‹ L'histoire par le théâtre, 1789-1851 (volume 3)Chapitre 15 sur 44 · UN ARTISTE AU PEUPLE SOUVERAIN · texte numérisé non relu

UN ARTISTE AU PEUPLE SOUVERAIN

Dans ces jours de triomphe où les arts, la Victoire, Portent la République au faite de sa gloire,

Oîi la plus grande nation, Des héros qui sont morts en servant la patrie,

Dans l'enceinte du Panthéon Consacre pour jamais la mémoire chérie.

Le théâtre français, par nos lois épuré, Reprend un nouvel être.... il est régénéré !

Thalie, Euterpe et Melpomène

Unissent leurs talents vainqueurs Pour charmer nos loisirs, en pénétrant nos cœurs Des utiles leçons d'une morale saine :

Leur empire a détruit les préjugés trompeurs " Et la vertu républicaine,

Dans leurs jeux inventés pour notre amusement, De tableaux naturels embellissant la scène. D'une école des mœurs devient le fondement. Ame de la nature! ô liberté sacrée A qui la France doit sa Révolution !

Pour relever l'éclat de notre nation, De la scène lyrique, en ce jour épurée,

Tu fais l'inauguration.

Lorsque, sous tes drapeaux, conduisant la victoire. Le peuple abat l'orgueil des Anglais, des Germains, Le Théâtre des Arts célèbre ta mémoire En chantant les vertus, le triomphe et la gloire

De nos héros républicains !

HYMNE POUR L'iNAUGURATION DU THEATRE DES ARTS.

A.ir : Veillons au salut de l'Empire.

Des Français le puissant génie Sous nos glorieux étendards,

Dans le temple de l'Harmonie

Rassemble les enfants des Arts.

Liberté! Liberté ! des doux plaisirs source féconde, .Sois le soutien de nos jeux et l'âme de nos chants!

Que par toi les peuples du monde

Soient délivrés de leurs tyrans !

Chantons la valeur indomptée

De nos invincibles soldats,

Qui, sans le secours d'un Tyrtée,

En masse volent aux combats !

Liberté ! Liberté ! sur nos cœurs telle est ta puissance ! Nos défenseurs vont partout venger l'humanité,

Et nous célébrons leur vaillance

Au temple de la Liberté !

Cette salle de la rue de la Loi (ainsi s'appela, sous le gouvernement républicain, la rue de Richelieu), était digne de sa destination nouvelle. L'Opéra l'occupa jusqu'au moment où elle fut fermée, par suite de l'assassinai du duc de Berry. La salle Favart lui servit d'asile pendant la constiuction de celle de la rue Le Pelletier, qui fit son ouverture le 17 août 1821, par les Bayadèrcs et le ballet du Retour de Zéphire. Une chapelle expiatoire dut être élevée sur l'emplacement du théâtre condamné; mais après juillet 1830, cette chapelle encore inachevée, disparut à son tour. Une fontaine lui succéda pour décorer la place, qu'un nouveau gouvernement a transformée en jardin, changements successifs qui sont, eux aussi, des ricocbets de l'Histoire.

Pays privilégié de la mythologie et de la féerie, l'Opéra paraissait peu destiné à refléter dans son répertoire les événements polilicpies. Les dieux de l'Olympe et leur cortège, les Ny'npbes, les Grâces et les Amours, les RoLmd et les Amadis, les Armide, les Alcine et les

Uigande, c'était là un monde qui se prêtait peu aux réalités du moment; aussi l'Opéra resta-t-ilj d'abord, en possession assez paisible de son domaine accoutumé.

Toutefois, les opinions, soit dans un sens, soit dans un autre, surent bien s'y faire jour. Dans une représentation de Ylphigénie en Aulide, de Gluck, à laquelle assista Marie-Antoinette, le chœur :

Chantons, célébrons notre reine,

provoqua d'enthousiastes applaudissements dont l'intention était assez exprimée par l'altitude et les regards du pubhc. Au lendemain de la Fédération, Tarare ayant été repris, des éléments de circonstance furent introduits dans le poëme, assez bizarre et incohérent pour qu'on pût y mettre tout ce qu'on voudrait. Beaumarchais y plaça un autel de la Liberté, un appareil qui rappelait le grand spectacle du champ de Mars, et ce chœur chanté devant le soldat couronné :

Roi, nous mettons la liberté

Aux pieds de ton pouvoir suprême.

Gouverne ce peuple, qui t'aime,

Par les lois et par l'équité ;

Il dépose en tes mains lui-même

Sa redoutable autorité.

Par ces applications, mi-parties de révolution et de monarchie, Beaumarchais avait cru sans doute contenter tout le monde, et il y réussit assez mal.

Dans les premiers mois de 1792, l'Opéra se disposait adonner VAdrien d'Hoffman et de Méhul. Le Conseil de la Commune y mit son veto. Outre le spectacle trop monarchique du triomphe d'un empereur, il y eut un

autre ûrrief : c'est que les deux chevaux qui devaient traîner le cliar d'Adrien avaient appartenue la reine. En vain Hoffman fit une démarche auprès de David, qui aurait dû s'en tenir à ses pinceaux, plutôt que de figurer dans un corps tristement fameux. Il répondit à Hoffman que la Commune brûlerait l'Opéra plutôt que d'y voir triompher des rois. L'écrivain lui faisant observer qu'un sujet de pièce lyrique ou de tableau ne prouvait rien contre le civisme d'un auteur, puisque dans un chef-d'œuvre de l'école française, les trois Horace jurent de combattre pour le roi Tullus : « J'en conviens, reprit David; aussi ne suis-je pas à me repentir d'avoir traité un pareil sujet. » Vainement aussi Hoffman adressa une lettre fort énergique au maire Pétion (l'Opéra était alors dans les attributions de la municipalité) : il y réclamait une indemnité pour l'atteinte portée à ses intérêts ; il y plaidait la question de droit et de liberté, avec une hardiesse qui étonne et dont ce ferme caractère était coutuinier. Adrien ne put paraître sur la scène que sept ans après, en 1799, et ce ne fut pas encore sans difficulté, ni sans vives réclamations.

C'est au commencement de 1793, le 27 janvier, que le premier ouvrage de circonstance, le Triomphe de la République, ou le Camp de Gramlpré. divertissement en ua acte, fut représenté à la ci-devant Académie Royale de Musique. Les paroles sont de Cbénier, la musique de Gossec, mort en 1829, presque centenaire, et plus connu pour sa musique d'église et ses morceaux pour les fêtes de la Révolution que par ses œuvres dramatiques. C'est un tableau à la lois militaire et champêtre, où se mêlent soldats et villageois, et dont la scène est

sur les^bords de l'Aisne, une des positions occupées par Dumouriez, en face des Prussiens, dans la campagne de l'Argonne. C'est là que se trouve une ronde dontl'air connu, la Ronde de Grandpré, a survécu à l'ouvi'age. Il est à remarquer que, parmi les compositions dramatiques de Gossec, peu nombreuses du reste, la seule qui ait laissé trace après elle est une œuvre passagère, une œuvre du moment. Voici les paroles de cette ronde, qui nous reporte à la première période des guerres de la Révolution, où la propagande se mêlait à la lutte armée :

THOMAS

Vous, aimables fillettes, Et vous, jeunes garçons, Aux sons de nos musettes Unissez vos chansons.

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