LES VOYAGES
présence y et leur fit savoir que, s'ils se permettaient d'entrer dans sa maison, il les ferait pendre à Tinstant même par ses domestiques. En même temps il fît répandre le bruit qu'il était sérieusement malade ; et aHn que personne ne doutât de cette prétendue indisposition, il se mit au lit, où il demeura dix-huit mois entiers, sans que les prières de ses amis pussent le déterminer à en sortir.
Cependant le sultan , irrité de l'obstination que mettait le roi de Suède à rester malgré lui dans son empire , envoya l'ordre au pacha de Bender et au kan desTartares qui habitait les environs de cette ville , de ne plus distribuer de vivres à la petite troupe de Charles XII, afin de l'obliger à sortir enfin de sa retraite. Mais cette privation fut comptée pour rien par l'opiniâtre monarque, qui, voyant presque tous les Polonais et les Cosaques qui Tavaient fidèlement servi jusqu'alors, l'abandonner pour ne point mourir de faim , fit tuer à coups de fusil les vingt plus beaux chevaux arabes que
D£ PISaRE LE GRAND. 333
le sultan lui avait donnés , et en distribua la chair à ses domestiques et à trois cents Suédois qui étaient restés auprès de sa personne. Par un entêtement qui vous paraîtra sans doute inexplicable y il déclara qu'il ne sortirait que par force de la maison qu'il habitait , et pour faire voir qu'il était prêt à soutenir un siège, il l'en* toura d'un large fossé et s'y retrancha avec quarante cuisiniers , marnntons, palefreniers et valets de toute espèce, avec lesquels il prétendit repousser toute une armée de Janissaires et de Tartares qui s'avançaient pour le prendre, tandis qu'il ordonnait à ses trois cents soldats , retirés dans leur camp , de faire bonne contenance et de combattre jusqu'à la mort. Il fallut donc que cette poignée de Suédois, victimes de l'opiniâtreté de leur maître , se battissent toute une journée contre cette armée ottomane; et que, fatigué de cette résistance déraisonnable, le kan des Tartares fît mettre le feu aux quatre coins de cette maison pour le forcer d'en siortir avec les siens. Pressé en-