PREMIER ROI DE ROMB
Depuis Tan 75a jusqu'à l'an 71A avant J.-C.
RoMVLus n'avait que dix-huit ans , lorsque , par le meurtre de son frère Rémus, il devint maître de donner un nom à la ville qu'il avait entrepris de bâtir, et qu^il appela Rome.
Dans ce temps-là , comme nous Tavons vu pour les vautours dans l'histoire des deux frères, beaucoup de gens s'imaginaient que les animaux étaient destinés quelquefois à donner de bons conseils aux hommes.
C'était une vieille croyance répandue en Italie par d'anciens peuples nommés les Étrusques , dont les restes habitaient
encore les contrées voisines de la nouvelle Rome.
Ces Étrusques étaient tellement crédu-> les et superstitieux, qu'ils se transmet-»
taient de père en fils une foule de pratiques non moins ridicules que celles de consulter les animaux sur les entreprises qu'ils voulaient former, et de reconnaître à de certains signes si te ciel était favorable ou contraire à leurs desseins. Ces idées absurdes, qu'aucune personne raisonnable ne pourrait conserver aujourd'hui, avaient été accréditées parmi eux par un grand nombre d'événeroens extraordinaires dont leur pays avait été le théâtre , et qu'ils ne manquaient pas de qualifier de prodiges.
L'ÉTauBiE, c'est-à-dire la contrée qu'ils habitaient , avait été souvent dévastée par des tremblemens de terre, des bruits souterrains, des déchiremens subits du sol, l'apparition d'hommes ou d'animaux monstrueux , et d'autres phénomènes non moins épouvantables.
C'est aussi à cause de cela que sur les
vases antiques que Ton trouve encore fréquemment en fouillant la terre en Italie , et que Ton attribue généralement aux Etrusques , on remarque ordinairement des dessins bizarres , représentant des hommes de petite taille avec de grands bras , une grosse tête, et un nez d'une lon-^' gueur démesurée. Quelquefois aussi ce sont des figures de chevaux à têtes d'aigle, des hommes à têtes de loup , des nains grimayans , et des bêtes hideuses qui n'ont jamais existé.
Quoi qu il en soit , Romulus , qui avait sans doute adopté les erreurs répandues dans le pays où il était né , voulut encore que ce fussent des animaux qui, de leur propre mouvement traçassent Tenceinte dans laquelle Rome devait être renfermée ; à cet effet, il attela à une charrue un jeune taureau et une jeune génisse, et les laissant marcher à Taventure , il prit pour l'en-î ceinte de sa ville le sillon que la charrue avait tracé , et marqua quatre portes par où Ton put entrer dans Rome et en sortir.
ROMULUS. fS.
IL ne faut pas , mes petits amis , vous^ figurer la ville ^e Rome dans ses commencemens comme les villes que vous voyez aujourd'hui ; ses maisons , bâties sans ordre et sans goût^ étaient disposées pour renfermer les bestiaux, les récoltes et le butin que faisaient les compagnons de Romulus sur leurs voisins; car ils n'avaient point encore renoncé à leur habitude de courir, les champs et de batailler. — ^^
La ville était traversée par le cours du Tibre, fleuve facile à reconnaître à la couleur jaunâtre de ses eaux; elle s'étendait sur plusieurs petites collines , dont quelques-unes sont devenues célèbres par la suite des temps; on en comptait jusqu'à sept, que vous apprendrez à cçnnaitre successivement; mais il est bon que vous sachiez que ce fut au pied du moitt Palatin que Romulus commença les fondations de Rome. 4^
Au milieu de l'enceinte de la ville s'étendait une vaste place, que l'on nommait le Foudm; c'était là que le peuple se réu-
nissait pour décider des affaires publiques.
Lorsque cette multitude s'assemblait dans le Forum , on appelait cela tenir les comices. Sur le Forum s'élevait la tribune aux harangues, où montaient ceux qui voulaient se faire entendre de la foule; c'était encore là que les magistrats, chargés de rendre la justice , tenaient leur tribunal en plein air, et prononçaient leur^ jugemens. Jjf
Cependant, quoique Romulus fxît roi d'un peuple déjà nombreux, parce qu'il avait ouvert dans sa nouvelle ville un asile où tous les malfaiteurs et les vagabonds des pays environnans pouvaient venir se réfugier, aucune femme ne voulait venir demeurer avec des hommes qui pour la plupart passaient pour des méchans et des voleurs. Or, voici, ce que fit Romulus pour obliger les peuples voisins à donner leurs filles en mariage à ses compagnons.
Il fit annoncer à son de trompe dans tout le Latium, qu'il allait faire célébrer à Rome
des jeax extraordinaires, auxquels il invita tous les peuples des environs à amener leurs femmes et leurs enfans , leur promettant de leur faire voir mille choses surprenantes. Les Albains ou habitans d'Albe , et les Sabins , autre nation dont la capitale se nommait Cures , accoururent en foule à Rome ainsi que d'autres peuplades du voisinage; mais les uns et les autres ne tardèrent pas à se repentir de leur curiosité.
En eJBTet, pendant que tous ces étrangers étaient occupés à regarder les jeux qui se célébraient sur une grande place ^ les soldats de Romulus se présentant tout à coup l'épce à la main , enlevèrent toutes les filles qui se trouvaient là, malgré la colère et la résistance de leurs pères et de leurs frères, qui, n'étant point armés, ne pouvaient opposer que leurs menaces, tandis que les pauvres mères poussaient des cris lamentables , pensant que ces farouches soldats allaient égorger leurs enfans ; ce qui n'arriva pourtant pas , puisque les Romains les emportèrent seulement dans leurs mai-
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sons, où peu de jours après ils les épousèrent.y
Vous croirez aisément que les pères et les parens des filles qui avaient élé enlevées ne voulurent pas laisser impunie la trahison dont ell§s avaient été les victimes ; les Sabins , qui s'étaient rendus à Tinvitation de Roroulus en plus grand nombre que ses autres voisins^ déclarèrent la guerre aux Romains, et excitèrent contre ceux-ci tous les peuples des environs.
Mais les Romains f qui avaient un grand courage, quoiqu'ils se fussent certainement rendus coupables d'une très-mauvaise action , les repoussèrent après les avoir vaincus dans plusieurs batailles.
Ce ne fut qu'après plusieurs années que le roi des Sabins, nommé Tâtius, pénétra dans Rome avec ses soldats, par la perfidie d'une jeune fille appelée Tàrpéta, qui , dans l'espoir d'une récompense, leur ouvrit une des portes de la ville. Mais celte jeune fille ayant demandé aux Sabins pour prix de sa trahison , de lui donner ce
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que chacun d^eua^ portait à son bras gauche, désignant par là un bracelet dk^r ou d^argent dont chaque soldat était pourvu ^ ceux-ci feignant de ne pas la comprendre, rëcrasèrent en lui jetant tous ensemble snr le corps de grands plateaux de fer qu'ils portaient aussi au bras gauche, et que Ton nommait des boucliers : ces boucliers étaient destinés à parer les flèches, les pierres et les coups de lance, dont on faisait alors usage dans les batailles. Tarpéia périt ainsi sur un rocher qui , depuis ce temps, reçut le nom de Roche TAupÉiENirE, et dont TOUS ferez bien de vous souvenir»
Alors s'engagea, dans Rome même, un combat sanglant qui se serait peut-être terminé par la défaite de Romulus et de tous les siens, lorsque les Sabines enlevées , et qui étaient devenues les femmes des Romains, se jetèrent de toutes parts entre les combattans en les suppliant avec de grands cris dé ne plus s'entretuer.l
On voyait par-terre de pauvres petits enfans que leurs mères avaient apportée
entre les deux armées pour attendrir leurs pères et leurs maris , au risque de les faire fouler aux pieds des chevaux ; et elles parvinrent ainsi à désarmer ces deux peuples, qui , d^ennemis qu'ils étaient , ne formèrent plu$ qu'une seule nation , uiiè seule et même famille, que Bomulus et Tatius gouvernèrent en commun. Ve>
Les Romains , en mémoire de Fenlèvement des Sabines, qui par leur courage avaient rétabli 'la paix entre leurs pères et leurs maris, établirent la coutume de porter dans leurs bras les nouvelles mariées, lorsqu'elles passaient pour la première, fois le seuil de la maison de leurs époux, et de leur séparer les cheveux le jour des noces avec la pointe d'une flèche. En outre, il -fut réglé que jamais une femme romaine né sériait assujettie à d'autre travail qu'à eelui de filer la laine ; que chacun leur céderait le pas dans la rue, et que tout homme qui aurait dit devant une femme quelque chose qui pût recenser, serait sévèrement puni :
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les JQges mêmes ne purent p^s les citer devant leur tribunal.
Peu de temps après cet événement, les SaJbins se bâtiient des maisons autour du mont Palatin^ où Romulus avait commencé à jeter les fondations de sa ville, et contri* bnèrent ainsi à Tagrandissement de Rome.
La guerce.des Sabûis, si heureusement terminée, ne fut pas la seule que Romulus eut à soutenir : un roi voisin , nommé AcROif , vint à la tête d'une armée pour renverser cette ville naissante , qui lui in* spirait déjà de la jalousie^ mais Romulus ayant tué de sa propre main cet ennemi redoutable, s^empara de son armure et la rapporta en grande cérémonie à Rome, où il la suspendit dans un petit temple élevé non loin de la roche Tarpéienne \ ces dépouilles , prises sur un chef ennemi tué à la guerre, reçurent le nom de néPOuiixEs opiMss , et elles formèrent pendant long<temps les richesses dont les Romains firent le plus de cas.
Vous n'avez point oublié sans doute que
Romuius, dans sa jeunesse, avait un caractère violent et jaloux; aussi ne parlagea-t-il pas longtemps le trône avec Tatius, qui périt assassiné par des hommes que Ton ne connut jamais, mais que Ton soupçonna être des gardes de son collègue.
Romulus, devenu le seul roi des Romains, s'entoura de soldats et d'hommes armés qu'il nomma des licteurs , et qui portaient sans cesse devant lui des^fais- Ui ceaux de verges , c'est-à-dire de petites baguettes liées ensemble , au milieu desquelles se trouvait une hache : ces licteurs avaient pour fonctions de frapper ceux que le roi ordonnait de ch^ier, soit qu'il voulût qu'on les fouettât seulement , soit qu'il les fit mettre à mort sur-le«champ selon son caprice \ car ce prince , dans le rang élevé où il était parvenu, avait conservé toute la rudesse des mœurs de sa jeunesse. ^
En même temps, ne voulant pas être seul chargé du gouvernement, Romulus choisit les plus vieux officiers de son ar-
mée pour en former une assemblée qu'il appela le séitat , d'un mot latin qui veut dire « vieillard », parce qu'elle était entièrement composée d^hommes avancés en âge ^ ces officiers prirent le titre de séna- TEUBs , et portèrent au doigt des anneaux d'or. Après ceux-ci on distinguait les chevaliers ou CAVALIERS y qui étaient les gardes ordinaires du roi. Romulus leur avait donné d'abord le nom de ciêleiies , c'està-dire agiles, parce qu'ils étaient toujours prêts à exécuter les ordres qu'il leur donnait.
Tous les citoyens qui n'étaient ni sénateurs ni chevaliers , furent divisés en un certain nombre de Tribus, et rangés dans la classe du peuple : ces derniers reçurent le nom de plébéiehs , tandis que les fils des sénateurs et des chevaliers furent distingués par celui de patriciens : souvenez vous, je vous prie , mes petits açiis, de ces diverses dénominations que vous retrouverez bien des fois dans ce livre et dans
d'autres, et dont vous comprendrez mieux alors la véritable signification*
Cependant les sénateurs, contre lesquels Romulus se livrait fréquemment à des emportemens irréfléchis et qu'il traitait souvent avec autant de hauteur que ses autres sujets, quoiqu'il se fût interdit pourtant de les faire battre de verges^ se lassèrent d'obéir à un pareil maître.
Un jour qu'il avait assemblé le sénat et le peuple dans le Forum pour délibérer sur quelque afiaire , il survint tout à coup un orage accompagné d'une profonde ob* scurité ; et lorsque la clarté du jour reparut , on ne retrouva plus Romulus. Tout le monde s'écria que le tonnerre était sans doute tombé sur lui pour le punir de sa dureté et de ses injustices, et surtout du meurtre de son frère Rémus; mais on croit qu'il avait été mis en pièces par les sénateurs, qui emportèrent chacun sous leur robe quelque partie de son corps.
Tout à coup un Romain nommé P&o-
ROMULUÇ. aS
COI.TJS se présenta au milieu du peuple , et raconta qu'il avait vu Romulus monter au cieL el que ce prince lui avait ordonné de dire aux sénateurs qu'ils eussent à l'adorer comme un Dieu, sous le nom de QuiRiNus ; chacun feignit de croire à ce prodige, et personne ne regretta Romulus, parce qu'on n'aime jamais les méchans.
Quelque temps après, un temple fut élevé au nouveau dieu Quirinus , sur une montagne voisine, .qui prit de là le nom de MORT QuiRiNÀJL) ct qui par la suite fut comprise dans l'enceinte de Rome.
UXST. RUMikXKE. T. X. 5* ÉD.
a6 NDMA POMPILIUS.