VII. — UN COIN d'iONIE EN ATTIQUE
et fît hiverner ses troupes en Thessalie, le seul endroit de la Grèce où se trouvent de grandes plaines, sans doute à cause de sa cavalerie et de ses ravitaillements. En revanche, un atout dans son jeu était le grand nombre de Grecs — des Grecs du Nord — qui, au nombre d'environ cinquante mille, s'étaient laissés enrôler à son service. On reconnaît très bien le type de l'Albanais moderne qui, pourvu qu'on le i^aye, consent à servir dans les armées turques. Mais tous ces retards donnaient aux Grecs du Sud le temps de se rallier, de se concentrer mieux, de se « persuader » mutuellement du péril, et de mettre enfin sur pied une armée exceptionnellement nombreuse — la plus nombreuse peut-être que des cités unies aient mise en ligne. Cent dix mille hommes marchèrent contre les Perses qu'ils atteignirent à Platée. C'était encore à un roi de Sparte, Pausanias, qu'avaient été dévolues les fonctions de généralissime. Les Grecs triomphèrent. Un épisode de la bataille doit être cité comme caractéristique. Les Spartiates, après avoir culbuté les corps ennemis qui se trouvaient devant eux, arrivèrent aux retranchements de Mardonius; mais là, déconcertés, ils s'arrêtèrent, et, pour prendre ces retranchements, furent obligés d'attendre l'arrivée des Athéniens. Ceux-ci, plus souples et plus fertiles en ressources, s'ingénièrent pour triompher de cet obstacle. L'épisode confirme lumineusement ce que nous avons dit du rôle de Tyrtée.
Le jour même de la bataille de Platée, la flotte athénienne détruisait à Mycale, sur les côtes d'Ionie, les restes de la flotte perse. La Grèce était définitivement débarrassée de l'invasion (479).
L'expansion du type athénien après l'expulsion des Perses.
— Ce triomphe consacrait l'essor merveilleux d'Athènes.
Il le consacrait à cause du rôle particulièrement actif joué par les Athéniens dans la défense de la Grèce ; mais il le consacrait surtout par ce fait qu'Athènes devenait du coup mailresse de la mer. En détruisant la marine perse, Athènes héritait de toutes les cités de Vlonie. L'ancienne prospérité ionienne se rc-
constituait, mais en changeant de siège, et en venant se concentrer dans la métropole.
La prépondérance maritime, constate Thucydide, était précieuse aux cités qui la possédaient, car, « à l'aide de leurs vaisseaux, elles allaient soumettre les lies, surtout lorsque leur propre territoire était insuffisant ».
Ainsi fit Athènes : elle soumit des îles. Sous le nom d' « alliées », car le principe de la cité autonome subsistait toujours, elle les réduisit à une sorte de vasselage. En même temps, elle occupait les passages de THellespont et du Bosphore, par où venaient le blé, les peaux et autres denrées du Nord. Toutes ces cités de l'Archipel étaient censées former une confédération dont Athènes était la présidente et la trésorière, mais, en fait, les Athéniens s'habituèrent à gérer sans contrôle les fonds de la ligue et à s'enrichir des cotisations fédérales qui devinrent de vrais tributs.
Une conséquence de cette prépondérance fut l'afflux à Athènes de nombreux étrangers, qui venaient y faire du commerce. Thémistocle, avisé en cela comme en tout, prit des mesures pour favoriser les métèques et attirer des émigrants travailleurs. Les ports d'Athènes devenaient insuffisants. Il fit aménager le Pirée, qui allait devenir une vérital^le ville. Mais celte subite explosion de prospérité matérielle ne pouvait aller sans de fâcheuses répercussions au point de vue moral. Thémistocle butina, et n'oublia pas sa propre fortune dans celle de la cité. Possesseur d'une fortune de trois talents à son arrivée au pouvoir, il en possédait cent quelque temps après, somme énorme pour l'époque. Il s'attira donc les reproches des hommes intègres, et surtout cette jalousie que nous avons déjà notée. L'ostracisme fonctionna, et Thémistocle banni s'exila à Argos, puis à Corcyre, puis en Épire, chez Admète, roi des Molosses, et finalement — chose remarquable — chez Artaxerxès, roi de ces Perses qui lui devaient leurs désastres. C'était, on le voit, l'histoire d'Hippias qui recommençait.
Thémistocle avait surtout représenté, à Athènes, la masse populaire, remuante, novatrice. Le parti « conservateur », com-