L£ SERMENT DE HAROLD
captivité, lui eût écrit pour réclamer Tenvoyé du roi d'Angleterre.
Ce n'était pas pourtant, mesenfans, pour rendre service au fils dp Godwin , comme vous pourriez le croire , que le rusé Guillaume s'était employé à délivrer le seignear anglais de la prison du comte de Ponthieu ; mais la nouvelle de son arrivée, en réveillant dans l'esprit du Normand son ancien désir de s'emparer un jour de la couronne d'Angleterre , lui avait donné l'idée de profiter du voyage de Harold, qu'il savait être le plus puissant seigneur de ce royaume , pour le rendre favorable à ses desseins^ aussi^ dans cette intention , n'épargna-t-il ni caresses ni pr-ésens ^ il le pria de donner une de ses sœurs en mariage au plus riche de ses barons, lui offrit pour épouse sa propre fille, qui était une jeune et aimable princesse, et consentît à rendre la liberté à ses prisonniers, que Harold lui réclama; mais à toutes ces grâces pourtant il mit une condition, à la-
LE SEBMENT DE BAROLD. 3i i ille celui-ci était loin de s'attendra , )t qu'il l'aiderait à se faire proclamer
des Anglais, aussitôt * après la mort Idward, qui, diaait-il, dafis sa jeunesse ancore lors de son voyage en Anglere, lai avait promu de ne jamais laissa couronne à un autre qu'à son cher illaume.
Pour le coup, Uarold vit bien que le
l'avait sagement averti de se méfier du nce normand; mais il avait trop de lîtura pour deviner tous les pièges que ui-ci était capable de loi tendre, car 19 saurez que les hommes les plus ibes et les plus justes sont les plus fais à tromper , parce qu'ils ne peuvent lire personne asses déloyal pour cfaerit à leur nuire, en prenant le masque la bienveillance et de la vérité. Ce fut artant ce qui arriva à Harold.
A cette époque, mes jeunes amis, c'ét une coutume généralement établie DS les divers pays de l'Etwope , de •ililrn à t<(mnifi l(><t Ti>\in\ii>& A«& fSïnKH
3ii LE SERMEÏfT DE HA.ROLiJ.
de tous les engagemens qae l'on a^ait lintention de remplir exactement. Un serment prêté sur une de ces choses vénérables tenait lieu de promesse écrite et de ce que Ton nomme aujourd'hui un contrat ; et celui qui avait la mauvaise foi de manquer à sa parole était réputé parjure et frappé d'excommunication, c'e^à-dire privé de la communion des chrétiens. Les reliques sur lesquelles on jurait consistaient, comme vous le aavex sans doute, en quelques petits «ossemens tirés des tombeaux des saints, ou en légers fragmens de vétemens qui , après avoir été à l'usage de ces vénérables personnages, se trouvaient conservés soigneusement par la piété de quelques fidèles. Ce fut au moyen d'un serment semblable que l'astacieux Guillaume prétendit obliger Harold, | sans qu'il s'en doutât, à seconder ses desseins 5 et voici comment il s'y prit.
Une grande réunion de barons normands ayant été convoquée par le duc ^dans une vaste saWe de XW^'fciL^^kxvMiL^
LE SERMENT DE HAROLD. 3ik?^
l'une deâ plm considérables de la Nordian* die , TAi^ais fut invité à y assister comme pdur y recevoir les lK>niieors dus au rang qu'il occupait danS: son pays ; mais lorsqu'il fut entré dans l'assembléeil vit avec étonne* ment y quoiqu'il fût bien loin encore d'en deviner l'usage, une ctive sur laquelle avait été jeté un magnifique drap d'or.
Alors le duc normand fit poser sur le drap deux petit» r^qudires ( c'étaient des bottes précieusement travaillées dadd les^ quelles on renfermait des reliques ),^ et somma Harold de s'engager bautemeurt et devant tous les assistans, a aider Guillaume à s'emparer du trône d'Angleterre aussitôt après la mort d'Ekiward. Le fits de Godwin demeura stupéfait à cette invitaticm inattendue; mais ne sachant plus comment se tnrer de ce mauvais pas, il céda àût inslsnces du due , et lai fit la ptiMaesse qu'il exigeait ^ en posant la main dur les petits r^qoatrea*
Cet engagement solennel, mMeÉifaiii, eût du suffire an rtisé 'KdttKtnA ^ ^f^^i^
3s4 LE S£R]MŒ:NT D£ HAAOLD.
qa^il TÎt bien qu'il était contracté à ce cœur; mais, pour queHarold parût à le monde lié par un serment encore irrévocable que celui qu'il croyait i prêté , il fit à l'instant même enlève drap d'or qui recouvrait la cuve, i montra à l'Anglais remplie des reli qu'il avait fait apporter à dessein toutes les églises des environs , dont cune à cette époque ne manquait de objets de vénération. Le malheui Saxon ne put s'empécber de frissonne de pâlir à cette vue inattendue ; il < prit enfin le piège que le perfide Guilla lui avait dressé , et reconnut alors, : trop tard , la sagesse des conseils du Edward.
La douleur et l'effroi du puissant rold à l'aspect de cet amas de reliqi mes bons amis, nous apprend assez c bien les bommes , même les plus illui de ce temps, étaient simples et peu é féa. Tout jeunes que vous êtes ene ^Lipiif. comprendrez. ^V^m^Tvv /^^^\^,
LE SERMENT DE HAROLD. 3a5
le nombre de ces reliques ne pouvait rien ajouter à la valeur d'un serment prêté par surprise, et qu'il ne peut y avoir d'inviola* ble, aux yeux de Dieu et des hommes, que les promesses faites librement par celui qui prend l'engagement de les remplir.
Peu de temps après cette aventure , qui offre l'un des traits les plus vemarquables de mauvaise foi que l'on puisse trouver dans l'histoire, Harold, inconsolable, retourna dans son pays avec son neveu , mais le duc des Normands voulut encore . garder auprès de lui son frère Ulfnoth, s'engageant à rendre la liberté à ce jeune homme, aussitôt que les promesses arrachées à l'Anglais seraient accomplies.
Je ne saurais vous exprimer quelle fut l'indignation du vieux Edward, lorsqu'il apprit de la bouche de Harold l'infâme trahison dont il avait été l'objet, a Ne tt t'avais'je pas averti, lui dit le vieillard (( avec amertume , que si tu ne te méfiais « de Guillaume , ton voyage deviendrait « funeste à toi-même et à notre uoAvcycL^ ^&l
3i6 LE SERMENT DE HAROLD.
« ne me r^te plus maintenant qu'à prier H Dieu de ne pas permettre que les maax «( que j e prévois s'accomplissent tant que je « vivrai. »
Cependant le bruit de cet événement s'étant répandu en Angleterre , une tristesse profonde s'empara de tout le peuple, comme si des malheurs prochains et inévitables eussent été près de fondre sur le pays. On ne vit plus de tous câtés que des visages conslernés, et comme dans ce temps-là tout le monde était fort ignorant , une comète qui parut au ciel précisément dans cette circonstance passa pour un astre de mauvais augure, et ajouta encore à la terreur publique. En même temps, on répandait que d'anciennes prédictions des bardes saxons annonçaient que la vieille Bretagne devait encore une fois être soumise à des étrangers venus de Vautre côté de la mer, et la douleur du peuple se changea bientôt en découragement.
Ce fut au milieu de t^e^ circonstance»
LE SERME1ST DE HAAOLD. 3>7 que la mort du bon roi Edward, dont les deroiers momens furent troublés par ces tristes pressentimens, vint mettre le comble à l'affliction générale en excitant pins vivement les inquiétudes pour l'avenir. Harold , te vaillant Harold opposa sa fermeté et son grand caractère à la consterna»
tion publique , et d'une voix unanime, comme le dernier prince n'avait point laissé d'héritier , les Anglais élevèrent au trône le seul homme qui'ne se fût point laissé abattre par les terreurs de la nation. Cependant il ne négligea aucune précaution pour prévenir les malheurs dont le pays était menacé, et devenu roi des Anglais , il se montra tout-à-fait digne de ce qu'il avait été comme premier sujet du vieux Edward. ■- /
328 LA BATAILLE D'HASTmOS.
LA BATAILLE D'IÏASTINGS.
L\ii] to66.
Le duc Guillaume était à la chasse au^ près de la. ville de Rouen , capitale de la Normandie, lorsqu'un messager vint lui apporter la nouvelle de t;e qui se passait eu Angleterre^ dans sa préoccupation, son arc, qu'il tenait prêt à lancer une flèche, lui échappa des mains ^ et ceux qui Tenlouraient remarquèrent qu'il devenait, tout à coup sérieux et rêveur. C'est que l'ambitieux seigneur tourna aussitôt toutes ses pensées vers ce beau royaume , dont il convoitait depuis si long-temps la possession ,- et sans perdre un moment , il envoya un ambassadeur aftaYo\à^wiA\iv\vv.^^^5â.
le serment qu'il \vi\ a^avX. îaW-, ^vv.-^^^^^^ ^'
LA.. BATAILLE D'HASTINGS. 33$ bonnes et saintes reliques. — « Il est vrai, « répondit le roi saxon , que je me suis en- « gagé envers Guillaume à lui assurer le « royaume d'Angleterre , après la mon « d'Edward ; mais j'ignorais alors que les « Anglais me donneraient la hjyauté , qui Il leur appartient, el dont je ne puis pas « disposer sans leur aveu : quant à ma « sœur que je lui avais promis de marier à «l'un de ses barons, elle est morte dans « L'année, et je ne puis maintenant lui en- « voyer que son corps. »
Le messager normand se retira sans pouvoir obtenir d'autre réponse, ce qui excita vivement la colère de Guillaume , surtout lorsqu'il apprît que Harold , au mépris de l'oETre qu'il lui avait faite de le marier à sa propre fille, venait de prendre pour femme une dame saxonne. Dès ce moment il jura qu'avant la fin de l'année il aurait puni Harold de ce qu'il appelait son parjure : sans perdre un moment, il fit construire un grand nombre de vaisseaux . et annela à formeT xo-tv wtï&.fe»..^*'^'^
33o LA BATAILLE D'HASTINGS.
seulement ises barons normands , mais encore des guerriers des différentes parties de la France , promettant aux uns des terres et des châteaux , aux autres des évéchés et des abbayes^ à ceux-ci de riches mariages avec 8é nobles demoiselles anglaises, k ceux-là de leur donner tout l'or et toat l'argent qu'ils pourraient emporter ; par ce moyen un grand nombre d'aventuriers de tous les pays vinrent s'associer à son entreprise , et il se trouva bientôt à la tête d'une armée formidable.
Le pape qui régnait alors à Rome se nommait Alexaiïdre II : il était le successeur de Nicolas, qui, peu d'années auparavant, avait donné aux fils de Tancrède l'investiture de la Calabre, de la Fouille et de la Sicile. Ce nouveau pontife regardait tous les Normands indistinctement comme de fermes soutiens de sa puissance, et il était d'ailleurs fort mécontent des derniers rois saxons , qui avaient cessé de lui envoyer chaque année le denier de Saint-Pierre, '^f^bli par Knut-le-l>atvo\^-
LA BATAILLE D'HASTINGS. 33i Ce fut à ce pape que Guillaume de IVormandie eoToya demander la permission de «'emparer de l'Angleterre , soua prétexte de punir Harold d'avoir. manque au ser- - ment qu'il avait prêté sur les reliques.
Alexandre, charmé d'êlre consulté par nn prince aussi redoutable, permit au duc Guillaume de faire tout ce qu'il roudrait, lui envoya même un étendard bcnit, qu'il avait autrefois prêté aux Normands de la Fouille, et pour appuyer les armes du conquérant , il frappa d'excommunication Harold et tous ceux qui le serviraient.
Or , vous saurez que dans ce temps-là celui qui était frappé d'excommunication, se trouvait exposé à de grands dangers, parce que tous les chrétiens devaient fuir sa présence , sous peine de partager son châtiment , et quelquefois même il devenaît un objet d'horreur pour ses propres parens; mais les Anglais indignés de l'injustice du prince normand, bien loin d'abandonner leur roi , se serrèrent autour de lui nnur romh&tire \eK vi^rïa isà\\K
33a lA BATAILLE D'HASTINGS.
menaçaient , et Harold vit tous les seigneurs de son royaume lui amener le plus grand nombre de gens de guerre dont ils purent disposer ; ainsi des deux côtés de la mer, en Angleterre comme en Normandie, tout se préparait pour dé grands événemens, dont personne ne pouvait encore prévoir les résultats.
Mais tandis que le vaillant Harold se disposait ainsi à repousser l'agression injuste dont il était menacé ,. une attaque imprévue vint porter le trouble dans son royaume ; c'était le méchant Tostig , qui, après avoir couru de tous côtés pour susciter des ennemis à son frère, auquel il ne pouvait pardonner d'avoir donné gain de cause contre lui auxNorthumbriens, était parvenu à déterminer un des plus fameux rois de mer de Norwège à conduire en Angle^ terre une armée considérable de pirates.Harold aurait voulu éviter ce funeste combat, et il envoya un messager porter à Tostig des paroles de {mix ; mais celui-ci répondit î tant d'in«o\eï\ce cYiVVV^MV^tvN^tÂi
LA Bataille d'hastings. 333
aux mains. Une bataille terrible s'engagea donc entre les Anglais et les Danois sous les murs de la Tille d' York , à peu de distance des bords de l'Bumber , où les bar-^ bares furent complètement défaits ;' leurs principaux chefs et Tostig lui-même périrent dans la mêlée, et Harold, quoique blessé , se félicitait d'avoir sauvé l'Angleterre de cette nouvelle invasion danoise , lorsque , trois jours après ce mémorable combat, il apprit que le duc de Normandie était débarqué avec une armée nombreuse sur les côtes du Sussex auprès de la petite ville d'HASTinGS, dont le nom devait bientôt devenir célèbre.
Jamais, je dois vous le dire, Guillaume n'avait paru si grand qu'à l'approche des événemens qui allaient décider du succès de son entreprise *, son habileté, sa ruse, son sang-froid, semblaient croître avec la gravité des circonstances , et cet homme , qui , pour surprendre un serment, était descendu jusqu'aux artifices les plus grossiers ) se mcyck\x^\\. ^^^
334 LÀ BiLTAILL£ D'HASTIIVGS.
digne de la haute fortune qui Tattendait.
En débarquant de son yaisseau sur le rivage anglais, le pied lui glissa, et il tomba sur les mains : « Qu'y a-t-il d'étonnant » , cria-t-il en riant à ceux qui avaient été témoins de sa chute , et s'en alarmaient déjà comme d'un présage funeste ; « ne a faut-il pas que je saisisse celte terre qui « m'appartient. » Aussitôt que son armée fut réunie sur la plage , il se mit en marche à la tête de ses barons, et résolut d'attendre Harold sous les murs d'flastings.
De son côté , le prince anglais ne se montrait point au-dessous de ce qu'il avait toujours été; loyal, généreux , affable envers les moindres soldats , auxquek il était parvenu à faire partager sa confiance dans la justice de sa cause, il était à la fois l'exemple et l'espoir de son armée et de son peuple. Au premier bruit du débarquement des Normands, deux de ses frères , nommés Léofving et Gu&th , ^^taient venus le ttouvet \ w >Sa:cc\A ^ lui
LA BATAILLE D'HASTINGS. 33S « aTaieDt-ila dit, c'est à noas de combattre « et à toi de ménager ta vie ; éloigne-loi de « l'armée pour quelques jours, et laisse- (I nous tenter les premiers le sOrt des ar- A mes: si nous plions, tu nous soutiendras; « si nous périssons , tu nous vengeras. »
Toat le monde admira ce courageux dévouement, maîsHarold n'élait pas homme à les laisser s'exposer à des dangers qu'il ne partagerait pas.
Comme il marchait à la rencontre des I^ormands , vêtu d'une sorte de robe courte faite de petits anneaux de fer étroitement serrés, que l'on nommait alor»
un haubert ou une cotte de mailles , et la tête couverte d'un casque pesant qui lui couvrait presqu'entièrement le visage , suivant l'usage des guerriers de ce temps , quelques cavaliers saxons qui s'étaient avancés jusqu'au camp des ennemis. Lui rapportèrent qu'ils avaient remarqué dans les rangs de ceux-ci plus de prêtres que de soldats, croyant que tons les Normands qu'ils voyaient, les cheiewi. mjikVs «."S».