‹ L'histoire moderne, racontée à la jeunesseChapitre 107 sur 117 · DE SANS-SOUCI · texte numérisé non relu

DE SANS-SOUCI

Keith f qui pour avoir pris part à son projet de fuite , du temps de Frédéric- Guillaume, avait passé de longues années loin de sa patrie, où l'attendait un sort pareil à celui du malheureux Catt. On assure que jamais Frédéric , lorsqu'il fut monté sur le trône, ne permit à cet infortuné de reparaître en sa présence , pour le punir, dit- on, d'avoir osé désobéir au roi son maître, et qu'il oublia ainsi les services rendus au prince royal de Prusse , comme autrefois notre bon roi Louis XII avait oublié les injures du duc d'Orléans. C'est qu'il manquait à Frédéric , mes jeunes amis, une quaUté qui fut le partage de presque tous les hommes illustres des siècles précédents. C'était cette religion vraie et sincère, cette conGance en Dieu qui inspira à tant de héros les actions les plus sublimes ; cette foi chrétienne enfin , sœur de l'espérance et de la charité , dont notre religion a fait autant

f de vertus, parce qu'elles font naître toutes les autres. Jamais Frédéric ne parut

I accessible aumoindre sentîmentreligieux,

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et cette impiëtë, si affligeante chez un homme d'un si haut mérite , fut la seule cause qui Tempêcha de prendre place parmi les yrais grands hommes.

A ce moment suprême , mes bons amis, où la plupart des hommes illustres dont vous connaissez Thistoire ont ajouté a Téclat de leur vie par Tillustration de leur mort ; où Louis IX , couché sur un lit de cendres, trouvait encore des paroles pour recommander à son fils de faire le bonheur de la France, et tournait ses regards vers un avenir éternel ; où Louis XIY lui-même , le fastueux Louis XIV , chargé d'ans et de gloire, plaignait ses serviteurs éplorés d'avoir cru que les rois étaient immortels ; Frédéric de Prusse, dévoré d'une fièvre ardente « et sentant la mort qui s'approchait , ne prononça que ces mots : « Que Ton m*enterre avec mes chiens. » Ce forent là ses dernières paroles.

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1774. Mort de Louis XV. •— Louis XVI loi succède.

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C'est ici , mes jenoes amis y que nous allons cesser ces petits entretiens sur l'histoire, auxquels depuis que je les ai entrepris , je vous l'avouerai , j'ai trouve chaque jour plus de charme , à mesure que vausmémss paraissiez y pr^idre plus d'intérêt. Yous ét«s tous maintenant devenus asset raisonnables pour pouvoir étudier avee fruit des livres plus savants que les miens ^ et vos parents eux-mêmes, lorsqu'ils vous raconteront les événements dont ils ont été témoins , trouveront en vous des auditeurs attentifs , parce que vous comparerez involontairement leurs récits aux histoires que vos lect^ures vous ont apprises.

La plupart 4'eatre vous étaient faîes

4SS coNausioN.

jeunes encore lorsque nous avons commencé à causer ensemble ; car , si j'ai bonne mémoire , vous n'aviez guère que cinq ou six ans lorsqu'on a mis enti^ vos mains THistoire Sainte, cette histoire si touchante et si vraie , que vous avez bientôt préférée à tous les contes de fées de votre nourrice.

Eh bien, mes bons amis, depuis ce temps, vous avez appris beaucoup d'autres histoires. Vous avez vu passer sous vos yeux , après la nation israélite , les Assyriens, les Babyloniens, les Egyptiens , les Grecs , les Romains , les barbares de toute origine, Goths, Vandales, Lombards ; puis enGn les peuples modernes, Français, Anglais, Espagnols, Allemands, Italiens, Suédois, Pixissiens, et jusqu'à ces pauvres sauvages de l'Amérique, si cruellement persécutés et pourtant si dignes de pitié.

N'avez-vous pas été frappés, comme moi, de cette ressemblance entre tous les hommes de tous les temps et de tous les pays, ressemblance si parfaite, qu'ils

semblent tous appartenir à la même époque et à la même famille ? Les uns sont bons, sensibles, généreux, charitables, désintéressés; ceux-là sont farouches, implacables , ambitieux , irascibles , insatiables de richesses. Aux premiers. Dieu n'accorde souvent qu'une vie agitée et semée d'épreuves dont ils sortent rarement victorieux. Au contraire, une prospérité trompeuse environne les seconds; il semble quelquefois que tout réussit au gré de leur désir , et pourtant leur fin est misérable et abreuvée d'amertume.

C'est que la Providence a voulu que chacun fut puni ou récompensé selon ses mérites. C'est là toute la morale que l'on doit tirer de l'histoire, à tout âge, et principalement au vôtre , où l'on a tant d'années devant soi pour apprendre le bien et le mal.

J'entends d'ici quelqu'un de vous, mes jeunes amis , dire avec naïveté à son voisin : J'ai bien appris toutes mes histoires ; je connais tous les personnages fameux des temps anciens et modernes ; je sais

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ce que Ton nomme un fondateur , comme Romulus ; un conquérant comme Alexandre le Grand ; un législateur comme Lycurgue ; et pourtaut cela ne m'empêche pas quelquefois d'être paresseux y menteur^ orgueilleux, gourmand même, et désobéissant envers mes parents !

Cest que cet enfant^ soyez-en certains, n'a pas bien compris le fruit qu'il pouvait tirer de ses lectures, où sa mémoire seule a travaillé, sans que son cœur en profitât. Pour se corriger de la gourmandise, qu'il ait présente à l'esprit la sobriété de Cyrus nourri de pain et de cresson , et refusant avec dédain les mets succulents que son grand-père Astyage le presse d'accepter.

Pour se guérir de la paresse , qu'il se souvienne de Pierre le Grand descendant de son trône , pour se faire charpentier et pilote à Sardam ; pour détester le mensonge , qu'il se rappelle le sage Socrate préférant la mort au malheur de parler contre la vérité ; pour rougir de sa vanité, qu'il songe à Crésus et aux utiles leçons que lui donna le sage Solon. Chacun de

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ces personnages^ quels quHls soient, quUl n'a d'abord examinés que par curiosité, et peut-être pour faire parade de son petit savoir , sont pour lui autant de bons modèles à suivre , ou de mauvais exemples à éviter.

Que chacun de vous, mes bons amis, prenne sa part de la leçon que votre camarade a provoquée par sa franchise , e) dont je suis certain d'avance qu'il fera son profit. Alors, en repassant dans votre mémoire tous les faits et tous les personnages que j'ai pris plaisir à faire passer sous vos yeux , vous aurez utilement profité des conseils de vos parents et de vos maîtres, et j'aurai la satisfaction, moi qui suis votre ami à tous , d'avoir contribué à faire de vous , tout jeunes que vous êtes encore , des enfants sages , des écoliers dociles, et un jour, j'espère, des hommes vertueux.

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