‹ L'Histoire expliquée par la science socialeChapitre 117 sur 165 · IX. — LES GUERRES ENTRE CITÉS · texte numérisé non relu

IX. — LES GUERRES ENTRE CITÉS

dire que les fièvres politiques, mêlées à la déformation des sentiments religieux, peuvent métamorphoser le peuple « le plus spirituel de la terre » en un peuple absolument fou?

Ce type d'Alcibiade lui-môme, dont nous avons dit un mot, résume assez bien, dans son éclat spécial, les vertus et les vices d'Athènes. Neveu de Périclès, riche, ambitieux, Alcibiade rêve d'être un grand politicien, et, comme il sait que la « philosophie » fournit des idées à l'orateur, il a le flair de s'attacher à Socrate. // exprime le suc de cette philosophie, dans des vues d'utilité personnelle, puis se lance dans l'arène, non sans frapper l'attention des badauds par des originalités systématiques. // veut bien parler et veut qu'on parle de lui. De là l'histoire du chien payé sept mille drachmes, et dont il fît couper la queue, uniquement pour donner aux Athéniens l'occasion de ne pas l'oublier. Mais ses façons de « snob » indisposent une partie du public, qui l'accuse de viser à la « tyrannie ». Pour démentir cette dangereuse accusation, Alcibiade flatte le peuple. Il pousse à la guerre, comme les démagogues, préconise avec ardeur l'expédition de Sicile, combat l'influence pacifique de JNicias, et toutefois, en même temps, intrigue avec les Lacédémoniens. Dissolu dans ses mœurs, il sauve l'élégance ; léger, il n'en montre pas moins des qualités d'homme d'Etat et de militaire, s'adaptant à tout en dilettante, posant à Sparte pour l'homme austère, puis, chez le satrape Tissapherne, s'accommodant des voluptés et de la mollesse des Orientaux. Il finit par mourir banni, après avoir, dans son dernier exil, donné aux commandants de la dernière flotte athénienne des conseils qu'on ne veut pas écouter. C'est bien le type du « mauvais garnement » merveilleusement doué, un polisson de génie presque sympathique, et qui, moitié par sa faute, moitié par celle d'un milieu qui lui ressemble, gâche sa vie en défaisant les belles choses qu'il avait commencé d'accomplir.

C'est avec beaucoup d'esprits de cette sorte, plus ou moins brillants, qu'une cité comme Athènes peut gaspiller ses forces, ses flottes, ses trésors, ses ressources de toute espèce. Voyons, au contraire, comment la coalition péloponésienne, malgré son

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infériorité maritime, sa pauvreté, et l'inaptitude des Spartiates à prendre les villes, put l'emporter finalement.

L'esprit de suite des Spartiates, cause de leur triomphe, et leur inaptitude en dehors des choses militaires, cause de la stérilité de celui-ci. — Sparte ne l'a pas emporté seulement par sa supériorité militaire. Elle l'a emporté par Y esprit de suite de son gouvernement.

Il y avait sans doute des discordes à Sparte comme à Athènes, mais beaucoup moins. V esprit de discipline, sorti, comme nous l'avons vu, d'une nécessité de situation, comprime les mécontentements, A Sparte, le pouvoir, représenté par deux rois et cinq éphores, n'est pas gêné par la foide, mais contrôlé par un sénat de vieillards. L'ensemble des citoyens Spartiates, d'ailleurs, représente une aristocratie militaire, habituée à suivre ses chefs. Ses décisions y sont plus secrètes et moins discutées qu'ailleurs. Hors de Sparte, l'armée est commandée généralement par le roi, un seid roi, qui est alors absolu, et dont l'autorité est, non seulement respectée par les Spartiates, mais acceptée, nous l'avons vu, par tous les alliés comme une chose qin va de soi. Ce commandement des rois participe à l'inamovibilité de ceux-ci. On peut quelquefois les contrarier sourdement, mais on ne les dépose pas (sauf exceptions bien rares). Môme quand ce sont de simples généraux qui commandent, l'opinion publique de Sparte, plus calme, plus conservatrice, plus compétente en choses militaires, sait se mettre à leur place et leur laisser plus de coudées franches. Si ces traits ne sont pas absolus et admettent des correctifs, ils suffisent à établir une grande ditférence entre la manière de Sparte et celle d'Athènes.

Cet esprit de suite des Spartiates se manifeste dans la poursuite continue de trois plans simultanés qui, se combinant ensemble, finissent par, atteindre leur but.

Il se manifeste, en premier lieu, dans ce pillage méthodique de la banlieue d'Athènes, que nous avons signalé. Ce pillage, d'abord renouvelé tous les étés, puis rendu continuel, produit

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