MONCADE. ERASTE
ERASTE
Ah ! mon cher Moncade, que je suis ravy !
MONCADE
Hé de quoy, Eraste?
ERASTE
De ce que Ton vient de me dire.
MONCADE
Hé ! que vous a-t-on dit?
ERASTE
Que vous aimez ma sœur.
MONCADE
Cela est vray.
ERASTE
Oh bien, je viens vous asseurer qu'il ne tiendra qu'à vous que nous ne soyons bientost heureux tous deux.
MONCADE
Hé ! comment?
Je vous promets, si vous voulez, d'employer tout le crédit que j ay sur elle pour la faire consentir à vous espouser.
MONCADE
Je ne veux point me marier.
ERASTE
Comment donc ?
MONCADE
Cela est ainsy.
ERASTE
Ne m'avez-vous pas dit que vous aimez ma sœur?
MONCADE
J'en demeure d'accord.
ERASTE
Hé ! que prétendiez-vous en l'aimant ?
MONCADE
L'aimer.
ERASTE
Moncade?...
MONCADE
Vous n'y songez pas ?
MONCADE
Pardonnez-moy.
ERASTE
Vous aimiez ma sœur et ne songiez point à Tespouser?
MONCADE
Espouse-t-on toutes celles qu'on aime?
ERASTE
Il y a de certaines gens qu'on feroit mieux de ne pas aimer, avec de pareils sentimens.
MONCADE
C'est ce que je voulois voir.
ERASTE
Vous perdez le sens.
MONCADE
Je ne v >y pas que c'en soit une bonne marque de ne 'ouloir point se marier.
ERASTE
Adieu, Moncade, vous ne serez peut-estre pas tousjours ny si habile, ny si heureux.
Nous verrons... Parbleu, cela est plaisant. Dans un autre tems, j'eusse peut-estre accepté le party; mais, après le trait que sa sœur vient de me jouer...