II. — LE BANDIT MONTAGNAIUI DIVINISÉ
culte peut avoir surgi spontanément chez divers peuples, car Faclniiration du soleil et l'enthousiasme pour ses bienfaits constituent un phénomène psychologique d'ordre très général, qu'on retrouve chez les Parsis de Flnde comme chez les Incas du Pérou, et ailleurs.
Le progrès intellectuel incarné dans Apollon. — Mais Apollon est autre chose.
C'est d'abord un fils de Jupiter et un montagnard détermine.
Sa demeure favorite est sur le Parnasse, montagne de -2.i60 mètres de haut, qui constitue l'arête principale de la presqu'île orientale de la Grèce centrale. C'est un bon point stratégique d'où l'on peut surveiller à la fois les Thermopyles au nord et le golfe de Corinthe au sud.
Apollon est ensuite un guerrier. On le représente armé de son arc d'argent et muni de son carquois. Son nom veut dire « destructeur », et il détruit en efïet le serpent Python, événement qui, dans l'imagination des Grecs, prend une immense importance. Notons, enlre parenthèses, que les reptiles, d'après les anciens, naissaient de la vase des marécages, et qu'en prêtant à divers héros des exterminations de serpents, on commémorait plus ou moins inconsciemment de grands travaux de drainaee. Apollon joindrait donc, aux caractères du guerrier, celui de l'ingénieur.
C'est la victoire remportée sur le serpent Python qui va servir de prétexte à l'institution de la Pythie et de l'oracle de Delphes — un pèlerinage fort montagneux — c'est de là que sortiront les Jeux Pythiques, célèbres en cette localité. C'est le vainqueur du serpent Python qu'a voulu représenter le sculpteur de l'Apollon du Belvédère.
Apollon n'est pas seulement un type de montagnard et de guerrier; c'est un type de banni. Ayant osé tuer les Cyclopes c|ui fabriquaient la foudre, il est chassé de l'Olympe par son père Jupiter. Il descend alors dans la plaine de Thessalie. et, comme il faut vivre, garde les troupeaux du roi Admète. Puis, comme son oncle Neptune, le dieu des mers, est enveloppé dans
la même disgrâce, les deux proscrits passent TArchipel et vont en Troade proposer leurs ser\-ices au roi pélas.ae Laomédon, qui est en train de construire les murs de Troie. Un prix est convenu entre ce chef de cité et ses deux architectes d'occasion. Mais, Laomédon sétant montré mauvais payeur, les deux bandits se vengent, Poséidon en taisant surgir un monstre, Apollon en envoyant la peste.
Dégageons cette aventure des détails notoirement fabuleux. Il nous reste un Héraclide fort intelligent, mais indocile, émigrant de la montagne pour aller chercher de Fouvrage dans la plaine, puis s'expatriant tout à fait pour aller faire valoir, dans une société de même race légèrement arriérée, des capacités techniques déjà un peu plus développées dans la Grèce propre que sur la côte d'Asie. Quant à la vengeance des architectes mal payés, on voit toujours qu'elle a dû être violente, comme il con^'ient au caractère de ces salariés d'occasion.
La lyre héraclide et la flûte pélasgique. — Malgré sa carrière aventureuse de berger et de bâtisseur, Apollon devient le dieu de la poésie et de la musique. Il préside à des perfectionnements de ces deux arts.
Matériellement, cette rénovation est représentée par l'apparition de la lyre, qui vient, pour ainsi dire, se superposer à la flûte sans la supprimer, comme l'Héraclide se superpose au Pélasge sans l'exterminer. Mais la lyre prend d'emblée les allures d'un instrument aristocratique; la flûte est quelque peu dédaii^née. Au bon vieux Pan qui s'en contentait succède Apollon qui déploie plus de raffinement et montre plus d'exigence. La flûte est un instrument rustique, facile à confectionner et dont le jeu n'offre cjue des difficultés élémentaires. La lyre — d où est sortie notre mandoline — réclame une caisse de résonance, des cordes diversement ajustées et un plus long apprentissage. Le son en est moins criard. Le jeu, n'exigeant pas le gonflement des joues, en est plus noble. Bref, la lyre convient à des chefs puissants et riches, qui peuvent entretenir des spécialistes musiciens. Du reste, c'est du côté d'Apollon et du Parnasse