‹ L'histoire et l'infaillibilité des papesChapitre 47 sur 70 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

contraire, et c'était le plus grand nombre, tenaient le sentiment tout opposé. Dans le premier traité de mon livre j'ai rappelé chacune des pro~ positions avancées par ceux qui soutiennent le délai de la vision intuitive : ils reconnaissent que les âmes justes sont, avant le jour du jugement, dans le royaume des cieux ou dans le paradis , qu'elles jouissent du repos éternel , et qu'elles voient Jésus-Christ dans toute sa splendeur. J'ai fait voir qu'en conséquence de ces aveux, il fallait reconnaître que ces âmes voient l'essence divine face à face et qu'elles en jouissent. Ensuite je suis entré dans le détail et j'ai montré, autant que je Tai pu, que les saints morts avant l'ascension de Jésus-Christ sont dans le ciel où ils possèdent la vie éternelle et la claire vue de Dieu. J'ai prouvé la même chose des justes depuis l'ascension du Fils de Dieu, tels que sont les martyrs, les simples fidèles décédés en état de grâce , et même les enfants sortis de ce monde avant l'usage de leur liberté. J'en ai conclu que dans ces ân^es il n'y a proprement ni foi ni espérance ; mais parce que tout cela ne peut se démontrer par la simple raison naturelle, j'ai allégué, en preuve de mes conclusions, les autorités de l'Eci'iture, de la glose ordinaire , des saints Pères apnrouvés dans l'Eglise , des offices qui sont on

usage aux fêles des Saints, et j'ai cité exactement les passages : voilà pour le premier traité. Au reste, quoique tout ce qui a été avancé par mon prédécesseur , soit de vive voix , soit par écrit , n'ait été que pour le sentiment que je combats, il a néanmoins toujours déclaré au peuple dans les églises , et aux prélats de sa cour dans les consistoires, qu'il ne parlait ainsi que par forme de conférence et pour éclaircir la vérité sur une opinion jusque-là peu soutenue. C'est ce qu'il a assuré même sur la fin de sa vie ; et, de plus, il a fait un ac4;e qu'il se proposait d'ériger en bulle, par lequel il déclare qu'il avait cru et qu'il croyait sincèrement que les âmes saintes voient Dieu face à face avant le jugement général. Je dis tout cela dans ma Préface, de peur qu'on ne s'imagine que mon prédécesseur a tenu et assuré le contraire de ce que j'ai décidé , de l'avis des cardinaux, après mon élévation au pontificat ^ »

Ce document suffit, à lui seul, pour mettre à néant les calomnies de Calvin qui a accusé Jean XXII d'avoir nié l'immortalité de l'àme ^, et celles du docteur de Louvain, Adrien Florent, depuis pape sous le nom d'Adrien VI, et de tous ceux qui,

^ Rayn., ann. 1335, -1330.

2 Lib. m, Inslilut. 20,

/i20 après lui, ont dit que Jean XXII avait voulu imposer à tous les fidèles, comme un article de foi, ce qui n'a jamais été à ses yeux qu'une question qu'il ne convenait de définir qu'après un mûr examen *.

Le document suivant réfute tous ceux qui ont

A « Jean XXH a enseigné publiquement, a déclaré et commandé à tous de croire que les âmes des saintç ne jouissent pas, avant le jugement dernier, de la claire et entière vision de Dieu. » (Cité dans la Défense de la Déclara iion du clergé de France). Le docteur Adrien Florent aurait bien dû nous indiquer à quelle époque et dans quels termes Jean XXII a enseigné aux fidèles un pareil acte de foi, et nous expliquer ensuite pourquoi les liisloriens du temps nous disent tous qu'il n'a rien défini, et quelquesuns r.^éme qu'il croyait fort bien que les âmes des justes qui ne doivent plus rien à la justice de Dieu sont mises immédiatement en possession de la vision intuitive; mais qu'il citait les passages de l'Ecriture et des Pères qui lui paraissaient prouver le contraire, afin d'enliardir les esprits k examiner librement le pour et le contre en attendant la djjcisioii définitive du Sainl-Siége.

u Jean, dit Villani, n'avait pas voulu décider la question, mais seulement la proposer, j^ur l'agiter et l'éclairer. » [nist. ii, -19.)

o Laissez, écrit le Pape lui-môme au roi de France, laissez débattre la question en toute liberté jusqu'à ce que le Saint-Siège prononce. i>

« Quand Rome votre sainte épouse, écrivait Pétrarque au successsurdc Jean XXII, est venue se jeter à vos pieds, vous étiez occupé a examiner si la troupe des saints, dégagée des liens du corps, voit clairement la face de IHeu même, ou bien si elle ne commence a jouir de cette présence qu'au moment de la résurrection. Mais aujourd'bui que la dispute est terminée, etc. » (//. Episl. ad Bened. XII.)

« Jean XXII avait cru et croyait sincèrement, dit Benoit XII, que les àinesdcs saints voient Dieu face à face avant le jugement général. » (Rayn., • 336). En effet, il professe clairement celte vérité dans sa lettre à Ofinius rii d'Arménie, dans sa bulle de canonisation de saint Louis évéquc de 'ioulouse, et enfin dans la profession de foi qu'il fit avant de mourir.

avance * que rUniversité de Paris avait traité Jean XXII d'hérétique ; c'est le texte dé la délibération rédigée sur la question controversée, à la prière de Philippe de Valois :

« Au sérénissime prince et seigneur Philippe , illustre roi des Français , ses dévots chapelains par sa grâce :

« Pierre patriarche de Jérusalem , Pierre archevêque de Rouen , Guillaume Bernardi chancelier de Paris... {suivent vingt autres noms)^ tous docteurs en théologie , avec leur très-humble recommandation , souhaitent qu'il passe tellement par le gouvernement du royaume temporel, qu'il puisse monter au faîte du royaume éternel.

« Il a plu à votre royale Majesté de nous faire appeler le quatrième dimanche des Avents en votre séjour du bois de Vincennes , et d'exiger de nous par serment qtie nous vous dirions fidèlement tout ce qu'il nous semble de l'état des âmes dépouillées de leurs corps , selon que nous en serions par vous requis, et sans y apporter de notre part aucun déguisement de la vérité. En

-1 Depuis AvcDlin jusqu'au pasteur Malan dont riniag'maiion prête CCS mots à Jean XXU : « Moi Jean, je me suis réliaclésur l'élaldes àmcs qui altcndenl la résurrection j car rUuiversilé de Paris m'ayant condamné , j'ai du confesser ma méprise, » {Pourrai-jf. etc., 08.)

présence donc de votre royale Grandeur, assîs^ tée des excellents princes nosseigneurs Philippe , par la grâce de Dieu, loi de Navarre; Jean votre lils aîné , duc de Normandie ; Louis duc de Bourbon , votre cousin ; Charles duc d'Alençon, et de Guy comte de Blois; et des révérends pères et seigneurs Guillaume archevêque d'Auch , Guillaume évoque de Paris , André d'Arras , Guilhume de Comminges , Pierre de Rhodez, Royer de Limoges , Bernard d'Annecy , Jean de Nevers; de Guillaume, nommé à Févèché d'Evreux; des révérends abbés Pierre de Cluny , Guy de Saint-Denis; de Pierre de Saint-Germaindes-Prés, Hugues de Corbie , et de plusieurs autres tant curés que barons et gens d'armes , vos conseillers , avec une grande multitude de relir gieux et séculiers; après avoir prêté le serment, nous furent proposées deux questions : la première, à savoir si les âmes des saints qui sont au ciel voient Tessençe divine face à face avant leur réunion avec leurs corps et avant le jour du jugement; la seconde, à savoir si la vision qu'elles ont maintenant de Tessence divine s'évanouira au dernier jour du jugement pour faire place à une autre qui lui succédera. Et d'autant, Prince sérénissime , que nous sommes obligés de vous révérer comme notre très - cher fondateur et

conservateur de TEcole de Paris et de noire Faeulté de théologie qui y est établie, et comme notre très-excellent roi, et d'obéir à Vos commandements; attendu principalement ce que nous avons, en ce même lieu , ouï de votre bouche que vous ne recherchiez rien à ce sujet qui puisse toucher notre très-saint Père et Seigneur Jean par la digne Providence de Dieu souverain Pontife de la sainte, romaine et universelle Eglise, duquel nous sommes les dévotieux serviteurs et enfants; au contraire , vous ayant déclaré que, comme son fils très - affectionné , vous êtes jaloux en cela et en toute autre chose de son honneur, et nous d'ailleurs prenant garde à ce que nous avons ouï et appris par la relation de plusieurs témoins dignes de foi , que tout ce que Sa Sainteté a dit de cette matière, elle l'a dit non en Y assurant 'ou même en opinant , mais seule^ ment en le récitant ; considérant aussi que, selon la doctrine du prince des Apôtres, nous devons être prêts de rendre un compte exact de la foi et de Tespérance qui est en nous : nous avons répondu ce que nous pensions des questions proposées, et avons tous convenu à cet avis que, depuis la mort de Notre -Seigneur Jésus-Christ par qui a été payé le prix de la rédemption du genre hu main , toutes les âmes des saints que le même

Sauveur, en descendant aux enfers, a tirées des Limbes, et ensemble celles des autres fidèles qui sont sorties de leurs corps , n'ayant rien qui méritât purgation , ou bien qui auraient été purgées en purgatoire, sont élevées à la nue, claire, bienheureuse, intuitive et immédiate vision de l'essence divine et de la bénite Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit; laquelle vision FApôtre en la première aux Corinthiens , au treizième chapitre , appelle vision de face à face^ et par ainsi qu'elles jouissent parfaitement de la bienheureuse Divinité, et que, contemplant déjà ce qu'elles ont cru et possédant ce qu'elles ont espéré, elles sont bienheureuses non par espérance , mais par possession. Derechef, que cette vision dont elles jouissent maintenant ne sera point éteinte par une autre après qu'elles auront pris leurs corps , mais qu'elle demeurera perpétuellement en elles comme étant leur vie et la nature de leur gloire. Et d'autant, illustre Prince , qu'après cela vous nous avez fait assembler le jour de saint Jean FEvangéliste à Paris , où nous avons été requis de votre part de rédiger par écrit ce que nous avons dit de vive voix, en votre présence, le quatrième dimanche des Avents, etc.. . En foi de quoi , etc. >>

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