‹ L'homme amâericain de l'Amâerique mâeridionaleChapitre 61 sur 117 · NATION CH1QUITO · texte numérisé non relu

NATION CH1QUITO

Nous allons nous occuper d'une nation fort nombreuse dont le nom a été appliqué à une province entière, sans néanmoins être indigène; car Chiquito veut dire petit dans la langue espagnole. Ce nom , selon les historiens, lui fut donné d'après les portes des maisons des naturels , si basses qu'on n'y pouvait entrer qu'en se traînant sur les genoux et sur les mains ] ; ainsi cette dénomination , qui a fait croire à beaucoup d'auteurs que les hommes auxquels elle s'applique sont de petite taille, tient à une circonstance tout à fait étrangère à leur stature. Cependant, au milieu de cette multitude de noms propres à chacune des tribus, il eût été facile d'en choisir un indigène, et surtout plus approprié aux habilans.

Peu de nations portent autant de dénominations différentes que les Chiquitos, ce qui s'explique sans peine par leur manière de vivre. Disséminés en trèsfaibles tribus, afin de chasser plus à l'aise, chacune de ces réunions de famille se désignait par le lieu

1 . Voyez Relation historial de las missiones de los Indios que llaman Chiquitos , par le père Fernandez , p. 34.

de son habitation ou par le chef qui la commandait; de là cette multitude de noms variant sans cesse, à mesure que les tribus changeaient de demeure ou que les caciques se succédaient. On chercherait vainement aujourd'hui toutes les tribus mentionnées dans les premiers historiens; aussi ne trouve -t- on plus les Cercosis \us par Irala1 en 1548, les Sacocies et les Arianicocies , vus en 1543 par Nunez Cabeza de Baca2, et qui étaient certainement des Chiquitos; ni les Pihocas, les Pénoquis , les Boxos, les Tapiquas , les Tausy les Xamaros^ , les Penotos , les Tapipuicas , les Caricas , les Pequiquias , les Ampores , les Tubacis , les Puraxis, et une foule d'autres, parmi lesquels se rangent les Manacicas , à eux seuls divisés en soixante et une tribus, ayant chacune son nom, et entourées

1. Herrera, Decadas , et Funes, Ensayo de la historia del Paraguay, t. I, p. 131.

2. Rui Diaz de Guzman , Hisloria argentina, p. 45, 73 ( Coleccion de obras y documentes relatives a la historia antigua y moderna del Rio de la Plata, por Pedro de Angelis); Barcia, Hisloriadores primitwos de Indias, t. I (Comentario de Jhar Nufiez Cabeza de Baca, p. 42, 45, 55); Schmidel ( Coleccion de obras , p. 29, 36-47 ).

3. Dans l'orthographe fixée par les Jésuites pour la langue cliiquita, Yx ne représente pas le son du j espagnol, mais celui de noire ch français, qu'aucune lettre espagnole ne pouvait rendre. On doit donc prononcer chamaros; observation applicable à tous les cas où cette lettre se présente.

de vingt-neuf autres, se distinguant, de leur côté, par une dénomination particulière; tribus toutes citées par le père Fernandez, dans son Histoire de la province de Chiquitos, de 1696 à 17231, et dont nous ne reproduisons pas ici la liste, celte nomenclature stérile devant nous demander trop de place. En 1831 , tandis que nous étions à Chiquitos, les sections de la nation étaient ainsi distribuées par missions : A San -Xavier vivaient cinq divisions ou Parcialidades , comme les appellent les missionnaires , les Piococas , les Quemecas , les Quiriqnias , les Punasiquias et les Xamanacas; à Concepcion, les Mococas 9 les Cnciquias2, subdivisés en Cusiquias , Yurucaritias et Tapacuracas; à San -Miguel, les Péquicas , les Saracas , les Parahacas , les Guazorock, les Yazoros et les Guarayos^; à San-Ignacio, les Sahepicas , les Quehuciquias , les Guarayocas , les Samanucas , les Piococas, les Xurubérécas et les Punasiquias ; à Santa- Ana,

1. Voyez surtout page 227; car il serait trop long de les énumérer toutes.

2. Cette dernière section parle un dialecte tout à fait corrompu du chiquito , dialecte conservé jusqu'à nos jours, et certainement mélangé de mots qui appartiennent à une langue distincte, celle des Païconécas.

3. Il ne faut pas confondre cette dénomination , donnée par les Espagnols à une section des Chiquitos, avec un nom identique que porte une tribu des Guaranis dont nous parlerons plus tard.

les Guazorocas et les Xamanucas ; à San -Rafaël, les Matakucas et les Huatasis; à San-José, les Chamanucas , les Péroquiquîaz ; à San-Juan, les Doros; à Santiago, les Macarahys , les Maœamanucas , les Matakucas et les Mataiminicas ; enfin, à Santo-Corazon , encore les Matahucas et les Boros, ainsi que beaucoup d'autres petites sections, qui, dans chacune des missions, pourraient, à leur tour, se diviser à l'infini; car chaque grande famille a, pour ainsi dire, un nom de tribu différent de sa voisine. Nous avons cru devoir donner cette nomenclature de sections, pensant qu'elle ne subira plus de changemens, les mêmes noms s'étant toujours conservés depuis rétablissement définitif des missions. Les Espagnols confondent toutes les nations de la province sous la dénomination de Chiquitos.

Avant d'être réunie en missions, la nation des Chiquitos habitait tout le centre de la province de ce nom , principalement sur le plateau et sur les versans des collines granitiques qui constituent le sol montueux de sa partie sud -ouest. Elle s'étendait, en latitude, du 16.e degré sud au 18.e, et, en longitude, du 60.e au 6 4. e degré ouest, bornée au sud -est par les collines de San-José; au sud, par le commencement des plaines du grand Chaco; à l'est, par les chaînes de San- Carlos; au nord, par la fin des collines du versant au Guaporé, et à l'ouest, par le Rio San-Miguel , occupant ainsi un terrain de figure irrégulière et rhomboïdale, dirigée nord -ouest et sudest. Elle était divisée en une multitude de petites

tribus fixées au milieu des forêts qui couvrent toute la province, et dont chacune, sur son petit espace, vivait entièrement séparée des autres, ne les voyant que lorsqu'elle y était forcée, à moins qu'elle ne se regardât comme leur parente; car il y avait alors, entr'elles , de fréquentes visites , marquées par des fêtes continuelles. Sa principale tribu, celle des Manacicas, habitait le versant nord des montagnes; elle avait encore plus au nord les Cusiquias avec leurs tribus, tandis que les Pihocas étaient près du Rio San-Miguel ; les Pénoquis, au lieu où se trouve aujourd'hui Concepcion; les Boxos, les Tapiquas et les Tans } près de San -Rafaël; les Tabicas, les Boxos encore, les Pénotos et les Xamaros, occupant les parties sud de leur territoire1, près de San-José. Il ne reste aujourd'hui aucun Chiquito sauvage, tous ayant été réduits en missions. On les a répartis sur les différens points de la province, les mélangeant aux nations voisines, dans le but, fondé sur leur plus grand nombre, de rendre leur langue générale, et de faire disparaître les autres idiomes; c'est ainsi qu'on en a vu, dans la liste précédente de leurs tribus, jusqu'à Santo-Corazon, bien en dehors du lieu qu'ils habitaient étant sauvages. Dans leur état de liberté, ils avaient pour voisins, à l'est, les Samucus; au sud, les nations du Chaco, comme les Guanas , les Guatos et les Tobas; à l'ouest, les Sirionos du Rio Grande et les Guarayos

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