‹ L'homme au grand coutelasChapitre 7 sur 9 · SCÈNE Il · texte numérisé non relu

SCÈNE Il

(L’Homme-au-Grand-Coutelas arrive, brandissant son couteau.)

L'HOMME-AU-GRAND-COUTELAS. — Par où ontelles passé !.. (11 court de çà, de là.) Les misérables !... — Ma petite viande délicate, exquise qui a filé. Hum? Hum! Il me semble que je sens quelque chose. (1! chante.) Il y a d’ la chair fraîche par ici... (1} découvre soudain la grenouille.) Hé! la mère ! N’as-tu pas vu mes gens passer

GRENOUILLE. — Nyac-ka-ko-nyac.

L'HOMME-AU-GRAND-COUTELAS. — Hé! répondsmoi, mère Grenouille.

GRENOUILLE. — Que dis-tu, mon père?

L'HOMME-AU-GKAND-COUTELAS. — N’as-tu pas vu passer mes gens ?

GRENOUILLE. — Et qui sont tes gens ?

L’HOMME-AU-GRAND-COUTELAS. — Des belles

filles, grosses et grasses, succulentes et exquises qui m'ont filé entre les doigts.

GRENOUILLE. — Des filles ? Non. Je n’en ai pas vu passer. Je suis ici à me chauffer au soleil depuis le grand matin. Pas une âme de fille n’a passé par le sentier.

L’HOMME-AU-GRAND-COUTELAS. — Tu m'as l'air de m’enconter.…. (1] l'examine.) Mais, dis-moi… tu es bien grosseaujourd’hui. (1} approche son coutelas.) De quoi es-tu donc si remplie ?.…

LA GRENOUILLE (sortant une feuille de dent-delion de sa bouche.) — Oh! ce n’est rien de spécial. J’ai mangé de la dent-de-lion fraîche tout le matin. Je m'en sens un peu incommodée.

L’HOMME- AU- GRAND-COUTELAS (iniroduif son doigt dans la bouche de la grenouille et sort une autre feuille.) — Tiens! c’est vrai. Ah! ben, toi, par exemple, tu ne souffres pas de la famine comme nous autres. C’est horrible ! Rien à se mettre sous la dent, ni jeune, ni vieux. Elles onthié, néNhlé C'est inLii nr "tan

(Avec un grand geste de colère, il élève son coulelas, puis le rabaïsse et, tête basse, reprend le chemin par lequel il est venu.)

Rideau.

NARRATEUR. — Alors la Grenouille envoya un oiseau pour dire au père des jeunes filles qu’elles étaient auprès d’elle. L’oiseau partit ; il se percha sur un arbre, au beau milieu du village de Masingué, et se mit à chanter :

Masingué, prête l'oreille. Déko-déko *.

Tes filles ne sont point mortes. Délé-délé. Enlève l’habit de deuil. Déko-déko.

C’est l'oiseau qui le dit. Délé-délé.

Tout le village entendit ces paroles. Personne n’y voulut croire. Tous ils pleuraient, ils se désespéraient en chants de deuil. Ils disaient : « Cet oiseau se moque de nous.» Ils lui lançèrent des pierres. Alors l’oiseau, au lieu de s’envoler plus loin, se posa sur la couronne de la hutte de Masingué et chanta son chant de nouveau.

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