‹ L'histoire moderne, racontée à la jeunesseChapitre 86 sur 117 · DB CHARLES XII · texte numérisé non relu

DB CHARLES XII

mille Russes pour exercer ses nouveaux soldats à la tactique européenne dont il faisait lui-même l'apprentissage ; car il voulait devenir général habile, comme il était devenu constructeur de navires et pilote par le travail et la persévérance.

Le premier soin de Charles XII , à qui son impétuosité ne permettait pas de supporter le moindre retardement , fut , en débarquant en Livonie , de rassembler une partie de son armée, tandis que le reste de sa flotte lui amenait de nouveaux bataillons : quoiqu'il n'eût encore auprès de Inique huit mille soldats, il n'hésita point un moment à marcher contre l'armée duczar, qu'il savait occupé en ce moment devant une petite ville appelée Narva, déjà réduite aux abois , et que l'ignorance seule des généraux moscovites , à qui Pierre n'avait pu faire connaître encore tous les secrets de la guerre, avait pu préserver jusqu'alors. Quoique l'on fût alors en automne, telle est la rigueur de ces climats du Kord, qu'il y régnait déjà un froid

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beaucoup plus vif que celui que Ton éprouve à Paris au milieu de l'hiver; mais le froid ni les frimas ne pouvaient point arrêter Charles XII , et depuis Gustave- Adolphe , les Suédois étaient accoutumés à braver toutes les saisons y contre l'ordinaire des autres nations de l'Europe, qui, à Tapproche des mauvais temps, étaient alors dans l'usage dCj faire entrer leurs troupes dans des quartiers d'hiver, c'est-à-dire dans des villes ou des villages , où elles attendaient dans l'inaction le retour du printemps. L'infatigable czar imitait cette ardeur guerrière, et il est digne de remarque qu'à une époque où les peuples du midi , dans leurs climats tempérés , se seraient bien gardés de guerroyer, le Russe Pierre assiégeait Narva , et le Suédois Charles XII s'avançait pour la défendre.

Par un hasard singulier, et comme si la fortune n'eût pas encore voulu mettre en présence ces deux hommes si différents l'un de l'autre et pourtant dignes

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d'être rivaux , le czar Pierre était absent de son camp le jour oîi Charles , à la tête de ses huit mille Suédois , se présenta devant Narva. Aussi le combat qui s'engagea bientôt entre les deux armées ne fut-il pas de longue durée : les Russes , effrayés de l'aspect belliqueux des Suédois, prirent la fuite en désordre , quoiqu'ils fussent beaucoup plus nombreux que leurs ennemis, et la victoire échut à Charles XII, qui déplora de l'avoir remportée si facile, quoique son cheval eût été tué sous lui dans la mêlée, où il s'était jeté avec toute l'impétuosité de son âge et de son caractère. Les Russes consternés abandonnèrent leurs tentes, leurs canons et un si grand nombre de prisonniers entre les mains des Suédois, que lorsqu'on compta les captifs , il se trouva qu'ils étaient cinq fois plus nombreux que leurs vainqueurs. Charles XII, que cette multitude désarmée n'eût fait qu'embarrasser, ordonna qu'on la renvoyât, ne pouvant la nourrir; il ne retint auprès de lui que les généraux et les

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ofHcierSy qui pour la plupart étaient de jeunes boyards que Pierre avait destinés à apprendre Fart de la guerre , et qui , dans le camp de Charles XII, ne pouvaient se trouver à meilleure école.

On raconte que parmi les prisonniers qui furent amenés devant Charles XII après la journée de Narva , se trouvait un jeune prince tartare , originaire des montagnes du Caucase en Asie, qui avait voulu suivre le czar au siège de cette ville. Lorsque ce jeune homme fut présenté au roi à qui Ton rapporta la singulière destioée de cet Asiatique, qui né sous le ciel brûlant de cette partie du monde, allait être conduit prisonnier à Stockholm, Charles ne put s'empêcher de s'écrier : « C'est comme si quelque jour je me trouvais prisonnier chez les Turcs ; » vous verrez plus tard , mes jeunes amis , que ces paroles , auxquelles alors on fit peu d'attention, devinrent une sorte de prédiction , que les vicissitudes de la fortune ne tardèrent paç à réaliser.

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STHGHBOniSMES DB l'hISTOIBE DB FHAITCB.

1698. Suite du règne de Louis Xiy.

1700. Guerre de la succession d'Espagne,

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Depuis Tan 1700 jusqu'à Tan 1703.

Lorsqu'on apprit en Russie, mes jeunes amis , qu'une poignée de Suédois venait de remporter une éclatante victoire à Narva sur une armée dix fois plus considérable, la plupart des Russes , frappés d'épouvante , et ne pouvant croire , tant ils étaient ignorants , que les soldats du czar eussent pu être vaincus sans sortilège, firent des prières publiques à saint Nicolas , qui est le patron de la Russie, pour qu'il les délivrât de ces ennemis pernicieux; mais Pierre, qui savait bien que les seuls sortilèges du roi de Suède étaient le courage et la discipline de son armée , comprit mieux que jamais qu'il devait, avant d'engager de nouveaux

combats ^ donner à ses sujets le temps de s'aguerrir. Il résolut dès lors d'éviter la bataille que Charles XII venait lui offrir, et n'essaya plus de défendre la Livonie contre cet impétueux conquérant. Par cette prudente retraite , il donna à ses soldats le temps d'oublier leur terreur, et se mit à même de saisir la première occasion favorable qui se présenterait , pourt enter avec plus de succès à l'avenir le sort des armes.

A cette époque , comme je vous l'ai dit, le trône de Pologne était occupé par l'électeur Auguste de Saxe, à qui le choix des Polonais avait décerné la couronne ; car il arrivait fréquemment que des princes étrangers lussent appelés au trône , et vous pouvez vous souvenir d'avoir lu quelque part que Henri III , roi de France , avait été d'abord élu roi de Pologne, et qu'il s'échappa furtivement de ce pays pour venir succéder à son frère Charles IX, peu de temps après la fatale nuit de la Saint-Barthélémy.

Le roi Auguste, mes bons amis y qui comme vous savez appartenait à l'une des plus illustres maisons souveraines d'Allemagne, était un prince aimable , courageux et doué de mille qualités honorables, auxquelles il joignait une force de corps prodigieuse , et un extérieur aussi remarquable qu'imposant. Mais il avait eu l'imprudence , en voyant l'extrême jeunesse de Charles XII, de témoigner l'intention d'ajouter à ses États de Saxe et de Pologne, plusieurs provinces aile* mandes qui appartenaient à la Suède depuis Gustave- Adolphe; et cette démonstration inconsidérée lui avait attiré le ressentiment du monarque suédois, qui après avoir forcé le roi de Danemark à demander la paix et vaincu l'armée du czar à Narva , résolut de tourner ses armes contre le prince saxon.

Or, vous saurez que, dans ce tempslà , le royaume de Pologne, par la forme de son gouvernement, ne ressemblait à aucun des autres États de l'Europe. Quoique les Polonais eussent un roi qu'ils

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choisissaient à leur gré , ils donnaient à leur patrie le titre de République^ parce que ce roi , une fois proclamé par les nobles y était obligé de ne gouverner le pays qu'avec Tagrément de ceux même qui l'avaient élu j réunis dans une assemblée appelée Diète, comme celle des princes d'Allemagne. Mais la diète de Pologne, mes jeunes amis, avait plus de rapports avec ces rassemblements tumul* tueuK que les Francs et les autres peuples du Nord introduisirent en Europe après la chute de Tempire romain, qu'à une réunion de personnages graves et délibérants; les nobles polonais , dont les principaux portaient 1% titre de cotntes et de palatins , parce que le territoire de leur république était divisé en comtés et palatinats, se rendaient tout armés dans ces bruyantes assemblées , ou la plus légère discussion dégénérant en menaces, se terminait le plus souvent le sabre à la main. Comme les anciens tribuns du peuple , dont je vous ai parlé dans l'Histoire romaine, un seul

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membre de la diète y en prononçant le mot latin Veto, qui veut dire « je le défends y » pouvait s*opposer à une résolution de rassemblée I et cette opposition entre gens armés et quelquefois échauffés par le vin^ était suivie presque toujours de combats oîi le sang n'était pas épargné. Aussi cette république, si Ton peut donner ce nom à une pareille anarchie, étaitçlle habituellement partagée en plusieurs factions ennemies les unes des autres, dont la moindre circonstance faisait éclater la haine mutuelle , et livrait ce malheureux pays à toutes les horreurs de k guerre civile.

Cependant le roi Auguste, informé qtf Charles XII, vainqueur à Narva , s'avançait en Pologne , ne douta point d'abon! que la pospolite de ce royaume, prenao^ les armes à sa voix , ne se hâtât de repousser cet audacieux conquérant, et qu^ le premier choc de ses escadrons ne suffi pour dissiper l'armée suédoise, comm»

ils avaient dispersé devant Vienne le hordes ottomanes; mais ce monarqu*

fut bientôt détrompé lorsqu'il ne vit qu'un petit nombre de palatins répondre à son appel , et que la diète assemblée à Tabsovie , qui est la capitale de la Pologne j lui défendit d'introduire dans le royaume les troupes saxonnes qu'il s'était proposé de faire venir d'Allemagne. Cette opposition inattendue fit aussitôt comprendre à ce prince que tous ses ennemis n'étaient point dans les rangs suédois; et se voyant exposé sans défense aux entreprises de Charles XII , il n'eut d'autre ressource que d'implorer le secours du czar, intéressé comme lui à mettre un terme aux progrès du roi de Suède.

Pendant ce temps j mes jeunes amis , le conquérant, s'avançant à travers les plaines de Pologne, voyait chaque jour les villes et les villages se soumettre sans résistance , tant était grande en ce moment, dans tout le Nord, la terreur du nom de Charles XII. Une seule fois Auguste voulut tenter le sort des armes auprès d'une ville appelée Clissau ; mais

la victoire se déclara encore pour le roi de Suède, que rien désbnnais ne pouvait plus arrêter : Varsovie elle-même lui ouvrit ses portes , et le monarque saxon, réduit à chercher son salut dans la fuite, se vit force d^abandonner la Pologne et de se retirer précipitamment en Saxe. Mais Charles XII , devenu ainsi presque sans combat maître de la république polonaise, n'était point encore satisfait d'avoir chassé Auguste de son royaume : dans son ressentiment contre le monarque saxon , il résolut de lui enlever la couronne qu'il tenait du choix des Polonais , pour la donner à un autre prince qu'il se réserva de leur désigner luimême. Suivant à cet égard l'exemple d'Alexandre le Grand , qui se plaisait à conquérir des royaumes pour les distribuer en quelque sorte au «hasard, Charles jeta les yeux sur un jeune palatin nommé Stanislas Leczinski , de Tune des plus illustres familles du pays, que ses vertus et ses brillantes qualités rendaient digne en effet de régner sur sa patrie.

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Personne, comme vous le croirez sans peine , n*osa s'opposer à la volonté du conquérant, et Stanislas Leczinski, proclamé roi de Pologne, reçut de sa nation les mêmes serments de fidélité que peu d'années auparavant elle avait prêtés au roi Auguste , qu'elle abandonnait maintenant , parce que le sort des armes l'avait abandonné.

Cependant Charles, étonné qu'Auguste vaincu ne lui demandât point encore la paix , avait résolu de le poursuivre jusqu'en Saxe ; et l'Allemagne voyait encore une fois avec inquiétude les armées suédoises s'avancer victorieuses comme au temps de Gustave-Adolphe.

Secondé par la fortune, le roi de Suède, comme la plupart des grands capitaines, ne mettait plus de bornes à ses projets de conquêtes ; et , à la vérité , chaque circonstance de sa vie semblait devoir ajouter à sa confiance. Persuadé que la mort qui moissonnait chaque jour autour de lui ses plus chers compagnons d'armes ne saurait l'atteindre , il s'exposait sou-

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vent y avec toute la témérité d'un soldat j aux coups des ennemis , sans que Thabit simple qu'il portait attirât leur attention.

Un jour qu'il assiégeait une ville nommée Thorn, il s'aperçut que l'un des généraux de sa suite, nommé Lieveit, vêtu d'un habit bleu brodé d'or, se trouvait en butte aux coups des assiégés qui l'avaient remarqué, et , par un mouvement de générosité qui lui était ordinaire , il ordonna à cet officier de changer de place avec lui; mais à peine Lieven eut-il obéi^ qu'un boulet de canon , le frappant à l'endroit même que Charles venait de quitter , le renversa mort sur la place. Tous ceux qui entouraient le roi regardèrent cet événement comme im signe certain de la protection que le ciel lui accordait , et Charles XII lui-même ne put s'empêcher de croire que la Providence ne le réservât à l'accomplissement des plus grandes choses. Aussi, dès ce moment, rien n'arrêta plus sa marche victorieuse; la Saxe presque entière fut enva-

hie par les Suédois , et Charles vint camper aux portes de Leipsick , d'où il pouvait menacer Dresde, capitale de rélectorat saxon , qui est peu éloignée de cette ville.

Pendant que ce monarque triomphant s'arrêtait ainsi dans cette contrée comme pour donner à son ennemi le temps de se reconnaître , il eut le désir de visiter le champ de bataille de Lutzen , devenu si fameux depuis soixante ans par la mort de son grand-oncle Gustave-Adolphe, et voulut voir la place où ce héros était tombé. Lorsqu'on lui fit remarquer la pierre qui marque cet endroit fatal : « J'ai tâché , dit-il , de vivre comme lui , Dieu m'accordera peut-être un jour une mort aussi glorieuse. » Ces paroles, comme toutes celles de Charles , firent une profonde impression sur ses frères d'armes, qui le voyaient chaque jour affronter les plus grands périls.

Une autre fois le roi, qui avait ordonné que son armée observât la discipline la plus sévère dans ce pays qu'il affectait

d'épargner , parcourant à cheval les environs de Leipsicky vit un pauvre paysan qui, les larmes aux yeux, vint se jeter à ses pieds en se plaignant qu'un soldat suédois lui eût enlevé la nourriture de sa famille. Le roi fit aussitôt appeler le soldat , et lui demanda d'un ton sévère s'il était vrai qu'il eût volé cet homme, comme celui-ci l'en accusait : « Sire, répondit le soldat, je ne lui ai pas fait autant de tort que Votre Majesté en a fait à son maître, car je ne lui ai pris qu'un dindon, et vous lui avez pris unroyaume.» Charles eut peine à s'empêcher de rire en entendant cette réponse hardie , mais faisant aussitôt donner dix pièces d'or au Saxon pour lui payer sa volaille , il renvoya le soldat sans punition en se bornant à lui dire : « Souviens-toi une autre fois que si j'ai pris la Pologne au roi Auguste , je n'en ai rien gardé pour moi. »

Pendant ce temps , mes jeunes amis , ce prince infortuné voyant sa capitale menacée, ses États héréditaires envakisi

son armée dispersée, et désespérant désormais d'être secouru par le czar, dont Téloignement ne lui permettait plus d'attendre d'assez prompts secours , se décida à écrire de sa propre main au roi de Suède pour solliciter la paix , que Charles consentit enfin à lui accorder, à condition qu'il renoncerait pour jamais au titre de roi de Pologne; mais ce qui parut le plus amer au malheureux Auguste, ce fut d'être forcé de livrer à Charles un général livonien nommé Patkul, que ce monarque, ordinairement sévère plutôt que cruel, condamna au dernier supplice comme traître, parce que, étant né dans une province suédoise, il avait porté les armes contre la Suède. Cet acte de cruauté, le seul qui puisse être reproché à Charles XII, le rendit odieux à tous ceux qui en furent témoins, et cette vengeance inutile ternit cette victoire, qu'un pardon généreux n'eût fait que rendre plus glorieuse*

282 LA DIÈTS DE POLOGNK.

SYVCHKOIDMM DA L HISTOIBB DB FIAKCE.

\ 700. Suite du règne de Louis XIV. — Guerre de

la tuecesiion d'Espagne.

i702. Revers des armées &*ançaiftes en Allemagne

et en Italie.

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