ACTE II, SCÈNE VI. oU
Non! Non ! Je le sens bien, rien qu'au son de ta voix. {Avec douleur.) Ah ! être l'impotent, l'incapable, une sorte (le boulet pour vous.
cKSAiRE, effraijé.
Tu ne vas pas, j'espère, jusqu'à souhaiter mourir?
JEAN
Oh ! mourir.
CKSAIRE.
Jean, tu me fais peur.
JEAN, fébrilement.
C'est que, vois-tu, si je pouvais aller, venir, m'agiter, me dépenser, tenter la fortune. Mais rien, rien. Je me ronge, je me consume dans cette inaction forcée. C'est à devenir fou.
CKSAIRE.
Assez ! Si tu t'énerves ainsi, tu aggraveras encore ta maladie et tu ajouteras un chagrin à tous ceux que nous avons déjà.
JEAN
Oh ! non ! oh ! non !
CÉSAIRE
Tiens-toi tranquille.
JEAN
Et toi, dis-moi tout.
CESÂIRE.
Mais il faut que tu demeures raisonnable.
JEAN
Je te le promets.
CÉSAIRE
Eh bien, oui, c'est vrai, tu l'as deviné, la situation devient de plus en plus difficile. Il faudrait de l'argent pour soutenir le procès que l'on nous fait ; de l'argent pour vivre aussi, car nous avons, tu le sais, tout perdu dans cet incendie.
JEAN
Oui, tout.
CKSAIRE.
Mais je vais m'adresser à des personnes influentes, charitables, qui nous viendront en aide. Le principal à présent, c'est de te sauver toi, toi, tu comprends, Jean, mon frère chéri. Plaie d'argent n'est pas mortelle, n'est-ce pas ?
JEAN
Des fois.
CÉSAIRE
Non, non. Chasse de ton esprit ces vilaines pensées. Il faut être bien sage, écouter les conseils de notre docteur et prier le bon Dieu. Lorsque tu seras guéri, mais complètement guéri, tu penseras au travail. Pour le moment, aies de la patience et de la résignation, c'est tout ce que l'on te demande.
JEAN, docile.
J'aurai de la patience et de la résign^ation.