LEONOR, MARTON, LUCINDE
LUCINDE
Hé bien, Madame, enfin me voilà rendeuë^ et sur le point d'estre désabusée. Hélas ! Où est le tems que l'on m'auroit désobligée de me monstrer Moncade infidèle.
MARTON
Le tems estoit encore ce matin.
LUCINDE
Non, non, Marton, ne vous abusez point; il y a plus d'un jour que je me défie de Moncade. Mais se destache-t-on si aisément?
LEONOR
Escoutez, Madame, pour moy, je ne vous dis plus rien; une erreur qui plaist nous contente. Un autre estât vous semblera plus rude; je ne veux point empoisonner tout le repos de vostre vie.
LUCINDE
Non, non, Madame, non; achevons; il est tems. Je ne me trouverois peut-estre de ma vie dans les sentimens où je suis, et je suis lasse d'estre plainte.
MARTON
Ah! voilà qui va bien. Voilà une femme, cela ! Courage, Madame !
Je croy qu'il est chez Belise : j'ay entendeu son petit nepveu. Si j'y envoyois?
MARTOX.
A quoy cela seroit-il bon? Ms ne vous le diront point, et vous les rendrez plus heureux qu'ils ne sont.
LUCINDE
Fais donc tout ce que tu voudras.
MARTON
Je ne feray que ce que j'ay dit. Voilà Ergaste bien à propos : c'est l'homme dont je vous avois parlé.