‹ L'Histoire expliquée par la science socialeChapitre 83 sur 165 · VIII. — LA VIE INTERIEURE DE LA CITE · texte numérisé non relu

VIII. — LA VIE INTERIEURE DE LA CITE

aidaient à lire, à écrire et à compter. Ce besoin de lecture, décrituie et de calcul tient au milieu commercial. Les vers des poètes célèbres venaient ensuite se graver dans sa mémoire, escortés du chant et de la « musique », prise ici dans le sens moderne du mot. Cet amour traditionnel pour ce qui se chante tient à la vie facile, à la cueillette, à ces loisirs que nous avons notés. Dans l'ensemble, l'éducation était très littéraire et très artistique, bien que très sommaire. La science d'ailleurs naissait à peine et, trop peu avancée pour former des branches distinctes, se confondait encore avec la j)hilosophie.

Nous avons dit plus haut quels étaient les exercices de gymnastique les plus pratiqués des Grecs. L'essentiel à retenir ici, c'est que les palestres étaient très nombreuses à Athènes, bien que le droit d appi^endre la gijmnastique fût réservé aux citoyens. On conçoit parfaitement la raison d'être de ce privilège. La multitude des esclaves, des affranchis et des métèques mettaient les citoyens en minorité, et pourtant ceux-ci tenaient à rester les plus forts. Seuls les participants à la Cité pouvaient fortifier leurs muscles, comme plus tard, au temps de la chevalerie, les nobles seuls auront le droit de porter l'épée.

Le triomphe des sports : Pindare. — L'importance de la gymnastique explique l'admiration que ces hommes pourtant si « intellectuels » avaient pour les exploits physiques. Cette admiration, dans les concours entre cités ou « grands jeux ;>, devenait de l'enthousiasme, et de cet enthousiasme est né tout un genre de poésie, à peu près incompréhensible pour nous, mais qui ravissait les Grecs : celui qui a immortalisé les noms de Simonide et de Pindare.

Les odes de Simonide sont perdues. Ce poète était de Céos, mais était venu vivre à Athènes. Pindare était de Thèbes, pays dorien. Nous savons que les Doriens, de tous les Grecs, étaient ceux qui développaient avec le plus de ferveur les exercices physiques. Nous savons, d'autre part, que Sparte, où ce type était poussé à outrance, constituait un milieu social peu favorable à l'éclosion de la poésie. Il n'est donc pas étonnant que

Pindare soit né en Béotie, pays dorien moins militariste que Sparte, et d'ailleurs ce poète, étant donné les sujets qu'il chante, présente nettement les caractères d'un poète international (nous prenons cet adjectif pour ne pas créer un barbarisme qui serait utile, celui à'intercivital).

L'existence de Pindare et des poètes analogues répond au besoin qu'éprouvaient les grandes familles de faire louer solennellement, en des fêtes traditionnelles, ceux de leurs membres qui avaient été vainqueurs à de grands jeux. Nous avons dit que ces solennités très courues, placées sous l'égide de la divinité, étaient un des liens qui unissaient les cités grecques et, même en cas de guerre, occasionnaient d'office une trêve religieusement respectée. Les acclamations spontanées qui, à l'origine, accueillaient les vainqueurs, s'étaient régularisées peu à peu en louanges qui, grâce aux habitudes de la race, avaient pris la forme de la poésie. Les familles s'adressaient donc à un chantre renommé, et le payaient pour qu'il fit l'éloge du héros. Ce dernier était généralement de famille noble — la descendance des rois des montagnes — et d'ailleurs les concurrents de condition supérieure étaient seuls en état de s'offrir des déplacements coûteux. C'étaient de plus des athlètes éprouvés, produits d'une sélection, comme nos recordmen actuels.

Les odes de Pindare, divisées en Olympiques, Pythiques, Isthmiques et Néméennes, selon l'endroit où avait triomphé le héros, ne ressemblent à aucune espèce de poésie moderne ; mais elles ont, en revanche, une curieuse analogie avec un genre d'éloquence bien connu : à savoir, les discours prononcés, à l'occasion des mariages, par les prêtres qui les bénissent. Trois choses sont de rigueur dans un discours nuptial : l'éloge des fiancés, celui de leurs familles, et enfin des considérations élevées sur le mariage et son caractère religieux. Le cadre est immuable, seuls les détails varient selon les circonstances. De même l'ode pindarique renferme presque toujours quatre parties : l'éloge de l'athlète, celui de sa famille, celui de sa cité — et c'est ici une diÛerence — enfin des réflexions morales et religieuses toujours empreintes d'une solennelle gravité, comme

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