‹ L'homme amâericain de l'Amâerique mâeridionaleChapitre 59 sur 117 · Loc. cit., p. 81 et · texte numérisé non relu

Loc. cit., p. 81 et

au zèle religieux des Jésuites , principalement près de la saline de Santiago et au Rio d'Oxuquis; tandis que les Samucus et les Polureros sont réunis à la mission de Santo-Corazon , les Guaranocas à Santiago , et les Morotocas à San-Juan. Tous aiment les forets épaisses et les collines, où ils peuvent se soustraire aux inondations si communes dans les lieux qu'ils habitent. Là ils sont à la fois chasseurs adroits, cultivateurs intelligens, et, pour ainsi dire, fixes sur le même lieu , d'où ils rayonnent seulement afin de suivre le gibier. Leurs tribus encore sauvages , réduites à peu d'individus, se cachent au sein des bois, et leur faiblesse les empêche , sans doute , d'attaquer les nations voisines.

Il nous est facile de donner le chiffre presque positif des Indiens samucus existant encore dans les missions. En somme il peut s'élever à 1 ,250 l ; et en y joignant à peu près 500 2 individus sauvages de la saline de Santiago et 500 des rives du Rio Oxuquis, leur nombre total serait de 2,250 , sur lesquels 1 ,000 encore tout à fait indépendans.

La couleur générale de la nation est moins foncée que celle des Tobas et autres Indiens du Chaco; mais,

1. Ainsi répartis : à Santiago, 700 Guaranocas; à Santo- Corazon , 50 tant Potureros que Samucus ; et à San-Juan , 500 Morotocas.

2. Les données que nous avons obtenues sur les lieux nous font regarder cette évaluation comme juste.

au lieu du jaune des Guaranis, c'est une teinte bronzée, ou, pour mieux dire, de bistre-olivâtre pâle, du même aspect que la couleur des races des plaines , avec moins d'intensité.

La taille des Samucus, une des plus belles de la province de Chiquilos, est au-dessus du médiocre, et peut rivaliser avec celle des Européens. Nous avons mesuré un assez grand nombre d'individus , pour être à portée d'assurer que leur stature moyenne n'est pas au-dessous de 1 mètre 663 millimètres ( 5 pieds \y% pouce). Les plus grands n'ont pas, néanmoins, plus de 1 mètre 760 millimètres (5 pieds 5 pouces). Les femmes sont dans des proportions relatives avec les hommes : taille moyenne, elles ont 1 mètre 535 millimètres.

Les formes du corps sont assez belles; les hommes robustes, bien musclés, sans jamais tourner à l'obésité, ont les épaules larges , cariées, la poitrine élevée , les membres bien nourris; mais leur corps, loin d'être , comme chez les Européens, plus étroit à la ceinture, est, au contraire, tout d'une venue. C'est surtout chez les femmes qu'on remarque ce caractère, celles-ci ayant les mêmes formes que les hommes, et se trouvant dans des proportions peu gracieuses , qui ne sauraient annoncer que beaucoup de force. Elles sont larges des épaules, et, de là, presqu'aussi grosses jusqu'aux hanches; leurs seins sont ordinairement trèsbien placés , et presque toutes les ont plutôt bien proportionnés que trop volumineux; les mains et les n. 10

pieds sont généralement petits ; le bras est assez bien fait.

Les traits , dans ce rameau , prennent un caractère différent de tous ceux des nations des plaines. La tête est grosse; la face large et plus arrondie; les pommettes, non saillantes dans la jeunesse, sont à peine élevées chez les adultes; le front est très-court, peu bombé; le nez, moins large que parmi les nations du Chaco, approche davantage des formes européennes, sans être jamais long; les narines , quoiqu'ouvertes , le sont beaucoup moins ; la bouche est grande; les lèvres sont peu épaisses1; les dents magnifiques; les yeux sont généralement petits, horizontaux, mais un peu bridés, au côté externe, chez quelques individus seulement; les oreilles petites; les sourcils étroits et arqués; la barbe est noire, rare, jamais frisée, poussant seulement après vingt ans, et ne couvrant que la lèvre supérieure et la partie antérieure et inférieure du menton ; les cheveux sont noirs , droits et longs. L'ensemble des traits n'est pas agréable : néanmoins

1. Les naturels d'aujourd'hui ne se mutilent plus; mais il paraît qu'au temps de la conquête la nation samucu avait la lèvre inférieure, les oreilles et quelquefois les narines percées , afin d'y passer un gros morceau de bois : si du moins, comme tout semble l'annoncer, les Tarapecocies , décrits dans les excursions de Nunez Cabeza de Vaca de 1544 ( p. 55 du recueil de Barda historiadores primitivos de Indios, l. I.et), appartiennent à cetle nation.

on y remarque une expression de vivacité et de gaité qui de suite fait distinguer les Samucus des nations du sud, où l'air sombre domine toujours. Les hommes ne sont pas généralement bien, les femmes sont souvent passables; la jeunesse offre des figures arrondies et pleines , changeant beaucoup moins dans l'âge adulte que chez les nations australes , et conservant presque toujours des traits moins repoussans, même dans la décrépitude.

Le langage accuse , dès le premier aperçu , une source tout à fait différente de celle des langues du Chaco; ce ne sont plus ces sons durs, cette sorte de croassement guttural , dont l'oreille est continuellement choquée; au contraire, dans la langue samucu, on trouve une douceur remarquable, une euphonie qui plaît; on l'entend avec plaisir : c'est l'italien des déserts. Elle est remplie de terminaisons en a et en o, surtout dans les sections guarahoca et samucu; mais la morotoca change souvent ces terminaisons en od et ad, ou en it, et dans cette dernière finale, supprime les voyelles qui la suivent. Elle présente cette particularité, que presque tous les noms des parties du corps commencent par la monosyllabe ya , ye , yu, comme dans Yuréata, joue; Yanoènia, oreilles; Yèdodia, yeux. Les Samucus ont un système de numération qui va jusqu'à dix seulement (sans doute en raison du nombre des dix doigts).

Leur caractère fut toujours la fierté et l'indépendance; aussi ceux des missions donnèrent- ils beau-

coup de peine aux Jésuites, qui, dans le cours de leur règne, n'ont pu soumettre qu'une partie de chaque tribu, le surplus restant toujours sauvage au milieu des forêts. Les Samucus ont conservé, parmi les Chiquitos, une réputation de bravoure et de force; aussi sont-ils (principalement les Morotocas) les plus redoutés de toutes les missions, et commandent-ils dans tous les lieux où ils se présentent. Essentiellement bons, sociables, intègres, des plus hospitaliers, même caressans pour les étrangers , leur abord est ouvert et gai. Tout annonce, en eux, du goût pour les plaisirs et en particulier pour la danse , que les femmes aiment passionnément.

Quant aux mœurs, on trouve également une grande différence entre les Samucus et les peuples du Chaco qui les a voisinent. Chasseurs comme eux, ils joignent constamment la culture à la chasse; et par là même ne sont pas ambulans, mais bien fixes dans le lieu de leur naissance; s'ils font la guerre, ce n'est que par représaille. C'est ainsi qu'ils attaquèrent longtemps les missions de San -Juan et de Santiago. Ils se tiennent au sein des grandes forêts , principalement sur les coteaux , cultivant les vallons dès que les eaux s'en sont retirées. Ils sèment le manioc , le maïs , le mani , ainsi que quelques espèces de citrouilles. Leur culture est peu dispendieuse; il leur suffît presque d'abattre des arbres, d'y mettre le feu et de jeter des graines sur la terre, ou, tout au plus, de les placer dans un très-petit trou. La récolte faite, la plupart des

hommes abandonnent momentanément leurs femmes et s'enfoncent dans les bois, où, disséminés par petits groupes et vivant du miel des abeilles sauvages, ils chassent et boucanentle gibier, qu'ils rapportent ensuite à leur demeure, cabane couverte en paille, au milieu de laquelle on allume le feu. Tandis que les femmes s'étendent à terre sur des nattes artislement tressées , les hommes couchent sur des hamacs faits de fils de colon. Leurs armes sont la lance, l'arc, la flèche et la massue à deux tranchans de bois très-dur, dont ils font le plus d'usage, s'en servant aussi comme de hache pour s'ouvrir une route au milieu des bois. Toujours disséminés par petits hameaux peu éloignés les uns des autres , dont chacun a son chef. Ils aiment beaucoup le plaisir et lorsque la récolte de maïs a été abondante, ils se font souvent les uns aux autres des visites qui donnent lieu à une fête. Ils composent alors de la bière de maïs, et pendant plusieurs jours ne cessent de danser et de boire, saisissant toutes les occasions possibles de s'amuser. Leurs danses singulières, imitatives et grotesques1, sont accompagnées de chant; le plus souvent un Indien agite une calebasse au milieu d'un cercle de femmes, qui répètent la chanson en sifflant, en sautant et en prenant diverses attitudes. Quant à leur musique, ils ne se contentent pas de la musique vocale ; tous les hommes ,

1 . Voyez notre Voyage dans l'Amérique méridionale , partie historique.

rangés en files, armés d'une flûle de Pan dans divers tons, trouvent, dans l'ensemble des sons produits séparément par chacun des musiciens, des mélodies sauvages qui, malgré leur monotonie, ne laissent pas que d'être assez harmonieuses J . Ce sont , en un mot , de tous les habilans de la province de Chiquilos les plus gais et les plus disposés au plaisir : riant sans cesse, ils sont toujours prêts à s'amuser d'un rien.

L'industrie des Samucus est très-bornée; les hommes confectionnent leurs armes avec assez d'adresse, tandis que les femmes filent le coton, pour en former des espèces de filets servant de hamacs à leurs maris , lorsque ces derniers vont à la chasse; elles tissent aussi la pièce d'étoffe qu'elles portent, de la ceinture au bas des jambes; elles fabriquent de la poterie assez belle. Les deux sexes travaillent à la terre et font les récoltes; les hommes seuls pèchent et chassent, tandis que les femmes se chargent de tous les détails du ménage. Jamais cette nation n'a songé à se construire de pirogues pour naviguer sur les rivières. Soumise au christianisme dans les missions , elle a pris les coutumes générales des néophytes ; les femmes seules filent, tandis que les hommes tissent et font les travaux de force. Ils ont intégralement conservé , dans l'état de demi -civilisation des missions, le caractère de leurs mœurs primitives.

1. Voir dans notre partie historique, quelques morceaux de leur musique.

Les hommes vont entièrement nus à l'état sauvage, et les femmes, dans la tribu des Samucus proprement dits , portent une pièce de tissu de la ceinture au bas des jambes l et des ornemens aux bras et au cou. Cette tribu se coupe aussi les cheveux très-courts, tandis que les autres se les laissent pousser, flottant sur les épaules. Nous n'avons vu chez elle aucun reste de tatouage ni de peinture du corps, non plus que l'usage barbare de se percer les lèvres et les oreilles ; mais peut-être cette coutume a-t-elle cessé avec l'état sauvage.

Ces Indiens se gouvernent par un cacique, qui jouit du droit de conseil et même d'une certaine autorité. Chacune de leurs réunions partielles a son chef; et, comme ces réunions sont nombreuses, il n'existe, en fait, aucun lien entre les diverses tribus de la nation, qui se traitent en étrangères, lorsqu'elles sont restées long-temps sans communiquer.

La religion, autant que nous a permis d'en juger le peu de renseignemens que nous avons obtenus à cet égard , se bornerait à la croyance d'une autre vie , prouvée par la coutume d'enterrer les armes avec les morts. Les médecins pratiquent des succions pour la guérison des malades.

En résumé , nous pensons que les Samucus s'éloignent des nations du Chaco, par les traits, par la couleur moins foncée, et surtout par des mœurs plus douces,

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