obvagulare qui n'est pareillement que là, duplio qui ne reparaît ensuite que dans les ouvrages de mathématiques; — pour les mots employés dans des acceptions qui disparaissent par la suite, non pas seulement lessus que cite M . Lambert, mais hortus qui veut dire jardin, dans Plaute et exploitation rurale dans, les XII Tables, forum qui désigne là et non ailleurs l'emplacement situé devant le tombeau, iportus qui désigne encore là seulement la porte de la maison (1); — enfin, pour les tournures propres qui se reucontrenl aussi seulement dans la loi décemvirale, la tournure si connue sous -entendant le sujet même quand il change d'un membre de phrase à l'autre : siin jus vocal ilo (?), qu'un des maîtres français de la philologie latine, qui ne croit pas les XII Tables du temps de Plaute, notait tout dernièrement se rencontrer pareillement dans la loi de Gortyne (3); l'omission du eubjonctif, même dans les propositions régies par si et ni; la succession de propositions relatives à la même matière sans conjonction copulative ; peut-être l'absence d'ablatif absolu; l'emploi régulier de si [si membrum rvpsit) ou de qui {qui se sten(fesCaner) (4) dans des dispositions oii l'on rencontrerait plus tard la formule classique si quis déjà employée dans les exemples de lois rapportés par Voratio de Rhodiis de Caton l'Ancien le contemporain de Ses. Aelius (5). La liste serait singulièrement plus longue si cet article était écrit par un philologue. Mais il nous suffit ici d'avoir montré que, d'une part, si l'on compare avec un soin suffisant la langue desXII Tables à lalangue courante du vi* siècle, on n'y
{l)XIITables, l,3;Aarlut)-l, S {forctei; saHatet);2,3{obt(igutart;porlui. Cr. sur le dernier mal, Usccer, HhHnHtchit, Mitteum, 1901, p. 23, □. 38); S, 9 (duplio): 10, 4 Ceim); 10, 10 ifaru»); 12, 3 {duptio).
(ï)XIIT«ble9, 1, 3, etc.
(3) Michel Bréal, Jounat det Satanta, 1902, p. 12.
(tj XII Tables, g, 3. 8,2!, etc.
(S)ADla-Gelle, S, 3, 37.
l'histoire des xh tables. 4i
trouve pas seulement des ressemblances lenaàt à la communauté d'arcbaïsme, mais des différences tenant à l'inégalité du degré de cet archaïsme, que, d'autre part, si le rapprochement ■ fait par M. Lambert entre la langue des XII Tables et celle des lois du Ti' et du vu* siècles prouvait quelque chose, ce serait contre lui et non pour lui.
-Reste une dernière catégorie de matériaux dont le traitement revient en première ligne au jurisconsulte. Ce sont les matériaux juridiques, les informatious fournies sur la date du texte par ses règles mêmes, par le droit qu'il exprime.
On a l'habitude de regarder les débris qui nous oui été transmis des XII Tables comme les fragments d'une loi positive écrite en l'an 305-449 et tenue ensuite à la hauteur des besoins de la pratique encore plus par l'activité doctrinale des interprètes que par l'intervention du législateur, presque exclusivement par l'activité doctrinale pendant les deux premiers siècles qui suivent, par l'intervention du législateur surtout dans le troisième, au vi' siècle de Rome. Selon M. Pais, la rédaction en est postérieure àl'aa 480-304. D'après M. Lambert, l'ouvrage dont viennent ces fragments a été rédigé seulement par Sex. Aelius, dans la seconde moitié du Ti" siècle de Rome, moins de deux cents ans avant l'ère chrétienne, au temps de Plante, de Térence, de Caton le Censeur. Il faut voir avec lequel des trois systèmes s'accordent le mieux les dispositions de ialoi qui ont été conservées. 11 Tant chercher, d'une part, si le droit qu'elles expriment correspond aux conditions générales de l'&ge archaïque dans lequel la tradition place les décemvirs, ou à celles de l'époque déjà plus moderne de Cn. Flavius, du temps de la censure d'Appius Claudius et de la défaite de Pyrrhus, ou à celles du temps de Sex. Aeliua, de Plante, de Térence, de Caton le Censeur, de l'époque de la soumission de l'Italie et des premières provinces, du temps de la seconde guerre punique et de la conjuration des Bacchanales. Il faut chercher, d'autre part, avec laquelle des trois dates s'accorde le mieux ce qu'on peut appeler l'histoire do la vie postérieure du texte, ce que nous savons des remaniements et des compléments qu'il a regos depuis son entrée en
42 l'bistûirb des xii tables.
vigueur, des développemenls dont il a été à son tour le pivot. M. Lambert u'a pas cru devoir se livrer à cet examen. M. Pais n'a touché la questioa qu'en quelques mots que M. Lambert reconuart être peu coucfuants. Il n'est pouiv tant pas de procédé de recherches qui, pour un document ud peu riche en détails tel que le udLre, puisse promettre une plus riche moissoD de Taits positifs. Il n'en est pas non plus, à la vérité, dont l'emploi sans préventions nous paraisse fournir plus d'arguments en faveur de la date traditionnelle de la loi. .
Il suffit d'abord d'un coup d'œil d'ensemble pour distinguer un trait général qui a déjà été souvent relevé, par exemple eo dernier lieu par un auteur dont M. Lambert est ordinairement plus porté que nous à apprécier les travaux, par M. Voigt (1). C'est le caractère foncièrement agricole et campagnard de la civilisation qui trouve son iînage dans le teste à dater. Horlus, tugurium, entretien des chemins ruraux, bornage des champs par opposition aux propriétés bâties, réglementation de l'écoulement des eaux, dispositions relatives à l'émondage des arbres et au droit de recouvrer les fruits tombés sur le terrain du voisin, actions distinctes pour le dommage causé par les animaux domestiques en s' introduisant sur le pâturage d'autrui ou en détruJsaot les autres biens d'autrui, peines spéciales contre celui qui coupe les arbres > d'autrui, contre le sortilège destiné à faire passer les récoltes d'un champ dans un autre, contre le vol nocturne de récoltes sur pied (3) : un Code rural ne serait pas plus complet. C'est que ce Code a été fait pour uu peuple de petits propriétaires ruraux pour lesquels le vrai Code civil était le Code ruraL Beaucoup penseront qu'un Code écrit au temps de la guerre de Pyrrhus ou de la guerre d'Hanoibal, pour la population déjà plus citadine de la Rome capitale du vi' siècle ou même du V, eut été. plus court sur tout cela, sans parler de quelques autres points sur lesquels il eut été plus long.
(t) M. Voigt, XII Tafila, I, 1SS3, p. 17 et s.
[2) XII Tables, 7, 35 {n-finiiim rejundorum); 7, 3 (ftorlut, tuguriim); 7, 7 (cbemina rurauji); 7, S (s. aquae flutiae arcendae); 1, i {émooûiit);!, i9 (a, dt glande Ugeida); S, 6 (a. d« pauj>erU); 8, 7 (a. de patfu); S, S (eortilègej; 8, 9 irol nocturae de récollas); B, H {i. de <u-botibui lucciwj, etc.
l'histoire des Zll TABLES. 43
■ On peut auflsi trouver que les quelques lumières données par les débris conservés du leste sur les instilutlous politiques de son temps soot plus Favorables à son antiquité qu'à sa modernité, que la distinction du palriciat et de la plèbe qu'il met «Q vedelte, daus la disposition prohibant le mariage entre les deux ordres (1), était à peu près intacte au début du iv» -siècle, subsistait encore un peu atteinte au temps de Flavius, mais n'avait plus grande portée pratique au temps de Ses. Aelius où la nobililaii, eoglobaot les ramilJesplébéiennesarrivées aux msgistraLurea, avait eu fait remplacé le patriciat.
Mais il ne faut pas s'en tenir à ces généralités politiques et économiques. Il faut en première ligne étudier ces dispositions de droit privé qui constituent le corps même de la loi. Ce sont elles qu'il faudrait interroger individuellement une k une, en entrant dsns ces détails concrets qui sont toujours les plus probants, en prenant distinctement chaque règle pour lui demander ce qu'elle nous apprend sur sa propre histoire, tant d'après son caractère même que d'après les faits postérieurs qui en supposent la préexistence. Nous ne voudrions pas nous lancer dans une énumération interminable ; on nous pardonnera cependant de donner un certain nombre d'exemples (2).
On peut commencer avec la loi elle-même par la procédure, un ordre archaïque que l'on a depuis longtemps remarqué se rencontrer également dans la loi salique et qui a été retrouvé depuis dans la toi de Gortyne (3), ordre qui, s'il peut sans doute avoir été imaginé parSex. Aeiius, rentre pourtant mieux dans la psychologie, ignorante des abstractions, des législateurs des premiers âges que dans celle d'un jurisconsulte de métier d'un temps où les Grecs avaient déjà donné aux Romains des leçons de méthode et de composition. Mais ce que oous voulons signaler plus encore que le plan de la loi, ce sont ses dispositions. Qu'on lise le commencement des Xll Tables et
(OXIITïbles. H, ).
(2) Mous irgumenlons nature 11 émeut des diverees diepositiODs de la loi, eu prenant pour cbacune lin te rp ré talion qui nous paraît la meilleure, et sans ignorer que, pour quelques unei d'entre elles, d'autres romanistes admettent des inlerprétations divergeâtes. Mais nos renvois i. notre Manuel m que nous n'avons paj attendu la discussion présente pour choisir let il prêta lion s suivies ici.
(3) Loi da Coriyoe, 1, 1-2, 2.
44 l'histoirb des xii tables.
qne l'on se donne la peine de relever ce qu'il y a d'archaïsmes juridiquesàcôLédesarchaïsmes littéraires ou économiques, dans les trois premières tables de la restitution coûventioanelle : l'arceraàlaquellen'a pas droit le défeadeur malade, la monture qu'on devra lui fournir désigoée parce mol jumenlttm retrouvé l'an passé sur la stèle archaïque du Forum, le far avec lequel sera nourri le débiteur dans ta prison domestique du créaocier, les nem et les compedes avec lesquels il y sera attaché, eoGn el surtout le dénouement du drame, la vente tram Ttberim ou la mise à mort au cas de créancier unique, et, au cas de pluralité de créanciers, la fameuse disposition sur le partage du corps du débiteur (1). Que M. Lambert et M. Pais placent, s'ils veulent, au temps de Caton l'Ancien ou à celui de la censure d'AppiuB Claudius les règles d'une si féroce boahomie sur le droit de dépecer le débiteur et sur l'exclusion des mauvaises querelles provoquées par des disproportions de découpage. Mais la vente trans Tiberim, appartient-elle à l'époque de Sex. Aelius où l'Ëlrurie était tout entière conquise, à celle de Cn. Flavius où les Romains étaient déjà installés en maîtres sur les deux rives du Tibre, ou bien au temps des décemvirs oCi la frontière était le fleuve avec, de l'autre cdté, la tète de pont du Janicule, où l'on n'était encore maître ni de Véies ni de Fidènes? La date de la disposition est bien fournie là par son caractère même. Elle est fournie en même temps par les faits postérieurs qui en supposent l'antériorité ; car il a bien fallu qu'elle existât avant cette loi Paetelia Papiria qui supprima la vente trans Tiberim, — comme d'ailleurs jusqu'à un certain point (2) les nervi tilea compedes, dont on peut donc tirer le même argument — et qui est, dans l'opinion que nous croyons la meilleure, de !'an 428-326, d'après d'autres de l'an 441-313, mais en tout cas, de l'avis de tout le monde, de l'une ou de l'autre de ces deux années (3), de la première moitié du V* siècle de Rome, de quelques années avant Flavius, d'un siècle avant Sex. Aelius.
(DXII Tables, 1. 3 (arcera, juiunluni) ; 3, 3 {lurei, competUi) ; 3, 4(/'ar); 3, 5 (eiéculioD par la créBDcier unique); 3, 6 (eiécation par les créaDcien).
(2) Ils auraient élé, d'après Tiie-Live, 8, 28, 8, mainleans sauletaeDt eu minère pénale.
(3) P. F. GiiuA, Maautl de droit romain, 3* éd., 1901, p. 179, a. 2; OrgeaiiatiOH judiciairi, 1, p. 191, a. i.
Qu'on preoDe, d'antre part, dans le droit du patrimoiae, les dispositions qui se rapportent aux actes accomplis per aes et libram et à la cooformatioa qu'ils prirent après l'introduction de la monnaie. Suivant la doctrine commuoe, que nous croyons la meilleure, qui a été contestée par M, Pais, mais que M. Lambert paraît admettre en signalant cette assertion de M. Pais comme l'une de ses allégations peu justifiées, l'introduction de la monnaie frappée par l'Etat, qui se compte au lieu de se peser, date de l'époque même où la tradition place la confection des XII Tables, du début do iv° siècle auquel on a fondu pour la première fois à Rome des monnaies de cuivre émises sur le pied de l'as libral, pesant légalement une livre romaine, peul-ètre déjà seulement de fait dix douzièmes de ce poids, dix onces (1). Et non seulement les fragments des XII Tables qui nous sont parvenus contiennent des amendes portées en cette nouvelle monnaie, par exemple en matière d'injures (2); mais cette substitution de la monnaie qui se compte à celle qui se pèse parait bien avoir été prise en considération dans les dispositions de la loi des XII Tables relatives anx actes desquels la pesée avait été jusqu'alors une portion intégrante, à la mancîpation et au nexum. -, Dans l'interprétation qui reod le mieux compte de tous ses termes, la règle Cum nexum mancipiumve facial, uti lingua nuncupassU, ita jus esta protège la validité de la mancîpatioa et du nexum contre les chicanes qui auraient pu provenir de la substitution d'un simulacre de pesée à la pesée réelle devenue inutile, en disant que l'acle sera valable dès lors que les paroles auront été prononcées (3). Une autre règle que les lostitutes de Juslinien nous apprennent venir des XII Tables, qui a été étendue à la tradition, mais qui fut sans doute portée pour la mancipation, remédie à son tour à un nouveau risque qui eût résulté pour l'aliénateur de ta validité reconnue par la règle précédente à la mancipatton où la pesée était fictive : afin de lui conserver la certitude qu'il avait, au temps oii la pesée réelle était comprise dans la mancipalion, de ne perdre la propriété de la chose qu'en acquérant la propriété du prix, la
{!) V. tfaauïl, p. 2t3, D. 1 et les reoTois.
(I) XllTiblai, 8, 3-4.
3) XII TtblBB, S, 1. V. Mmml, pp. S8S, n. I et 286, a. 3.
]oi des XII Tables a décidé que, dans la maocipation à titre onéreux, la propriété de la chose ne passerait à l'acquéreur que quand le prix aurait été payé à l'aliénateur, quand on aoraît accompli i titre indépendant ce versenient du prix qui jusqu'alors était une parlje indispensable da cérémonial de la mancipation (1).
Ces dispositions apparaissent comme étant dans une harmonie parfaite avec la réTorme faite en matière moDétaire, si l'on admet que dispositions et réforme ont également les décemvirs pour auteurs. Eu est-il de même si l'on considère l'introduction de la monnaie comme remontant au début du IV' siècle et les XU Tables comme rédigées seulement beaucoup plus tard, au t" siècle ou au ti"? Ne serait-il pas singulier qu'oD eut attendu aussi longtemps pour prendre des précautions contre le péril résultant pour l'aliénateur d'une rérorme accomplie depuis cent cinquante ans, d'après un système, depuis deux cent cinquante ans, d'après un autre, contre les risques de chicanes résultant depuis le même délai de la inèœe réforme pour le prêteur du nexum et pour l'acquéreur de la mancipatioQ 7 Ne sout-ce pas là de ces dispositions de circonstance qui, une fois rendues pour éviter les répercussions mauvaises d'une réforme utile, peuvent rester indéfiniment en vigueur, mais qui normalement ne sont portées qu'au moment de l'entrée en pratique de la réforme, qui au contraire seraient superflues ou incommodes venant trop longtemps après, quand la pratique a déjà pris en face de la loi ses habitudes et ses précautions? — Il existe même, à notre sens, une raison spéciale pour qu'on ne puisse essayer de se débarrasser de l'argument tiré de ces dispositions, en les présentant comme des préceptes coutumiers formulés eu dictons par la sagesse populaire longtemps avant d'être insérés dans un recueil tel que celui de Sex. Aelius. C'est que les deux règles, et en particulier celle sur le paiement du prix qui suppose la préexistence de l'autre, sont de ces règles juridiques qui, par leur caractère môme, se révèlent comme venant du droit positif et non de la coutume; c'est que, si la loi positive et la coutume ont une égale activité
(IJ XlI Tabler, T, tl (JugUuiea, fnit., 2, I, Dt R. D., It). Cr. HauMl, p. 387.
l'histoire des iu tables. 47
créatrice, elles ne l'exercent pas dans les mêmes Tormes, que, quand la coutume fait du droit nouveau, elle le fait normalenoent en s'appuyant sur des principes déjà admis, fût-ce abusivement pour les tourner, tandis que seul le droit positif, comme dans le texte subordonnant l'eflicacité de la mancipation à la condition extérieure de paiement du prix, aborde àe front les règles existantes pour leur apporter des dérogations ouvertes.
Il y a encore la règle des XII Tables sur le serment(t]. Si l'on admet que la sponsio a été un serment avant de prendre sa forme laïque moderne c'est d'elle qu'il s'agit là. Mais, au temps de Sex. Aelius, le sénatus-con suite des Bacchanales de l'an 568-186 distingue nettement le serment de la sponsio (2). Les XII Tables peuvent donc parler d'une obligation née d'un serment en visant la sponsio si elles sont de l'an 305-449. Elles ne le peuvent pas si elles sont du temps de Sex. Aelius. Que l'on pense aussi à toutes les dispositions dont l'interprétation littérale a fourni l'assise d'une construction juridique, des termes mêmes desquels l'ingéniosité des praticiens a tiré des ressources pour arriver à des fins imprévues du législateur. La plupart de ces développements se localisent fort aisément dans la période d'activité doctrinale exercée par lesjurisconsultes pontificaux entre la promulgation des XII Tables et la publication des jus Flavianum, entre le début du iv* siècle de Rome et le milieu du v'. Mais, si les XII Tables ne sont G0DO)ies que depuis Sex. Aelius ou même depuis Cn. Flavius, dans quel étroit laps de temps va se trouver enfermé ce travail.quî n'a pu se faire que sur un texte législatif, véridique ou supposé, mais en tout cas considéré comme tel, ayant une valeur littérale propre?
Ainsi c'est par interprétation de k règle Si pater filium ter lenttmdttuil.filitisapatre liber esto qu'on a inventé l'émancipation et l'adoption (3). Or, pourl'émancipation elle-même, quoique les mentions en soient singulièrement clairsemées à l'époque ancienne, la légende de Licinius Stolo émancipant son
(1) XII Tables, fragmenU dod elMiéi, tt (CicéroD, Dt of, 3, SI, lis) Cf. Mtiuul, p. t80-tS1.
. (i) Cr. MmikI, p. 48S, D. 3.
(3) X[I Tablei, i, 2. V. Manutl, pp. t34-13S. 170. ISB.
fils pour tourner sa propre loi (1), qui date au plus tard da vu" siècle, n'a pu être inventée qu'à une époque où l'on consîdérail le développement duquel sortit l'émaDcipation comme déjà achevé depuis des siècles. Mais, pour l'adoption surtout, . sous connaissons des personnages des temps historiques qni ont été donnés en adoption par leurs pères : le consul patricien de 575-179 L. Manlius Acidinus Fulviaous, frère de sod collègue plébéien Fulvius, duquel Velleius Paterculus rapporte qu'il avait été dounéen adoptionàun patricien parsonpère(3); à l'inverse le fils du patricieu L. Manlius Torquatus consul eu S8.9'165, donné par son père en adoption au plébéien D. 3anius Silauus (3); enfin M. Aemilius te père du consul de 607- 147 C. Livius Drusus, passé par adoption du patriciat dans la plèbe (4). Si la règle si paler filium n'avait reçu sa forme officielle que dans une compilation faite par Ses, Aelius vers la fÎD de sa vie et présentée comme un texte législatif seulement après lui, la loi eût été, au moins dans le cas de M. Aemilius et dans celui de L. Maulius Acidinus, non pas seulement appliquée, mais interprétée dans son sens le plus détourné quelques années avant d'être née.
De même comment expliquer alors le développement du testament per aes et libram? M. Lambert a écrit sur le testament romain une étude (5) dont je suis loin d'accepter les coDclusions, mais où il reconnaît pourtant que la règle VU legassit ne vise pas le testament per aes et libram, que celui-ci a été le produit d'un développement dans lequel le familiae emptor a joué le
(1) Tile-Live, 7, 16, 9. Val. Mai., 8, 6, 3. fie otr. Ut., 20, etc.
{il) Velleins Pileri:ulu9,3,8,2: h'on minutclarutaexemplumttailkucuntcutii Ftilvii Flacci ejut qtii Capuam eepcrat filiorum, ted alferiut in adoptiontm dati, in eoUtgio cm. fuit. Adoptitnti in Acidini Jfiint» /'amtliant dolui. Cf. Faat. Cap. Mr l'an S75.
(3) CicéroD, De fin.^ 1, T, 24 : L. Torqnatta U qui cDntut cun M. Octavio fait, cutn itlam teverilatem jn eo filio adhibuit quem m adoptionem D. Silano emancipaverat. Tile-Live, Ep., B4. Val. Mai., 5, 8, 3.
;4) Fisl. Cap. sur l'an 607. Il esl k la vêrilé possible qu'au lieu d'tire donné en adoptioa par bod père M. Aemilius te soit donné en adrogation, ou aprèa avoir éié émancipé parlai, ou après ilredevena tui/uriipar aa mort. Dans la première supposition, le tetle aerall une preuve de rémancipalion et Don de l'adoption; dans la aeconde, il ne prouverait rien ni pour l'une ni pour l'autre. Mais l'idée la plus vraisemblable /este celle d'adoplioD.
(5) La tradilion romaiiit fur la ivccctsiort dtt forma du (eitaRunt, etc., 1901.
l'histo[r& des xu tables. 49
rôle de véritable acquéreur des biens avant d'être réduit i celui d'intermédiaire. C'est une formation coulumière qui trouve aisémeot l'espace qu'il lui faut entre ie iV et le vu»
siècles de Rome. Mais, si la règle Uti UgasHt eat du vi' siècle, la formalioD coutunaière est nécessairement postérieure. Or la forme du testament per aes et libvatn où Vemptor familiae n'est plus qu'un prête-nom, est déjà connue en l'an 605-149, d'après l'allusion qui y fait l'accusé Ser. Sulpicius Galba dans uû mouvement oratoire rapporté par Cicéron(l]. Et cepeudaut les règles sur la capacité des témoins prouvent que la pbase où il était le véritable acquéreur a dû avoir uue certaine durée(3). Cela ne s'accorderait pas très bien avecle systèmedeM. Pais. Cela ne vn pas du tout avec celui de M. Lambert.
Enfin il reste encore toutes les négles qui nous sont signalées comme ayant été portées depuis les XII Tables par des lois antérieures à Sex. Aelius. J'ai déjà cité deux Tois la loi Paetelia Papiria, qui est du v* siècle. Je laisse de côté la loi Aquilia, dont il est pourtant dit qu'elle dérogea à la loi des Xll Tables et à toutes les lois antérieures sur la même matière et qui présente en matière de nosalité un système diiTéreut de celui des XII Tables (3), parce que, si beaucoup de gens la croient de' l'an 467-387 et si elle est probablement antérieure à Sex. AeliuB, ses premiers vestiges absolument sûrs ne pernietteoL pas de remonter beaucoup au delà du début du vii° siècle de Rome (i). Mais il y a encore la loi Silia introductrice de la legis aclio per condiclionem, qui paraît antérieure à la mort de Plante, la loi Cincia de donis et muneribus, qui est de l'an 550âOi, la loi Furia de legatis, qui est antérieure à 585-26!), la loi- Plaetoria de circumcriplione minorum, qui est antérieure à la mort de Plaute, la loi AlWiade lutoribus, qui est antérieure à la découverte de la conjuration des Bacchanales (5). Comment se
{1) CicéTOD, Dtarat., 1, 53, 22S ; Duoi fitiot luoiporioi tntetae populi conmtndaiiet ac te, ianqvan in pTOcinttu Ustanttnhm facertt liiu libra atqiu tabuth, popvlvm fîotnanuin tutortm iiitiluere dixiint illoruni orbilati. Usns [» première pbeie, il f avait une libra, mais pas <ie tabulât.
(3) Manuel, pp. 79S-799.
(3) DérogitioD aux lois anlérlcares : D., 9,3, Ad Itg. Aq., 1, pr. Sjatime de l«iio»lU« : i" P., 9, 4, D* N. J., 9,l;2* A., 9, S, Adlig. Aq., 37, 3.
(4] HOMuI, p. 409, D. 2.
(5) WmiMl, p. a04, D. i (loi kmia) ; p. 226, n. 2 (loi Plaetoria) ; p. 911,
50 l'histoire CBS XII TABLES.
combiaent-elles avec l'opération qui aurait présenté comme venant des XII Tables le droit en vigueur au temps de Sex. Aelius ? Faut-il supposer que Sex. Aelius aurait projeté sa loi imagiDaire derrière ces loisréelles en représentant les secondes comme ayant dérogé à ta première parce que le souvenir de leur confection était trop frais pour qu'il pût essayer de les incorporer dans ce vieux code de soq invention ? Cette supposition compliquée serait impossible si on admettait, avec l'opinion préTérée par M. Lambert, que le mensonge ne viendrait pas de Ses. Aelius, mais d'écrivains postérieurs; car le tableau du droit en vigueur au vi° siècle composé sans malice par un auteur de la fin de ce siècle et mensoDgéremenl présenté par la suite comme exprimant le droit en vigueur près de trois siècles auparavant, ne pourrait ignorer des lois déjà renduesau VI' siècle, ne pourrait présenter, dans sa pureté première, sans aucun des remaniements légisIatiTs du v° siècle et du vi*, le droit du début du iv°, La cbose serait au contraire matériellement possible si on admettait que le menteur aurait été Ses. Aelius lui-même. II serait encore matériellement possible d'écarter tant bien que mal une partie des arguments que nous avons tirés des développementsjurldiques appuyés surla lettre des XII Tables et antérieurs à Sex. Aelius: on prétendrait, à la vérité sans vraisemblance, que ces développements se sont greffés sur les termes d'une règle coutumière. On pourrait encore matériellement expliquer la présence dans les XII Tablas de tel ou tel trait archaïque qui ne s'accorde pas avec le régime du temps de Sex. Aelius en disant que Sex. Aelius a pu recueillir, à côté des règles qui exprimaient encore une réalité Juridique, des dictons que traduisaient la tradition du passé, où se reflétait la mémoire d'institution disparues. On pourrait aussi sans doute écarter une part notable des règles que nous avons invoquées dans l'interprétation qui nous ea parait la meilleure, en cherchant pour chacune dans le fouillis des systèmes celui qui permettrait de l'éliminer du débat. Mais, après qu'on aurait accumula tous ces expédients dont chacun est invraisemblable en soi et qui le deviendraient infini-
D. 2 {loi Furin); p. 928, q. 1 (loi Çincii); p. S81, n. 7 (loi SilU; cf. Orgmilatiim juMciairt, 1, p. 187, o. t).
tnenl plus par leur agglomération, ou c'aurail pas encore assez fait, je ne dis pas pour démoDlrer la fausseté, mais pour ébranler la certitude de l'attribution au début du jv* siècle de l'ensemble des règlesqui nous ontélé transmises comme venant des Xll Tables.
Il resterait en effet à expliquer comment, pour le fond du droit que nous examinons maintenant comme pour la langue dont nous avons traité précédemment, on ne trouve parmi tous ces fragments, aucun de ces anachronismes avérés qui sont la pierre de touche de toutes les impostures de ce genre. On peut admettre que la critique moderne possède, pour discerner ces anachronismes, des instruments sûrs et délicats que ne possédaient pas, dans l'Antiquité ou au Moyen âge, des bommes chronologiquement plus voisins des testes à Juger. Mais précisément ce qui nous donne pour croire à la sincérité des XII Tables des raisons beaucoup plus fortes que celles qu'avaient les Romains de l'Empire, ou même nos érudiCs de la Renaissance, c'est qu'on n'y a pas découvert un de ces indices révélateurs que le faussaire le plus habile laisse toujours après lui etqu'il eut même été plus malaisé de ne pas laisser à un faussaire du ii' siècle avant J.-C. qu'à un faussaire de notre temps. Ce n'est pas seulisment le pauvre Sex. Aetius contre lequel M. Lambert a dirigé ses incriminations posthumes, ce sont tous les Romains des derniers siècles de la République et du temps de l'Empire qui auraient été incapables de rédiger un texte de droit archaïque duquelil nous fut parvenu autant, de fragments et où ni les philologues ni les jurisconsultes de notre temps n'auraient pu trouver un de ces témoignages patents de fausseté qui font la certitude.
Le récit seloD lequel le droit national fut codifié à Rome au début du IV* siècle de la ville par une commission de dix membres nommés à cette Un et fut affiché sur douze tables de bronze après avoir été ratifié par le peuple, a été, jusqu'à M. Pais, admis par tous les historiens, non pas seulement GomineditM. Lambert par 1' « école de Niebuhr et de Mommaen n ou comme il vaudrait mieux dire, par l'école de Nie-
52 l'histoire des xii tablbs.
buhrel par l'école de Moœnasen, mais par tous ceux qui, avant ou après ces deux grands hommes, se sont occupés de l'étude critique des sources de l'histoire romaine depuis notre BitauforL jusqu'aux savants les plus moderoes. M. Lambert coDslale également que, jusqu'à lui, tous les jurisconsultes qui se sout occupés de l'histoire du droit privé de Rome oui coasittéré les indications, morcelées, mais abondantes* qui nous ont été transmises sur les XII Tables comme étant, malgré les lacunes, les obscurités et les possibilités de remaaiemeot, une source juridique d'une valeur et d'une sûreté d'ensemble incomparables, telle qu'il n'y eo a peut-être de meilleure pour les commencements d'aucune législation ancienne. Il eût pu ajouter que tous les philologues qui se sont occupés de'l'histoire de la lange latine ont pareillement regardé les débris de cette loi conservés dans leur contexte comme étant, eu dépit des corruptions possibles et des rajeunissements certains, des matériaux du plus grand prix pour l'histoire de la langue au temps des décemvirs.
Gela ne prouve assurément pas que MM. Pais et Lambert aient tort. Cela ne prouve pas non plus qu'ils aient raison. Cela commande simplement de soumettre à un examen sérieux les arguments par lesquels ils ont appuyé ces idées nouvelles. Si leurs arguments étaient probants, il Faudrait les remercier chaudemenld'avoir débarrassé le terrainscientifique d'une imposture et se mettre tout de suite, sans nostalgie puérile, à chercher les conséquences à tirer de là pour une connaissance meilleure et du droit du temps où l'on plaçait le document apocryphe et de celui du temps oïl ce document aurait été composé. Mais cela n'est pas. Les deux conjectures de M. Pais et de M. Lambert ne sont pas seulement gratuites, dénuées de toutes preuves, au point que, dans notre discussion, nous n'avons eu, pour ainsi dire, à écarter aucun argument positif à moins de donner ce nom à la conclusion tirée pdr M. Lambert de l'époque d'apparition du nom de la loi dans les textes à sa date même ou an raisonnement par lequel il fait de cette loi un coutumier du vi° siècle en vertu des diversités de langue qu'il relève entra elle et les lois du vi" siècle et du vu». Elles sont l'une et l'aulre contredites par toutes les données que nous possédons sur la loi, avec cette seule difTérence que la discordance est plus
l'histoire DBS XII TABLES. 53
manifeste pour )e système de M. Lambert, et plus discrète pour celui de M. Pais, parce que, si les deux dates qu'ils proposent pour le teste sont fausses, celles sont à dôs distaoces inégales de la date vraie. Ce u'est ai à l'époque de Sez. Aelius, ni à uae époque pins ou moins voisine de Cd, Flavius, mais à la date même où la met la chponologie tradiliODOelle que ia loi des XII Tables est placée par un triple faisceau de témoignages historiques, philologiques el juridiques, dont ou ne trouve assurément l'équivaleul, ai pour ces lois de Moïse, ni pour ce coran que M. Lambert rapproche toujours de la loi des décemvirs.
Pour notre part, nous avons laissé Moïse el Mahomet en paix. Mais c'est à Moïse et Mahomet que nous devons l'article de M. Lambert. Si sa première raison est une comparaison, son idée maîtresse est une idée préconçue. Sa conception générale de l'évolution juridique des différents peuples lui a fait juger invraisemblable que le droit romain ait été l'objet de lois positives à l'époque des XII Tables. Et c'est pour justifier cette idée préconçue qu'il a fait son article. Nous n'aurions peul-êlre pas eu grande peine à lui montrer, sur le terrain de l'histoire du droit comparé, que la codirication du droit de Rome à l'époque des décemvirs n'est pas aussi étonnante qu'elle lui a semblé : non pas seulement parce qu'il faut toujours bien que le passage d'une phase historique à la suivante s'opère dans un groupe à une époque plus précoce que dans d'autres, mais aussi parce que nous ne savons pas combien de siècles de vie politique les Romains et leurs ancêtres avaient vécu avant le commencement de la chronologie traditionnelle au début du iV siècle de laquelle se place le décemvirat (1). Nous aurions pu remarquer aussi que, si M. Lambert appliquait à l'histoire du droit mahométan, ou du droit de l'Inde, ou du droit hébraïque, ou de toute autre législation un peu ancienne les procédés par lesquels il écarte en partant de contradictions accessoires tous les témoignages relatifs à la vieille histoire de Rome, il aurait vite
[l) Celle chronologie part de la coDiécritioo do Capitole, etODen s déduit d'abord l'ère poit regti txacloi, puis celle ab urAe coadUa, p. 32, n. 3. Mais combieD de temps y i-t-il eu dans la réalité entre la dédicalioD du temple 4a Capilole et la Fondalion de la République ou la foodation de Rome, nous
Si l'histoire des XII TABLES.
fuit d'aaéaDtir tous ce qu'en séparant soigneusement l'ivraie du boa grain une critique très minutieuse est arrivée à dégager de plus certain sur les origines Juridiques de cea difTéreuts groupes ; en sorte qu'après avoir effacé l'histoire de la loi des XII Tables parce. qu'elle lui paraît invraisemblable en verttt de sa conception générale de l'évolution juridique chez les différeols peuples, Il arriverait logiquement à supprimer l'une après l'autre toutes les histoires particulières de la comparaison desquelles il a tiré celte conclusion. Noua avonacru èlre plus probant et plus net, non pas seulement dana la réfutation des doctrines positives de M. Lambert et de M. Paia pour laquelle quelques mots eussent Euffi, mais dans la discussion de leurs conclusions négatives, en concentrant notre attention sur les témoignages relatifs aux XII Tables et nous croyona avoir établi que, dans l'état présent de nos connaissances, ]a doctrine qui considère les fragments que nous possédons sous ce nom comme venant du code rédigé par les décemvirs au début du iv° siècle de Rome a pour elle toutes les raisons par lesquelles se détermine la vérité scientifique. Cela ne signifie pas assurément que, comme celle de tout autre document, la connaissance que nous avoue de celui-ci ne puisse être plus ou moins modifiée soit par la découverte des sources nouvelles, soit par l'effet d'une utilisation plus ingénieuse des sources existantes. A vrai dire noua ne croyons pas que l'étude des sources existantes tout au moins conduise jamais à déplacer sérieusement la date du texte ni à lui enlever son caractère législatif. H serait au contraire impossible qu'un emploi méthodique et éclairé des matériaux nouveaux fournis pour l'établissement du texte par le progrès de la critique dea sources (1) et par la publication de recueils de glossaires meilleurs et plus complets (2) n'ajoute pas
(1) Nous en avooB donné on petit exemple, p. S, n. i. On pourrait certainemeDl en trouver bien d'ftuires,
(3) Celte ulilitè de l'étude des gloasïires pour t& conaaiisance des XTl Tables 1 déjà. été sigDïlée par des eiemples, et par celui qui a été le promoteur de leur publication oouTeile, Loewe, Pradromui corpaHi gloiariorunt Lattnorum, 1876, pp. 100-101, et par celui k qui eal revenu l'honneur de la réaliser, M. Gustave Goeli, Ad legtm XII tabularum adnolatioit*$ gloittmalictt (programme d'iéna, eemestre d'été 13S9} entre les travaux deequels l'intereete
à ce que nous savons déjà uq certain nooibre d'inror[na(ioii& profitables tant sur les formes les plus ancieDoea de la législation décemvirale que sur les remaaiements qu'elle a subis dans le cours des temps par le contre-coup de l'évolution de la langue ousousl'effetdes préoccupations pratiques des interprètes. Ceux qui aborderont ces recherches avec suffisamment de savoir et de sagacité y trouveront certainement la matière, sinon de révélations bruyantes, au moins de communications inslructives et utiles à la science. Etablir îtvec beaucoup de peine un petit point de détail en apparence intéressant pour les seuls hommes du métier, ce n'est pas aussi sensationnel que de découvrir au bout de deux mille ans que les XII Tables ont été faites par Sex. Aelius. Mais il y a entre les deux espèces de travaux la même différence qu'entre les beaux récils de Tite-Live
encore I "a rlicla de M. Coorat, Zeitichrift d. Sacigny-SHftunii , 2, ItiSI, pp. Utils. Mais plus récemnient M. Uaeaer a donné un modËle d'uUlisaUon de ce matériet désormtis plus aùremenL et plus commodément abordable, dam l'article du llkeiniichts Muieum fur Philologie, 1901, pp. t-Sg, où il a dégagé ta règle des XII Tables, 8, 1 : 5i qtiii occtnlassit quod alleri /lagilium facial de la gangue de synonymes botleuï et d'interprétations maladroiles où renfermait le passage de Cicéroo, De Te p., 4. 10, 12, conservé par Augustin, Dt cit. (fsi, 2, E> : XU Tabulât cum perpaitcas res capite laaxlssint, in Ait haac quoQue tancimdam palaver^mt : li quis occentavissei sive carmen condidissel qtiod iafamiam facerel flagitiumxie atttri. Les glossaires publiés par M. Goelz, Corpui glosariorum LatÎJioruni, 1887 el e., ont été l'un des înatrumenls indispensables de l'inlerprélatioa éléganle àtt mots occeniare et pagilivm qui lui a permis de restituer la règle connue Frappant de la fustigation celui qui ameute itans droit le peuple contre un autre en Faisant du scaadale devant aa porle (à la diSéreoce de celui qui le Fait à bon droit : XII Tables, 2, 3). Nous De pouvons suivre Ici l'argumen talion par laquelle M.'Usener rattache cette peine publique à la peioe, publique en un antre sens, par laquelle la foule aura)t ancienuement frappé le peraonotige contre lequel elle aurait été ameutée. Mais nous signalans la question de savoir si cette interprétation peut ae concilier avec l'idée émise ici même par M. Ssmein, N. R. Hist.. 1902, p. 352, selon laquellu le carmen Frappé par la loi des Xli Tables de la peine capitale aurait été un sortilège. C'est impossible si, conime on fait d'ordinaire, on considère comme se rapportant à la même disposition le texte préciié de Cicéronel celui de Pline, H. n., 2S, 2, n, rapportant au sujet des pnchanleineotB [28, 2,10 : utrba tt inKantameata caminum) les mots des XII Tables : qui malum carmen incantMnt. L'observation de M. Esmein aur le sens probable de carmtn subsiste au contraire tout entière ai on entend le texte de Pline d'une dispoeilion iDdépendante des XII Tablée, dont, k la vérité, nom ilors la sanction.
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