L'homme à bonnes fortunes
ULLE profession n'exige, autant que celle du comédien, le concours de tous les dons que l'homme peut recevoir en naissant ou acquérir par l'étude. En vain même la nature lui donnera les ressources de l'esprit, si elle n'y joint ce qui les fait valoir, les qualités physiques. Traducteur, oui, mais créateur aussi, et créant parfois — on l'a vu longtems — où il n'y a presque rien. Quelle que soit la vitalité de l'œuvre qu'il interprête, son génie l'accroît et souvent la transforme. Mais outre les moyens matériels d'expression — beauté régulière ou accidentée, voix, taille, mobilité des traits, mémoire — il lui faut encore la sensibilité, qui frappe vivement, l'intelligence, qui découvre les rapports esthétiques, et une éducation supérieure pour leur faire un milieu. Rien n'est inutile à l'acteur. C'étoit l'avis de Lekain et de Clairon, qui firent de l'anatomie pour étudier la mécanique des passions. C'étoit celui de Talma : son secrétaire lui donnoit le résumé de tous les ouvrages scientifiques, littéraires ou historiques qui lui tomboient sous la main. Le grand tragédien étudioit jusqu'aux évanouissemens réguliers qu'il eut dans un tems, afin d'apprendre à mieux mourir sur le théâtre. Une belle parole de lui, qui est inédite : pendant une maladie qui avoit flétri son visage, il disoità un visiteur : « N'est-ce pas que ces babines feront bien pour
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le vieux Tibère r' » Non, aucune science n'est indifférente à l'art théâtral, lui fût-elle en apparence étrangère. Croiton, par exemple, que la poétique du geste, si négligée maintenant, ne recevroit pas un enseignement profond de l'étude de la statuaire grecque? Cette théorie de la mimique se trouve dans la Grammaire des arts du dessin de Charles Blanc, l'ouvrage le plus remarquable paru depuis ceux de Winckelmann. Combien y a-t-il d'acteurs qui aient lu ce livre, qui le prouventdu moins?
Sans posséder cette perfection encyclopédique qui ne cadroit pas avec les besoins littéraires de son époque, Baron est un homme unique dans les fastes du théâtre. Nul comédien ne naquit sous une étoile plus radieuse. Outre la proportion des formes, qui est l'idéal éternel, il avoit cette nuance de majesté qui fut la beauté de Louis XIV et devint le type de la beauté pendant le règne de ce monarque. Voyez son portrait par de Troy : sa taille est avantageuse et bien prise, ses traits ont une régularité grecque dont un ovale légèrement plein et la douceur de l'œil tempèrent l'austérité. Sa figure sereine et fière devenoit à l'occasion tendre et passionnée. Sa voix étoit forte, sonore, flexible; sa prononciation précise et nette, malgré un faible nasillement, causé par l'abus du tabac^ qui disparut dans la suite.
A ces dons naturels s'ajoutèrent bientôt ceux que pouvoit lui faire un des plus puissants esprits et l'un des plus profonds comédiens qu'ait possédés la France, l'auteur du Misanthrope et àù U Impromptu deVersailles.
D'après l'extrait baptistaire produit à sa mort, Baron seroit né en octobre i653, sur la paroisse Saint-Sauveur. Néanmoins, cette date a été fort contestée. La mauvaise tenue des registres paroissiaux au xvii^ siècle et le témoignage de Descoteaux, son ami d'enfance^ font présumer qu'il avoit six ans de plus. Il étoit d'ailleurs très-délicat sur l'article de son âge, et se fâchoit
avec ses meilleurs amis lorsqu'ils vouloient le pénétrer, de sorte que personne n'a pu y réussir, pas même Lemazurier, qui l'avoit pris à cœur. Son père, André Boyron — Louis XIII lui avoit donné plusieurs fois celui de Baron qui lui resta — fut un des bons acteurs de V Hôtel de Bourgogne. Il étoit si fanatique de sa profession, qu'il préféra la mort à l'amputation d'une jambe. Sa mère, actrice au même théâtre, avoit une grande réputation de beauté. Le jeune Baron fut donc élevé dans les coulisses. Orphelin à l'âge de neuf ans (ou quinze), il est mis en pension à Villejuif. Bientôt son oncle, apprenant qu'il passe le tems à déclamer des vers, le fait engager dans la troupe des Petits comédiens du Dauphin, en i664. Le succès qu'il y obtient arrive aux oreilles de Molière. Celui-ci va le voir, et, frappé de son intelligence précoce et de sa jolie mine, l'attire chez lui, le loge dans son appartement, le comble de cadeaux et lui propose d'entrer dans sa troupe (i665). Il accepte (i).
Cette liaison fut, pour le moment, de courte durée. Au mois de décembre 1666, pendant les répétitions de Mélicerte, écrite en vue de Baron, ce dernier se prend de querelle avec la femme de son protecteur, qui lui donne un soufflet. Outré de l'affront, que Molière désapprouve, mais ne peut lui faire oublier, il consent à jouer son rôle de Myrtil, pour ne pas faire manquer la représentation à la Cour; mais, le soir même, il demande au Roi l'autorisation de se retirer. Il l'obtient • et repart pour la province. On le voit tour à tour à Rouen, en Languedoc, en Provence, en Dauphiné, à Lyon et, en 1670, à Dijon. Utile éducation, à cette
(i) Voir tous ces détails dans Grimarest. Ils sont probablement véridiques, puisque c'est Baron lui-même qui a dû les fournir.
époque, que la vie de comédien ambulant. Molière, qui l'avoit menée quinze ans, y avoit fait ample récolte d'observations sur les mœurs, les types et les accens^ toutes choses variées alors.
Là, Baron, regrettant Molière, lui écrit pour le prier de le recevoir de nouveau. Molière, qui de son côté regrettoit sa jeune merveille, accepte avec joie. Il le fait revenir (i), le rétablit dans son intimité et le fait débuter, sur son théâtre du Palais-Royal^ par les rôles de Domitian {Tite et Bérénice) et de Néron [Britannicus). En 1671, il lui confie ceux de L'Amour {Psyché) où il fut ravissant de grâce ei de jeunesse, à.''Octave {Fourberies de Scapin), d'un Berger dansant {Comtesse d'Escarbagnas), et, en 1672, d^Ariste {Femmes savantes). On voit, par la diversité de ces rôles, la sollicitude de Molière, qui rompoit son élève à tous les emplois.
Entre autres calomnies, La Fameuse Comédienne prétend que, lors des représentations de P5)'c/ze', Baron, réconcilié avec Madame Molière, paya les bienfaits du mari en devenant l'amant de sa femme, imputation qu'il faut reléguer avec presque toutes celles de ce curieux mais infâme libelle, dont il est impossible que La Fontaine soit l'auteur. Baron, quels que soient les écarts de sa vie, n'a jamais commis d'actes honteux; ses ennemis — et il n'en manquoit pas — auroient pris soin de les rapporter. Nous voyons au contraire des preuves de l'élévation de son âme dans une foule de traits négligés ou dénaturés par ses précédents biographes. Com ment cette grande intelligence auroit-elle pu d'ailleurs ne pas s'élever au contact du noble esprit qui la couvoit avec amour r Molière fait de Baron son ami, son confi-
(i) Voir encore Grimarest, ainsi que pour toute la vie de Baron jusqu'à la mort de Molière.
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dent, son fils adoptif. Quand il va se reposera Auteuil, loin des courtisans qui le menacent, loin des prêtres qui le veulent brûler, loin surtout de sa femme qui le désespère, qui emmène-t-il? Quatre ou cinq amis, parmi lesquels Baron, le plus souvent ce dernier tout seul. Il complète son instruction, lui fait lire Plaute et Térence, ne laisse jamais perdre l'occasion de lui inculquer un bon principe, l'associant à ses bienfaits, le réprimandant avec douceur, tâchant, en un mot, de lui infuser quelque chose de son cœur et de son génie. Ces faits, rapportés par Grimarest, viennent de Baron, son ami ; ils sont tous à la louange de Molière, et j'apprécie la valeur de cet hommage posthume rendu trente-deux ans après la séparation. Autre remarque : c'est la discrétion de Baron à l'égard de Madame Molière; il avoit dû pourtant recevoir sur elle bien des confidences douloureuses qu'il taisoit, respectant, jusque dans la mort, ce que son maître avoit aimé.
Pendant les trois années que Baron passe auprès de lui, de 1670 à 1673, il ne le quitte point un instant. Pas d'anecdote sur l'un, dont l'autre ne soit le partenaire. Le 17 février 1673, lorsque Molière tombe presque sur le théâtre, c'est Baron — et il ne jouoit pas ce jour-là — qui le ramène chez lui et l'assiste à ses derniers momens. Cette noble existence, toute de désintéressement, de bonté pour les misérables, de lutte contre la sottise ou le crime triomphants, cette vertu héroïque, cet œuvre profondément humain et qui accuse une préoccupation, exceptionnelle alors, de la bourgeoisie et du peuple, tout cela fut pour le jeune Baron un exemple dont il a profité, selon nous, dans le sens où le guidoit sa nature. Les écrivains du xviiie siècle — il y en avoit bien peu chez qui le respect de la royauté et de la noblesse ne tînt du fétichisme — ont cité, en y applaudissant, les avanies qu'il
essuya de la part des courtisans. Moi, j'applaudis aux paroles de Baron, comme je tiens pour Molière contre les Guiche et les La Feuillade. Baron jouant avec le Prince de Conti, ponte en disant: Va pour cinquante louis, Mons- de Conti. — Tope à Britannicus, répond le prince. Qui donc, du comédien de génie ou du grand seigneur imbécile et corrompu, avoit le droit de mépriser l'autre? Ses domestiques se querellent un jour avec ceux du Duc de Biron. Vos gens ont battu les miens, dit-il au Duc, en se plaignant. — Hé! mon pauvre Baron, de quoi diable f avises-tu d'avoir des gens? Pourquoi donc pas? S'il y avoit une différence entre Baron et Biron, elle n'étoit pas en faveur du second, assez pauvre sire qu'on ne connoît guère que par ce trait. Cette conscience anticipée de la supériorité de l'intelligence et de ses droits à l'hégémonie lui donnoit un orgueil qu'on a qualifié de ridicule, et que nous trouvons légitime, surtout à la Cour, où la bassesse est un honneur et où l'honneur devient bas. Soixante ans avant que Piron osât mettre une épée dans la main d'un poète, un siècle avant que la Constituante rendît hommage à la profession de Molière — nous pourrions ajouter : deux siècles avani que l'élu du suffrage universel en contestât officiellement l'égalité — Baron la proclamoit supérieure en raison du talent qui l'accompagnoit. Tous les cent ans, disoit-il, on peut voir un César, mais il en faut deux mille pour produire un Baron, et, depuis Roscius,je ne connois que moi. Fatuité! ont dit ceux qui, niaisement éblouis par la puissance, abandonnent le principe de leurs droits plutôt que de compromettre les intérêts de leur égoïsme. Pour nous, il y a de l'esprit dans ces insolences, si Baron les disoit à des grands seigneurs ayant pour tout mérite celui de leurs ancêtres ou l'amour du Roi pour leurs femmes. Son' orgueil farouche ne ménageoit ni les spectateurs, qu'il
regardoit hautainement, lorsque leurs causeries le génoient, ni même Louis XIV à qui, plusieurs fois, il parla vertement. Paye^ au nommé Michel Boyron.., disoit l'ordonnance de sa pension; il fut tenté de ne pas la recevoir.
Il ne croyoit pas non plus que le titre de femme, même titrée, pût servir de passe-port à l'impolitesse. Invité par M. de Roquelaure à lire ses Adelphes devant plusieurs grandes dames, et voyant qu'on se préparoit à jouer pendant la lecture, il s'en alla brusquement. A insolence, insolence et demie. Une de ces Duchesses, qui adoroient l'homme et méprisoient le comédien, le voit arriver chez elle pendant le jour. Que vene^vous faire ici? lui dit-elle devant son monde, en le toisant comme un laquais. — Je viens, madame, chercher mon bonnet de nuit. Une autre fois, au milieu d'une querelle d'amants, une de ces dames se tourne, comme Ruy Gomej, vers les portraits de ses aïeux: — Que dirie:^-vous, si me voyie:^ dans les bras d'un histrion? — Lui simplement : — Eh! parbleu, Madame^ ils diraient que vous êtes Mie p L'orgueil ne ressemble à la sottise que lorsqu'il est absolu. Baron savoit écouter la raison, profiter d'un conseil et même le provoquer. Il avoit imaginé, dans Mithridate, un jeu nouveau : en faisant son entrée avec ses fils, il ne prenoit la parole qu'après avoir semblé réfléchir à ce que ceuxci venoient de lui raconter. Il consulta l'un de ses camarades sur cette intention : Votre jeu porte à faux, lui fut-il répondu; un grand homme doit concevoir tout d'abord. — C'est juste,, répliqua Baron; et il ne recommença point.
Molière meurt le 17 février 1673. La troupe, démoralisée, fait relâche pendant quelques jours. Le 24 elle reprend, et Baron, à l'âge de vingt ans (ou vingt-six), joue le rôle d'^ /ce5^e (Le Misanthrope,, que Molière
s'étoit réservé constamment et qui est le plus difficile du Répertoire. Depuis longtems VHotel de Bourgogne désiroit qu'il vînt remplacer P'ioridor. Du vivant de son maître, il avoit refusé; mais rien ne le retenant auprès de sa veuve, ou mieux, tout l'en éloignant, il s'engage, à la rentrée, dans la troupe de la rue Mauconseil. Sa réputation s'y accroît encore, et à la Réunion de 1680, il passoit pour le meilleur artiste de la Comédie' Françoise dans les premiers rôles tragiques et comiques. Il résumoit toutes les qualités que ses successeurs n'ont eues qu'en plus ou moins grand nombre. Dufresne fut un peu froid; le beau talent de Grandval étoit atténué par un grasseyement; Lekain eut un extérieur insuffisant pour les grands rôles; Bellecourt et Mole ne pouvoient remplir l'emploi de Baron que dans le comique. Lui seul fut parfait dans les deux genres. Racine, que Baron n'aimoit pas, à cause de sa conduite avec Molière, et qui le payoit de retour (i), lui prouva néanmoins d'une manière éclatante le cas qu'il faisoit de lui, C'étoit à une répétion. Après avoir indiqué aux comédiens le sens de leur jeu : Pour vous, dit-il à Baron, je n'ai point d'instructions à vous donner; votre âme et votre génie vous en diront plus que mes instructions n'en pourroient faire entendre. Ce qui n'a pas empêché \e petit fils du grand père de prétendre que Baron se bornoit à répéter les tons que lui avoit appris Racine. L'illustre comédien servoit de modèle jusque dans l'éloquence de la chaire, et les prédicateurs en vogue alloient à la Comédie, lorsqu'il y jouoit, apprendre l'art de déclamer, afin de pouvoir déclamer contre la Comédie. Les principaux rôles qu'il établit à cette époque
(i) Une fois que Baron Tinterrompit à rassemblée, il lui dit : Je vous ai fait appeler pour prendre un rôle et non pour me donner des conseils.
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sont Achille {Jphigénie, 1674), le comte d'Essex {1678), Alamir [Zaïde de La Chapelle, 1681), Pylade (Oreste deBoyeret Leclerc, 1 68 1 }, ^j^jc (de La Chapelle, i684), Andronic et Alcibiade (de Campistron, i683).
Le 3i janvier (i) 1686, au matin, les affiches de la Comédie-Françoise, placardées dans tous les carrefours de Paris, annoncèrent L'Homme à bonnes fortunes j comédie en cinq actes en prose, par Michel Baron.
Vers quatre heures, la presse fut grande rue Mazarine, €n face larueGuénégaud, où se trouvoit alors le théâtre (n° 42). La Cour et la Ville s'y étoient donné rendezvous. Le nom de l'auteur et le titre de la pièce promettoient des confidences autobiographiques, et l'on s'attendoit à voir Baron jouer mieux encore que d'habitude. On avoit déjà vu de lui deux pièces données l'année précédente. Le Rende:{-vous des Thuilleries, où il avoit ébauché cette peinture de la jeunesse désoeuvrée de la Cour, et Les Enlèvemcns, petit acte sans portée. Cette fois, le public prévoyoit un tableau d'une grande fidélité; l'artiste connoissoit si bien les modèles, et, avant de se peindre en leur compagnie, il avoit tant posé avec eux ! Le public prévit juste : la pièce est un chef-d'œuvre. Elle eut 24 représentations de suite, succès rare à cette époque. La recette de la première représentation fut de 1498 1. 10 s.; la part d'acteur de 5o 1., la part d'auteur de i58 1. i4 s.; c'étoit le double
(i) Maupoint, les frères Parfaict, Léris, de Mouhy (imprimé), etc., disent tous 3o janvier. Mais le manuscrit de de Mouhy qui est à la Bibliothèque Impériale dit : 3 1, et il a raison. Ce chiffre et tous les suivants, que nous y avons pris, concordent avec les registres de la Comédie-Françoise, dont nous devons la communication à l'obligeance de M. Léon Guillard, archiviste du théâtre.
environ des chiffres ordinaires. En février, la part d'auteur fut de i425 1. i6 s.; en mars, de ioi5 1. Après la rentrée de Pâques, la pièce fut reprise les 17, ig, 21 et 25 mai. La première de ces représentations produisit encore 725 1. i5 s., et la part d'acteur 24 1. : moyenne des premières contemporaines. Elle est restée depuis au Répertoire, et on la jouoit encore il y a trente ans, La Comédie-Françoise a failli la reprendre en 1868 (i).
La vogue de cette pièce fut si grande qu'elle rejaillit sur La Coquette et la Fausse Prude, que Baron donna le 18 décembre de la même année, qui eut 25 représentations consécutives, et dont la première fit 2o85 1. de recette. Elle rejaillissoit encore sur Le Chevalier à la mode, imitation de VHovime à bonnes fortuites, que Dancourt fit représenter l'année suivante, et, quatre ans après, sur la parodie que Regnard en donna, le 10 janvier 1690, à la Comédie Italienne, Arlequin homme à bonnes fortunes (2). A la Cour, le succès ne fut pas moins vif. Les comédiens, qui vont y jouer la pièce le 8 février, y reviennent le 4 mars. Deux ans après, ils l'y jouent de nouveau le 3o janvier 1688, et Louis XIV, qui la voit alors pour la première fois, selon Dangeau,
(i) Qui l'auroit jouée? Le rôle de Moncade veut un acteur moins froid que Bressant, et Leroux, qui sauroit le composer, a pris trop d'embonpoint. En tous cas, si la Comédie reprend son projet, nous l'engageons à ne pas représenter en costumes Louis XV, ainsi qu'elle fait pour Le Joueur, pour Turcaret et presque toutes les pièces du xvii* siècle. Puisqu'on observe les dates de création dans Molière, pourquoi les changer dans les autres et dérouter ainsi la masse du public?
(2) Regnard constate le succès de sa pièce dans la Critique qu'il en fit jouer au même théâtre, le i*"" mars suivant.
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ne la trouve point trop à son gré. Mais la sincérité de ce jugement est suspecte; le Roi n'aimoit pas l'indépendant comédien, et la Dauphine, qui avoit eu des démêlés avec lui, comme directrice des spectacles, le desservoit auprès du monarque.
L'Homme a bonnes fortunes n'a point, certes, la portée philosophique et morale des pièces de Molière ; mais, en mettant à part l'œuvre de ce dernier, la comédie de Baron nous semble venir en première ligne dans le Répertoire jusqu'à l'avènement du Romantisme. Indépendamment de sa valeur psychologique, elle peut être examinée comme genre, comme système dramatique au point de vue de l'auteur et de l'acteur, et comme indication pour l'histoire des mœurs en France.
Comme genre, elle fait date. L'esprit des peuples du Nord, conquérants de la Gaule, et le catholicisme s'étoient entendus, pendant tout le moyen âge, pour déifier la femme. Dans les romans de chevalerie, elle est le mobile de toutes les entreprises, l'objet d'un culte où elle reste passive. La Renaissance la fit descendre de ce piédestal et l'humanisa. Le retour à l'antiquité, qui marqua cette époque, et la Réforme enlevèrent également à l'esprit françois ce côté mystique qu'il tenoit du catholicisme. Dès lors, en amour, la femme dut faire une partie des frais et partager avec l'homme les anxiétés, les dévouemens, les douleurs de la passion. L'Homme à bonnes fortunes est la première de ces pièces où l'élément romanesque et sentimental de l'amour apparoît dans un caractère féminin, pour se développer ensuite avec La Chaussée, Diderot, etc., et s'épanouir avec le Romantisme.
Comme système dramatique, c'est un type. Le théâtre françois ne possède guère, parmi les œuvres supérieures,— à part le théâtre réaliste contemporain, quand, toutefois, il n'est pas didactique avec M. Dumas fils —
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que Le Barbier de Séville et Le Mariage de Figaro de comparables à L'Homme à bonnes fortunes. Nous y retrouvons la puissante éducation que Baron avoit reçue de Molière. Non qu'il faille établir, même sous ce rapport, de l'analogie entre les deux écrivains : Molière, malgré la forte charpente de ses pièces, n'y a point réalisé l'idéal dramatique, précisément à cause de la propagande morale qu'il y voulut introduire ; Shakespeare non plus^ Victor Hugo moins qu'eux encore. — J'omets les Grecs, dont la poétique dramatique a toujours subi l'influence directe du lyrisme. — Apporter cette restriction à de telles gloires, c'est donner à ce qui en est le motif une évidente infériorité. Oui, sans doute, le drame est inférieur, comme forme, au lyrisme, qui est le moule le plus parfait de l'idée poétique. Mais, outre qu'il marque un âge dans la vie littéraire des civilisations, il a ses lois spéciales, que la poésie a violées constamment — et je viens d'expliquer qu'elle a donné une large compensation — dans presque toutes les œuvres remarquables que le théâtre a produites. Ces lois forment un absolu moins élevé que l'absolu poétique, parce qu'elles ne peuvent régir le théâtre, expression de la société, qu'à des époques où, par une réaction naturelle du fond sur la forme, la société prête moins à la poésie. C'est ce qui fait aujourd'hui leur empire.
Ceci n'est, je le répète, qu'une question de forme et ne peut atteindre le génie des poètes du xvii« siècle. La preuve, c'est l'état embryonnaire de leur système dramatique. Quoi de moins conforme à la conduite du drame que la tragédie de Corneille et même celle de Racine? La dernière, sans doute, a fait un grand pas vers la réalité, mais cette réalité affecte plutôt les sentimens et la philosophie de leur dénouement que leur expression. Psychologiquement, la première est
idéale, la seconde vraie ; mais la forme de l'une et de l'autre est un dialogue lyrique m.aintenu par une étiquette de convention et modulant ses variations abstraites sur un fait qui lui sert de thème. C'étoit l'image de Versailles, idéal des mœurs, par conséquent du théâtre; et la tradition savante, qui sembloit gouverner la poétique, se bornoit à y répondre, tant elle cadroit avec les inspirations de la monarchie pseudo-romaine de Louis XIV. L'essence du drame, au contraire, c'est l'action (ofàix?), le plus d'action possible. Tout développement étranger à l'action, toute parole qui n'y concourt pas, l'altère. Le personnage qui sent ne le dit point, il le prouve par ce qu'il fait. Et ce système, inférieur au lyrisme sous le rapport de la poésie, lui est supérieur sous le rapport de la vérité : celui qui sent est absorbé par son émotion, il ne peut la décrire. Homère chante la colère d'Achille, il n'eût pas chanté la sienne.
Eh bien, L'Homme à bonnes fortunes est charpenté selon le système dramatique par excellence : pas un mot d'inutile à l'action, et une action permanente. Remarque significative à première vue : le dialogue en est tellement haché, que chaque personnage ne dit guère plus de quelques paroles d'un trait; les deux ou trois tirades qu'on y remarque sont des expositions nécessaires de faits. La vérité humaine y est à l'état latent, et il est difficile de la saisir complètement en une seule lecture. Cette pièce accuse aussi la main d'un acteur profondément versé dans la science des ressorts dramatiques. La jalousie accusa Baron de n'être que le prête-nom de Subligny. Cette calomnie, qu'on n'a jamais appuyée de preuves, tombe d'elle-même, quand on étudie l'œuvre complet des deux écrivains (i).
(i) Même réponse pour La Coquette, attribuée à d'Alègre, et p<^UT L'AnJrîenne, à De La Rue. D'Allainval, Baron 2
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D'ailleurs les moyens, pour être habiles, ne diftèrent pas de ceux qu'employoit alors la comédie : un valet et une servante, équivalents des confidents tragiques, simplifient le nombre des personnages épisodiques ou les remplacent, et donnent de la concentration à la marche de la pièce, qui, de la sorte, est à la fois simple et très-intriguée. Cette comédie est un drame comme on l'entend aujourd'hui ; elle n'a d'élément comique que Pasquhi, caricature de Moncade. Quant à l'amour des quatre femmes pour ce dernier qui les trompe, il n'a rien de ridicule : la passion vraie et légitime ne l'est pas.
Les mœurs que décrit L'Homme à bonnes fortunes sont historiquement réelles. En 1686, les fautes du Grand Roi portoient leurs fruits depuis longtems déjà. La centralisation à outrance faisoit, à vrai dire, succéder le calme aux éruptions féodales, mais un tel régime avoit joint au tort de s'éterniser celui de prendre la corruption comme fumier de son égoïsme. L'énervement systématique de la noblesse, le règne odieux de la Maintenon — Scarron valoit bien mieux! — et l'avènement de la Finance développoient tous les jours, chez les jeunes seigneurs, une démoralisation qui gagna bientôt les femmes de la Cour. Geoffroy, Petitot et les écrivains qui, sous l'Empire, ont nié la vérité de ces peintures, agissoient par esprit de système ou par ignorance. — Le premier a tout mis, comme d'habitude, sur le dos des Encyclopédistes. — D'autres étoient mal renseignés sur les mœurs de la Cour sous Louis XIV; car il ne faut pas oublier que les grandes révélations sur cette époque — à commencer par celles de Saint-
l'auteur aigre-doux de toutes ces assertions, accuse également Baron d'avoir voulu escamoter le Géta de Péchantré.
Simon — datent à peine de trente ans. D'autres enfin se sont mépris sur le milieu, qu'ils ont placé dans la bourgeoisie, disant avec raison que celte classe n'étoit point alors gagnée par la gangrène. Mais tout prouve que Moncade et ses maîtresses sont gens titrés. Baron, tout en mettant dans sa pièce beaucoup de ses propres aventures, en a pourtant voulu faire une comédie de mœurs. Et puis la matière étoit si délicate et frisoit tellement les personnalités, qu'il a dû peindre les faits ordinaires, estompant avec adresse la couleur des personnages que des qualifications auroient peut-être démasqués, ne donnant, dans la pièce imprimée, de titre à personne et se ménageant la ressource de tout rejeter sur le costumier, si la richesse des vétemens lui eût attiré des ennuis. Forcé même, par la transparence des allusions, à déguiser Moncade en le généralisant, il lui a prêté le caractère d'homme entretenu, que le fier Baron n'avoit sans doute jamais eu. Enfin, à cette époque, 5o,ooo écus n'étoient pas une dot de bourgeoise. Au point de vue du moraliste, les reproches de La Bruyère et de La Harpe sont plus sérieux. Ce n'est point asse:{, dit le premier, que les mœurs du théâtre ne soient point mauvaises, il faut encore qu'elles soient décentes et instructives. Il peut y avoir un ridicule si bas et si grossier, ou même si fade et si indifférent, qu'il n'est ni permis au poète dy faire attention, ni possible aux spectateurs de s'en divertir. Le paysan ou Vivrogne fournit quelques scènes à un farceur ; il neutre qu'à peine dans le vrai comique : comment pourroit-il faire le fond ou l'action principale de la comédie? — Ces caractères, dit-on, sont naturels. — A insi, par cette règle, on occupera bientôt tout l'amphithédtre d'un laquais qui siffle, d'un malade dans sa garde-robe, d'un homme ivre qui dort ou qui vomit : y a-t-il rien de plus naturel? C'est le propre d'un effé-
miné de se lever tard, de passer une partie du jour à sa toilette, de se voir au miroir, de se parfumer, de se mettre des mouches, de recevoir des billets et d'y^ faire réponse. Mette^ ce rôle sur la scène. Plus longtems^ vous le fer e:^ durer, un acte, deux actes, plus il sera naturel et conforme à son original; mais plus aussi il sera froid et insipide.
Ce passage, dont la première partie concerne Molière et dont la seconde atteint L'Homme à bonnes fortunes, émet sur l'art une opinion très-élevée que partageoit l'auteur du Misanthrope, encore mieux que La Bruyère, et qui devoit être celle de Baron. Mais ce dernier, n'étant pas moraliste, a produit en raison de son tempérament; s'il l'avoit surmené, c'est peut-être alors qu'il eût été froid et insipide. Et d'ailleurs, a-t-il violé la grande loi du drame que Corneille a proclamée? a-t-il justifié le vice? Non. Dans une œuvre secondaire qui, de sa nature, exigeoit des peintures peu morales, il a du moins sauvé l'art. S'il n'a pas sévèrement puni, c'est que, vu l'époque, son héros, pris isolément, n'est point criminel. Les historiens du théâtre François ont établi, entre le Moncade de cette pièce et ceux qui l'ont suivi, des rapports imaginaires. l^QMoncade àt L'Ecole des Bourgeois, le Chevalier à la mode, celui de Turcaret, etc., sont des fripons cyniques. Celui-ci ne tient pas à l'argent; il repasse à d'autres les cadeaux qu'on lui fait; il n'est que jeune, fat et léger. D'ailleurs, que de respect pour l'art dans cette peinture, vraie sans réalisme brutal, que de convenance jusque dans les écarts de ce jeune libertin, quel hommage il rend aux femmes, en prenant tant de peine à les tromper et à étudier leur cœur, que d'amour enfin! et les femmes — nuance que Baron a exprimée avec autant de bonheur que de délicatesse — en pardonnent mieux l'excès que l'absence. Une autre excuse que je crois voir dans le
caractère personnel de l'œuvre, c'est que l'âme fière de Baron devoit chercher, dans ce triomphe irrésistible du génie et de la beauté, une revanche enivrante sur les médiocrités qui l'éclaboussoient officiellement.
L'Homme à bonnes fortunes est encore admirablement façonné sous le rapport de l'exécution théâtrale. Les types variés et saillants, le style, proportionné aux caractères, concis et plein, suspendu aussitôt que l'idée est comprise, vif et mouvementé, dénote non-seulement du métier, mais des réflexions profondes sur les ressources de l'art du comédien. On ne retrouve pas ces qualités, au même degré du moins, dans les pièces ■de l'époque.
L'interprétation primitive fut supérieure. Baron connoissoit depuis longtems le personnel de la Comédie; il avoit distribué les rôles avec un grand tact.
Il confia celui de la langoureuse Lucînde à Madame Raisin, grande et éblouissante comédienne, âgée pour lors de vingt-quatre ans et dans tout l'éclat de sa beauté fraîche et gracieuse. Le charme de ses yeux et de son sourire étoit proverbial à Paris. Elle rendit à ravir les phases toujours passionnées d'abandon, d'anxiété et de désespoir que traverse l'amante de Moncade. tlle devint plus tard maîtresse de ce pauvre Dauphin qui, €n fait de galanteries, l'associoit à ses jeûnes et mortifications!
Son mari, Raisin le Cadet, surnommé le petit Molière, tenoit le rôle étourdissant de Pasquin. Il avoit trente ans. Homme d'esprit, savant et grand observateur, ce comédien, l'un des plus célèbres qui aient paru dans la haute livrée^ jouoit aussi les manteaux, les petits-maîtres, les caractères et les ivrognes. Ce fut lui qui créa Front in du Muet et Esope à la ville II mit au service du singe de Moncade sa physionomie impudente et maligne.
Léonor, Vamoureuse pensive et secrète quoiqu'habile^ c'étoit Madame Guérin d'Estriché, Armande Béjart, la veuve de Molière, pour qui les rôles de Célimène, d'Elmire, de Psyché, à'' Angélique avoient été écrits. Agée de quarante-trois ou quarante-quatre ans en 1686, elle avoit encore les charmes fascinateursde Lucile. Comme actrice, elle étoit l'élève de Molière ; c'est tout dire.
Madame Dancourt, femme du comédien de ce nom et belle-sœur de Baron, avoit reçu le rôle di''Aramiyite; Madame Durieu, soeur de Madame Raisin, celui de Cidalise. La seconde créa le rôle analogue de la Baronne dans Le Chevalier à la mode. La beauté provoquante de l'une, la tournure superbe de l'autre, en faisoient de remarquables grandes coquettes.
Marton, c'étoit Madame Beauval. Jamais actrice plusforte en gueule n'a paru sur le théâtre. Molière, qui avoit besoin de servantes rondes et délurées, y tenoit beaucoup. Elle créa Nicole et presque toutes les soubrettes de son époque. Sa voix répondoit à son caractère acariâtre. Par esprit de contradiction, elle avoit épousé un moucheur de chandelles de la Comédie. Dans le prologue des Folies amoureuses, Regnard parvint à lui faire jouer sa propre personne : Dancourt^ qu'elle appelle crasseux, la prie doucement de ne point lui chercher querelle. Celle-ci lui répond d'un air à le dévorer :
Qui? moi? chercher querelle? Hé bien, la médisance!
Parce que, naturellement.
Avec simplicité, je dis ce que je pense!...
Raisin l'aîné, frère du cadet, étoit grand et fort maigre. Il jouoit, dit un contemporam, de très-bon sens, mais iln'avoitpas tous les talens requis pour faire un grand comcdien. Il étoit impossible de choisir mieux pour Eraste, qu'on a toujours accusé, bien à tort, d'être
un rôle sacrifié. La platitude de ce patito transi est une habileté de l'auteur. Cet amant à qui tout le monde parle avec ironie, qui n'ose pas se fâcher quand on veut aimer sa sœur et ne pas l'épouser, donne plus de relief à Moncade et fait mieux ressortir le désespoir de Lucinde, qui prend Eraste comme pis-aller. L'acteur qui donneroit de l'importance à ce rôle enlèveroit à l'ensemble de la pièce une partie de sa signification.
Ergaste, c'étoit Guérin d'Estriché, le second mari d'Armande Béjart, écrasé par le souvenir du premier. II étoit excellent comédien et bien supérieur à ce rôle accessoire. Desmares, le frère de Madame de Champmeslé, faisoit Monsieur Martin. C'étoit un bon paysan; il a joué presque tous ceux de Dancourt.
Une autre particularité de cette représentation, c'est le début du fils de l'auteur. Etienne Baron, alors enfant, jouoit le rôle du petit chevalier. Il hérita de la beauté de son père et d'une partie de son talent. Mademoiselle Desmares, qui en fut éprise, lui sacrifia le Duc d'Orléans, depuis Régent. Il mourut d'épuisement en 171 1.
Remarquons aussi la délicatesse qu'avoiteue l'auteuracteur de ne point donner de rôle à sa femme {i).
Quant à Moncade, c'étoit, ainsi que nous l'avons dit, Baron lui-même, âgé de trente-trois ans (ou trenteneuf). II mit dans ce rôle, qu'il se destinoit, toute l'expérience de son cœur et de son talent. Personne ne se trompa sur son véritable caractère. Les noms des héroïnes qui l'inspirèrent nous ont presque tous échappé, à cause du secret exigé par leur grande position ou du danger qu'auroient couru les divulgateurs (2). La
(i) La fille deLa Thorillière; elle xie quitta le théâtre qu'avec son mari.
(2) Si favois connu, disoit le duc de Chartres à Ma-
Bruyère n'en a transmis trois ou quatre que sous le masque du pseudonyme. Mais les clefs manuscrites des Caractères supppléent à cette discrétion. Lélie y devient mademoiselle de Briou, Marquise de Constantin ; Claudie, la Duchesse de Bouillon ou la Maréchale de la Ferté ; Messaline, cette dernière ou la Duchesse d'Olonne. On sait encore qu'il fut aimé de Ninon. Là se bornent les réxélations de la chronique, mais on dit que la liste de don Juan étoit courte auprès de la sienne. Baron, fidèle sans doute à l'habitude qu'avoit Molière de puiser dans sa propre vie les incidens de ses pièces, dut semer V Homme à bonnes fortunes de traits qui allumèrent des sourires ou des larmes dans les loges, d'autant plus que, souvent, il faisoit l'application d'un passage louangeur ou satirique de ses rôles à des spectateurs, en le leur adressant de la scène. Toutes ces querelles amoureuses, ces fourberies de l'infidèle Moncade n'étoient probablement que des faits pris dans la réalité. En tous cas, Baron avoit été galant homme, car ses allusions ne portoient point sur des scandales. N'étoitce pas d'ailleurs un hommage de plus qu'il rendoit aux femmes, en leur prêtant cette auréole d'amour qui les rend plus belles et cette grâce adorable qui semble les diviniser?
Kl comme ce rôle prête bien au talent de l'acteur! Puérilité volontaire d'enfant gâté, insouciance et moquerie, distinction et esprit, tendresse caressante, fureur de passion, que de nuances à saisir, que de science du cœur, que d'habitude il faut du grand monde, où il vécut toujours, que de qualités rares chez le comédien et dont il possédoit la réunion 1 Après lui, Quinault-
demoiselle Quinault, Vamour de ma sœur (la Duchesse de Berry) i^our Dufresne, il seroit mort dans un cul de basse-fosse.
Dufresne, Grandval, Bellecourt, Mole, Fleury et Firmin ont tenu le rôle, mais aucun avec la même perfection.
Il brilla sur la scène pendant cinq ans encore, et joua le rôle (ïEraste dans sa comédie de La Coquette et la fausse prude en décembre 1686, i?e'^w/w5 de Pradon, Annibal de, Riupéroux en 1688, Tiridate de Campistron, Horace (Ecole des Femmes), Horace {Les Horaces), Pompée (Sertorius), Œdipe de Corneille, Don Sanche d'Aragon, Nicom'ede en 1 691. La même année il sollicite sa retraite; il l'obtient, ainsi que sa femme, et joue, pour la dernière fois, le dimanche 21 ou 22 octobre, à Fontainebleau, Ladislas {Venceslas). l\ 2i\o\\. trente-huit ans (ou quarante-quatre) ; il étoit dans la force de râge, comblé des faveurs du Roi, choyé, fêté partout, jour et nuit. Quel fut donc le motif de cet abandon prématuré d'une carrière qu'il adoroit et qui étoit le plus beau piédestal que pût ambitionner son orgueil? Les uns prétendirent qu'à celte époque ii postuloit une charge de Valet de chambre du Roi, ce qui est douteux, vu la fierté exceptionnelle de Baron et l'exemple de Molière, qui avoit su concilier, entre autres occupations, ces deux-là. Il avoit aspiré, selon d'autres, à la direction de la Comédie, dont le gouvernement étoit républicain, et il fut blessé du refus qu'il essuya. D'autres encore, ne croyant pas à la spontanéité de sa retraite, ont dit qu'elle étoit un congé, même un ex'l. Cet avis est le moins probable. Louis XIV, bien qu'il n'aimât pas Baron, tenoit à lui. En avril i685, il avoit résisté aux prières de la Dauphine, qui vouloit le faire casser, ainsi que Raisin, pour résistance à quelque ordre. D'Allainval assure même que le Roi lui dit : Songe^ bien a ce que vous me demande^; si vous quitte:^ le théâtre, vous n'y rentrerez pas tant que je régnerai. On n'est aussi sévère que lorsqu'on craint
de perdre. Outre sa pension de looo livres, Baron, d'ailleurs, en obtint une autre de 1 5oo sur la cassette royale. L'opinion la plus répandue est qu'il déi>ira jouir des droits que l'Eglise refusoit alors aux comédiens. Il excita les regrets universels. La même année, Le Noble fit jouer, à la Comédie Italienne, Les Deux Arlequins : le public, privé de Baron, y courut pour voir l'imitation que Gherardi J'(3/-/e^«/«, savoit fairede son jeu.
C'étoit en effet une grande perte, et l'art, qu'il avoit porté si haut, retomba vite dans l'ornière d'où son maître et lui l'avoient tiré. Ilparoissoit, dit une remarquable brochure (i), tendre et passionné selon les différents personnages quil avoit à représenter Ses
tons étoient énergiques et variés; ses inflexions ajoutoient souvent au sens des vers qu'il déclamoit : et si, pour exprimer les grandes passions et émouvoir, il fallait encore quelque chose, son silence, ses regards, les divers caractères qu'il avoit Vart de peindre sur son visage, ses attitudes, ses gestes précis et ménagés achevoient de porter la terreur et la pitié dans les cœurs les plus insensibles.
Qiiehe simplicité! Quelle vraisemblance dans les râles quil représentoit ! Mais que cette simplicité étoit majestueuse! Il semblait, à Vaisance avec laquelle il soutenait ses caractères augustes, que la grandeur lui fût naturelle, quil fût né pour commander aux autres : en un mot, on Veut pris pour le Prince lui-même au milieu de son palais. Bien éloigné d'appuyer sur chaque vers et sur chaque mot et de faire briller avec affectation les beautés qui pouvaient frapper, il ne montrait les
(i) Seconde lettre du souffleur de la Comédie de Rouen au garçon de caffé, Paris, Tabarie, lySo, in-12. C'est, je crois, Dumas d'Aigueberre qui en est l'auteur. D'autres l'attribuent à Mazover.
pensées que par les sentimens, ou, s'il relevait quelque sens ou quelque expression, c'étoit de celles qui sembloient cachées et qui ne se produisent point asse:^ d'ellesmêmes. Lorsque cet acteur soupiroit, se plaignait, aimoit, entrait en fureur, tous ses mouvemens étaient tels y que son amour, sa fureur, sa crainte et tous ses sentimens paraissaient véritables : il savait caractériser toutes ces passions par ce qu'elles ont de particulier; et non-seulement il ne les confondait point les unes avec les autres, mais il les distinguait en elles-mêmes par mille circonstances propres aux personnes dont il était revêtu. On découvrait même au milieu de ses transports un combat du héros et de Vhomme passionné, de sa fermeté naturelle et du penchant qui l'entraîne, enfin un mélange de sa grandeur et de sa faiblesse.
Talma, lorsqu'on a réédité, de 1822 à 1825, les Mémoires des divers comédiens, s'est chargé de joindre à ceux de Lekain une préface où il émit son opinion sur l'art théâtral. Le grand tragédien étoit clairvoyant sur ses intérêts, il en a donné maintes preuves. Il saisit donc l'occasion qui se présentoit de confisquer à son profit la gloire de tous ses prédécesseurs. A cet effet, il écrivit un vrai dithyrambe en l'honneur de Lekain, le proclamant fondateur de l'art théâtral : tactique habilement perfide. — Les gens, se disoit-il, qui ont vu Lekain sont encore nombreux; ils connoissent la différence qu'il y a entre sa manière large, passionnée, chevaleresque et tendre, malgré de terribles éclats, et mon talent austère, exact et un peu réaliste; ils ne prendront de mes éloges que ce qu'il en faut prendre, les attribueront à une piété enthousiaste, et continueront de voir en moi le type du tragédien moderne. En donnant à Lekain des qualités qu'il n'avoit pas, je fais croire à mon désintéressement, j'écarte les soupçons et je peux écrire : Qiiand il parut, le système de
déclamation étoit une sorte de psalmodie et de triste mélopée QUI DATOIT DELANAISSANCE DU THEATRE. — EtBarOn,
qui avoit pourtant joué la tragédie exactement comme la jouoit Talma, avec moins d'exactitude historique, il est vrai, dans le costume, mais dans le même système de déclamation et, en outre, avec plus de poésie? L'auteur des K^^ejc/o«5 l'escamotoit ; c'étoit son but. Aussi à combien de falsifications n'est-il pas entraîné? à quels silences coupables? Et toute l'école formée par Baron : Ponteuil, Quinault-Dufresne, Adrienne Lecouvreur? de ceux là pas un mot. De Clairon? des réticences. Il critique l'emploi du mot déclamation ! Et Baron, qui s'en offensoit, qui disséquoit le vers et en rompoit la mesure? Il va même jusqu'à refuser à Diderot, défenseur de l'école qui se rapprochoit le plus de la sienne et qui voyoit trop clair dans la question, la faculté de juger le comédien. Quant à la réforme du costume, il étouffe complètement les tentatives de Clairon et de Lekain, qui firent ce premier pas, le plus difficile. Bien mieux! il omet Levacher de Charnois et Mademoiselle S.tint-Huberti, qui ont réalisé, avant lui, l'exactitude absolue. Nous sommes heureux d'avoir pu saisir l'occasion de révéler un des faux les plus impudents qui aient été commis dans l'histoire. Car ce n'est point par ignorance que Talma péchoit : il connoissoit fort bien ce qu'on avoit écrit sur Baron, et, dans sa jeunesse, il avoit pu causer, aux foyers de la Comédie, avec des vieillards qui avoient connu cet acteur.
Baron est le premier qui a.h parlé la tragédie. Il avoit appris l'art de débiter simplement et vrai de Molière, qui l'eût pratiqué, si sa voix le lui eût permis, qui l'a enseigné de la même façon que Shakespeare, et dont les conseils à son fils adoptif furent encore plus explicites que les leçons de VImpromptu. Il parloit au théâtre
comme il parloit dans le monde ou chez lui, calme ou passionné, selon la situation, familier parfois — ce point lui a même été reproché par ses contemporains — toujours naturel et sans enflure. Souvent chaleureux et poétique, à cause du caractère lyrique de la tragédie, il sas^oit atténuer ce vice du genre en rompant l'uniformité des tirades par des poses, des tems, des intentions que l'auteur lui-même n'avoit point prévues. Quand il représentoit, le spectacle duroit une demi-heure de plus qu'à l'ordinaire. En un mot, il jouoit la tragédie comme on joue le drame à présent.
On a conservé de lui plusieurs traditions; elles prouvent la haute intelligence qu'il avoit de son art.
Dans La Mort de Pompée, au lieu de ces entrées redondantes des Rois bien entripaillés de V Hôtel de Bourgogne, 'Qdivon-César faisoit la sienne chez PtoJémée, soucieux, préoccupé, hautainement inattentif aux courtisans qu'il accueilloit d'un mot, d'un coap d'oeil, d'un signe de tête.
Oui, c'est Agamemnon, c'est ton Roi qui t'éveille.
Il récitoit ce vers à voix basse — Plus haut! lui criat-on. — Si je le disois plus haut, je le dirois mal. — En semblable occasion, Quinault-Dufresne répondit : Et vous plus bas! ce que le parterre trouva un peu trop haut.
Mithridate dit en entrant à ses fils :
Princes, quelques raisons que vous puissie:^ me dire, Votre devoir ici n'a point dû vous conduire,
Ni vous faire quitter, en de si grands besoins. Vous le Pont, vous Colclios, confiés a vos soins.
Il soulignoit la différence qu'il faisoit entre Xipharès et Pharnace, en disant au premier : Vous le Pont — avec la hauteur d'un maître et la froide sévérité du
3o PRÉFACE.
juge ; à rautre, Vous Colchos — avec le ton d'un doux reproche qu'il est étonné d'avoir à faire et qu'il fait avec peine au fils qu'il aime et dont il se sent aimé. Dans Poïy^eucte, Sévère, courtisan sceptique, disoit :
Serve:( bien votre dieu,,
avec le ton négligeant de celui qui ne voit pas d'inconvénient à la chose, et
serve:^ votre Monarque
comme une prescription, dont il indiquoit l'importance par une inflexion élevée, en expliquant l'utilité de la suivre par un geste adroit et fin. Autre trait du même rôle :
Mais, si j'ose, entre nous, dire ce qu'il me semble, Les nôtres (nos dieux), bien souvent, s'accordent mal
ensemble; Et, me dût leur colère écraser à tes yeux, Nous en avons beaucoup pour être de vrais dieux.
Indépendamment de l'ironie qu'il mettoit dans tout le morceau et de la manière incrédule dont il disoit beaucoup, avant le dernier vers, il faisoit une pose, regardoit autour de lui dans la crainte d'être entendu, s'approchoit de Fabian, et, lui mettant la main sur Tépaule pour accentuer l'aveu, le lui faisoit à mi-voix.
Qiielle entreprise ici pourroit être formée? Suis-je, sans le savoir, la fable de l'armée? Entrons. C'est un secret qu'il leur faut arracher. [Achille, dans Iphigéyiie).
Les acteurs qui l'avoient précédé disoient ces vers avec une indignation furieuse. La sienne étoit mêlée
PRÉFACE. 3l
d'indifférence ironique; il avoit le ton d'un homme supérieur à toutes les entreprises que l'on peut former contre lui et qui sourit de tant d'audace. Il étoit également d'usage, avant lui, que César fût courroucé en disant au Roi d'Egypte :
Connoisse^-vous César, pour lui parler ainsi?
Lui le disoit d'un ton calme et laissoit à peine tomber un regard dédaigneux sur Ptolémée.
L'aplomb, qui double l'esprit et la sottise, lui inspira de beaux traits. Un jour qu'il jouoit le Comte d'Essex, sa jarretière tomba. Devant la Reine ou la Duchesse, il n'eût osé la relever; mais n'étant alors qu'avec le traître Cécil, il appuie familièrement sa jambe sur l'un des balcons et répare l'accident, en tournant le dos au ministre d'Elisabeth et en continuant à lui parler. Une autre fois, on devoit représenter Phèdre. Le spectacle fut changé sans qu'on l'en prévînt. Hippolyte paroît et entame ses doléances à Théramène. Le souffleur l'avertit à voix basse qu'on joue Mithridate. Sans laisser voir le moindre étonnement, il prend son confident par la main, le conduit au bord de la scène et^ d'un air mystérieux lui dit :
On nous faisait, A rbate, un fidèle rapport. . .
Il ne rendoit pas le vers — ce que l'école de V inspiration est trop exposée à faire — mais le sentiment. On sait quelle est la situation, quand Pyrrhus dit à Andromaque :
Madame, en l'embrassant, songe:^ à le sauver.
Le Roi d'Epire veut bien refuser le fils d'Hector aux Grecs, si la mère consent à partager sa passion. Au lieu de la menace brutale^ Baron employoit l'expression pathétique de l'intérêt et de la pitié. Par le geste sup-
pliant dont il accompagnoit en l'embrassant, il sembloit présenter Astianax à sa mère. Il mêloit ainsi la cause de son amour à celle de l'amour maternel et plaidoit l'une en évoquant l'autre.
Ulysse, revenant dans son palais, restoit, sans parler, quatre minutes à reconnoître les changemens opérés pendant son absence et à traduire par son jeu les impressions qu'il en recevoit.
Dorât prétend, dans sa Déclamation théâtrale, que, dans Cinna, Baron, faisant à Emilie le tableau de la conspiration :
Vous eussiez vu leurs yeux s' enflammer de fureur^ Et, dans le même instant, par un effet contraire, Leur front pdlir d'horreur et rougir de colère.
pâlissoit et rougissoit tour à tour. C'est une niaiserie dont Engel s'est avec raison moqué. En agissant ainsi, Baron eût violé la loi qu'il observoit toujours et qu'il avoit sans doute apprise de Quintilien : le geste doit peindre, non les objets dont on parle, qu'ils soient concrets ou abstraits, mais les sentimens qu'ils excitent en nous. D'ailleurs, l'effet imaginé par Dorât est matériellement impossible. Les acteurs mettoient alors, comme à présent, du rouge, et cette exigence de l'optique théâtrale leur a toujours enlevé l'altération du teint comme élément dramatique. Puis, le comédien, fût-il profondément pénétré du sens de son rôle, ne pourroit produire aussi rapidement des effets opposés. Enfin, l'expression physiologique des mouvemens de rame est involontaire. Dans le présent cas, Cinna vient apporter une nouvelle heureuse pour sa maîtresse et pour lui : c'est la joie qui le possède et qu'il veut faire partager. C'est donc la joie que son visage et son geste doivent exprimer, que Baron exprimoit sans doute, et non l'effroi et la colère.
On rapporte qu'avant de réciter ses rôles^ il en mimoit tous les sentiraens. Et là encore, nous le voyons en avant de son époque, interrogeant la nature et secouant le joug des conventions. Les règles, disoit-il, défendent d'élever les bras au-dessus de la tête ; mais si la passion les y porte, ils feront bien : la passion en sait plus que les règles.
Il aimoit tant son art qu'il en étoit préoccupé sans cesse. Bien avant d'entrer en scène, il se pénétroit de l'esprit de ses rôles, en commençant à jouer son personnage delV arte, s'animant, parlant bas tout seul, interpellant ses camarades ou les garçons de théâtre, quelquefois les injuriant. Par ce moyen, il paroissoit en action dès son premier mot. Il ne négligeoit rien de ce qui peut compléter l'illusion. Souvent chargé des rois et des princes, il aimoit la pompe théâtrale et se faisoit escorter de nombreux figurants. Un jour, il représentoit Joad dans Atlialie, et les gagistes habillés en Lévites n'arrivant pas au moment où il doit entrer, il s'écria furieux : Un Lévite! un Lévite!
Comment, par la mordieu, pas un h de Lévite!
Il disoit encore que les Comédiens devroient être élevés sur les genoux des Reines. Fanatisme si l'on veut; il n'y a que les âmes vulgaires qui ne soient point fanatiques.
Les partisans de l'exactitude historique l'ont accusé de ne rien avoir fait pour la réforme du costume. L'o pinion de ces écrivains est difficile à discuter incidem ment. L'histoire du costume théâtral est complexe ; les matériaux en sont longs à rassembler; ils ne l'ont jamais été sérieusement, et nous-méme, qui avons fait à cet égard de laborieuses recherche^, nous ne pourrions en donner aujourd'hui le résultat. Avant de débattre la question au point devue philosophique et littéraire, il faut en poser les termes, et, nous l'avons dit Baron 3
autre part, ce n'est qu'en dépouillant l'œuvre des graveurs et les recueils de dessins, qu'on peut établir cette base. Personne ne l'a tenté jusqu'à ce jour, ni M. Lamé, dont le joli article du 'T^résent n'est point scientifique, ni M. Lud. Celler, qui, savant en ce qui concerne l'Opéra, partage, quant au théâtre françois, Tincompétence de MM. Taine et Sarcey. Ces trois écrivains prétendent qu'au xvii^ siècle et pendant la première moitié du xviiie, on jouoit la tragédie en habits de Cour. C'est, à coup sûr, un passage ambigu de d'Allainval qui a perpétué cette erreur. Rien, en effet, n'est moins exact. Avant de rechercher s'il faut adopter aujourd'hui les costumes de la création, sachons au moins ce qu'ils étoient. Au xvii» siècle, ce furent à peu près ceux du Carrousel de 1662 (i), déterminéseux-mêmes parle courant des idées de l'époque, c'est-à-dire par une interprétation logique, dans les arts et dans les lettres, du stj'lede la Rome impériale, et analogue à la résurrection de son régime centralisateur : « On oublie trop en général, disions-nous récemment (2), que le xvii^ et le xviii^ siècles prirent pour modèle non la Rome austère delà République, mais la Rome Césarienne, celle qui créa le st}-le composite en architecture, qui reconstitua, dans les cérémonies, dans les fêtes et les costumes, l'appareil monarchique des Rois d'Orient, qui connut les perruques, la poudre, la soie, les corps de brocart, les parures étincelantes, quinze siècles avant Louis XIV. La Renaissance, dans la ferveur de sa réaction contre le gothique barbare, avoit regardé l'antique à travers un prisme d'élégante simplicité; les anachronismes qui lui étoient échappés venoient de l'ignorance particulière à tous les débuts. Mais au mi-
(1) Chauveau les a gravés.
{'i) Bulletin du Bibliophile, avril 1869.
lieu du xviie siècle, cette ignorance a disparu : beaucoup d'artistes sont allés en Italie étudier sur place l'antique et les imitations qu'en ont faites les maîtres florentins et romains; ils connoissent à peu près le costume ancien et l'observent quand ils veulent. Entre mille exemples, Chauveau est exact dans Racine, dans Corneille ex non dans 7"e7-ence. Mais, au théâtre, l'exactitude archéolo'gique est primée par les goûts du Roi et de son entourage. Le théâtre, en effet, est la grande préoccupation de la Cour. Sous le règne d'un prince qui se fait acteur pour mieux aller au spectacle, où commence la récréation, où finit la vie ordinaire? Toutes deux se confondent; et quant à ces banquettes de la scène, on s'en indigna plus tard, parce que le tems en étoit passé : au xvii^ siècle, elles n'étoient que les armes parlantes de l'art dramatique. L'antique républicain eût été trop simple aux yeux de ce Roi qui avoit rebâti Capoue à l'intention des Annibals de la Fronde; il vouloit énerver ces tempéramens féodaux par les plaisirs et l'adoration perpétuelle érigée en dogme. Ce système cadroit au surplus avec ses penchans. Il réédita donc les splendeurs impériales, en les panachant, pour plus grande liesse, de mythologie, de magie, de chevalerie : tout n'étoit-il pas possible avec un art aristocratique basé sur la tradition savante? De là ces fêtes théâtrales dont la tragédie et l'opéra n'étoient que des actes, et où régnoit la fantaisie, c'est-à-dire la vie idéale, mascarade enivrée de la vie réelle qu'on tâchoit de faire oublier. »
Ainsi donc, en écartant toute solution sur le point d'actualité (i), on doit reconnoître que Baron étoit dans le vrai, en jouant avec des costi^mes fantaisistes.
(i) La représentation à^Andromaque, le 7 novembre, à la Gaîté, nous a forcé à dire notre dernier mot sur
C'est plus tard seulement que, l'antimonarchisme du mouvement philosophique donnant plus de relief à l'homme, la fiction mythologique, c'est-à-dire la superstition de la divinité et de l'autorité,, fit place à la réalité de l'histoire et diminua le rôle des écrivains en augmentant celui de leurs interprètes. De i'4o à nos jours, cette impulsion réaliste a été continuelle, et c'est aujourd'hui seulement que, grâce aux immenses recherches archéologiques faites en ce siècle, on pourroit arriver à l'exactitude absolue du costume. Car David et Talma eux-mêmes ne l'ont point trouvée. Ces deux grands artistes comprirent l'antique étroitement, je n'ose dire en cuistres. De l'antiquité, ils ne saisirent, absolus comme tous les néophytes, que l'époque républicaine de Rome. — Avant eux, Levacher de Chamois les avoit dépassés en élucidant les costumes grecs et barbares. Pour Talma, le moyen âge, ainsi qu'en 1760^ ne remontoit pas plus haut que la Renaissance. — Mais, en se bornant à l'antiquité, le style n'avoit-il pas^ ainsi que les ordres d'architecture, varié suivant les nations et les époques? primitivement trapu, austère et rude, comme le dorique de Pestum ; sauvage^ étrange, chez les Eginètes et les Etrusques ; robuste et délicat du tems de Périclès ; etféminé dans la Grèce romaine ; luxurieux sous les Césars. D'où l'on peut conclure que, la plupart du tems, Talma n'a guère été plus exact que Baron, et que l'un et Tautre difléroient autant de l'Achille d'Homère que l'Achille d'Homère ditTéroit de l'Achille historique. Du moins Baron étoit-il plus conforme à la vérité poétique.
Au surplus, la couleur locale avoit si peu d'importance au xviie siècle, qu'on ne la trouvoit même pas
la question. Yo'ir le numéro suivant du Bulletin du Bouquiniste.
dans le costume comique : excepte dans certains emplois à attributs fixes, il a suivi, jusqu'à la Révolution, les modes contemporaines. En i84o, on jouoit encore les pièces de Molière en habits Louis XV. — Bizarre inconséquence, Levacher de Chamois approuvoit l'anachronisme dans la comédie, lui qui l'avoit tant combattu dans la tragédie!
Baron s'est borné à apporter dans ses costumes l'intelligence que dénotoit son jeu, l'intelligence poétique. Il leur donnoit la couleur générale du rôle. Arnolphe fut mal interprété de bonne heure. Ce rôle, qu'on a eu le tort de confier aux grimes et aux Jînanciers — Bonneval et Desessarts le jouoient, — exige de la tenue même chez les manteaux. Baron y avoit \ai Molière (i) et en connoissoit les douloureuses inspirations (2}. Loin de le charger, il le représentoit bourgeoisement, mais avec noblesse et dignité, et s'habilloit en conséquence, non pas, comme ses camarades et ses successeurs, avec un surtout de vieille guipure, les cheveux en désordre et le reste à l'avenant, mais avec un habit de velours, une veste d'étoife, des bas noirs, une perruque bien peignée et le chapeau sur la tcte. Racine s'est opposé, dit-on, à ce qu'il jouât Achille en cheveux bouclés. Cela nous paroît invraisemblable, car les rôles analogues se représentoient ainsi de son tems. Ce qui prouve d'ailleurs que Baron n'agissoit point par ignorance et qu'il approuvoit l'usage en s'y conformant, c'est sa grande instruction et son goût pour l'étude, qu'il
(i) Il est regrettable que le costume de Molière dans ce rôle ne figure pas avec ses autres habits de théâtre, dans l'inventaire de son mobilier. On se rappelle que ce document a été découvert par M. E, Soulié.
(2) Provost est, avec Baron, le seul qui ait repris la vraie tradition de ce rôle.
conserva jusque dans ses dernières années. Il avoit, dit un contemporain^ un cabinet de livres choisis. Si je ne Us point, écrivoit-il au Duc d'Orléans, je suis mort.
i-E i6 mars 1720, jour de la clôture, Lathorillière, qui faisoit le compliment d'usage, le termina de la sorte :
Nous ouvrirons le théâtre par Polyeucte. Le
mercredi ensuite, au Palais-Royal, M. Baron représentera Cinna. Ce lieu retentit encore des applaudissemens qu'il y a reçus. Je crois que son nom suffit, Messieurs, sans vous faire un plus long discours.
Biron remontoit sur la scène! On le croyoit mort depuis longtems. Dangeau le montre bien, il est vrai, représentant plusieurs fois à la Cour, depuis sa retraite, mais en petit comité. Le 19 janvier 1702, il ioueAbsa- Ion chez Madame de Maintenon, avec la Duchesse de Bourgogne, le Duc d'Orléans, le Comte et la Comtessed'Aven, Mademoiselle de Melun et le petit Comte de Noailles, devant le Roi, sa famille, et une trentaine de personnes. Le 22 janvier, il paroît avec Posélis dans V Electre de Longepierre, à l'hôtel Conti de Versailles. On le voit encore trois fois, la même année, dans Athalie, chez le Roi. Le 10 décembre 1703, il joueson Andrienne à Marly; le i^^ février 1706, Joseph à Clagny, avec la Duchesse du Maine ; d'autres fois à Sceaux chez la même dame, qui l'admettoit dans son intimité. AY>vhs UHomme à bonnes fortunes et La Coquette, il avoit bien donné encore à la Comédie, Le Jaloux (1687), Les Fontanges maltraitées, La Répétition, Le Débauché (1689), U Andrienne (1703) et Les
Adelphes (1705). Depuis, le public n'en entendit plus parler, et il n'y avoit guère que le monde spécial des comédiens et de la Cour où on le vît quelquefois. Soleirol, sur la foi d'un tableau, cite une représentation qu'il auroit donnée, en I7i6,à Guénégaud. D'abord, ce théâtre n'existoit plus depuis 1689; on sait^ en outre, que la plupart des documens graphiques réunis par cet amateur étoient contestables ; enfin, nous ne trouvons nulle part trace du fait.
Le motif de la rentrée de Baron est re?té inconnu, comme celui de sa retraite. D'aucuns ont allégué la perte de sa fortune. C'est improbable, car, dans une lettre en vers, écrite au Régent, il a détaillé son budget, qu'il regarde comme suffisant. Je préfère, en l'absence de preuves, y voir une conséquence de son amour de l'art. De tous les acteurs étant au théâtre, quand il en sortit, il ne restoit plus que La Thorillière, et encore tenoit-il les casaques. Les comédiens étoient vite retournés à la déclamation chantante de VHotel de Bou7-gogne, excepté Ponteuil, à qui son physique interdisoit les grands rôles. Baron, devinant le génie d'Adrienne Lecouvreur et de Quinault-Dufresne, voulut sans doute les préserver de la contagion et relever l'art théâtral pour la seconde fois. Il reparut donc à l'Opéra, où la Comédie- Françoise jouoit quelquefois alors (i), le loavril 1720, dans le rôle de Cinna. Qu'on se figure Talma, qui est mort en 1826, revenant en i855 ! On crut voir un homme d'un autre âge. Il avoit alors soixante-sept 'ou soixante-treize) ans ; il étoit encore magnifique. Le foyer des artistes, à la Comédie-Françoise, renferme un portrait de lui par Largillière, fait environ à cette époque: ce sont toujours les mêmes traits que dans celui de de
(i) L'Opéra se trouvoit dans le Palais-Royal, qui fut le palais du Gouvernement sous la Régence.
Troy, amaigris, mais réguliers, nobles; c'est encore son maintien royal, son regard souverain, son geste à la Louis XIV. Son entrée, calme et naturelle, dérouta le public, habitué à l'exagération emphatique de Beaubourg. Mais quand les vieillards qui l'avoient entendu vingt-neuf années auparavant s'aperçurent que, loin d'avoir pâli, son jeu étoit encore plus savant, l'enthousiasme ne connut point de bornes. A partir de ce jour, les chambrées redevinrent complètes.
Baron opéra une deuxième révolution dans l'art théâtral. 11 fit ouvrir les yeux sur le faux système des Beaubourg et des Duclos ; il forma Lecouvreur, Balicourt et Dufresne. Pour appuyer ses leçons de l'exemple, il reprit de ses anciens rôles, dans la tragédie : Néron et Britanniciis (Britannicits) , Horace {Les Horaces), N'icoviède, Achille (Iphigénie), César {Rodogune), Pompée (Sertorius), Régiilus, Ladislas ( Venceslas), Œdipe, de Corneille, Don Sanche d'Aragon, le Comte d'Essex, A Icibiade et Tiridate; dans la comédie : A Iceste (Le Misanthrope), Moncade{\), Eraste {La Coquette), Horace {Ecole des femmes). Il y ajouta, dans tous les emplois : Cinna, Sévère {Polyeucte), Ulysse {Pénélope), Rodrigue (Le Cid), Antiochus {Rodogune), César {La Mort de Pompée), Scevole, de Dury er -fMithridate, Joad{Athalie), Acomat [Baja^et), Don Diègue {Le Cid), Créon {La Thébaîde), Agamemnon {Iphigénie), Phocas {Héraclius)^ Biirrhus {Britannicus); Xipharès {Mithridate), Pyrrhus {A ndromaque);Dorante {Le Menteur), Pamphile et Simon {EAndrienne), Jupiter et Amphytrion {Amphytrion). Soleirol suppose, d'après des dessins en sa possession, qu'il joua encore Ar gante {Les Fourberies de Scapin), Argan {Le Malade imaginaire) et Monsieur Jourdain {Le Bourgeois gentilhomme). Il créa treize rôles nouveaux : Anyiibal,de Marivaux, C^r^^»/o {Les Folies de Cardénio), en 1720; Misaël {Les Machabées,
de La Motte), Assuénis (Esther) (i), Tliyeste (Egiste. de Seguineau et Pralard), en 172 1 ; Tatius {Romiihis, de La Motte) en 1722 ; Cambyse (Nitetis, de Danchet), Alphonse {Inès de Castro, de La Motte), en 1723; Hérode (3/ar/^?7nz^, de Voltaire) en l'ji^', Hérode (Ma- 7-/^»i»^, de Nadal) en 1725; Palémon {Œdipe, de La Motte;, Glaucias {Pyrrhus, de Crébillon), Montan {Pastorjîdo), en 1726.
Quelques-uns de ces rôles faisoient toutefois avec son âge un contraste dont le public ne pouvoit s'empêcher de rire. Dans celui de Misaél, il jouoit vêtu, comnîe les enfans des bourgeois parisiens, avec un toquet et des manches pendantes; il se croyoit toujours en 1671, quand il représenta L'^?»oz^r dans Psyché. On fit cette épigramme :
Le vieux Baron, pour l'honneur d'Israël, Fait le rôle enfantin du jeune Misaél ;
Et, pour rendre la scène exacte.
Il se fait raser à chaque acte.
Quatre ans avant sa mort, il jouoit Rodrigue {Le Cid) et Dorante du Menteur, etmettoit les spectateurs en gaîté à ce vers :
Ne vois-tu rien en moi qui sente Vécolier?
11 quitta ces rôles, ne conservant que ceux un peu plus marqués : Pyrrhus (A ndromaque), le Comte d'Essex, César {Pompée), Cinna, Antiochus (Rodogune). Dans cette pièce, où Mademoiselle Balicourt débuta le 29 novembre 1727, l'hilarité fut grande, quand elle dit : Approche:^, mes enfans, à Mademoiselle Daclos, âgée de cinquante-sept ans, et à Baron qui, d'après l'opinion
d) Cette tragédie, écrite en 1689, ne fut mise au théâtre qu'en 1721.
commune, en avoit quatre-vingts. De même dans Mithvidate, en 1728 :
J'ai besoin d'un vengeur et non d'une maîtresse!
vers qu'il remplaça le surlendemain par :
Qu'il épouse, s'il veut, cette ingrate princesse.
Baron se roidissoit contre ces gaîtés, et n'en gardoit pas moins des illusions qu'on auroit dû pardonner en faveur du sentiment qui les lui donnoit. Un jour, dans le rôle de Rodrigue, à ces mots :
Je suis jeune, il est vrai
l'hilarité fut générale. Il répéta. Nouvelle explosion. Alors le grand acteur, appuyant sur l'hémistiche et regardant la salle, reprit une troisième fois avec une assurance tellement significative qu'on se tut et qu'on applaudit. D'autres prétendent même, ce qui est douteux, qu'il menaça le parterre d'abandonner le théâtre, si l'on rioit de nouveau.
Cependant ses forces diminuoient. En 1728, un asthme qu'il avoit depuis longtems faillit l'emporter. Un jour qu'il étoit aux pieds de Chimène, Rodrigue ne put se relever; deux valets de théâtre furent obligés de lui venir en aide. Il refusoit de se rendre aux sommations de la mort, et l'indignation que lui causoient les moqueries du public ne faisoit que l'affermir dans sa ténacité sublime. Dans sa dernière année, il voulut reprendre Britannicus : l'hilarité fut telle, que le spectacle en fut interrompu. Blessé au cœur, il s'avança près de la rampe et dit en poussant un profond soupir : Ingrat parterre que f ai élevé! Puis il continua son rôle. Enfin, le 3 septembre 1729, il jouoit Venceslas; arrivé à ce vers :
Si proche du cercueil oîi je me vois descendre...
il tomba sans connoissance. Quinault-Dufresne remporta. Il mourut le 22 décembre.
Cétoit la fin qu'avoit eue, cinquante-six anne'es auparavant, son maître; ce devoitêtre à peu près celle de son élève, Adrienne Lecouvreur, qui le suivit dans la tombe un an plus tard. En y descendant, Baron avoit du moins la consolation délaisser après lui le rétablissement définitif de son art, la réputation du plus illustre des comédiens, et, parmi quelques pièces aimables, un chef-d'œuvre. Son caractère, trop élevé pour son tems, lui valut des satires cruelles de la part même de ceux qui étoient dignes de le comprendre. Il est curieux de voir deux des esprits les plus indépendants du xviie siècle, La Bruyère et Lesage, l'attaquer violemment. On sait que le Roscius de l'un, et le Don Alonso Carlos delà IJentoleria de l'autre sont les portraits de notre grand acteur. Etoit-ce uniquement, delà part du premier, ennui de voir le comédien couché dans son carrosse jeter de la boue au visage de Corneille qui est à pied? Etoit-ce chez le second rancune contre des gens dont il avoit à se plaindre ? Et n'entroit-il pas dans l'esprit de tous deux un peu d'envie à l'égard du plébéien que son génie enrichissoit 't Quoi qu'il en soit, les critiques du dernier sont d'autant plus injustes qu'elles s'étendent à l'acteur autant qu'à l'homme, et que, sous ce rapport, elles ont reçu le désaveu unanime. A peine eut-il disparu, le Mercure et tous les écrivains spéciaux rendirent hommage à sa gloire. Dans rédition de 1732 du Parnasse françois, Titon du Tillet s'empressa de lui consacrer une de ses plus amples notices. Cinquante ans plus tard, on entendoit encore, aux foyers de la Comédie, des vieillards qui l'avoient connu. Voltaire, Collé, Richelieu, d'Argental, en faire un éloge enthousiaste et parler de son esprit, qui étoit grand, de sa conversation pleine de faits iné-
dits. Il fut mêlé à tant de choses, il connut tant d'hommes qui appartenoient à une autre époque!
Quant à ce que les divers historiens du théâtre ont dit de son caractère, le nombre des témoignages ne signifie rien. Il ont tous copié d'Allainval, écrivain que le malheur aigrissoit et dont la haine contre Baron est manifeste. C'est en nous bornant à juger sans prévention que nous avons émis, sur ce point, un avis qui diffère des précédents. Nous sommes heureux d'avoir pu rendre à la personne du grand artiste une dignité que la tradition routinière lui avoit fait perdre.
L'Homme à bonnes fortunes est le seul ouvrage supérieur de Baron. C'est également le seul que nous ayons réimprimé. L'édition p7'/«cep5 (1686) est fort mal soignée, pleine de transpositions, de fautes, peu ou sottement ponctuée. D'autre part, celle de 1759, qui passe pour la meilleure, contient quelques altérations de texte. L'une a donc servi à rectifier l'autre. Celle que nous publions, qui a l'orthographe, moins les fautes, de l'édition originale, est ce que cette dernière auroit été si on l'eût imprimée avec moins de négligence. Quant à la ponctuation, nous avons adopté le système indiqué par le style, en multipliant les points d'arrêt. Nous avons enfin rejeté dans les notes quelques variantes et l'explication des usages auxquels il est fait allusion dans la pièce.