‹ L'homme à bonnes fortunesChapitre 52 sur 61 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

PASQUIN seul.

La peste ! Que je n'estois pas si sot que de luy donner le juste-au-corps quil me demandoit! C'est un juste-au-corps heureux pour les bonnes fortunes; car il s'en sert ordinairement pour les grandes expéditions, et je veux m'en servir. Car enfin, une fois en ma vie, je veux sçavoir ce que c'est qu'une bonne fortune. Je sçay desjà faire des mines; pour le jargon, j'y suis Grec. Je n'ay donc qu'à m'habiller au plus

A BONNES FORTUNES. iSq

viste. Oh ça. prenons donc ce divin juste-aucorps. Non, commençons par la rhingrave... La peste qu'elle est étroite ! Eh, faut-il tant de façons? un coup de ciseaux, trois ou quatre points d'aiguilles ne sont pas une affaire... Allons donc, mes hanches, abaissez-vous!... Elles n'en feront rien... Qu'importe? je diray qu'on les porte comme cela; vous verrez que j'amèneray la mode des hanches hautes : j'ay bien veu autresfois à la Cour la mode des grosses espaules et des coudes en arrière... Voicy un juste-au-corps qui ne me paroist pas trop facile à mettre ; ces maudits tailleurs font les boutonnières si esloignées des boutons!... J"y crèveray... Que ne fait-on point pour aller en bonne fortune? Quel chapeau? Ne voilà-t-il pas un homme bien basty : la teste grosse, le ventre menu, les hanches basses. Morbleu ! je veux faire oublier que Moncade est au monde ! Teste-bleu! j'oubliois le meilleur, de l'eau de fleur d'orange ! Peut-on aller en bonne fortune, sans eau de fleur d'orange?... Voilà qui est bien. J'ay, ce me semble, tout l'attirail de bonne fortune. Dieu nous garde de malencontre !

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