‹ L'histoire moderne, racontée à la jeunesseChapitre 105 sur 117 · LK PHILOSOPHE · texte numérisé non relu

LK PHILOSOPHE

souvent il portait avec lui lorsqu'il allsdt à la parade ou même à la guerre; mais malheur à quiconque, en entrant chez le roi de Prusse aurait marché sur la patte de Tun de ces petits animaux : Frédéric n'était plus maître alors de son emportement, et, dans sa colère, il lui échappait quelquefois les paroles les plus désobligeantes contre le maladroit qui avait fait crier le chien favori. C'était, du reste, tout ce qui restait à ce prince d'un caractère naturellement violent et irascible ; car, dans d'autres circonstances, au contraire, il se montrait patient et modéré.

Un jour, entre autres , il aperçut de l'une des croisées de ses appartements de Potsdam une affiche autour de laquelle se pressaient une foule de passants. Curieux de connaître le motif de cçt attroupement, il envoya aussitôt un domestique s'informer de ce que contenait cette afGche; mais lorsqu'on lui eut rapporté que ce placard n'était qu'une satire injurieuse çpntre sa personne et son gouvernement ,

DE SAN&-SOUQ. 427

au lieu de le faire arracher, il ordonna qu^on le plaçât plus bas sur la muraille , afin que chacun pût le lire plus à son aise.

Pendant qu'il faisait bâtir son palais de Sans-Souci , les architectes lui firent remarquer qu'un moulin élevé à quelque distance du château nuisait au point de vue de ses appartements, et lui dérobait une partie du paysage. Frédéric ordonna qu'on lui amenât le propriétaire de ce moulin , et lui proposa de Tacheter au prix qu'il en demanderait ; mais le moulin appartenait de père en fils à la famille de ce meunier, qui refusa obstinément de le vendre au roi, quelque valeur qu'il lui en offrît. « Sais-tu bien, dit à cet entêté le monarque qui ne s'attendait pas à cette résistance, que je pourrais te le prendre sans le payer ? — Oui-da ! lui repartit cet homme avec liberté, si nous n'avions pas des juges à Berlin 1 » Cette réponse hardie fit aussitôt rentrer Frédéric en lui-même; il sourit de plaisir en voyant la confiance que sa justice in-

Page 1