‹ L'Histoire expliquée par la science socialeChapitre 10 sur 165 · I. — LES PAYSANS BATISSEURS DE LA VALLÉE · texte numérisé non relu

I. — LES PAYSANS BATISSEURS DE LA VALLÉE

sa ville. Son fils Paris a eu des aventures, mais c'est aussi un berger, qui fait paitre ses troupeaux sur le mont Ida. Sal)ru, Andromaque, est une exquise citadine, aux sentiments délicats et raffinés. Troie est une ville fortement bâtie, dont les remparts défient pendant dix ans la coalition des principaux « héros » de la Grèce. Énée enfin, qui sauve les débris de la cité troyenne et va chercher un autre rivage pour les y installer, est encore un type d'homme pacifique de nature, batailleur seulement par nécessité, le « père » d'une communauté politique en quête d'un bon petit coin où l'on voudra bien « la laisser tranquille ». Tous ces traits sont sensiblement différents de ceux que nous allons voir se dessiner en Grèce, lorsque, à la couche pélasgique, viendront se superposer d'autres éléments sociaux.

Le travail facile des Pélasges idéalise l'Arcadie et le « règne de Saturne ». — La nature agricole du travail, chez le Pélasge, a fortement imprimé son cachet sur la religion. Sans doute, on ne connaît pas avec exactitude les doctrines religieuses de ces populations paysannes, qui se compliquèrent d'inventions nouvelles apportées plus tard. Mais Ton sait que la divinisation des forces et de la fécondité de la nature en formait la base. Les Pélasges adoraient le Ciel et Saturne (ou Kronos), fils du ciel, divinité qu'on représente comme pacifique et débonnaire. Ils adoraient également Cybèle, ou la Terre, épouse de Saturne. Il est probable que les cultes du soleil, de la mer, des enfers, transformés plus tard par de nouveaux mythes, existaient aussi dès ce temps-là. Nous avons cité le dieu Pan, qu'on représentait sous des traits rustiques et avec des pieds de chèvre. La croyance à des génies et à des nymphes variés^ sortes d'êtres mystérieux, peuplant les eaux, les bois, les montagnes, doit remonter également à cette période, bien que la poésie ait brodé ensuite là-dessus. Le culte des ancêtres existe à chaque foyer et se perpétuera plus tard. Les Pélasges paraissent enfin avoir commencé à diviniser certains hommes, ou certaines classes d'hommes, en raison des inventions alors très importantes dont elles dotaient l'humanité. Tels sont les Curetés, inventeurs de l'astronomie et de l'élevage

des abeilles; les Corybantes, inventeurs du bronze ; le-j Dactyles, autres industriels célèbres par l'habileté de leurs doigts (sans doute pour la fabrication d'instruments aratoires); les Telchines, mineurs et métallurges, qui étaient aussi sorciers et « jetaient des sorts » contre les moissons ou les troupeaux.

Chez les poètes postérieurs, le <> régne de Saturne » est devenu quelque chose d'idéal, une sorte de paradis perdu — tradition qui se retrouve chez un grand nombre de peuples — une ère de paix à laquelle succéda, en des temps d'ailleurs fort lointains aussi, une ère de troubles et de violences, et qui éveilla évidemment le regret poétique du passé.

On sait que les poètes distinguent quatre âges depuis l'origine du monde : l'âge d'or, l'âge d'argent, l'âge de bronze, l'Age de fer. Contrairement à la théorie moderne du progrès indétîni, la croyance était alors qu'il y avait eu, d'âge en âge, diminution du bonheur et décadence de l'humanité. Il est donc très probable qu'une période plus ou moins idyllique et pacifique a précédé une période de crises et d'agitation, et que cette dernière a mis en jeu, comme nous le dirons tout à l'heure, de nouvelles forces sociales. Il est à noter que l'ordre dans lequel la poétique tradition classe les âges est précisément celui dans lequel ont dû être découverts et utilisés les métaux qui servent à leur donner un nom. L'or se trouve à l'état de pureté dans la nature — dans les paillettes de la Colchide, par exemple; — et aucune réaction chimique n'était nécessaire pour le transformer. La préparation de l'argent exige déjà c[uelques manipulations, mais assez simples. Plus compliquée est celle du cuivre, et il fallait peut-être du génie pour découvrir l'avantage qu'on retire à le combiner avec l'étain. Enfin la métallurgie du fer, métal qu'on retire d'un minerai semblable à un caillou, réclamait un perfectionnement industriel tout à fait intense. La légende des « quatre âges », de quelque fantaisie qu'aient pu l'orner les poètes, plonge donc de très curieuses racines dans les réalités économiques de l'antiquité la plus reculée.

Pourtant l'ère pélasgique na pas pu être si parfaitement heureuse que cela ; mais, dans la confusion des souvenirs, et à tra-

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