HYMNE POUR L'INAUGURATION DU THEATRE DES ARTS
Air : Veillons au salut de l'Empire.
Des Français le puissant génie Sous nos glorieux étendards,
Dans le temple de l'Harmonie
Rassemble les enfants des Arts.
Liberté! Liberté! des doux plaisirs source féconde, Sois le soutien de nos jeux et l'âme de nos chants!
Que par toi les peuples du monde
Soient délivrés de leurs tyrans!
Chantons la valeur indomptée
De nos invincibles soldats,
Qui, sans le secours d'un Tyrtée,
En masse volent aux combats !
Liberté ! Liberté ! sur nos cœurs telle est ta puissance ! Nos défenseurs vont partout venger l'humanité,
Et nous célébrons leur vaillance
Au temple de la Liberté !
Cette salle de la rue de la Loi (ainsi s'appela, sous le gouvernement républicain, la rue de Richelieu), était digne de sa destination nouvelle. L'Opéra l'occupa jusqu'au moment où elle fut fermée, par suite de l'assassinat du duc de Berry. La salle Favart lui servit d'asile pendant la construction de celle de la rue Le Pelletier, qui fit son ouverture le 17 août 1821, par les Bayadères et le ballet du Retour de Zéphire. Une chapelle expiatoire dut être élevée sur l'emplacement du théâtre condamné; mais après juillet 1830, cette chapelle encore inachevée, disparut à son tour. Une fontaine lui succéda pour décorer la place, qu'un nouveau gouvernement a transformée en jardin, changements successifs qui sont, eux aussi, des ricochets de l'Histoire.
Pays privilégié de la mythologie et de la féerie, l'Opéra paraissait peu destiné à refléter dans son répertoire les événements politiques. Les dieux de l'Olympe et leur cortège, les Nymphes, les Grâces et les Amours, les Roland et les Amadis, les Armide, les Alcine et les
Urgande, c'était là un monde qui se prêtait peu aux réalités du moment; aussi l'Opéra resta-t-il, d'abord, en possession assez paisible de son domaine accoutumé.
Toutefois, les opinions, soit dans un sens, soit dans un autre, surent bien s'y faire jour. Dans une représentation de Ylphigénie en Aulide, de Gluck, à laquelle assista Marie-Antoinette, le cbœur :
Chantons, célébrons notre reine,
provoqua d'enthousiastes applaudissements dont l'intention était assez exprimée par i'attitude et les regards du public. Au lendemain de la Fédération, Tarare ayant été repris, des éléments de circonstance furent introduits dans le poëme, assez bizarre et incohérent pour qu'on pût y mettre tout ce qu'on voudrait. Beaumarchais y plaça un autel de la Liberté, un appareil qui rappelait le grand spectacle du champ de Mars, et ce chœur chanté devant le soldat couronné :
Roi, nous mettons la liberté
Aux pieds de ton pouvoir suprême.
Gouverne ce peuple, qui t'aime,
Par les lois et par l'équité ;
Il dépose en tes mains lui-même
Sa redoutable autorité.
Par ces applications, mi-parties de révolution et de monarchie, Beaumarchais avait cru sans doute contenter tout le monde, et il y réussit assez mal.
Dans les premiers mois de 1792, l'Opéra se disposait à donner Y Adrien d'Hoffman et de Méhul. Le Conseil de la Commune y mit son veto. Outre le spectacle trop monarchique du triomphe d'un empereur, il y eut un
autre grief : c'est que les deux chevaux qui devaient traîner le char d'Adrien avaient appartenue la reine. En vain Hoffman fit une démarche auprès de David, qui aurait dû s'en tenir à ses pinceaux, plutôt que de figurer dans'un corps tristement fameux. Il répondit à Hoffman que la Commune brûlerait l'Opéra plutôt qtn> d'y voir triompher des rois. L'écrivain lui faisant observer qu'un sujet de pièce lyrique ou de tableau ue prouvait rien contre le civisme d'un auteur, puisque dans un chef-d'œuvre de l'école française, les trois Horace jurent de combattre pour le roi Tullus : « J'en conviens, reprit David; aussi ne suis-je pas à me repentir d'avoir traité un pareil sujet. » Vainement aussi Hoffman adressa une lettre fort énergique au maire Pétion (l'Opéra était alors dans les attributions de la municipalité) : il y réclamait une indemnité pour l'atteinte portée à ses intérêts ; il y plaidait la question de droit et de liberté, avec une hardiesse qui étonne et dont ce ferme caractère était coutumier. Adrien ne put paraître sur la scène que sept ans après, en 1799, et ce ne fut pas encore sans difficulté, ni sans vives réclamations.
C'est au commencement de 1793, le 27 janvier, que le premier ouvrage de circonstance, le Triomphe de la République, ou le Camp de Grandpré. divertissement en un acte, fut représenté à la ci-devant Académie Royale de Musique. Les paroles sont de Chénier, la musique de Gossec, mort en 1829, presque centenaire, et plus connu pour sa musique d'église et ses morceaux pour les fêtes de la Révolution que par ses œuvres dramatiques. C'est un tableau à la fois militaire et champêtre, où se mêlent soldats et villageois, et dont la scène est
sur les bords de l'Aisne, une des positions occupées par Dumouriez, en face des Prussiens, dans la campagne de l'Argonne. C'est là que se trouve une ronde dont l'air connu, la Ronde de Grandpré, a survécu à l'ouvrage. Il est à-remarquer que, parmi les compositions dramatiques de Gossec, peu nombreuses du reste, la seule qui ait laissé trace après elle est une œuvre passagère, une œuvre du moment. Voici les paroles de cette ronde, qui nous reporte à la première période des guerres de la Révolution, où la propagande se mêlait à la lutte armée :
THOMAS
Vous, aimables fillettes, Et vous, jeunes garçons, Aux sons de nos musettes Unissez vos chansons.