MOLÉ
Bonfil;
Dazincourt.
IsAAC, valet de chambre de
lord Bonfil ;
Dublin.
La charmante Mlle Lange fit applaudir ses beaux yeux autant que la grâce de son jeu; et la coifl'ure qu'elle portait mit en vogue, au milieu des fureurs de ce temps, les chœpemix à la Paméla, Le public avait besoin de se reposer de l'alcool politique, du théâtre
sans-culotte, des orgies honteuses auxquelles la scène était prostituée ; il était charmé d'applaudir un ouvrage d'une autre nature, et si parfaitement joué. L'auteur témoigna sa reconnaissance à Fleury et à tous les interprètes de sa comédie dans des vers où il s'exprime
ainsi :
Ahl pour vous et pour un auteur,
Peut-il être un priz plus flatteur Que de voir, en sortant, la mère de famille Dire avec intérêt : « J'aime ces pièces-là.
Et quand on jouera Paméla^
J'aurai soin d'y mener ma fille 1 »
Ces mots valent tous les succès :
Grâce à vous j'ai pu les entendre.
Qu'il est doux de toucher une âme pure et tendre ! Que d'un cœur maternel le suffrage a d'attraits ! Mais de l'ensemble heureux du Théâtre-Français,
C'est ce que je devais attendre.
Car avec vous, acteurs charmants,
On n'a pas besoin sur la scène
Du fracas des événements, Des antres, des cachots, des empoisonnements.
Dont la Thalie énergumène
Dérobe à sa sœur Melpomène L'effroyable parure et les noirs ornements.
On veut que le spectateur sorte
L'œil fatigué, le cœur brisé ;
Le mauvais goût croit, par l'eau forte,
Réveiller un palais blasé.
Mais la nature n'est point morte ;
Le sentiment n'est point usé;
Et, quand il n'est pas déguisé,
C'est la nature qui l'emporte.
Peintres du cœur humain, quel est votre devoir? Faites qu'en ses portraits nous aimions à nous voir.
Ce n'est point sur la violence Que votre art fonde son pouvoir; Il suffît de la ressemblance Pour nous plaire et nous émouvoir.
Ëvideroment, en parlant des pièces à Feau forte et de la ThcUie énergvmène, ce sont les Victimes cloîtrées que Tauleur de ces vers avait en vue, et les Comédiens- Français, quoiqu'ils eussent dû sacrifler aux exigences du moment, préféraient certainement aussi des ouvrages d'un autre goût.
PameTa jouissait de celte faveur honorable et si peu menaçante, lorsque des yeux d'Argus surent lui trouver des crimes. Lord Bonfil qui, cependant, abjurait les préjugés du rang pour épouser une jeune fille d'une naissance obscure , parut entaché d'aristocratie.
Les dénonciations ne manquèrent pas leur but. Le 29 août, la neuvième représentation était annoncée; mais à cinq heures et demie, au moment de commencer le spectacle, défense arriva de jouer la pièce. Les comédiens engagèrent l'auteur à retrancher quelques vers où la malveillance pouvait chercher des prétextes; et ces suppressions étant faites, la pièce fut affichée le 2 septembre, avec des changements.
On était arrivé presque à la fin du quatrième acte, et rien n'annonçait le plus léger trouble, quand une tirade sur la tolérance religieuse irrita un de ces hommes aux yeux desquels la tolérance, en quelque genre que ce fût, était du modérantisme^ ce crime signalé dans la comédie de Dugazon. Ce passage est instructif, pour montrer quelles idées étaient pro-
scrites par les soutiens d'uo régime qui osait arborer le mot de liberté pour sa devise.
BONFIL.
Avec vous cependant il faut que je m'explique : Vous fûtes un des chefs du parti catholique, Un des plus acharnés contre les protestants; Et votre fille ici, dès ses plus jeunes ans.
Bien loin de partager les préjugés d'un père, Parut toujours soumise aux lois de TAngleterre.