HORACE
(Représentation du 25 septembre 1807, à Fontainebleau.)
Le vieil Horace Saint-Prix.
Horace Talma.
Curiace Damas.
Tulle Baptiste aîné.
Valère Desprez.
Flavian Lacave.
Sabine Mlle Duchesnois.
Camille Mlle Georges.
Julie Mlle Gros.
Mlle Raucourt figure aussi dans plusieurs de ces représentations (rôles de Léontine dans Hérnclius , de Clytemnestre clans Iphigénie, de Cornélie dans la Mort de Pompée , de Cléopàtre dans Rodogune, d'Agrippine dans Britannicus, etc.) Le Théâtre-Français avait donc alors trois tragédiennes en première ligne : Mlle Raucourt, Mlle Georges et Mlle Duchesnois.
, En 1813, pendant la suspension d'armes qui suivit les batailles de Lutzen et de Bautzen , Napoléon ne voulut pas être privé de son speclacle favori, les représentions du Théâtre-Français. L'élite des comédiens de la rue de Richelieu furent appelés à Dresde, dans cette courte interruption des combats , comme ils l'a-
vaient été à Erfurl, en 1808. A'oici quelles gratifications lurent allouées à tous eeux qui tirent ce voyage :
Fleury 10,000 fr.
Mlle Mars 10,000
Talma 8,000
Mlle Georges 8,000
Saint-Prix 6,000
Desprez 6,000
Saint-Fal 6,000
Baptiste cadet 6,000
Armand 6,000
Devigny 6,000
Mlle Emilie Contât ' • . . . 6,000
Mlle Bourgoin 6,000
Michot 4,000
Thénard ^,000
Michelot 4,000
Mlle Thénard 4,000
Mlle Mézeray 4,000
Barbier 3,000
Le souffleur et le perruquier même ne furent pas oubliés; ils reçurent chacun 500 fr., ainsi que les chefs des figurants. Le total s'élève à 111,500 fr., indépendamment de 42,800 fr. pour les frais de retour.
Ajoutons que les hauts dignitaires de l'Empire étaient tenus d'avoir leur loge au Théâtre-Français, et de la payer largement.
Outre les représentations données dans les résidences impériales et à l'étranger devant l'Empereur, il y en eut beaucoup, dans la salle de la rue de Richelieu, auxquelles il assista. Elles se composaient , soit des
I. Sœur de Mlle Louise Conlat. Elle jouait l'emploi de soubrette.
chefs-d'œuvre classiques, soit des ouvrages nouveaux signalés par leur importance et leur succès.
De son côté , le public se portait aux premières représentations du Théâtre-Français, avec un empressement attesté par des chiffres d'où il ressort, en outre, que l'appréciation des ouvrages était bien livrée à des spectateurs payants et indépendants. La Mort deHenrilV fit à la première représentation 5,608 fr. de recette ; le Tyran domestique 3,825 fr. ; les Templiers 5,075 fr. ; les Deux Gendres 4,116 fr., etc.
On remarquera qu'entre ces quatre ouvrages, ce fut aux tragédies, d'après le chiffre de la recette , que le public se montra le plus empressé. Le sujet promettait deux grandes études d'histoire nationale, et les esprits ne demandaient que de s'attacher à ces hautes et nobles applications de l'art dramatique, où revivent les faits mémorables et les hommes célèbres du pays. Avec une telie disposition dans le public, avec la belle exécution de notre grande scène littéraire, avec les largesses, les préférences , les encouragements personnels que le souverain lui prodiguait, comment ne pas répéter ce qui nous a frappé déjà ? Il n'y avait rien que l'Empire ne fît pour l'art , sauf qu'il lui refusait la liberté ; mais l'absence de cette seule condition suffisait pour neutraliser en grande partie tout le reste. La liberté, c'est l'âme, c'est la vie; plus les autres encouragements étaient magnifiques, plus ressort l'évidence de celte conclusion.
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C'est par suite d'une disposition d'un précédent décret sur les théâtres, en date du 8 juin 1806, que les Variétés étaient, en juillet 1807, au boulevard Montmartre. Cette disposition n'est pas moins caractéristique et moins significative que le décret qu'on vient de lire.
L'article 3 de celui de 1806 renferme ces mots : « Les entrepreneurs du théâtre Monlansier, d'ici au 1er janvier 1807, établiront leur théâtre dans un autre local. »
La prospérité continue de ce spectacle avait excité des jalousies, des plaintes, surtout en i c qui touchait son grand voisin, le Théâtre-Français. «Cm prétend que je fais du tort à Talma», disait Brunet, «nous ne jouons pourtant pas le même genre. » Certainement, Brunet et ses camarades pouvaient remplir jusqu'au comble la petite salle Montansier, sans que celle du Théâtre-Français fût moins pleine quand jouaient Talma et les autres talents éminents qui en étaient la gloire ; mais les jours où l'affiche n'offrait pas cet attrait puissant, les joyeuses pochades de la salle Montansier pouvaient bien enlever, en effet, quelques écus au caissier du grand théâtre. L'intérêt de l'art et du bon goût fut invoqué. On cria même à l'immoralité , quoique les drôleries théâtrales de ce temps semblent presque d'innocentes naïvetés auprès du genre qui s'est fait accepter et
adopter aujourd'hui. Cette accusation d'immoralité, invoquée auprès d'un juge tel que Fouché, n'était pas sans avoir son côté risible ; mais ce digne arbitre des convenances et de l'honnêteté publique provoqua l'arrêt qui condamna tout simplement Brunet et ses associés à s'en aller ailleurs. Le 31 décembre 1806, ils firent leurs adieux au Palais-Royal, et se réfugièrent provisoirement, faute de mieux, à la salle de la Cité, qui se trouvait disponible. C'était un véritable exil, car le quartier élait loin d'êlre aussi favorable, et l'on s'en aperçut tout aussitôt. Le public, que des couplets d'adieu avaient prié de ne pas craindre de passer la Seine, ne se rendait pas à cet appel, et les représentations allaient être interrompues, sans l'aubaine inespérée d'un grand succès, celui de la Famille des Innocents, par Sewrin et Cbazet. Pendant ce temps, on pressait la construction de la salle du boulevard Montmartre. L'ouverture en fut faite le 24 juin 1807, par le Panorama deMomus, à-propos de Désaugïers , Moreau et Francis, et là commença pour ce spectacle une longue période de prospérité ; mais la décision qui l'y avait conduit n'en était pas moins empreinte d'un étrange arbitraire, et elle donne lieu à de sérieuses réflexions, car en fait de principes, rien ne saurait être indifférent.