NICOLAS, MANON
NICOLAS, tombant dans un fauteuil, à gauche. J'étouffe décolère !
MANON
Nicolas, faut le venger de tous ces turcarelslà!..
NicoLÂS, se levant.
Oui, Manon, vengeons-nous!.. Je vais donner ma démission !.. {Il remonte.)
MANON , l'arrêtant.
Un instant... elle roi... qu'est-ce qu'il dirait?
NICOLAS
Ah ! diable !.. au fait, il ne connaît que moi, ce brave homme!... c'est avec lui que j'ai signé le bail!... {Passant à droite et se grattant le front.) Que qu'nous pourrions donc faire ?..
MANON '**
jjg'J'y suis !... Ce matin on fa jeté des pierres... Eh ben ! avant ce soir, on te portera en triomphe. {Montrant la table.) Mets-toi là, et travaillons au soulagement du peuple...
NICOLAS
T'as raison,., soulageons-le, ce bon peuple !.. Mais par quel moyen ?...
MANON
Ecris des Nicolas Salzard en masse. . . Nous allons changer le système des impôts, et faire marcher droit la Ferme.
NICOLAS, passant à gauche "*'.
Ça va !... {S'arrdtant.) Eh! mais, dis donc... est-ce que j'ai le droit de...
Si t'as le droit?.. 11 n'y a pas de doute... Tu es plus qu'eux tous... Tu os comme qui dirait un principal locataire qui sous-loue.
NICOLAS
Mais , au fait , comme me disait l'abbé Terray ce matin : la caisse des Fermes est toujours obligée de payer sur ma signature... Il a même ajouté que tous les fermiers n'étaient que des ladres et des fesse-mathiou , et qu'il n'attendait qu'une occasion pour tomber dessus.
MANON *
Tu vois bien que lu vas au devant de ses désirs... (//s vont tous deux s'asseoir à la table, Manon du coté de la coulisse et Nicolas en face d'elle. — Pendant ce qui suit, Manon écrit et passe au fur et à mesure les ordonnances à J^ icolas, qui les signe.) Il faut diminuer les droits... (^luand on pense que le sel est à dix-sept sous la livre !..
NICOLAS
A dix-sept sous!.. Ta parole?.. A six liards le sel !.. {Manon écrit, il signe.)
MANON, écrivant.
Et le beurre ?
NICOLAS, signant.
Dégrevé !
MANON
Et les œufs ?
NICOLAS
Dégrevés !
Et la volaille ?
NICOLAS
Dégrevée:
MANON
Et la marée ?
NICOLAS
Dégrevée, la marée : Je veux que le simple artisan puisse manger de la morue aux pommes de terre et des harengs-saurs coninic le duc et pair.
MANON
Quant aux bestiaux !...
NICOLAS
Toutes les bêles à cornes entreront pour n'en !
MANON
Hein ! comme les bourgeois de Paris vont le bénir !..
NICOLAS
Dégrevés, les bestiaux!.. Le vin ne paiera rien iion plus !..
MANON
Ah! pendant que nous y sommes , diminuons aussi les tabacs.
NICOLAS
A deux SOUS la livre, le tabac...
Ça les fera fumer.
NICOLAS
5Iai, j'y songe encore... Il ne faut plus que les * M. N.
belles voitures à armoiries passent à la barrière sans ôtre visitées.
MANON
C'est juste.
NICOLAS
Je .=uis sûr que les grandes dames de la cour cachent de la contrebande dans leurs toilettes.... Qu'où fouille tous les paniers !
MANON
Qu'on découse toutes les robes à queues ! (Passant le papier à Nicolas.) C'est écrit !
NICOLAS
C'est signé!.. (Avec satisfaction.) Ah !.. MANON, se levant et passant à droite.
Ah !..
NICOLAS, se levant. * Je ne vois plus rien pour le quart d'heure.
MANON
Laisse donc... et les abus à déraciner... et les injustices à réparer !..
NICOLAS
Ah! t'as raison... (Signant deux papiers qu'il donne à Manon.) Tiens , v'Ià deux signatures en blanc... Situ trouves quelque bonne action à faire, tu sais , on remplit le mandat... on se présente à la caisse... et tout est dit.
MANON
Maintenant, appelons nos employés , et transraetlons-lour nos ordres.
NICOLAS
C'est ça ; sonnons ces drôles. (Ils sonnent à droite et à gauche de toutes leurs forces. — Criant.) Les employés de la première division ! MANON, criant.
Les employés de la deuxième division 1
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