MANON , NICOLAS
î<icoLXS, paraissant dans la loge, un fer à la main. Voilà, Manon , voilà... je n'ai plus qu'un coup de carreau à donner à M. Bonnichon , le niarguiilier. (Il repasse un habit.)
MANON
Prends garde... tu sais qu'il n'aime pas attendre.
NICOLAS
Oui, mais il aime à être bien habillé , et je crois qu'il sera content de mon œuvre... Regarde-moi comme cette pièce est troussée !.. Quel amour d'habit noisette !
MANON
Mets vile ta cravate... ta veste...
NICOLAS , sortant de la loge'*.
Ah ben ! laisse-moi respirer un peu... C'est à peine si jai pu te dire quelques douceurs depuis ce matin, et pourtant, tu sais , Manon, si la langue me démange, quand je suis près de toi.
MANON
Oui, je sais que vous jacassez comme une pie.
LIIOMME AUX 160 MILLIONS ,
C'est que je pense à toi, Msnr.n , à loi, la plus belle fille du voisinage... i'i;iq pui'S à la ronde.
MANON
Et la plus sage, dû !
NICOLAS
01) ! ça, c'est aussi vnii i\uo moi j'en suis le plus beau garçon... et c'est jias peu dire... Tout petit, tu me trouvais déjà dos yeux superbes .. o; le nez donc... Dieu de D:e;i ! Manon , éiajs-tu folle de mon nez dans noire adolescence.
MANON
Et loi donc, te souviens-lu , q;;and je venais rapporter do l'ouvrage à ces dair.esdes Fermes, et queje te trouvais dans c'tc cour, netioyant... balayant... comme lu t'arrêla'S pour me porter les les armes... avec ton manche à balai 1
NICOLAS
C'est que t'avais toujours des robes si proprettes... des bas bleus si bhinehets, que j'aurais mieux aimé avaler mon bouleau (jue d'éclabousser tout ça.
MANON
Et plus lard^ quand ma i)auvre mère ne fut plus là pour me proléger...
NICOLAS
Et que le père îilailloche, le vénérable auteur de tes jours; en revenant de chez Uani|)onneau , quelque peu épris de boisson. . se permellait de... (Il fait le geste de Lattre.) Hein! en recevais-tu de ces caresses !
J' crois ben... et alors, qui me .soulageait, quime consolait de tout ça , par son amabilité et ses délicatesses?.. Mon gros Nicolas! (E le lui tape sur les joues.)
NICOLAS
C'est vrai que nous pleurions ensemble comme des veaux... Ah! Dieu! c'était là le bon temps.
MANON
J'entendais ben dire quelquefois que l'étais un peu païaud... Ijurdaud... nigaud...
NICOLAS
Pardine!.. quand on aime...
MANON
Oui , mais chacun vantait ton honneur... la probité... On t'avait surnommé l'iionnête homme du quartier.
NICOLAS
Ah! dame! c'est que c'est dans le sang... je tiens ça de mon pauvre bonhomme de père, JJarnabé Salzard , pendant 28 ans portier de l'ilôlel des Fermes... Je lui ai succédé dans ses principes et dans ses dignités. Comme lui , je lire le cordon et soulage les garde-robes dans l'iiifurlune, le tout ajuste prix.
MANON
Oui, trop jusle, car lu ne roules pas sur l'or.
NICOLAS
Ce n'est pas faute qu'il m'en passe devant le nez... En enlre-t-il, des sacs déçus, dans ces diables de bureaux des Fermes!.. Aussi, vois-tu , ça use donne quelquefois des idées do grandeur, de richesse.
MANON
Je croîs b n... l'odeur de la cuisine te met en appétit, loi !
NICOLAS
Oui... parole d'honneur !... je fais des rêves mirobolants!.. Tiens, pas plus tard que cette nuit, j'ai rêvé que je taillais une culotte pour l'abbé Terray !
MANON
Le contrôleur des finances!
NICOLAS
Rien que ça.. Ah ! si jamais je devenais riche , Manon , je te couvrirais de bonnets hauts d'une aune... et de robes à boudins avec des paniers étoffés et bouffants, que tu ne pourrais plus passer par la porte Saint-Denis.
MANON
Et moi donc, je t'inonderais de jabots et de manchettes de la léte aux pieds '■
NICOLAS
.\ir du Père Tranquille (Ciiansonncttc de Parlzot.) 11 faudrail, noub voir, chaqu' dimanche, Narguant et misère et soucis, Corara' je me tiendrais sur la hanche, En me donnant des airs de marquis!
MANON
Et mol, comme toutes nos belles, Je pourrais faire ii mes. dentelles Bleu des accrocs pour m'amuser, Mais n' plus jamais en repriser.
ENSEMBLE
Dieu 1 qu' ça s'rait doux
D' fair' rouler les gros sous!
Ah ! quelle bombance !
Je m'y crois d'avance !
Dieu ! qu' ça s'rait doux
D' fair' rouler les gros sous!
Nous pourrions toujours rire comme des fous!
NICOLAS
Dans un carrosse, à la guinguette, Nous irions eu gens du bon ton.
MANON
Plus de frilur', ni d' crépinette !
NICOLAS
rius de vin doux, ni d' miroton!
MANON
Pour café plus de chicorée !
MCOLAS.
Plus de rigaudon, ni de bourrée !
Ça n'est bon qu' pour des Auvergnats...
j'c ne frais plus qu' des entrechats!
{Ensemôle, dansant.) D.cu! qu' ça s'rait doux, etc.