CHŒUR
Nous aimons tous la danse, Et nous accourons tous Boire du vin de France, Et danser avec vous.
Comme poésie, ces couplets ne sont pas brillants, surtout celai des cent francs de rente, avec son positivisme tout cru. On trouvera sans doute que, parmi les hymnes consacrés par Chénier à la Révolution , le Chant du Départ leur est très-supérieur, et que la corde grave était mieux son fait que la corde légère.
Si l'Opéra s'était laissé devancer par les autres spectacles, dans la carrière des pièces de circonstance, il se dédommagea amplement, car depuis le Camp de Grandpré, pendant deux ans, on n'y voit presque pas d'autres nouveautés. Les moins colorées sont celles qui procèdent par des emprunts à l'histoire ancienne, telles que Fabius, Miltiade à Marathon, Horatius Codés. Adieu Vénus, Diane et leur cour galante 1 adieu Cupidon, son arc et ses flèches, armes trop anodines ! La Patrie reconnaissante, ou V Apothéose de Beaurepaire, parLebœuf, musique de Candeille, hommage à ce commandant de Verdun, qui se tua pour ne pas signer la capitulation de la place ; — le Siège de Thionville, par Saulnier etDutilh, musique de Jadin, autre épisode de 1792; — la Montagne, ou la Fondation du Temple de la Liberté, par Desriaux, musique de Fontenelle ; — la Fêle de la Raison, ou la Rosière républicaine, par Sylvain Maréchal, mu-
sique de Grétry; Toulon soumis, par Fabre d'Olivet, musique de Rochefort ; la Rcuniondu Dix Août, ou l'Inaugwration de la République française^pnr Moline et Bouquier, musique de Porta ; la Journée du 10 Août 1792, ou la Chute du dernier Tyran, par Saulnier et Darrieux, mimique de Kreutzer, voilà ce qui remplaçait les merveilles fleuries et les pompes magiques où l'Opéra s'était plu depuis sa création.
Cet élan qui faisait naître des armées, cette formidable lutte soutenue aux frontières par des soldats sans pain et sans souliers, les traits de valeur et de civisme qu'elle produisait, c'étaitlà, semble-t-il,de quoi enflammer le génie. Eh bien, l'on cherche vainement des pièces où de tels sujets aient trouvé,des accents dignes d'eux. Les poètes de valeur se taisaient, comme Ducis, ou bien ils puisaient leurs œuvres républicaines dans l'histoire de l'antiquité. Le côté horrible de l'époque semble avoir porté malheur à ce qu'elle eut d'héroïque. On a pu juger combien Chénier resta au-dessous de luimême, quand il conduisit sa muse au camp de Durnouriez, dans les plaines de la Champagne. Pour offrir un autre spécimen du répertoire patriotique de l'Opéra, j'emprunterai une scène au Siège de Thionville; c'est celle où un trompett' apporte au commandant Wimpfen, de la part du prince de Waldeck, en présence des habitants rassemblés près de l'autel de la Liberté, la sommation
de rendre la place.
l'officier.
Nous venons en votre présence Conduire un envoyé du camp des ennemis. le trompette, après qu'on lui a débande les yeux,
remet un paquet a Wimpfen père.
Voici mes ordres.
wimpfen, prenant le paquet.
Donne.
(Après l'avoir ouvert.)
0 ciel ! quelle insolence !
Waldeck parler ainsi! J'en demeure surpris.