CHAPITRE I
LORD DORCHESTER. L'ACTE DE 1791. Les LOYALISTES
103e Leçon. — La Constitution de 1791. Prescott et Milnes. *
Au débnt de l'administration de lord Dorchester, un mouvement s’opéra chez la Population francocanadienne, en vue d'obtenir une réforme dans les institutions politiques du Pays. Lord Dorchester chargea le conseil législatif de s’enquérir de l’admi. nistration judiciaire, de la milice, du commerce, de la police et de l'éducation. ïn 1791, le parlement impérial institua le &ouvernement représentatif pour le Canada, et sépara, en même temps, le pays en deux Provinces ; l’une nommée Haut-Canada ; Pautre, Bas. Canada. Le conseil législatif du Bas-Canada était
* Prononcez: Mi
composé de quinze membres nommés par la Couronne; l’assemblée législative était formée de cinquante députés élus par le peuple. La nouvelle Constitution fut mise en vigueur le 26 décembre 1791. Au Bas- Canada, les élections eurent lieu l’été suivant. Sur cinquante membres, les Canadiens élurent seize Anglais, presque le tiers de la représentation, quoique la population anglaise du Bas-Canada ne fût alors qu’à la proportion d’un à sept. A l’ouverture des Chambres, les Anglais proposèrent la nomination d’un président anglais et l’abolition de la langue française dans les débats de la chambre. Joseph Papineau fit un distours éloquent contre cette dernière proposition: “Eh quoi, s’écria-t-il, parce que “les Canadiens devenus sujets de l’Angleterre ne “savent pas la languc parlée sur les bords de la Ta- “ mise, ils seront privés de leurs droits! Privez-en “ donc les habitants des îles de la Manche qui parlent “ français et vous appartiennent depuis les jours de “ Guillaume le Conquérant. ” Les deux propositions furent rejetées. M. Panet fut élu président et il fut décidé, contre le vote de tous les Anglais, que les travaux de la chambre seraient publiés dans les deux langues.
A cette époque, en 1791, la population du Haut et du Bas-Canada était de 161,311 âmes.
En 1786, lord Dorchester reçut sa deuxième et dernière nomination de gouverneur général. Il vint au Canada, muni d’instructions, dont quelques-unes l’autorisaient à former un nouveau conseil exécutif composé de neuf membres parmi lesquels il y aurait deux
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Canadiens. Ces instructions permettaient aussi aux séminaires et aux communautés religieuses de se perpétuer, suivant les règles de leur institution.
Lord Dorchester eut Pour successeur le général Prescott. Pendant l'administration de ce dernier, un traité fut conclu entre l'Angleterre et les Etats-Unis, Pour sauvegarder la bonne entente dans les relations de commerce et de navigation avec le Canada. A cause de certaines difficultés qui s’élevèrent, dans la chambre du Bas-Canada, concernant la langue fransaise, Prescott se crut assis sur un volcan. Ne voyant partout que complots et révolutions, il prit, pour terrifier la population française, des mesures d’une sévérité inopportune. Il attaqua même le clergé et alla jusqu’à défendre aux catholiques d’ériger de nouvelles paroisses.
D’un autre côté, la révolution française, qui faisait trembler les rois, produisit en Amérique un effet que les Anglais étaient loin de prévoir. Elle amena un certain nombre de prêtres catholiques qui se dispersèrent dans les Etats-Unis et dans les provinces gnglaises, remplaçant ainsi les missionnaires jésuites et récollets.
Le général Prescott fut remplacé, en juillet 1799, par Robert-Shore Milnes, en qualité de lieutenant- 8ouverneur. Ce fut pendant l'administration de celui-ci que la Couronne, malgré les réclamations de la chambre, s’empara définitivement, en 1800, des biens des Jésuites. Elle s’appuyait sur ce principe que le roi pouvait disposer de ces biens, à son gré. C'était admettre que tous les biens des institutions
religieuses sont à la merci de l'autorité royale—ce | qui est contraire aux privilèges reçus de la Couronne et promulgués, en 1793, par lord Dorchester. Les Canadiens-Français demandaient seulement que les biens des Jésuites fussent consacrés à l’instruction publique, selon l'intention des fondateurs du collège de Québec.
Aux conseils législatif et exécutif, les Canadiens étaient en minorité. Ils ne purent obtenir ce qu’ils demandaient.
La restitution de ces biens ecclésiastiques ne devait se faire qu’à la fin du dix-neuvième siècle, grâce à l'initiative de l'honorable M. Masson et aux efforts persévérants faits, subséquemment, par l’honorable M. Mercier, ainsi qu’à l’appui et à la bonne volonté d’un grand nombre de députés de la chambie de Québec.
104e Leçon. — Premiers journaux en Canada. Aëministration despotique de sir James Craig.
Le premier journal, publié au Canada, a été le Halifax Gazette fondé en 1752, dans la capitale de la Nouvelle-Ecosse. Il porte aujourd’hui le nom de Royal Gazette. La publication de cette feuille n’a jamais été interrompue. “ La Gazette de Québec ” parut en 1764. En 1769, le Nova Scotia Chronicle and Weekly Advertiser vit le jour dans la ville d’Halifax, et en 1781, un nouvel organe, le Halifax Journal fut publié, au même endroit, par John Howe, père de l’honorable J oseph Howe dont la mémoire est vénérée dans la Nouvelle-Ecosse,
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Ce fut le premier jour de janvier 1805 que Pon vit paraître, à Québec, le Mercury, publié et redigé par l'avocat Thomas Cary. Cette feuille voulait l’angli fication du Canada, coûte que coûte. L’année vante, au mois de novembre, les Canadiens-Français fondèrent, dans la même ville, un journal nommé Je Canadien, Pour défendre leur langue et leurs institutions.
En octobre 1807, sir James Craig arriva à Québec, en qualité de C'était un militaire d’assez Dans l'exercice de
il fut souvent despotique son administration a été
les repré- ’exemple de ce qui ulaient exclure les
Cours du gouverneur ches à l’adresse des
bre les mêmes députés, mais ils donnèrent congé à ceux qui avaient faibli dans la lutte faite pour obtenir un gouvernement équitable, et les remplacèrent par des hommes plus dévoués à la nationalité francocanadienne. Les députés réélus protestèrent contre le langage insultant prononcé par Craig, à la dernière prorogation des chambres. Ils n’eurent pas de peine à démontrer que le gouverneur s’était servi d’un langage contraire à la Constitution et aux libertés du pays. Après avoir censuré la conduite du gouverneur, ils s’occupèrent du conseil exécutif, c’est-à-dire des officiers subalternes qui appartenaient, à peu près tous, à la coterie des oppresseurs.
La chambre d’Assemblée était d’avis que lunique moyen d’obliger ces officiers subalternes à respecter la députation du pays, c'était la voie du budget. Aussi résohut-elle de les soumettre à son contrôle, en votant leur traitement. Le gouverneur Craig ne savait plus à quelles mesures il allait recourir. En même temps, le conseil législatif refusait toujours de coopérer à l’exclusion des juges, comme cela avait été proposé. C’est alors que les députés, par la seule force de leur vote—ce qui était inconstitutionnel— déclarèrent vacant le siège du juge de Bonne, représentant de Québec. Ce juge était le favori de Craig, “lâme damnée du château,” comme on Pappelait alors. Cette fois, le gouverneur n’y tint plus. Il prorogea de nouveau le parlement, fit saisir les presses du Canadien, déclara le rédacteur de ce journal coupable de haute trahison, et il fit arrêter six des principaux députés parmi lesquels figuraient Pierre
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Bédard et Joseph Papineau. En même temps, il fit appel à la fidélité qu peuple par unc proclamation qui fut lue dans un grand nombre d’églises.
Les citoyens arrêtés demandaient à être jugés. Malgré toutes les recherches, les juristes ne trouvèrent aucune trace de trahison ct Craig fut contraint de les relâcher l’un après l’autre, sans condition et avec les honneurs de la guerre, cornme disait Bédard, leur chef. £
Le gouverneur ne voulut pas s’arrêter en si beau chomin. Au cours de l'été de 1811, il entreprit de faire Passer une loi en vertu de la- gd R quelle la nomination des évé. 7/2 ques et des curés serait désor- * mais une prérogative royale, et il demanda à Mgr Plessis de donner d’avance son approbation à ce projet. Le digne évêque refusa. Après une 3 longue discussion pendant la- "Mgr FLESSIS, quelle Mgr Plessis fit enten- | dre au gouverneur qu'aucun membre de l'Eglise ç tholique ne pouvait reconnaître la suprématie rel1 gieuse du roi, l’irascible Craig lui répondit: «Et nous, nous ne reconnaissons point l'Eglise catholique.” Le gouverneur ne tarda pas à s’éloigner du Pays. Il était atteint d’une maladie mortelle : il s’en retourna en Europe, où il mourut au mois de janvier
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1058 Leçon. — Sir George Provost.
Sir James Craig eut pour successeur un général d’origine suisse, sir George Provost qui, depuis quelques années, était &ouverneur de la Nouvelle- Ecosse. C’était un homme modéré et pourvu de bon sens pratique. Après son arrivée à Québec, en 1811, sir George travailla à concilier les esprits et à s’attacher les Canadiens, en témoignant une entière confiance en leur loyauté. 11 n’eut qu’à rendre justice aux victimes de Craig pour conquérir les sympathies des Canadiens-Français. Il obtint de la chambre
ie tout ce qu’il demanda pour la défense du Canada, vu le danger d’une rupture avec les Etats-Unis. Le parlement vota les fonds nécessaires, autorisa le gouverneur à lever une troupe de 2,000 hommes, et, en cas de besoin, à mettre sur picd toute la milice disponible,
Le nouveau gouverneur eut plusieurs entrevues avec Mgr Plessis aux fins de mettre le Sir George PRovogr, Clergé et le religion catholique
dans une situation convenabie, conformément aux conditions des traités. Ce prélat profita des bonnes dispositions de sir George pour faire reconnaître pleinement l'existence légale de la - religion catholique en Canada.
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