SCENE V
MANON , NICOLAS , DESBIGNAC , dans la chambre, BONNIVET, sur le sofa.
NICOLAS, entrant précipitamment par le fond, ridiculement paré ; son costume est en désordre. Il a sous le bras un grand portefi'uille rouge , qu'il déjiose sur un fauteuil en entrant **. Fermez les portes, barricadez l'hôtel... et ne laissez sortir personne !
MANON, le regardant.
Ah! mon Dieu! comme le v'ià ébouriffé!.. Quoiqu' t'as donc, mon Nicolas ?
NICOLAS, se tâtant.
Les jambes ne sont pas avariées... les bras font leur service... je vois... j'entends... je me mouche! .
MVNOK.
Mais enfin, que t'e.4-il donc arrivé ?
NICOLAS
Il-m'exSt arrivé... {On entend des cris au-dehors ) Chut !
A'r now.eau d« Pari rot.
La, dans la rue.
Entends quel lirait I Tout" Ci'tf coliue Cric et me poursuit!
C'est la huile.
Qui s'extiale En un'viiiint' pour moi fatale : Oui, d'honneur! fois ) D' sa lureur (6is.) Le diable aurait peur.
Je vnais de quitter monsieur le contrAleur, Fier d'un accueil flatteur...
Quand tout à coup j'entends crier de toute part : A bas Nicolas Saliard !..
On in' jelf des fruits
LIIOMME AUX ICO MILLIONS,
Peu cuils,
Des salsifis.
Des cailloux,
Des gros sous.
Des trognons d' choux!
Mon cocher, en fouettant ses ch'vaux,
Reçoit dans 1' dos
D'horribles végétaux!
Je veux parler... on me répond
Par une botte de mouron,
Et deux côt's de melon, Qui m' tombnt just' sur le front !
Un tailleur,
D' boime humeur
Quelquefois rit
D'un accroc a Ihabit,
Maisjaniais a l'honneur...
Et l'on m'a traité de voleur !
De voleur!
MANON
Traiter mon homme de voleur !.. Jour de Dieu!., si j'avais été là!..
NICOLAS
El de ben autre chose encore... de fouine... de vautour... de sangsue du peuple!
MANON
Et pourquoi se permet-on de pareilles invectives à ton égard ?
NICOLAS
Pourquoi? pour des signatures que j'ai données hier... Imagine-toi que j'ai augmenté les droits sur plusieurs choses qui se mangent !.. Aussi fallait entendre les commères... comme elles s'en donnaient!... « Ah! tu fais renchérir la marée , toi!.. » et v'ian, il tombait des limandes et des ûaerlans dans mon carrosse , qu'on aurait dit d'une pêche miraculeuse!
MANON
Aussi, c'est ta faute... tu signes tout ce qu'on veut le faire signer^ sans faire attention. NICOLAS, s' emportant par degrés.
Ne m'en parle pas... je suis enragé contre ces gueux de fermiers généraux... et si j'en tenais un là.... il passerait un mauvais quart d'heure.... (// passe à gauche.)
DESBiGNAc, ô part, entr' ouvrant la porte '.
A'ie! aie ! pourvu qu'il né mé découvre pas !
BONNiVET, montrant sa télé derrière le rideau,
a part.
Je suis bien mal à mon aise !
MANON, à Nicolas.
Voyons... ne te fais pas de mal... tu les retrouveras plus tard.
NICOLAS
Mais c'est que c' n'est pas tout... Soixante-dixhuit personnes que j'ai fait coffrer lundi dernier, pour avoir introduit du vin en contrebande aux barrières... dont le père Mailloche, qu'est au violon depuis hier soir !..
MANON
Jusqu'à papa qu'est au violon.
NICOLAS
Uh ! mais j'vas les trouver , messieurs les fermiers, et je les traiterai comme ils le méritent ! BONNiVF.T, À part.
Dieu ! que je suis donc mal à mon aise !
MANON
C'est ça, va les trouver.
NICOLAS
Tout de suite. (// remonte, prend sur la table le chapeau deBonnivet, va pour le mettre et s'aperçoit qu'il a le sie7i sur sa tête.) Un chapeau! MANON, à part *.
Voyez-vous , le gros étourdi ! (Ici on entend le bruit d'un meuble qui tombe dans la chambre à gauche.)
NICOLAS
Du bruit dans ta chambre à coucher !..
MANON, à part.
Est-ce que par hasard /..
NICOLAS, regardant le chapeau qu'il tient à
la main.
On voulait m'en coiffer!.. (// fait un pas vers la chambre à coucher.)
MANON , l'arrêtant.
Nicolas, ne vas pas croire... {A part.) Ah ! ma foi tant pis pour M. Bonnivel !.... (Allant à la porte de sa chambre, qu'elle ouvre. — Haut.) Sortez, Monsieur. (Desbignac paraît.)