Lozano, p
pouès dans un seul village. Azara ne parle pas de leur nombre; mais cette nation, d'abord en partie détruite par les habitans de Corrientes1, décimée ensuite par ses voisins, est, aujourd'hui, réduite à très-peu d'individus dispersés dans la province de Corrientes el dans celle d'Entre-Rios; en évaluant son chiffre actuel à cent individus, nous craignons d'être encore au-dessus de la vérité.
La couleur et la stature des Abiponès sont les mêmes que celles des Tobas et Mbocobis, avec lesquels, du reste, ils ont les plus grands rapports; leurs formes et leurs traits sont identiques; et, en les considérant sous ces divers points de vue, il est impossible de ne pas leur croire une origine commune.
Leur langage offre aussi avec celui des Tobas l'analogie d'une prononciation dure, nasale, gutturale; mais le petit nombre de mots que nous en avons recueilli, nous a prouvé qu'il diffère essentiellement des autres langues du Chaco , et qu'il a moins de redondances de consonnes. Au reste, les données nous manquent pour entrer dans plus de détails sur cette langue.
La fierté et l'indépendance constituent le fond du caractère des Abiponès : sous ce rapport, ils ressemblent encore aux Mbocobis, qui, les plus forts, devaient
1 . Voyez Fîmes. Dans les Lettres édifiantes (Choix ) , t. VII ; Missions de l'Amérique, t. I , p. 77 ; il y a une description L rès- largement traitée des Abiponès.
nécessairement les anéantir. Comme eux, chasseurs, pêcheurs et agriculteurs, les Abiponès ont les mêmes armes, les mêmes coutumes guerrières, la même cruauté, et s'en rapprochent également beaucoup poulies mœurs et pour l'industrie. Leur costume est aussi à peu près semblable : les hommes vont presque nus portant la barbote ; les femmes se couvrent les épaules de manteaux de peaux , se peignent le corps , se tatouent le haut du nez et les joues à l'instant de la nubilité; s'arrachent les sourcils et se rasent les cheveux sur une large bande d'avant en arrière.
Leur gouvernement se borne à reconnaître, en temps de guerre, l'autorité de chefs auxquels ils n'obéissent plus en temps de paix.
Quant à des croyances religieuses, tout en leur en refusant de la manière la plus absolue, Azara1 leur attribue des usages qui nécessairement en font supposer quelques-unes. « Ils enterrent , dit- il, le défunt avec « tout ce qui lui appartenait; » et plus loin : « Us tuent « même sur sa tombe les chevaux dont l'Indien se « servait le plus souvent. )} L'auteur espagnol explique ces coutumes par l'horreur des Abiponès pour les morts; tandis qu'au contraire tout prouve que c'est la croyance d'une autre vie qui les porte, comme les autres nations des plaines, à ne pas éloigner du défunt les objets qu'il affectionnait le plus pendant son existence, afin qu'il puisse s'en servir dans l'autre
t. Forage dans l'Amer, mér., t. Il, p. 166.
monde. Les Abiponès ont aussi beaucoup d'autres croyances religieuses analogues aux superstitions des peuples des plaines , comme celles des vieilles femmes interprètes du mauvais génie, et enlevant, par des succions, les causes du mal renfermé dans le corps des malades.
Par leurs caractères physiques, les Abiponès ne peuvent être séparés des Tobas; il en est de même de leur caractère moral, de leurs coutumes, de leur langage, de leur religion. Nous leur trouvons même, quant à cette dernière, des rapports intimes avec les Patagons et les Puelches des parties méridionales des plaines; nous croyons en conséquence, que les Abiponès font, ainsi que les Tobas et les Charruas, la transition entre les nations des Pampas et celles des Chiquitos, et qu'ils appartiennent au rameau pampéen.