SCÈNE VIII
MONCADE, PASQUIN
MONCADE
C'est Julie, je n'en double point.
PASQUIN
Oh ! je le croy. Mais, vous avez promis que vous souperiez avec Lucinde ?
MONCADE
Je seray reveneu. Ce n'est pas là ce qui m'embarrasse , c'est ce que je feray d'icy à neuf heures. Il n'en est tout au plus que sept. Pour moy, je ne puis rester une heure au mesme endroit ; il faut que je fasse quelque chose.
PASQUIN
Le tems où vous ne faites rien n'est pas celuy que vous employez le plus mal ?
MONCADE
Et toy, tu n'as jamais plus d'esprit que lorsque tu te tais. Dis-moy un peu, comment me trouves-tu ?
PASQUIN
Fort bien.
MONCADE
Ce juste-au-corps là me paroist la taille un peu courte; qu'en dis-tu?
PASQUIN
Effectivement. Je ne sçay. Oûy, cela est vray.
MONCADE
Donne-m'en un autre ?
PASQUIN
Lequel ?
MONCADE
Lequel tu voudras. Apporte-moy celuy que j'avois avant-hyer.
Fi!
MONCADE
Pourquoy?
PASQUIN
Il ne vous va pas bien : gardez plustost le
vostre.
MONCADE
Je n'en veux point.
PASQUIN
L'autre vous fait les espaules grosses.
MONCADE
N'importe.
PASQUIN
Quand vous voulez quelque chose, vous le voulez.
MONCADE
Que de discours ! Iras-tu ?
PASQUIN, 71 allant qu'avec peine, on plustost ne poîivafît s'en aller.
Monsieur...
MONCADE
Quoy ?
PASQUIN
Vous allez vous fascher contre moy.
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MONCADE
Que veut donc dire ce maraud? Me donneras-tu mon juste-au-corps?
PASQUiN , d'un ton à demy pleureur.
Monsieur?
MONCADE
Hé bien?
PASQUIN
J'av respandeu du suif dessus en le voulant nettoyer.
MONCADE
" Où est-il?
PASQUIN
Je l'ay donné à desgraisser, afin qu'il n'y pareust plus.
MONCADE
Va le chercher tout-à-l'heure.
PASQUIN
Monsieur, il ne sera pas accommodé.
MONCADE
Apporte-le moy en quel estât qu'il soit.
PASQUIN, n'allant quà peine.
Monsieur...
Qu'y a-t-il encore? Veux-tu marcher?
PASQUIN
Monsieur, il faut vous dire la vérité: je l'ay preste pour une Tragédie au Collège.
MONCADE
Mon juste-au-corps au Collège? à un enfant ?
PASQUIN
Non, Monsieur, c'est un grand garçon, beau, bien fait comme vous et qui fait le Roy de la Tragédie.
MONCADE
Ah ! vrayment, je suis bien-aise de sçavoir que tu prestes mes bardes. Mais, à l'heure qu'il est. la Tragédie est faite; va le reprendre à l'instant mesme... Quoy donc, tu ne feras pas ce que je te dis?
PASQUIN. tousjoiirs en l'echignant.
Monsieur...?
MONCADE
Ah ! je voy ce que c'est : tu l'as mis en gage, n'est-ce pas?
PASQUIN
Monsieur, vous l'avez deviné. Comme vous ne me deviez rien sur mes gages, et que vous n'aimez pas à avancer de l'argent, le besoin que j'en ay eu m'a fait recourir aux expédiens les plus prompts.
MONCADE
Tu me payeras celle-là . je t'en répons. Donne-moy le rouge. Mais, voyez un peu ce maraud : mettre mes habits en gage !
PASQUIN
Le voilà.
MONCADE
(Il ne met pas le juste-au-corps que Pasquin liiy a donné.) Ah! je t'apprendray à vivre, je t'asseure... Une autre perruque?... Je t'apprendray à me
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jouer de pareils tours... Un autre chapeau?... Mais, voyez un peu, je vous prie... Un miroir?... Qui a jamais oûy parler d'une chose semblable? Un coquin pour qui j'ay mille bontez... De la fleur d'orange?... Abuser ainsy de ma facilité! Ah! tu ne me connois pas encore, je le voy bien... Une mouche?... Tu t'en repentiras, sur ma parole. ■On frappe. ) Va ouvrir... Tu verras un peu la différence qu'il y a...